Voici le cours de M. Vieuguet sur les frontières accompagné d’un diaporama qu’il convient de consulter en parallèle.

Vous trouverez ci-joint une archive .zip contenant les deux fichiers (cours+diapo) : Juste ici !

Merci pour cette contribution et nous attendons celle de Stephan avec impatience 😉 !

 

 


Diaporama

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Cours

Les Frontières

Cours de géographie réalisé par R. Vieuguet pour préparer les élèves de Terminale au concours IEP province. Accompagné d’un diaporama à consulter en parallèle.

Introduction.

Définition d’après Petit Robert. XVe « front d’armée », de « front ».

Désignait à l’origine une place fortifiée sur le front des armées, faisant donc face à l’ennemi. Vocabulaire militaire, limite surveillée et contrôlée.

« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » comme disait Yves Lacoste fondateur de la revue géopolitique Hérodote (les cartes les plus précises sont les cartes d’état-major). D’où l’intérêt d’une approche géographique de ces frontières souvent d’un intérêt stratégique.

Définitions actuelle selon Petit Robert

  1. Le premier sens est géographique : limite d’un territoire qui en détermine l’étendue (borne, lisière). Par extension « limite séparant deux Etats » ou plus largement deux zones (car cela peu être aussi 2 provinces, régions etc.)
  2. Au sens figuré limite, séparation mais pas qu’entre des territoires. Expression « être à la frontière de… » Exemple ? « aux frontières de la mort », « rêver de choses aux frontières du possible et de l’impossible » R.Martin du Gard. « Aux frontières du réel » série américaine. Les frontière sociales en général qui peuvent se traduite par des frontières territoriales « gated communauty » « ghetto » idem pour les frontières entre les âges. « Nouvelle frontière » de Kennedy, slogan électoral pour réactiver le mythe américain de la frontière (Conquête de l’Ouest), en le transposant dans la conquête spatiale, la lutte contre les inégalités sociales ou raciales, une prospérité accrue…

Durant ces 4 heures, nous allons surtout étudier le premier sens du terme avec une approche multiscalaire = à plusieurs échelles

Problématique :

En quoi les frontières et les espaces frontaliers sont-ils des espaces stratégiques et représentatifs des dynamiques contradictoires de la mondialisation ?

1. Des frontières à différentes échelles

1.1 La genèse des frontières étatiques

« Le concept de frontières est inséparable de celui d’Etat. Tout gouvernement applique une politique plus ou moins stricte de contrôle de ses frontières » Dictionnaire de géographie, Pascal Baud et alii, Hatier, 1997

Par conséquent, les frontières actuelles sont la conséquence de l’apparition et de la diffusion du modèle de l’Etat-Nation en Europe, depuis la fin du Moyen âge et surtout à l’époque moderne, jusqu’à l’époque contemporaine et l’indépendance des peuples colonisés.

Ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu de frontières avant (célèbre exemple du mur d’Hadrien ou la Grande muraille de Chine qui ne faisaient cependant pas tout le tour de ces empires) mais la notion de limite se mêlait à celle de confins. La frontière n’était pas toujours une limite mais une zone où l’emprise territoriale d’un empire ou d’une autre autorité politique diminuait progressivement.

Autre différence par rapport à aujourd’hui, c’est que le monde entier est parcouru de frontières. Sur les terres émergées, il n’y a plus de blancs sur un planisphère. Toutes les terres émergées appartiennent à des Etats sauf Antarctique (continent sanctuarisé). Le moindre îlot est stratégique pour sa Zone économique exclusive (ZEE des 200 miles marins =370 km environ). Même les océans font l’objet d’appropriations territoriales comme l’Arctique avec la question de l’extension des ZEE sur le plateau continental jusqu’à 350 miles entre les pays riverains pour exploiter d’éventuelles richesses pétrolières ou minières et contrôler les nouvelles routes maritimes s’ouvrant avec la disparition programmée de la banquise estivale. Voir article photocopié du Monde du 18 septembre 2007, « L’Arctique, un nouvel eldorado disputé ». Voir aussi sur le Net par Sylviane Tabarly, « l’Océan Arctique : des frontières maritimes à l’épreuve d’une nouvelle donne climatique », Géoconfluences, 15 septembre 2009.

Les frontières actuelles sont-elles des frontières historique sou naturelles ?

Toutes historiques, que leur tracé corresponde à des éléments naturels ou pas, qu’il soit sinueux à la suite de guerres et de traités avec parfois des enclaves (exemple enclave espagnole de Llivia dans les Pyrénées orientales), ou qu’il soit rectiligne comme pour les frontières héritées de la colonisation.

La nation de « frontière naturelle » n’est qu’un argument pour justifier une politique de conquête territoriale. Depuis Louis XIV, en passant par la RF (Danton en 1792 disait « les limites de la République sont marquées par la nature », cet argument est invoqué. Mais le Rhin est-il la frontière naturelle de la France ? Les Allemands après 1870 disaient que la frontière naturelle était la ligne de crête des Vosges. Idem pour les Alpes qui sont un obstacle naturel mais facilement franchissables en de nombreux cols, d’où échanges historiques entre Savoie et Piedmont par col du Petit St Bernard, du Mont Cenis (moins vrai pour vallée de Chamonix : pas d’échanges avec vallée d’Aoste avant tunnel sous le Mont Blanc). Frontière naturelle des Alpes était un des arguments pour justifier le rattachement de la Savoie à la France mais n’était pas le meilleur (langue commune)

 

1.2  Des frontières à l’échelle continentale ?

 

Où s’arrête l’Europe ? Transparent « les limites de l’Europe en question » Documentation  photographique sur l’Europe n°8074.

Les cartes montrent que les frontières de l’Europe ont évolué selon les critères choisis et l’intérêt de ceux qui les déterminent. Elles sont donc conventionnelles.

Réutiliser connaissances acquises en 1ère.

Frontières au Nord, à l’Ouest et au Sud sont moins évidentes qu’elles n’y paraissent. Les îles de l’Arctique, de l’Atlantique ou de la Méditerranée sont-elles européennes ? La réponse à la question dé pend de facteurs historiques et non pas de facteurs naturels.

Frontière à l’Est est la plus contestable. Rappeler son origine sous Pierre le Grand qui avait la volonté d’ancrer en partie son Empire en Europe d’où Mont Oural.

Au S.E. détroits du Bosphore et des Dardanelles = frontière conventionnelle ce qui permet à la Turquie d’être candidate à l’entrée dans l’U.E grâce à cette petite partie dans l’Europe conventionnelle, mais ce qui donne des arguments à tous ceux qui s’opposent à l’entrée de ce pays évoquant les 95 % de son territoire se situant dans l’Asie conventionnelle. Le fond du débat n’est évidemment pas dans cette instrumentalisation d’une géographie supposée naturelle.

Existe-t-il des nouvelles frontières à l’échelle continentale qui seraient celle des zones de libre-échange, doublées parfois, comme pour l’U.E., de constructions politiques ? Tout dépend pour quels flux. Les marchandises circulent déjà librement avec la Turquie et d’autres pays voisins de l’U.E., ce qui n’est pas le cas pour les personnes. A l’intérieur même de l’U.E, qui est à géométrie variable, les frontières de l’Espace Schengen excluent le R.U. de zone de libre-circulation.

1.3 Des frontières à l’échelle régionale ou locale

Le découpage administratif de certains Etats peut créer des frontières s’il y a rupture entre deux espaces.

Exemples : dans les Etats fédéraux comme les Etats-Unis. Quand on passe la frontière entre un Etat et un autre, la limitation de vitesse n’est pas la même, ce qui reflète la différence de législation (Autre exemple plus tragique la peine de mort) tout en restant conforme avec la Constitution des E.U.

Belgique avec découpage en 3 régions : Flandres, Wallonie et Bruxelles et en 4 communautés linguistiques francophone, flamande en Wallonie avec un petit territoire germanophone, et bilingue à Bruxelles.

En Afrique du Sud, la politique de l’apartheid a généré des frontières intérieures par la création de bantoustans, c’est-à-dire un regroupement de populations noires dans un espace donné. La limite est alors une frontière ethnique, sociale et économique voire politique (Les Noirs avaient la citoyenneté de leur bantoustan et pas de l’Afrique du Sud). Idem à un degré moindre pour les townships comme Soweto, où les Noirs étaient citoyens sud-africains mais de seconde zone.

En France, la limite entre deux départements ou entre deux régions n’est pas une frontière car elle ne présente pas de rupture spatiale, sauf parfois dans le territoire mental de certains de ses habitants qui, poussés par un fort sentiment régionaliste (identité corse doublée de l’insularité qui fait distinguer le continent, identité savoyarde…) assimilent leur limite départementale ou régionale à une frontière ou considèrent au contraire que la frontière régionale n’est pas la frontière administrative (Nantes et la Loire atlantique hors de la Bretagne). On peut ici parler de frontières invisibles, non matérialisées.

Idem à l’échelle locale où les limites entre quartiers peuvent être invisibles ou se matérialiser.

Pour les quartiers pauvres, les frontières sont le plus souvent invisibles mais sont connues des habitants même si leur tracé peut varier selon la subjectivité (s’inclure ou s’exclure du ghetto). Exemple d’Haarlem en gentrification ou la frontière du ghetto est repoussée vers le Nord de Manhattan au fur et à mesure de la réhabilitation ou de la rénovation d’anciens taudis. Frontière matérialisée pour certains bidonvilles de l’autre côté des voies ferrées ou routières. Pour les quartiers riches, frontière invisible mais qui peut se matérialiser dans le cas des communautés fermées (exemple le XVIe à Paris avec la Villa Montmorency : gated community à la française) ou de murs construits dans des villes pour se protéger de quartiers réputées dangereux.

Voir photos et légendes de murs souvent à l’échelle locale avec l’argument récurrent de la sécurité.

http://www.lejdd.fr/International/Images/Ces-murs-qui-divisent-le-monde/

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