Introduction : Les sociétés modernes sont toutes structurées en groupes sociaux aux caractéristiques différentes engendrant de nombreuses inégalités. Pour décrire ces inégalités, il faut prendre en compte à la fois l’ampleur des inégalités, mais aussi leur nature. On peut aussi se demander si ces inégalités sont les mêmes aujourd’hui qu’autrefois, si de nouvelles inégalités apparaissent, et si l’existence d’inégalités est compatible avec le principe démocratique.

 

Les différences sociales ne sont pas toutes sources d’inégalités

 

On distingue parmi les critères proposés ceux qui vont aboutir à une hiérarchie et ceux qui ne pourront pas permettre de hiérarchiser les catégories obtenues.

Toutes les différences entre les individus ne conduisent pas systématiquement à une hiérarchie entre eux du fait de ces différences. On ne peut pas toujours déterminer en fonction des différences qui va être avantagé ou désavantagé.

C’est ce dernier élément qui permet de distinguer une différence d’une inégalité :

Une différence c’est une caractéristique qui permet de distinguer deux individus ou deux groupes sans que cela conduise nécessairement à une hiérarchie entre les deux.

Une inégalité c’est une différence qui entraîne hiérarchie, ici la différence se traduit par un désavantage (pour celui qui subit l’inégalité) dans l’accès aux ressources matérielles, politiques, symboliques, valorisées par la société. Il y a donc inégalité lorsque la répartition des ressources socialement valorisées n’est pas uniforme mais qu’il ya des groupes qui sont avantagés par rapport à d’autres.

 

Remarque : Le caractère inégalitaire d’une différence peut varier selon le contexte

Ex : Dans nos sociétés contemporaines tous les individus sont considérés comme étant égaux quels que soient leur sexe, leurs origines,… donc être un homme une femme c’est à priori une différence, cependant en ce qui concerne les revenus le fait d’être un homme ou d’être une femme engendre des inégalités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. 1.                  Les inégalités : un phénomène cumulatif

 

1.1  La diversité des inégalités

 

a)      Les inégalités économiques

 

Les inégalités ne sont pas liées uniquement à une répartition non uniforme des ressources économiques. On peut ainsi mettre en évidence une multitude d’inégalités.

 

Les inégalités économiques : salaires – revenus – patrimoine

 

Salaires :

 

 

Les plus hauts salaires sont trois plus élevés que les plus bas salaires. Cet écart n’a pas beaucoup varié depuis la fin des 30 glorieuses.

Explications des ces inégalités de salaires : niveau de diplôme – hiérarchie du poste occupé – rapport de force sur le marché du travail.

Les grilles de salaires varient selon les branches car elles sont liées aux conventions collectives de chaque branche.

Ces dernières années on constat un creusement des inégalités de salaires, lié au fait que les hauts salaires ont augmenté alors que les autres sont restés stables.  

 

Revenu : Le salaire n’est qu’une des catégories de revenus (revenus du travail)

 

Rappel : 2 grandes catégories de revenus : les revenus primaires regroupent les revenus du travail, des indépendants et du capital. Les revenus secondaires regroupent tous les revenus issus de la redistribution.

 

L’existence de revenus secondaires tend à réduire les inégalités de ressources des ménages. Cela explique le mouvement de réduction des inégalités pendant les 30 glorieuses, période où s’est mis en place un système de redistribution.

Aujourd’hui on constate un creusement des inégalités de revenus que l’on peut principalement expliqué par le fait que les revenus du capital ont augmenté plus vite que les revenus du travail et que ce sont les ménages favorisés qui ont le plus de revenu du capital. On peut aussi lier ça au fait que ce sont développé dans les entreprises des mécanismes d’intéressement des salariés souvent les plus qualifiés sous forme de revenu du capital (plan épargne entreprise, stock option,…)

 

Patrimoine :

Le patrimoine est un stock d’actifs financiers et non financiers (tout ce que possède un ménage). Le revenu est un flux qui vient alimenter le patrimoine de la même façon qu’un héritage.

Le patrimoine est source de revenu du capital (ex : loyer d’un appartement dont on est propriétaire).

Les inégalités de patrimoine sont les plus importantes, elles sont nettement supérieures aux inégalités de revenus.

Cela s’explique par le fait que les ménages qui ont les plus hauts revenus sont ceux qui ont une propension à épargner qui est la plus élevée, ce qui vient augmenter leur patrimoine.

 

On peut expliquer ces fortes inégalités par deux grands facteurs :

–          Le fait que le patrimoine a pour origine en partie des héritages de successions se qui tend à la reproduction des inégalités.

–          Le fait que les revenus du capital aient fortement augmenté du fait notamment de l’envol des prix de l’immobilier

Le fait que les inégalités de revenus soient les plus importantes, va dans le sens de la théorie marxiste qui met en avant l’inégale répartition du capital comme source principale d’inégalité. (Distinction entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui vendent leur force de travail)

 

 

b)     Les inégalités socioculturelles : homme/femme – générationnelle – santé – culturelle – réussite scolaire+insertion professionnelle – emploi

On peut distinguer ces inégalités en mettent en avant que certaines ne sont pas du tout liées à des inégalités économiques (homme/femme et générationnelles)

 

Les inégalités homme/femme

Ici l’origine des inégalités n’est pas économique elle est liée au genre.

 

Dans les sociétés démocratiques l’égalité de droits entre hommes et femmes est reconnue mais cela n’empêche pas l’existence d’inégalités dans les faits.

Dans la sphère privée : même si les choses évoluent, les études sur la répartition des tâches ménagères montrent que ce sont les femmes qui passent le plus de temps pour ces tâches domestiques. Cela renforce la surcharge de travail pour les femmes (femme active + maman) et diminue ainsi d’autant le temps de loisirs.

Dans la sphère économique :

A diplôme égal et poste équivalent une femme gagne en moyenne 30% de moins qu’un homme.

Les femmes sont très peu présentes dans les postes à hautes responsabilités (postes de direction). Elles travaillent le plus souvent dans le tertiaire où les salaires sont moins élevés). (Ces deux inégalités sont fortement liées aux inégalités  dans le système scolaire : l’orientation est fortement influencée ; les filles font des études moins prestigieuses alors qu’elles réussissent mieux dans le secondaire et les filières choisies conduisent à des emplois spécifiquement féminins)

Les femmes sont plus touchées par le chômage et la précarité (temps partiel subi notamment). Elles ont des carrières plus discontinues ce qui a un impact négatif sur leurs futures retraites.

Dans la sphère politique :

Les femmes accèdent plus difficilement aux hautes responsabilités politiques.

Malgré la loi sur la parité elles sont moins présentes sur les listes électorales et dans les instances représentatives.

 

Toutes ces inégalités sont largement liées au fait que le rôle de s’occuper des enfants est principalement dévolue aux femmes qui accepteront moins facilement des postes à responsabilités et qui se les verront moins proposé.

 

Les inégalités intergénérationnelles : Là encore les inégalités n’ont pas pour origine des facteurs économiques mais simplement la génération à laquelle on appartient.

Malgré une augmentation généralisée du niveau de diplôme, les jeunes sont plus touchés par le chômage et la précarité que leurs parents, ils sont aussi moins bien rémunérés. C’est le paradoxe d’Anderson.

Les difficultés des jeunes face à l’emploi sont sources de multiples inégalités. La période de jeunesse (période de transition entre la fin des études et le début de l’activité professionnelle stable, entre famille d’origine et famille de procréation) s’allonge. Il est plus difficile de se stabiliser professionnellement  (plus on multiplie les emplois précaires, plus il est difficile de trouver un emploi stable) donc les revenus sont plus faibles et cela a un impact sur les inégalités de patrimoine à long terme (cela est renforcé par l’augmentation des prix immobiliers).

Ces inégalités intergénérationnelles s’explique car les enfants du baby boom ont connu une jeunesse dans une société de croissance avec des perspectives de croissance salariale et de mobilité ascendante : ils vont cumuler les avantages et aujourd’hui les papy boomers cumulent les responsabilités d’encadrement dans les entreprises et au niveau politique, ils possèdent la majorité du patrimoine, ils peuvent avoir des retraites supérieures aux salaires de leurs enfants. C’est ce qui poussent certains sociologues à parler de gérontocratie, c’est-à-dire l’existence d’une classe dominante liée à la génération.

A l’inverse les jeunes des années 80 à 00 ont connu une jeunesse marquée par la crise économique caractérisé par un chômage massif qui les frappent plus particulièrement et ils sont moins reconnus socialement et politiquement. Historiquement c’est la première fois que les générations suivantes sont dans une situation moins favorable que les générations de leurs parents.

 

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/humeurvagabonde/index.php?id=100200

 

Les inégalités face à la santé :

 

Dans ce cas là les facteurs économiques sont en partis à l’origine des inégalités mais pas seulement.

Il existe de fortes inégalités selon les catégories de la population dans l’accès au soin d’une part, et dans le rapport à la santé d’autre part.

 

Malgré le système de protection sociale qui permet de couvrir le financement du risque maladie, les études sur cette question montrent que, selon les PCS, le rapport que les individus entretiennent avec leur corps diffère considérablement : les questions de santé (notamment en matière préventive) apparaissent comme secondaires lorsque les dimensions matérielles de la vie sociale ne sont pas garanties (ce qui est le cas pour les catégories populaires).

 

On assiste par conséquent à un processus cumulatif entre précarité dans le monde du travail et fragilité en matière de santé.

ð Ce phénomène a un impact direct sur l’espérance de vie des individus (celle des cadres est nettement supérieure à celle des ouvriers) : l’inégalité dans le rapport à la santé se traduit directement par un phénomène d’inégalité face à la mort.

ð La politique mise en place en France à partir de 1998 visant à garantir un accès aux soins minimal pour les catégories les plus défavorisées de la population qui échappe au « filet » de la Sécurité sociale (Couverture Maladie Universelle) est un exemple de politique de redistribution s’inscrivant dans une conception corrective de la justice sociale.

On peut également mettre en avant des inégalités de soins médicaux liés aux inégalités géographiques. Les régions les plus riches et les plus attractives ont des meilleurs systèmes de santé.

 

Les inégalités face à la culture :

Là encore les facteurs économiques jouent mais pas seulement. Ces inégalités dans les pratiques culturelles sont déterminées d’une part par des inégalités de revenus mais aussi et surtout par des inégalités dans l’accès à la culture légitime (au sens de P. Bourdieu – 1930-2002) qui sont produites en interaction avec les inégalités scolaires et par conséquent les inégalités dans les niveaux d’études.

ð Attention, les analyses de P. Bourdieu sur les pratiques culturelles montrent qu’il existe un processus de naturalisation de la socialisation en vertu duquel les individus considèrent que ces différences de pratiques sont liées à des aptitudes naturelles (« je n’aime pas la lecture »).

 

 

 

 

 

 

Les inégalités face à la réussite scolaire :

 

S’agissant de la question de l’échec scolaire, on observe également en France d’importantes inégalités de situation malgré le phénomène de massification de l’enseignement.

Lorsque l’on retrace le parcours scolaires d’élèves en France qui sont entrés en 6ème en 1989 on peut mettre en avant plusieurs inégalités :

1)      13,4 % des enfants d’ouvriers non qualifiés n’ont jamais atteint la classe de 3ème (contre seulement 1,5 % des enfants de cadres) ;

2)      Parmi ceux qui atteignent la classe de 3ème, 40,5 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont orientés en seconde cycle professionnel (afin de passer un BEP) contre seulement 6,5 % des enfants d’enseignants ;

3)      On peut observer que plus de 17 % des enfants d’ouvriers qualifiés sortent sans aucun diplôme en fin d’études secondaires (presque 25 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés) contre à peine 3,5 % des enfants de cadres sup. ;

4)      Enfin, plus de 80 % des enfants de cadres qui sont entrés en 6ème en 1989 ont obtenu un baccalauréat général ou technologique contre moins d’un tiers des enfants d’ouvriers non qualifiés (et moins de 40 % des enfants d’ouvriers qualifiés).

Ces inégalités scolaires vont avoir un impact sur les inégalités face à l’emploi et les inégalités économiques.

 

Les inégalités face à l’emploi :

Nous ne sommes pas égaux face au chômage, à la précarité de l’emploi, et aux conditions de travail.

Ces inégalités sont liées à de multiples facteurs : niveaux de qualification, âge (jeunes et séniors), milieu d’origine (favorisé ou non), sexe, lieu d’habitation,…

Les inégalités face à l’emploi sont à l’origine des inégalités économiques.

Elles se sont aggravées avec la flexibilisation du travail qui conduit à une hausse de la précarité qui touche de façon inégalitaire les personnes. (insiders/outsiders, lien avec le dualisme du marché du travail).

 

Conclusion : L’état des inégalités aujourd’hui

 

Depuis une trentaine d’années les inégalités traditionnelles ne reculent plus voire s’aggravent (patrimoine, revenu), cela est principalement du aux évolutions du marché du travail et aux prix de l’immobilier.

Au-delà des inégalités traditionnelles entres les catégories sociales, on voit apparaître des inégalités intra catégorielles, c’est-à-dire l’existence au sein d’une même PCS de situations différentes face au chômage, à la précarité et donc en terme de revenu et de patrimoine. Cela renforce le sentiment d’injustice et de dysfonctionnement de la société.

 

 


 

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