L’entrepreneur innovateur : Steve et sa pomme

«Three apples have changed the world. The one offered to Adam, the one that fell on Newton, and the one of Steve Jobs.» :  Shiv Nadar, fondateur et directeur du HCL Group (Groupe indien leader mondial des services informatiques), dans The Economic Times.

L’hommage planétaire rendu à Steve Jobs dans les deux dernières semaines (+ de 8 000 publications dans la presse anglophone) démontre l’impact énorme que cet homme a eu sur le quotidien des consommateurs du monde entier. Qualifié tantôt «d’entrepreneur génial», de «visionnaire», d’ «inventeur hors-norme», Steve Jobs représente bel et bien l’archétype de l’entrepreneur innovateur selon Joseph Schumpeter.

En effet, le PDG d’Apple laisse derrière lui une entreprise en pleine croissance malgré la crise économique mondiale qui ne semble pas l’atteindre.

Quelles sont alors les clés du succès ?

Apple a su développer tant son entreprise par le biais des innovations-produits (les plus visibles) mais aussi par le biais des innovations organisationnelles et innovations de procédés.

Pour commencer, Steve Jobs de par un marketing extrêmement bien rodé et des innovations-produits toujours plus nombreuses en quantité ainsi qu’en qualité, s’est assuré pendant quelque temps au moins la possibilité de vendre ses produits «exceptionnels» plus chers que la moyenne admise sur le marché des nouvelles technologies (Cf. cours :  La notion de rente de monopole). En effet, la mise hors-jeu de ses concurrents complètement dépassés par la large gamme de produits innovants qu’ont été les Mac G4, iMac, MacBook Pro, MacBook Air, iPod, iPod Touch, iPod Nano, iPad 1 puis 2, et l’Iphone 1, 2, 3 et 3GS, 4 et 4GS, et enfin les systèmes d’exploitations Panther, Leopard, Snow Leopard et Lion. Apple attaque et innove dans tous les domaines du multimédia

Si l’on s’attarde un instant sur l’utilité de l’iPod, ce produit se voit directement concurrencé par l’iPhone qui intègre un système de lecteur MP3 tout aussi performant. En outre, l’iPad vient doubler par son utilisation les outils d’un petit ordinateur portable. Le concept schumpeterien de «destruction créatrice» n’échappe pas aux dirigeants d’Apple et la mise hors service d’une de leurs technologies s’accompagne toujours de la création d’une technologie ad hoc «révolutionnaire» où le besoin se fait de «tout racheter».

Voir cet article concis du Toronto Star, “The Jobs Revolution“, en date du 7 octobre 2011  : The jobs Revolution

Steve Jobs a en ce sens parfaitement compris les mécanismes de l’innovation : créer de nouveaux besoins, de nouvelles formes de consommation et tirer un énorme profit d’un avantage minime en le sublimant. L’entrepreneur innovateur n’est pas en effet celui qui investira dans la recherche fondamentale, mais bien celui qui saura tirer profit des connaissances actuelles de la science pour les combiner dans un objet à la pointe de la technologie (Apple n’investit pas en R&D fondamentale).

Voir l’article du magazine suisse l’Hebdo en date du 29 septembre 2011 sur la “Silicon Valley” : La-vallée-des-rêves

L’entrepreneur innovateur dispose d’une longueur d’avance sur ses concurrents. Mais pour combien de temps ?

Cette partie relate des propose plus généraux sur la diffusion de l’innovation au niveau mondial.

À peine un nouveau produit d’Apple est-il présenté lors des fameuses «Keynotes» (évènement majeur dans la stratégie de communication d’Apple), que ses concurrents s’empressent de l’imiter. Et il faut s’accorder sur le fait que la mondialisation de l’économie et de l’information réduit considérablement le temps de monopole sur un marché spécifique. La course à l’innovation n’en est que plus féroce et soutenue.

Cf. la loi de Moore liée à l’évolution de la puissance des ordinateurs depuis 1970 :

 

C’est pourquoi Apple et bien d’autres entreprises en pointe dans leur secteur respectif déposent chaque jour des centaines de brevets pour chaque élément caractéristiques de leurs innovations. La course à l’innovation risque bien de tourner en guerre des brevets et les innovateurs pourraient vite devenir des juristes confirmés.

Plus largement, en sortant des considérations purement technologiques, il faudrait s’interroger sur le statut juridique des innovations. Peut-on par exemple breveter une découverte majeure sur le vivant ? Y’a-t-il un socle commun et inaliénable appartenant à l’humanité ? Ou tout peut-il se vendre, s’acheter et être breveté ? Comme quoi la question de l’innovation nous mène loin …

Voir l’article de 01.net en date du 6 septembre 2011 :  Guerre des brevets – Apple

Mais retournons à nos entrepreneurs innovateurs …

Que se passera-t-il lorsque la concurrence aura rattrapé son retard ?

Par un effet mécanique, le prix du produit va diminuer dans un processus d’ajustement avec ceux de la concurrence. Par exemple, la mise sur le marché de nouveaux produits entrant dans la catégorie des smartphones a obligé Apple à baisser le prix de son iPhone pour ne pas être disqualifié dans la course au consommateur.

Il faut alors tout recommencer : innover, détruire l’ancien, créer du neuf, vendre, et ainsi de suite. En ce sens, on comprend parfaitement que l’idée du cycle schumpeterien : Naissance de l’innovation, âge d’or isolé de l’innovation, diffusion de l’innovation, déclin de l’innovation, destruction. Les entreprises sont condamnées à l’innovation perpétuelle qui est à bien des égards une des sources de la croissance économique la plus dynamique.

Quel est donc l’impact de l’innovation sur la croissance ?

Assurément, les industries à la pointe du progrès technique seront les moteurs de la croissance : Les nouveautés de produit par exemple vont entraîner une hausse de la consommation, entraînant un bénéfice en hausse pour l’entreprise, qui pourra ainsi augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail, impact sur les salaires directement réaffectés à la consommation et la boucle est bouclé. Si seulement cela était aussi simple.

En effet, comment expliquer alors que l’entreprise d’Apple qui est l’une des plus prospères au monde se fasse épingler par les médias internationaux pour l’état de sa production délocalisée en Chine et les conditions de travail déplorables de travailleurs chinois ?

Voir l’article de Libération du 7 octobre 2011, “En Chine, un brutal système d’exploitation” : Apple-et-la-Chine

La croissance entraîne le changement social, mais pas toujours… Et je dirais même, la croissance entraîne le changement social à condition que ses fruits soient équitablement redistribués et judicieusement utilisés.

Voici en guise de conclusion deux articles en relation avec l’innovation et le progrès technique :

En bonus -> Michel Godet : “l’innovation n’est pas seulement technique”
Je profite de ce petit billet pour souhaiter de bonnes vacances aux chanceux qui en ont 😀 ! 
Voici le dossier complet avec tous les articles en lien dans ce sujet : 

Télécharger (PDF, 239KB)

Ceci pourrait aussi vous intéresser ...