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PARTIE 4 -> CHAPITRE 1 : Les processus de socialisation et la construction des identités sociales

PARTIE 4 -> CHAPITRE 1 : Les processus de socialisation et la construction des identités sociales

Vous êtes dans -> PARTIE 4 : SOCIALISATION ET CONTROLE SOCIAL

La question est comment devient-on membre d’une société.

1/ Comment la socialisation de l’enfant s’effectue-t-elle ?

 

1.1 – Qu’est-ce que la socialisation ?

L’enfant construit sa personnalité par l’intériorisation de manières de penser et d’agir socialement situées. On appelle socialisation le processus d’intériorisation des normes et des valeurs.

Processus : c’est un phénomène complexe avec plusieurs acteurs, qui dure tout au long de la vie.

Intériorisation : on ne fait  qu’apprendre, on intériorise des comportements qui deviennent naturels, on n’a plus besoin de réfléchir pour le faire (ex piano).

Normes : règles sociales et juridiques. Si on transgresse les normes sociales, on risque une sanction sociale, si on transgresse une norme juridique, on encoure une sanction juridique.

Valeurs : ce sont des idéaux, des principes, des grandes valeurs fondatrices de nos sociétés mais aussi celles propres à chaque groupe social.

On peut distinguer 3 modalités de la socialisation :

  1. par entraînement
  2. par inculcation de croyances
  3. par socialisation silencieuse, implicite

La socialisation n’est pas que l’éducation : c’est l’éducation par la famille et l’école, mais c’est aussi leur socialisation silencieuse et la socialisation des autres instances de socialisation. Dans la socialisation, on intériorise tellement un certain nombre de comportements, que certains nous semblent « naturels » (des « habitus »).

On distingue la socialisation primaire de la socialisation secondaire :

La socialisation primaire désigne le processus de socialisation qui se déroule pendant l’enfance (socialisation par les parents et par l’école surtout), alors que la socialisation secondaire correspond à la socialisation à l’âge adulte.

Attention, la socialisation primaire se fait la plupart du temps des parents vers les enfants, mais il arrive que les enfants socialisent les parents (ex tel portable) .

1.2 – Les effets contradictoires des différentes instances de socialisation

La famille a un rôle socialisateur privilégié envers l’enfant de par son omniprésence, de par son aspect affectif et aussi parce que c’est le 1°agent socialisateur. Mais ce n’est pas le seul agent socialisateur et dès la socialisation primaire, l’enfant est en contact avec un grand nombre d’agents socialisateurs : école, amis, nourrice, autres membres de la famille,…

Si l’école est une instance centrale de socialisation primaire, ce n’est pas seulement par les connaissances qu’elle transmet, c’est aussi parce que c’est un lieu de socialisation par les « pairs » : par ceux qui sont comme nous qui nous ressemble, par les autres élèves. Ces « pairs » transmettent un ensemble de normes et de valeurs qui vont être rapidement intériorisées par l’enfant qui veut appartenir au groupe.

Cette socialisation par les pairs à l’école durera tout au long de la scolarité et sera remplacé par celle du milieu professionnel.

Les différentes instances de socialisation peuvent rentrer en concurrence les unes avec les autres et même se contredire : les familles populaires ne disposent pas nécessairement d’un capital culturel qui correspond à celui qui est valorisé par l’école (ex : langage) Cela peut avoir un impact sur la reproduction sociale des inégalités de réussite scolaire: dès le départ, les enfants des milieux défavorisés ne disposent pas des normes valorisées par le système scolaire, ils ont donc moins de chances de réussir scolairement (ex : lecture, orthographe,…)

1.3 – La socialisation est différenciée selon le genre et le milieu familial

La notion de socialisation différenciée signifie que tout processus de socialisation est soumis à la multiplicité des instances de socialisation, ce qui va entrainer la transmission de normes et valeurs différenciées et donc créer des groupes sociaux différents : par ex, entre les filles et les garçons.

a) Selon le genre.

La socialisation va transmettre aux filles et aux garçons des normes et des valeurs différenciées : les jouets, les livres, les films, les medias en général vont associer des normes et des valeurs différentes en fonction des sexes : cela va se traduire par des attentes différentes selon le sexe de l’enfant et cela va assigner des rôles différents à l’homme et à la femme : « sauver le monde », « s’occuper des enfants ». Rôle social : comportement attendu

Les différentes instances de socialisation contribuent à fabriquer l’identité féminine ou masculine : le terme de « genre » est ainsi préféré car il montre que l’identité liée au sexe est une construction sociale, plus qu’une nature biologique : « on ne naît pas femme, on le devient »Simone de Beauvoir

Le fait que les hommes et les femmes n’intériorisent pas les mêmes normes et valeurs a des conséquences en matière d’inégalités économiques et sociales. Les femmes ayant intériorisées le fait qu’elles doivent s’occuper des tâches domestiques et des enfants, vont choisir des études moins prestigieuses et moins se consacrer à leur carrière professionnelle, ce qui va générer des inégalités au niveau des salaires.

NB : la société contemporaine a tendance à effacer certaines différences de socialisation (pour le genre comme pour le milieu social)

b) Selon le milieu familial

Document  : Le modèle alimentaire

On pourrait, à propos des classes populaires, parler de franc-manger comme on parle de franc-parler. Le repas est placé sous le signe de l’abondance (qui n’exclut pas les restrictions et les limites) et surtout de la liberté : on fait des plats «  élastiques », qui «abondent », comme les soupes ou les sauces, les pâtes ou les pommes de terre (presque toujours associées aux légumes) et qui, servies à la louche ou à la cuillère, évitent d’avoir à trop mesurer et compter -à l’opposé de tout ce qui se découpe, comme les rôtis. Cette impression d’abondance, qui est de règle dans les occasions extraordinaires et qui vaut toujours, dans les limites du possible, pour les hommes, dont on remplit l’assiette deux fois (privilège qui marque l’accès du garçon au statut d’homme), a souvent pour contrepartie, dans les occasions ordinaires, les restrictions que s’imposent le plus souvent les femmes -en prenant une part pour deux, ou en mangeant les restes de la veille -l’accès des jeunes filles au statut de femme se marquant du fait qu’elles commencent à se priver. II fait partie du statut d’homme de manger et de bien manger (et aussi de bien boire).(…)

Au « franc-manger » populaire, la bourgeoisie oppose le souci de manger dans les formes. Les formes, ce sont d’abord des rythmes, qui impliquent des attentes, des retards, des retenues; on n’a jamais l’air de se précipiter sur les plats, on attend que le dernier à se servir ait commencé à manger, on se sert et ressert discrètement. On mange dans l’ordre et toute coexistence de mets que l’ordre sépare, rôti et poisson, fromage et dessert, est exclue : par exemple, avant de servir le dessert, on enlève tout ce qui reste sur la table jusqu’à la salière, et on balaie les miettes. Cette manière d’introduire la rigueur de la règle jusque dans le quotidien l…l est l’expression d’un habitus d’ordre, de tenue et de retenue qui ne saurait être abdiqué. Et cela d’autant moins que le rapport à la nourriture -le besoin et le plaisir primaires par excellence- n’est qu’une dimension du rapport bourgeois au monde social : l’opposition entre l’immédiat et le différé, le facile et le difficile, la substance ou la fonction et la forme, qui s’y exprime de manière particulièrement éclatante, est au principe de toute esthétisation des pratiques et de toute esthétique. Au travers toutes les formes et tous les formalismes qui se trouvent imposés à l’appétit immédiat, ce qui est exigé – et inculqué — ce n’est pas seulement une disposition à discipliner la consommation alimentaire par une mise en forme qui est aussi une censure douce, indirecte, invisible (en tout opposée à l’imposition brutale de privations) et qui est partie intégrante d’un art de vivre, le fait de manger dans les formes étant par exemple une manière de rendre hommage aux hôtes et à la maîtresse de maison, dont-on respecte les soins et le travail en respectant l’ordonnance rigoureuse du repas. C’est aussi tout un rapport à la nature animale, aux besoins primaires et au vulgaire qui s’y abandonne sans frein ; c’est une manière de nier la consommation dans sa signification et sa fonction primaires, essentiellement communes, en faisant du repas une cérémonie sociale, une affirmation de tenue éthique et de raffinement esthétique.

P. Bourdieu, La Distinction, Éditions de Minuit, 1979.

La socialisation est très différente selon la position sociale et en particulier, selon les conditions matérielles d’existence. Par exemple, certains enfants peuvent apprendre dès le plus jeune âge qu’il est « normal » de voler ou de tricher pour survivre.

Du coup, les normes de comportement, le cadre de vie, les modèles d’identification construisent des goûts distincts, une identité différenciée selon le milieu social.

On peut par exemple remarquer qu’aux extrémités de l’échelle sociale on peut reconnaître des pratiques sociales distinctes en matières de pratiques alimentaires mais aussi de pratiques sportives ou culturelles. Ces différences de pratiques sociales engendrent des inégalités sociales : tout d’abord des inégalités de réussite scolaire, puis professionnelles.$

2/ De la socialisation de l’adulte à la socialisation de l’enfant : continuité ou ruptures ?

 

2.1 – La socialisation se prolonge à l’âge adulte

La socialisation secondaire, celle qui intervient à l’âge adulte, est une socialisation plurielle qui se fait dans le prolongement de la socialisation primaire.

Ce qui est spécifique à la socialisation secondaire c’est l’arrivée de nouveaux acteurs importants : le monde professionnel, le conjoint, les éventuels enfants, le réseau associatif,…

La socialisation professionnelle va passer par l’apprentissage du métier mais aussi par l’intériorisation d’un certain nombre de normes propres à la profession (à utiliser dans le cadre professionnel ou non ex la ponctualité ex les traders)

La socialisation par le conjoint est multiple : elle se fait par l’intériorisation de nouvelles normes, d’habitudes propres au couple, de comportements implicites, qui déterminent aussi les relations avec l’extérieur (certains amis vont restés, d’autres pas)

Dans chacun des mondes dans lequel vit l’individu, il a un statut différent (statut social= position d’un individu dans une société donnée) par ex père, ingénieur, président de l’association des parents d’élèves, membre d’un syndicat,….A chacun de ces statuts correspond un rôle, c’est à dire un ensemble de comportements attendus. Ces statuts peuvent aussi rentrer en contradiction : père et professionnel dans le cas d’un enfant malade par exemple. L’ensemble de ces statuts forme ce qu’on appelle l’identité sociale d’un individu

2.2 – Les socialisations passées pèsent sur nos comportements présents

Les acteurs qui agissaient au cours de la socialisation primaire sont toujours présents. Les normes et les valeurs acquises lors de la socialisation primaire vont alors permettre l’acquisition des nouveaux codes sociaux nécessaires à l’âge adulte (ex profession) La socialisation secondaire se fait donc à partir d’un individu déjà construit. Les normes et les valeurs nouvelles intériorisées à l’âge adulte seront le plus souvent des adaptations, des prolongements, des réinterprétations de celles intériorisées dans l’enfance. Ainsi, on choisit le plus souvent son conjoint dans le même groupe social que le sien (homogamie sociale) et avec des normes et des valeurs très proches. De même, il est rare qu’un individu choisisse d’exercer une profession qui ne correspond pas aux normes et aux valeurs de son groupe d’appartenance.

2.3 – L’identité des individus se reconstruit à l’âge adulte

L’identité sociale se reconstruit perpétuellement du fait de la progression professionnelle, mais aussi du changement de statut familial, des différents évènements de la vie (évènements personnels ou politiques par exemple) De plus, la socialisation n’est pas linéaire : certaines expériences peuvent conduire à un remodelage de l’identité sociale : un divorce, un licenciement, un changement d’activité professionnelle, l’émigration,… peuvent conduire à une transformation des normes et des valeurs propres à l’individu. L’identité sociale d’un individu est donc le résultat d’un processus complexe lié à la multitude des expériences socialisatrices des individus : l’homme est pluriel !

Un individu peut chercher à acquérir sa propre identité sociale : par exemple, rentrer dans un nouveau groupe social (groupe de référence) : il s’y prépare, cherche à intérioriser les nouvelles normes et valeurs qui ne sont pas forcément celle de son groupe d’appartenance, dans le but d’obtenir un nouveau statut social, on parle de socialisation anticipatrice : forme de socialisation où l’individu intériorise les normes et les valeurs d’un groupe de référence auquel il souhaite appartenir.

Mais, à tout moment de la vie les instances de socialisation peuvent rentrer en contradiction les unes avec les autres, par exemple, les habitudes du conjoint peuvent être contraires aux normes de la famille d’origine.

Parfois, le changement de statut social par rapport à celui de la famille d’origine peut avoir un coût important pour l’individu : perte de repères, perte des amis du groupe d’origine,…même si c’est aussi un enrichissement.

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