Comment se forme le comportement politique d’un individu ?

1- Qu’est-ce que la culture politique ?

La culture politique est un ensemble de normes et de valeurs politiques propres à un groupe social et déterminant un ensemble de pratiques et d’attitudes politiques.

La culture civique est un type de culture politique qui se caractérise par une implication élevée des individus dans la vie publique et une confiance forte dans leurs représentants.

 

Elle comprend trois dimensions :

  1. affective (perception des relations entre individus en termes d’échanges, de compromis ou de conflit et de violence),
  2. cognitive (les connaissances qu’ont les individus du système politique, de ses acteurs, de ses règles du jeu et de ses structures)
  3. évaluative (jugement sur la capacité des acteurs à remplir leurs objectifs et plus largement sur la performance du système).

Autrement dit, la culture civique est l’orientation psychosociologique des individus vis-à-vis de la vie politique.

L’importance de la culture politique détermine le niveau démocratique. Plus la démocratie est avancée, plus la culture politique est développée. L’évolution politique est indissociable de l’évolution culturelle.

Par exemple, la transition démocratique que connaissent les pays arabes aujourd’hui, comme celle qu’ont connue les pays occidentaux, peut s’expliquer par la hausse générale des niveaux d’éducation, la baisse des taux de fécondité et l’affaiblissement de l’influence de la religion. Certains pensent qu’il y aurait une homogénéisation des cultures civiques.

Des pays proches dans leur fonctionnement démocratique ont souvent la même culture politique, mais pas nécessairement : la France et la Grande-Bretagne ont des régimes différents, la Suisse a des modes de scrutin spécifiques,….

De plus, on peut penser qu’aujourd’hui dans les démocraties occidentales, le fort niveau démocratique se traduit désormais par un recul de la culture politique, un désintérêt du politique.

2- Les comportements politiques différenciés proviennent d’une socialisation différenciée

Attitudes et dispositions politiques s’acquièrent par la socialisation jusqu’à former un ensemble cohérent qu’on pourrait nommer « habitus » politique.

Les travaux d’Annick Percheron portant sur l’univers politique des enfants montrent de manière incontestable le poids de la socialisation primaire en ce domaine. Tout particulièrement, les préférences idéologiques des jeunes sont transmises par la famille et leur orientation et intensité sont d’autant plus fortes que les deux parents ont les mêmes opinions affirmées. La capacité à s’orienter positivement ou négativement vis-à-vis du vocabulaire sur les valeurs est acquise avant l’âge de 10 ans.

Le positionnement au sein du clivage gauche/droite est donc acquis assez tôt, en termes d’attitudes. En revanche, l’identification partisane stricto sensu est beaucoup plus floue. Se sentir proche d’un parti nécessite d’autres séquences de socialisation (empruntées largement à la socialisation secondaire).

Les agents de socialisation secondaire sont essentiellement l’école, les médias, les groupes de pairs, les partis politiques,…

La socialisation primaire et secondaire ne forge pas toute l’opinion des individus, d’abord :

  • Parce qu’il y a une marge de décision personnelle : si la proximité affective facilite la reproduction de certaines attitudes fondamentales, de certaines valeurs fondamentales, elle transmet aussi des connaissances politiques et un amour de la politique, mais elle ne permet pas de prévoir l’appartenance politique car l’individu garde un libre-arbitre.
  • Parce que la socialisation secondaire peut modifier les valeurs ou attitudes politiques acquises dans la socialisation primaire.

L’opinion publique peut aussi se former sur l’espace public : lieu symbolique où s’échangent les idées politiques, ensemble des lieux de discussion où les individus exercent leur citoyenneté. C’est le symbole de la démocratie, de l’expression libre des idées, un intermédiaire entre l’Etat et la sphère privée. Ses principaux acteurs sont les partis politiques, les associations, les intellectuelles,…

 

3- Le clivage gauche/droite et l’identification partisane : résultats des socialisations

 

a) Le clivage droite/gauche permet aux individus de se positionner politiquement

Le clivage gauche/droite est différent de l’identification partisane. Le clivage gauche/droite correspond au positionnement sur l’échiquier politique. Le positionnement à gauche ou à droite a une explication historique. Historiquement, lors de la Révolution Française, les membres de l’Assemblée Constituante qui étaient favorables au roi avait pris l’habitude de se placer à droite de l’hémicycle, tandis que ses opposants s’installaient à gauche.

Il correspond aussi à un positionnement sur une échelle des valeurs : la droite défend la liberté comme valeur première et montre un attachement à la tradition que certains appellent conservatisme. La gauche met en balance l’égalité et la liberté comme valeurs fondamentales, recherchant plutôt la réduction des inégalités dans une optique réformiste.

Mais, l’auto-positionnement des individus sur l’axe droite/gauche n’est pas évident pour les individus.

Etre de droite ou de gauche dépend en partie de la socialisation familiale : elle va établir la base des comportements politiques, transmettre les valeurs fondamentales, avec un rôle prépondérant des comportements politiques de la mère. (elle va aussi déterminer l’intérêt ou non pour la politique).

Le clivage gauche/droite dépend aussi de la socialisation secondaire : le côtoiement d’agents de socialisation diversifiés peut valider ou non la socialisation primaire.

De plus, l’identité politique est aussi une identité sociale : par ex, le positionnement ouvrier ou enseignant est traditionnellement à gauche.

b) L’identification partisane : un choix personnel ou hérité ?

L’identification partisane n’est pas la même chose que la proximité politique : l’identification partisane, c’est la reconnaissance à un parti politique.

Un partisan n’est pas nécessairement un adhérent (membre du parti) ou un militant (membre actif), ce peut être un simple sympathisant c’est-à-dire quelqu’un qui se sent proche du parti.

On peut distinguer 2 sortes de partisans :

  1. ceux qui se reconnaissent avec conviction dans l’idéologie du parti
  2. ceux qui choisissent un parti parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les autres. Cette catégorie est en augmentation. Si ces individus se positionnent par défaut, ils ne se positionnent pas au hasard : ils connaissent bien le clivage gauche/droite et l’idéologie des partis, mais portent sur ceux-ci un regard critique. Du coup, le lien politique est plus flexible.

 

Ce qui explique la flexibilité des attaches partisanes :

  • le souci des parents est bien moins la transmission des croyances politiques que l’épanouissement personnel : cela renforce la dimension choisie de l’identification partisane, c’est-à-dire  la flexibilité des attaches partisanes.
  • la multiplication des formes de socialisation
  • le manque de confiance dans les politiques
  • la baisse des inégalités (clivage idéologique plus faible)
  • la hausse du niveau d’éducation (regard plus critique)

L’identification partisane est surtout déterminée par l’intérêt marqué pour la politique.

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