Cours très complet sur l’argent proposé par Mme Martin.

INTRODUCTION : Dans le langage courant, nous disons couramment « argent » pour dire « monnaie », parce que pour nous, la monnaie par excellence reste la pièce de monnaie frappée.
Définition :La monnaie est une réalité composite faite de biens différents qui joue le rôle de monnaie (et pas forcément toujours un métal, encore moins « l’argent »). Pour être monnaie, un bien doit être un bien durable, facile à conserver, il doit être divisible, capable d’acquérir de la valeur, il doit se présenter en unité légale (voir « les fonctions de la monnaie ») =>La monnaie n’est pas une marchandise comme une autre (voir les débats théoriques à ce sujet) car elle ne s’élimine pas dans la circulation. Elle devient alors désirer pour elle-même, elle est la forme suprême de richesses.

1. Aux origines de la monnaie (retour au sommaire)

Les premières monnaies identifiées par les ethnologues sont des monnaies qualifiées de primitives, car comme les sociétés auxquelles elles appartiennent elles sont sans écriture et /ou sans état. Ce sont des monnaies chargée d’un sens symbolique, sacré qui ne sont ni d’or, ni d’argent et ne portent aucune inscription de valeur ou de signe du souverain émetteur (ex : coquillages). La naissance de la monnaie métallique est datée environ du 4°siècle avant JC en Asie Mineure (en Lydie), puis on la retrouve chez les Perses, les Grecs, les Gaulois, etc… Pourquoi la monnaie a été crée :

  • L’explication la plus courante (avancée par Aristote et A.Smith) serait que la monnaie a été inventée pour remédier aux inconvénients du troc et ainsi faciliter les échanges en réduisant leur coût. Pourtant, les premières monnaies avaient des unités monétaires très élevées ce qui contredit l’idée qu’elle ait pu servir aux échanges locaux et quotidiens.
  • La monnaie serait un garant du fonctionnement efficace du marché ; cela correspond à l’explication traditionnelle de la théorie classique de la neutralité de la monnaie, simple moyen d’échange
  • La monnaie serait liée aux phénomènes étatiques : la monnaie apparaît comme un attribut des états souverains. En France, le pouvoir de frapper la monnaie va devenir l’instrument d’installation du pouvoir unique du souverain royal. Cette explication n’est cependant valable que pour les sociétés occidentales.
  • La monnaie aurait été crée pour solder les dettes et instaurer plus d’anonymat dans les échanges (à l’inverse des sociétés primitives ou du crédit qui n’est pas anonyme et où les rapports sociaux sont plus de personne à personne) (Marx)

2. Formes et fonctions de la monnaie (retour au sommaire) 2.1 Formes de la monnaie (retour au sommaire)

Définition économique : au sens strict, la monnaie représente l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler leurs transactions. Remarque : il faut bien distinguer monnaie et instrument de paiement (ex : chèques)
Les formes de la monnaie actuelles sont la monnaie divisionnaire, la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale. Les NTIC ont facilité le développement de la monnaie électronique. Pour mener leur politique monétaire, les autorités monétaires cherchent à mesurer la monnaie en circulation en utilisant les agrégats monétaires. Les agrégats monétaires :

  • M1 : billets +dépôts à vue (agrégat monétaire étroit)
  • M2 : M1+dépôts à CT (agrégat intermédiaire)
  • M3 : M2+OPCVM, SICAV, FCP(=instruments monétaires négociables) (masse monétaire au sens large)

Avec le développement des innovations financières, il est aujourd’hui difficile de faire la distinction entre monnaie (M1) et actifs financiers liquides parce que facilement transformables en moyens de paiement (M2 et M3) et qui ont un rendement financier significatif. Le patrimoine financier des ménages a fortement augmenté ces dernières années (multiplié par 3 entre 1990 et 2007 alors que les revenus n’ont même pas été multipliés par 2) ; il s’est aussi transformé en actifs moins liquides c’est-à-dire que la préférence va aujourd’hui vers les placements de long terme et à haut rendement car il y a une baisse de l’inflation, des taux d’intérêt, plus d’innovation , une nécessité de financer les retraites et une hausse du chômage qui fait augmenter l’épargne de précaution. 2.2 Fonctions de la monnaie (retour au sommaire) -Fonctions économiques

Aristote +classiques : intermédiaire des échanges, unité de compte (=étalon de valeur) et réserve de valeur (thésaurisation)

Marx, WS. Jevons : moyen de paiement (et non échange c’est-à-dire sans contrepartie, par ex l’impôt)

Keynes : la demande spécifique de monnaie des agents exprime leur « préférence pour la liquidité ». Les agents économiques recherchent la monnaie pour faire face à l’incertitude. La monnaie en tant qu’instrument de réserve est un « lien entre le présent et l’avenir »

La monnaie a un pouvoir libératoire : dans le sens où tout paiement est opéré pour se libérer d’une dette ; La monnaie a cours légal, c’est-à-dire que nul ne peut la refuser pour le paiement de ce qui est dû. La monnaie n’est donc pas qu’un instrument de libération, c’est aussi un instrument d’acquisition.   -Fonctions sociales

Michel Aglietta

Michel Aglietta

Pour M.Aglietta : « la monnaie est un langage ». D’une manière plus générale pour les économistes institutionnalistes, la monnaie est un rapport social et un instrument de pouvoir (A.Orléan). Par exemple, le recensement censitaire de la Rome Antique définissait la hiérarchie sociale. Aujourd’hui, la position sociale d’un individu dans notre société est grandement déterminée par sa richesse. Ainsi, on peut dire que la monnaie est une institution sociale qui permet de réguler les relations sociales.     La monnaie peut aussi être considérée comme un bien public car elle rend des services de nature collective. On peut reprendre l’exemple de la monnaie unique européenne : l’euro apparait comme un vecteur d’intégration sociale à l’échelle européenne ; il participe à la construction d’une identité européenne.   3. La création monétaire (retour au sommaire)Les principaux instruments de création monétaire sont :

  • Les crédits accordés par les banques
  • L’émission de Bons du Trésor (=achat de créances par le Trésor Public)
  • Les réescomptes de la Banque Centrale
  • Lorsque les exportations sont supérieures aux importations

Les limites de la création monétaire Les banques ne peuvent accorder autant de crédit qu’elles le veulent : elles doivent détenir un minimum de liquidités en Monnaie Banque Centrale.   La circulation monétaireLa vitesse de circulation de la monnaie dépend des activités de production, de consommation et d’épargne. Les comportements économiques des agents vont déterminer les variations de la vitesse de circulation de la monnaie :

  • Les banques qui créent de la monnaie
  • Les entreprises qui l’empruntent
  • Les ménages qui la dépensent et l’épargnent
  • L’Etat qui cherche à financer le déficit public
  • L’extérieur en fonction des exportations/importations, et des prêts/emprunts avec des agents économiques extérieurs

4. Les théories monétaires (retour au sommaire)On oppose traditionnellement :

  • Les théories de la valeur marchandise (Aristote, Marx)
  • Les théories de la monnaie-signe(Locke, Law, Hume, Montesquieu)
Aristote

Aristote

Aristote : la monnaie est une marchandise comme une autre qui a été retenue comme intermédiaire des échanges.

Chrématistique : La chrématistique (de chrèmatistikos, qui concerne la gestion ou la négociation des affaires et plus particulièrement les affaires d’argent; ta chrèmata, les richesses ou deniers) est une notion créée par Aristote pour décrire la pratique visant à l’accumulation de moyens d’acquisition en général, plus particulièrement de celui qui accumule la monnaie pour elle-même et non en vue d’une fin autre que son plaisir personnel (définition wikipedia). Aristote condamne cette attitude.

Karl Marx

Karl Marx

Marx (1818-1883): La monnaie est une marchandise comme une autre : la valeur de l’or dépend du temps de travail pour l’extraire et l’or permet d’exprimer la valeur relative des autres marchandises. Pour Marx, la circulation des marchandises est cependant impensable en l’absence de monnaie et la reproduction du capital implique le passage cyclique par la forme argent car le circuit capitaliste est un circuit monétaire. (Marx réfute la loi de JB Say)

Classiques, néo-classiques, monétaristes : la monnaie est un nième bien dont le rôle particulier est d’être une unité de compte.   Théories de la monnaie signe : l’or et l’argent sont une richesse de fiction (ou de signe), elle ne fait que prendre la place des biens   On peut aussi opposer :les théories qui défendent que la monnaie est neutre, que c’est un « voile» : (classiques, néo-classiques et monétaristes) :

John Stuart Mill

JS Mill(1806-1873), JB Say (1767-1832) : les produits s’échangent contre les produits (l’offre=la demande), la monnaie n’est qu’un intermédiaire des échanges (elle est neutre) ; elle n’est pas désirée pour elle-même, mais pour les produits qu’elle permet d’acquérir. Seule compte l’économie réelle, la dimension monétaire n’en est que le reflet momentané et la monnaie ne modifie pas le fonctionnement de l’économie réelle.

Léon Walras

Léon Walras

Léon Walras (1834-1910): la monnaie est « un voile » : peu importe le niveau général des prix, seuls comptent les prix relatifs.

les théories keynésiennes qui pensent que la monnaie influence la production et organise les règles du jeu entre les agents économiques :

John Maynard Keynes
John Maynard Keynes           (1883-1946)

Remarques : les thèses monétaristes vont s’opposer ouvertement à la politique keynésienne :

Irving Fisher

Irving Fisher

I.Fisher(1867-1947) : Il défend la théorie quantitative de la monnaie (déjà pressentie par D.Hume (1711-1776) et D.Ricardo (1772-1823) pour qui le pouvoir d’achat de la monnaie est inversement proportionnel à la quantité de monnaie émise) dans sa célèbre équation quantitative :

MV=PT où la masse monétaire en circulation (M) va déterminer le niveau des prix (P) puisque, pour lui, la vitesse de circulation de la monnaie est une constante (V) et tant que le volume de transactions ne varie pas (T).

Johan Gustaf Knut Wicksell

Johan Gustaf Knut Wicksell

Wicksell(1851-1926) prolongera cette analyse en montrant qu’il existe un taux d’intérêt naturel qui équilibre l’offre et la demande de monnaie.

Friedrich August von Hayek

Friedrich August von Hayek

F.Hayek(1899-1992) tiendra même les politiques keynésiennes responsables des crises économiques, ou plus exactement l’utilisation de la monnaie comme instrument de politique économique ; pour lui, la monnaie n’est pas neutre parce que l’offre de crédit est élastique et parce que les banques sont incapables de réguler les crédits. Ainsi, l’offre de monnaie excédentaire est responsable des crises et de l’instabilité économique et la solution se trouve dans une offre de monnaie constante.

La théorie de la « préférence pour la liquidité » keynésienne :

Les agents économiques recherchent la monnaie pour faire face à l’incertitude :

  • par rapport à l’avenir
  • par rapport à la synchronisation de leurs recettes et de leurs dépenses
  • par rapport à l’évolution des prix des actifs risqués

La monnaie est l’actif le moins risqué mais c’est aussi celui qui a le rendement le plus faible. Il est accepté par les agents parce que c’est celui qui a le « rendement d’usage » le plus important.

Il y a trois motifs de détention d’encaisses monétaires pour Keynes :

  • le motif de transaction
  • le motif de précaution
  • le motif de spéculation (arbitrage entre monnaie et autres actifs financiers)

5. Les politiques monétaires (retour au sommaire)

Les objectifs intermédiaires de la politique monétaire sont soit des objectifs quantitatifs, soit des objectifs de taux d’intérêt, soit des objectifs de change.

Les instruments de la politique monétaire sont :

  • Soit des instruments de contrôle direct de la quantité de monnaie en circulation : tel que l’encadrement des crédits, qui n’est plus utilisé aujourd’hui
  • Soit des instruments indirects : une action sur le taux d’intérêt directeur, une action sur le marché c’est-à-dire sur l’offre ou la demande de monnaie, et une action sur le taux de refinancement et de réserves obligatoires des banques.

Triangle d’incompatibilité de Mundell : un pays ne peut avoir simultanément une libre circulation des capitaux, une parité fixe et une libre politique monétaire.

C’est le cas de l’Europe qui selon Mundell n’est pas une Zone Monétaire Optimale : zone qui rassemble des pays où il y a une mobilité des facteurs de production et une flexibilité des prix qui permettent d’éviter les chocs asymétriques. Dans l’UEM, ce sont les politiques budgétaires qui doivent remplir ce rôle.

Triangle d’incompatibilité de Mundell

Triangle d’incompatibilité de Mundell

-La politique monétaire keynésienne est plutôt expansionniste : pour lui l’augmentation de la monnaie en circulation passe par la baisse des taux d’intérêt (et éventuellement par l’augmentation de la dette publique) qui va générer des crédits supplémentaires demandés par les entreprises et les ménages. Comme pour Keynes, tout supplément d’investissement se fait par crédit (et non par épargne), la baisse des taux d’intérêt va être bénéfique à la relance de la demande car elle va entrainer une hausse de l’investissement privé et public et une hausse de la consommation. Cette politique a été largement utilisée pendant les 30 Glorieuses, mais aussi plus récemment aux Etats-Unis.

Les monétaristes vont critiquer les effets inflationnistes de la politique monétaire keynésienne. Pour eux, la monnaie est neutre et il ne sert à rien de l’utiliser comme instrument de politique économique car elle ne fera que déséquilibrer l’économie en créant de l’inflation, en provoquant un surendettement des agents, et en générant des comportements d’anticipations inflationnistes entraînant les économies dans une spirale infernale de hausse permanente des prix.

6. La monnaie au cœur de la finance moderne (retour au sommaire)

Le marché monétaire, c’est la marché des capitaux à court terme et à moyen terme (inclus le marché interbancaire).

Le marché financier correspond aux marchés des capitaux à long terme.

Jusqu’aux années 1980, le système financier français est contrôlé par l’Etat (on parle d’économie d’endettement administrée) :

  • Toutes les activités financières passent par le Trésor Public
  • Les banques nationalisées représentent 87% des dépôts et 76% des crédits
  • Les taux d’intérêt sont administrés
  • Les crédits sont encadrés et sont le principal instrument de la politique monétaire.

A partir des années 1980, on assiste au développement des marchés de capitaux (on parle d’économie de marché financière libéralisée) :

  • Création d’un marché unique (avec 2 compartiments un marché interbancaire et un marché monétaire élargi, dont un marché des produits dérivés-Euronext- pour se couvrir contre le risque de variations des cours des titres).
  • Libéralisation : privatisation des banques, déréglementation, suppression de l’encadrement du crédit, etc.

On parle de « mobiliérisation » ou de « marchéisation », pour caractériser la place croissante aujourd’hui faite au financement par émission de titres pour les entreprises et par l’Etat (la dette publique est essentiellement constituée des Bons du Trésor et d’obligations à long terme)

On parle aussi de désintermédiation financière pour illustrer le fait que les agents se financent de plus en plus directement sur les marchés financiers. En fait, il s’agit plutôt de nouvelles formes d’intermédiations financières, dans le sens où les banques participent toujours au financement de l’économie mais de plus en plus par l’achat de titres (« mobiliérisation » des bilans bancaires)

-La dimension internationale

Le marché des changes est un marché planétaire unique qui fonctionne en continu et qui est quasiment non réglementé. Les autorités monétaires interviennent sur ce marché pour réguler les fluctuations ou éventuellement pour réglementer les opérations de change.

La plupart des opérations de change sont la contrepartie d’opérations financières, c’est-à-dire d’achats et de ventes de titres étrangers.

Le marché des changes ne doit pas être confondu avec les marchés internationaux de capitaux qui regroupent les opérations de prêts et d’emprunts effectués dans les différentes monnaies.

Les 3 fonctions principales du SMI :

  • assurer l’échange et la circulation des monnaies : convertibilité des monnaies et régime de change (flottants, fixes)
  • permettre l’ajustement de la balance des paiements (parfois à la demande du FMI) : l’équilibre des comptes extérieurs peut être obtenu par la modification des taux de change ou des mesures de politique économique
  • assurer l’alimentation en liquidités internationales : les liquidités internationales sont les réserves détenues par les Banques centrales : elles se composent d’or, de devises et des Droits de Tirages Spéciaux, qui sont des lignes de crédit dont disposent les Etats auprès du FMI. Elles sont utilisées pour agir sur le taux de change et  financer le déséquilibre de la balance des paiements.

Aujourd’hui le SMI est largement  régulé par les mécanismes de marché avec un système de change flottant et des capitaux circulant librement.

-GLOBALISATION FINANCIERE

C’est l’absence de frontières dans la libre circulation des capitaux (investissements et devises) caractérisés par une dérèglementation des marchés et par une internationalisation des échanges financiers. Cette expression signifie aussi que les phénomènes financiers ont de plus en plus des effets « globaux » c’est-à-dire à l’échelle planétaire (ex crise financière mondiale).

Avec la « globalisation financière », on assiste au développement des opérations transfrontalières, qui se caractérisent aussi par un développement des opérations de fusions acquisitions à l’échelle internationale et au rôle de plus en plus important sur ces marchés des « zinzins » : investisseurs institutionnels (par exemple, les fonds de pension ou les Hedges funds) qui placent des sommes colossales à la fois dans des placements financiers traditionnels mais aussi dans le rachat d’entreprises . Les placements en devises sont courant et se font là où le taux d’intérêt est le plus élevé. Leur rendement est d’autant plus haut que le taux de change des monnaies s’apprécie.

Les 3 défis de la globalisation financière :

1) les innovations financières :

Les produits dérivés sont des instruments qui permettent de fournir une couverture contre les variations des taux d’intérêt et des taux de change (ex CDS ou CDO : collaterized debt obligations). Ils peuvent amplifier la crise financière car ils relèvent de multiples porteurs, peuvent transférer les risques à d’autres agents et sont utilisés par les spéculateurs pour prendre position sur des monnaies. De plus, ils rendent inefficaces les politiques monétaires puisqu’ils protègent contre les variations des taux.  Les banques centrales peuvent intervenir sur les marchés avec leurs réserves d’or et de change pour ralentir l’appréciation ou la dépréciation de leur monnaie, mais les sommes sont souvent insuffisantes face à la dimension actuelle des marchés des changes.

Le développement de la monnaie électronique, permis par les NTIC a engendré une désintermédiation financière et des problèmes de sécurité de paiement. De plus, ces systèmes informatiques rendent les actifs très liquides, proche de la monnaie et peuvent biaiser les objectifs intermédiaires des autorités monétaires sur les agrégats monétaires.

2)    La recherche de crédibilité par rapport au marché

Les agences de notation évaluent aujourd’hui l’efficacité des politiques économiques et déterminent ainsi la confiance des marchés dans l’économie d’un pays et donc les taux d’intérêt auxquels l’Etat pourra emprunter. Le marché apparaît donc comme un « gendarme » des Etats.

3)    Assurer la stabilité du système bancaire et financier

La crise financière de 2008-2009 a montré que la libéralisation et la globalisation sont un risque fort d’instabilité financière des banques et des états. Un système de surveillance bancaire  (ratio Cook ou ratio de solvabilité international) a été mis en place pour obliger les banques internationales à disposer d’un montant de fonds propres égal au moins 8%  de leurs créances pour pallier au risque systémique (faillite bancaire en chaîne).

L’UE cherche une meilleure manière d’encadrer les Etats qui ne respectent plus depuis longtemps les critères du Pacte de Stabilité et dont il faut pourtant encadrer les politiques économiques dans la zone euro.

La crise financière provient du développement des innovations financières qui ont diffusé le risque à l’internationale. Tous les investisseurs avaient placé plus ou moins directement leur argent dans des créances dites « pourries », c’est-à-dire qui, si elles bénéficiaient de taux d’intérêt très élevé, c’est parce qu’elles avaient un fort risque de non remboursement. La crise financière est aussi sans doute une crise de surendettement, en particulier en Europe, où certains Etats ont bénéficié d’emprunts peu chers, jusqu’à la perte de confiance des marchés qui les obligent aujourd’hui à payer une surprime d’intérêt et à avoir recours au Fonds de Solidarité Européen pour financer leur dette.

7. La «guerre des monnaies» (retour au sommaire)

La crise financière provient aussi des grands déséquilibres internationaux : d’un côté les gros déficits américains et de l’autre les excédents commerciaux des pays émergents et surtout de la Chine. Les pays émergents ont choisi le $ comme monnaie d’ancrage (à faible taux de change) pour soutenir leurs exportations et en échange ils financent avec leurs excédents le déficit public américain.

Les Etats-Unis, comme la plupart des pays de l’OCDE possède un système de change flottant, c’est-à-dire soumis aux forces du marché ; alors que dans les pays émergents ces taux sont largement manipulés. Par exemple, en Chine, le Yuan est uniquement utilisé localement, ce n’est pas une monnaie d’échange internationale (c’est le Renminbi) et l’Etat contrôle étroitement son marché des changes avec un taux fixe essentiellement ancré au $, donc qui baisse avec lui.

Conséquences : Le déficit public américain est essentiellement financé par les excédents d’épargne des pays émergents : s’ils décidaient d’aller vers des placements à plus haut rendement de manière massive et soudaine cela pourrait menacer toute l’économie américaine (et donc mondiale)

Solutions : Pour bien faire, il faudrait que les américains se mettent à épargner davantage (ou à s’endetter moins, ménages et Etat) ; la Chine devrait chercher à relancer son marché intérieur ce qui ferait augmenter les importations en Chine et réduirait les excédents. En attendant, le risque est que pour limiter les déficits commerciaux certains pays occidentaux mettent en place des mesures douanières pour limiter les importations de produits chinois, ce qui pourrait transformer cette « guerre des monnaies » en « guerre commerciale »

8. L’argent, valeur centrale de la société capitaliste (retour au sommaire)

La monnaie apparaît comme la récompense suprême de la réussite individuelle : (reflet de l’individualisme) et  comme le moteur de la croissance capitaliste.

L’argent se retrouve aussi aujourd’hui au cœur de la spéculation financière,  et donc responsable de la « crise » (Allez voir F.Lordon, bien sûr !!)

Frédéric Lordon

Frédéric Lordon (1962)

La tendance néolibérale légitime la réduction de l’imposition des plus riches (par exemple, en France le bouclier fiscal) Cette idéologie est renforcée par l’ouverture des frontières à la libre circulation des capitaux (la globalisation financière est une menace pour l’Etat qui risque à trop imposer l’évasion fiscale des entreprises et des ménages). Quel système d’imposition est alors légitime face à quelles valeurs ?

L’argent est aussi un instrument de pouvoir dans la société capitaliste :

  • Pouvoir économique (inégalités économiques et sociales générées par l’absence d’argent)
  • Pouvoir politique (il faut de l’argent pour faire de la politique, malgré l’existence en France de subventions publiques ; c’est encore plus vrai aux EU)

Pouvoir politique et économique : voir les affaires récentes (Bettencourt, etc…), Pouvoir des medias :il n’y a qu’à voir  la concentration des medias aux mains de quelques riches entrepreneurs et leur alliance avec les politiques.

9. La monnaie et les frontières (retour au sommaire)

Au cours de l’histoire, la monnaie semble faire partie de la souveraineté politique. Pourtant, aujourd’hui le territoire monétaire ne correspond pas toujours au territoire politique.

L’exemple type est celui de l’euro car à la fois cette monnaie dépasse les frontières des états-nations, mais en même temps elles ne recoupent pas les frontières de l’Union Européenne puisque seulement 16 pays sur 27 l’ont adopté. Elle n’en reste pas moins un projet politique, l’union monétaire devant être un moyen d’unité politique.

L’exemple du dollar est différent : cette monnaie à usage international dépasse les frontières (comme au temps de l’étalon-or). De la même manière aujourd’hui certains pays ou zones frontalières acceptent deux monnaies de règlement.

Aujourd’hui, dans la zone euro, l’absence de possibilité d’utiliser la politique monétaire comme instrument de politique économique peut apparaître comme une perte d’indépendance en matière de politique économique (« contrainte monétaire ») (les souverainistes ont d’ailleurs intégré le retour à la monnaie nationale dans leur programme).

En même temps, l’ensemble des monnaies sont liées dans le Système monétaire International. Dans la mondialisation, le cours des monnaies dépend de plus en plus du niveau des échanges extérieurs et du solde des balances extérieures. Les Etats-Unis ne pourront maintenir indéfiniment le taux de change du dollar si bas sans menacer l’ensemble du système monétaire international. De même, le taux de change du Yuan, s’il est aujourd’hui une arme économique, ne peut ignorer les grands déséquilibres internationaux.

L’indépendance des banques centrales permet de dépasser la dimension nationale de la monnaie, utilisée de plus en plus par des non-résidents : les banques centrales coopérant à l’échelle internationale forment une nouvelle forme de « gouvernance monétaire »mondiale.

La monnaie  a toujours été fortement liée aux frontières des états. Elle l’est aujourd’hui beaucoup moins dans le contexte de mondialisation financière.

SUJETS  POSSIBLES COMMUNS AUX DEUX THEMES (retour au sommaire)

  1. L’argent n’a-t-il pas de frontières ?
  2. La libéralisation des échanges de capitaux
  3. Mondialisation économique et globalisation financière

BIBLIOGRAPHIE (retour au sommaire):

-« Mais où va l’argent ? », MLDuboin, ed° du Sextant, 2007.

-« Aux origines de la monnaie », sous la dir°A.Testart, ed°Errance, 2001.

-« La monnaie et ses mécanismes », D.Plihon, Repères, La Découverte, 2008.

-« Une histoire des théories monétaires par les textes », C.Tutin, Flammarion, 2009.

-F.Lordon, « Jusqu’à quand ? », Raison d’agir Eds, oct.2008.

-Problèmes économiques, 19 janvier 2011.

  –Pour tout ce qui concerne les formes de la monnaie et la politique monétaire, on peut se référer au « Dictionnaire économique et social », JYCapul, O.Garnier, Hatier.Pour ce qui concerne les théories monétaires, on peut se référer à « l’histoire des pensées économiques, les fondateurs », Sirey, 1988.

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