COURS DE PREPA SCIENCES PO SUR LES MEDIAS

Intro : on peut penser que la communication politique a toujours existé (en Grèce : la communication fait déjà partie de la politique) mais que son rôle se renforce avec l’émergence des medias de masse et des sondages (+ génération familiarisée avec ces medias)

> Emergence d’un « paradigme communicationnel » : « société de communication »

1 -Le pouvoir des medias

1.1 – Les medias peuvent-ils dire aux individus CE qu’il faut penser ?

-Ce serait le lot de la propagande, dont se servent les systèmes totalitaires pour propager une idéologie.  Les démocraties elles aussi utilisent plus subtilement la propagande, on peut parler de manipulation de l’information (ex : propager l’idéologie libérale)

-S.Tchakotine 1939  « Le viol des foules » : paradigme des effets puissants des medias : la propagande politique peut affaiblir les résistances des individus, les transformer en esclave psychologique.

– P.Lazarsfeld 1940 : recherche empirique pour analyser les effets des medias sur le public dans le cadre de campagnes électorales= influence des medias sur l’opinion publique. Paradoxe : les medias renforcent l’opinion existante parce qu’il ya la pression des groupes d’appartenance qui exercent sur l’individu une pression à la conformité surtout par les « leaders d’opinion » (message filtré par le tissu social)

=> les messages transmis empruntent des canaux plus complexes que le simple lien émetteur/ récepteur

 

1.2 – TOUT DEPEND DE ce que le public fait du message

Ecole de Palo Alto (Bateson, Goffman, théorie des feedbacks) : ce n’est pas l’information qui est en elle-même intéressante, mais la situation d’interaction dans laquelle se produit la communication

E.Katz  1959 : il faut concentrer son attention non pas sur ce que les medias font aux gens mais sur ce que les gens font des medias : fonction « escapiste », remplace les relations sociales.

La façon dont le public reçoit le message est fondamentale, « un message n’est pas mal interprété, il est interprété ». Chaque émetteur essaie de mettre un sens dominant univoque dans son discours, mais chaque message a un sens polysémique.

-Cette liberté d’interprétation est limitée par le fait que chaque individu n’a pas la même diversité de lecture et la même capacité critique face aux textes qu’ils reçoivent.

Théorie du « knowledge gap » : les medias renforcent les inégalités face au savoir (ex NTIC fracture numérique à l’échelle nationale et mondiale )

> Si les medias ont du pouvoir c’est seulement sur certaines personnes, à certaines conditions, dans certaines circonstances.

 

1.3 Les medias peuvent-ils nous dire A QUOI il faut penser ?

-Cependant, les medias jouent un rôle non négligeable dans le choix des messages qu’ils diffusent (d’autant plus que la TV est souvent le seul moyen de s’informer et qu’il y a une médiatisation croissante de la vie politique)

Daniel Dayan : « les meilleurs spectateurs du monde ne peuvent interprétés que les spectacles qu’ils peuvent voir. »

-Comme les medias n’accordent pas une importance égale à tous les sujets, ils orientent l’attention du public sur certains thèmes plutôt que d’autres (ils disent aux individus à quoi il faut penser) McCombs and Shaw 1972 « agenda setting »

-Plus un sujet est visible dans les medias plus il y a de chances que les acteurs les utilisent pour juger les politiques (et les acteurs sociaux en général) ex insécurité = « effet d’amorçage »

-l’information tend à cadrer les enjeux politiques (Ecole de Francfort « uniformisation de la pensée »)

-M.Foucault ; il faut raréfier le discours car les discours importants sont noyés parmi d’autres.



1.4 Les medias nous disent-ils A QUOI IL NE FAUT PAS PENSER ?

-P.Bourdieu : les medias ne font que redire ce qui affecte déjà la majorité (diffusion de la culture dominante). Dans la TV moderne, il y a censure, comme une « auto censure » : le sujet est imposé, les conditions de communication sont imposées, notamment par l’animateur, ce qu’on dit est contrôlé, il faut attirer l’attention sur des faits qui sont censés intéressés tout le monde, c’est-à-dire des faits peu importants, qui ne portent pas à polémique : en remplissant la tête des gens avec du vide, on nous détourne de l’information importante et on nous éloigne des responsables politiques.

-« la spirale du silence » : les medias en instituant un climat d’opinion dans lequell certaines idées sont présentées comme légitimes et d’autres non, auraient le pouvoir de dicter aux gens ce qu’il ne faut pas penser. Les gens qui ont une opinion minoritaire sont plus silencieux « effet bandwagon » (+ risque de manipulation de l’opinion par les sondages)

-Analyse marxiste : les medias en se concentrant sur un certain nombre de sujets déterminés et dominants, détournent le regard des individus des sujets moins importants.

 

1.5 Les medias peuvent-ils dire aux individus COMMENT il faut penser ?

-Par exemple, deux manières de traiter la pauvreté

1)    Raconter une histoire individuelle (cadrage épisodique)

2)   Contextualiser la pauvreté en la rapportant à des facteurs économiques et sociaux  (cadrage thématique)

Dans le 1 on met l’accent sur la responsabilité individuelle, ce qui favorise la pensée politique libérale.

Dans le 2 on met l’accent sur la responsabilité de la société, donc on prône davantage d’interventionnisme.

-Mac Luhan, 1968, « en réalité et en pratique, le message, c’est le medium lui-même » : ce qui compte, ce n’est pas le message transporté mais le media lui-même, en tant qu’il est capable de transformer à long terme notre sensibilité, nos valeurs, notre façon de voir le monde et d’agir sur lui : ils modifient notre rapport aux autres, de nous déplacer plus vite, de transporter nos informations dans un temps plus court, d’être en permanence connecter= paradigme du déterminisme technologique.


Conclusion :

Les medias influencent le regard du public sans forcément  le faire volontairement ou explicitement ; ils sont « une fenêtre sur le monde », mais le public ne voit à travers cette fenêtre qu’une infime partie du monde. Cette réalité de « seconde main » est construite par des intermédiaires qui ainsi structurent le rapport au monde des individus, leur façon de penser le monde, et finalement façonne la société toute entière, c’est-à-dire le rapport entre les groupes sociaux (voir les nouveaux mouvements sociaux et l’importance qu’ils accordent au médiatique)


2 -La médiatisation du champ politique


Médiatisation= plus de technique de communication et poids plus important des acteurs.

 

2.1 – La  politique « spectacle »

-R.Cayrol montre que la sélection des personnalités politiques se fait de plus en plus sur leur image médiatique et par rapport aux intentions de vote dans les sondages (ex Lipietz, Ségolène Royal) (même si le principal moyen de légitimation reste le suffrage universel)

-Les acteurs de la médiatisation : journalistes, conseillers en communication, sondeurs, participent de plus en plus nettement aux procédures de sélection des personnels politiques.

-La pression exercée par les medias et les sondages entraîne un « coup d’éclat permanent » : l’action politique doit être spectaculaire ou au moins visible. L’information doit toujours être convertible en spectacle (information émotionnelle).

-70% du temps des ministres est consacré au faire-savoir.

 

2.2 – la tyrannie de l’opinion

Les sondages deviennent des outils d’aide à la décision :

L’Elysée et le gouvernement disposent d’un budget de plus en plus important pour les sondages (environ 400 par jour + une banque de données).

Les acteurs politiques considèrent les sondages comme un outil spécifique alors qu’il y a des problèmes méthodologiques (méthode d’échantillonnage, de questionnement,…) et les prennent en considération plus que d’autres canaux d’informations tels que les responsables associatifs, les militants, la presse, …

Les sondages peuvent alors court-circuiter les instances traditionnelles de décision (formes de démocratie directe ?)


2.3 – le risque : une dérive vers la démagogie

Démagogie= flatter les masses pour conserver son pouvoir.

Les acteurs politiques courent le risque d’être obsédés par l’opinion publique (opinion de la majorité ?)  et  pourraient ainsi chercher à :

  • -privilégier l’effet d’annonce
  • -prendre des décisions à cause d’un évènement médiatique et non suite à une réflexion rationnelle
  • -privilégier le court terme
  • -repousser les mesures importantes mais impopulaires après les élections
  • -privilégier le « slogan », « parer au plus pressé », « montrer qu’on s’en occupe »,…

Et non prendre le temps de résoudre des problèmes complexes.


Conclusion :

La médiatisation du politique suscite ainsi un élan favorable au processus de démocratie directe, remet donc en cause la démocratie représentative comme chargeant du personnel plus qualifié de décider. (cf S.Royal, cyberdémocratie, net-pétition,…)

Cela a aussi un impact sur la participation politique : abstention aux élections de représentants, mobilisation collective plus éphémère sur des causes plus précises (nouveaux mouvements sociaux),…


Bibliographie :


Ce résumé de cours a été conçu à partir des livres suivants :

Le pouvoir des médias, G.Derville, PUG, 2005.

Sur la télévision, P.Bourdieu, Ed° Raisons d’Agir, 1996.

La tyrannie de la communication, I.Ramonet, Ed° Galilée, 1999.

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