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P1 > CHAPITRE 2 : COMMENT EXPLIQUER L’INSTABILITE DE LA CROISSANCE ?

P1 > CHAPITRE 2 : COMMENT EXPLIQUER L’INSTABILITE DE LA CROISSANCE ?

1) Comment les fluctuations économiques se manifestent-elles ?

 

1.1 – Une croissance récente à l’échelle de l’humanité

 Au 16° 17°siècle, dans la « période agraire », la croissance est extrêmement faible : 0.1%/an.

Au 18°siècle,  dans la période du « capitalisme commercial » la croissance est 0.2% par an.

C’est surtout au 19°siècle, avec le « capitalisme industriel » que la croissance économique s’accélère (2% en France, 3% aux EU).

Puis au 20° les 30 Glorieuses se caractérisent par un taux de croissance annuel moyen de 4.2% pour les pays de l’OCDE, taux jamais égalé.

Depuis le milieu des années 70, la croissance ralentit pour atteindre en moyenne un peu moins de 2 % sur la période la plus récente (2000-2010).

 

Attention, même si au cours des siècles la tendance de la production est à la hausse, la production augmente de manière irrégulière. On  calcule un taux de croissance annuel moyen (TCAM) qui peut cacher des évolutions erratiques selon les années.

Remarque : la croissance est un phénomène cumulable sur le principe des intérêts composés : par ex, si le TCAM est de 2% par an , le PIB est multiplié par 2 en 35ans PIB x 1.02? (n=35)

1.2 – L’histoire économique est marquée d’importantes fluctuations : la variabilité de la croissance

On parle de fluctuations économiques plutôt que de cycles économiques car tous les économistes ne sont pas d’accord sur l’existence de cycle.

Fluctuations économiques : mouvements de hausse ou de baisse du PIB en alternance. (Si cette alternance est régulière, on parle de cycles)

  • Cycle Kitchin : cycles mineurs de 3 ans
  • Cycle Juglar : cycles de 9 à 10 ans
  • Cycle Kondratiev : cycles de 50 ans
  • Pour J.Schumpeter (« théorie de l’évolution économique 1912 et « Business cycle » 1939) la croissance économique  évolue sous forme de cycles liés aux transformations technologiques, qui sont à l’origine des cycles longs que N.Kondratiev a mis en évidence (1920)

Expansion: phase d’augmentation du PIB de court terme

Dépression: baisse du PIB à  long terme

Récession: faible taux de croissance ou baisse du PIB de court terme

Crise: retournement du cycle = passage d’une période de croissance à  une période de dépression, voire récession.

2) Comment expliquer les fluctuations économiques ?

Choc exogène = Evènement extérieur à l’activité économique qui va avoir des effets positifs ou négatifs sur elle.

Ces chocs peuvent avoir un impact sur l’offre globale ou sur la demande globale.

Les chocs exogènes conduisent à des fluctuations car ils viennent modifier les courbes d’offre et de demande. C’est-à-dire que pour un même niveau de prix on aura une quantité offerte ou demandée différente (déplacement des courbes : cf. cours de première). Les chocs exogènes créent donc une accélération ou au contraire un ralentissement de l’évolution du PIB à court terme ce qui éloigne la croissance de sa trajectoire de long terme et crée une fluctuation à la hausse ou à la baisse.

 

2.1- Les effets des chocs de  demande sur la croissance

Demande globale = ensemble de la demande agrégée dans une économie. C’est-à-dire toue la demande de biens et services de consommation et de production. Elle correspond à l’ensemble des utilisations (« emplois ») de la production.

Demande globale = Consommation finale + FBCF + X

Un choc de demande est une perturbation de l’activité économique liée à une hausse ou une baisse brutale de la demande qui peut s’expliquer par tout un tas d’évènements (baisse du pouvoir d’achat, évolution démographique, campagne publicitaire…) Un choc de demande est un évènement qui affecte les goûts ou les besoins des consommateurs, donc leur consommation, ou, qui affecte les entreprises, donc leur investissement et donc qui déplace donc la courbe de demande.

Si la demande augmente (la courbe se déplace vers la droite), toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus), les quantités échangées vont augmenter et les prix aussi : les consommateurs veulent acheter plus, et si l’offre n’augmente pas, ils devront payer plus cher.

Si la demande baisse (la courbe se déplace vers le bas), toutes choses égales par ailleurs, les quantités échangées vont diminuer et les prix aussi.

Exemples de chocs de demande :

  • L’impact d’une hausse de la consommation (intérieure) : une hausse de la consommation (et donc de la demande) entraine une hausse plus que proportionnelle de l’investissement (effet accélérateur) et donc de la demande
  • L’impact d’une hausse de l’investissement
  • Une hausse de l’investissement entraine une hausse plus que proportionnelle de la demande (effet multiplicateur)
  • L’ouverture économique
  • Une ouverture économique permet d’augmenter les exportations et donc le PIB

Le choc de demande négatif de 2009 dans la zone euro

Dans la zone euro, sous l’effet de la baisse de la consommation des ménages, les investissements ont baissé massivement, provoquant un ralentissement de la croissance effective qui fut largement inférieure à la croissance potentielle

 

Impacts d’une augmentation de la demande sur le PIB :

Augmentation de la demande –> Augmentation des commandes aux entreprises –> Augmentation de la production des entreprises –> Augmentation de l’emploi + augmentation des investissements –> augmentation des revenus distribués –> augmentation de la demande… Effet multiplicateur, on entre dans un cercle vertueux de croissance du PIB.

 

Impact d’une diminution de la demande sur le PIB :

Baisse de la demande –> Baisse des commandes aux entreprises –> Baisse de l’emploi et de l’investissement –> Baisse des revenus distribués dans l’économie –> baisse de la demande … –> On entre dans un cercle vicieux de ralentissement du PIB voire de diminution du PIB.

 

2.2- Les effets des chocs d’offre sur la croissance

Offre globale = Production nationale + Importation

On a vu que la production dépend des facteurs de production disponibles dans l’économie (quantité de travail et de capital et leur efficacité).

Un choc d’offre est une perturbation de l’activité économique liée à une variation brutale des conditions de l’offre en particulier les coûts de production. (Hausse des salaires, appréciation du taux de change, choc technologique conduisant à une hausse de la productivité, évolution du prix des matières premières, des salaires).Un choc d’offre  est un évènement qui affecte directement les coûts de production ou les capacités productives des entreprises, ce qui fait se déplacer la courbe d’offre.

Si l’offre augmente (la courbe se déplace vers la droite), les quantités échangées augmentent et les prix baissent : les entreprises vont produire plus et moins cher. Si l’offre baisse (la courbe se déplace vers la gauche), les quantités échangées baissent et les prix augmentent.

 

Les chocs d’offre positifs

Exemple des innovations majeures 

Les innovations de produits font augmenter les quantités produites (nouveaux produits), les innovations de procédé et organisationnelles font plutôt baisser les coûts de production. Selon Schumpeter, les innovations majeures sont à l’origine de la croissance économique dans les cycles de Kondratiev. Les entrepreneurs innovateurs se retrouvent d’abord en situation de monopole et peuvent vendre leurs innovations à un prix élevé. Mais, rapidement, l’innovation se diffuse et attire les entrepreneurs imitateurs, ce qui fera baisser les prix de l’innovation, jusqu’à disparition des entreprises les moins rentables. Schumpeter parle de destruction créatrice, car, ainsi, les facteurs de production vont être libérés des activités les moins rentables pour se rediriger vers de nouvelles activités.

Exemple de l’OST 

Le taylorisme, puis le fordisme ont permis à la fois de forts gains de productivité qui ont fait baisser les coûts de production et une augmentation de la production (production de masse) qui a été permis par une politique salariale généreuse (consommation de masse).

Le choc d’offre négatif des années 1970 en France

A priori, l’augmentation du prix du pétrole a eu plusieurs conséquences sur l’activité économique en France:

  • Une diminution du pouvoir d’achat des consommateurs, qui se traduit par une baisse de la demande se portant sur d’autres produits, et donc par une baisse de l’activité économique;
  • Une hausse des coûts de production des entreprises qui utilisent le pétrole comme matière première. Cette hausse se traduit et par des  hausse de prix (inflation) et par des licenciements, ce qui se traduira par une baisse de la demande et donc de l’activité;
  • La hausse des revenus des pays pétroliers peut les amener à accroître leurs importations, et donc  l’activité en France;
  • Les autres pays importateurs de pétrole connaissent eux aussi une contraction de leur demande, ce qui réduira les exportations

L’impact global sur l’activité économique est négatif.

 

Ainsi un choc pétrolier a des effets à la fois sur l’offre et sur la demande :

  • C’est un choc exogène négatif sur l’offre du fait de l’augmentation des coûts de production. Pour chaque niveau de pour les entreprises produiront une plus petite quantité.
  • C’est un choc exogène négatif sur la demande : la hausse des prix conduit à un baisse du pouvoir d’achat des ménages qui réduisent leur consommation et cela est aussi valable pour les ménages dans  les pays partenaires commerciaux de la France ;

Ces deux effets conduisent donc à un ralentissement de l’activité économique, une augmentation du chômage et de l’inflation.

 

SYNTHESE : Si les chocs d’offre et de demande sont simultanés

  • Si le choc d’offre est à la baisse et le choc de demande à la hausse, les prix vont augmenter. L’évolution des quantités dépend du rapport entre l’offre et la demande : si le choc d’offre est supérieur au choc de demande, les quantités échangées baissent.
  • Si le choc d’offre et le choc de demande sont à la baisse, les quantités échangées baissent. L’évolution des prix dépendra du rapport entre l’offre et la demande. Si le choc d’offre est supérieur au choc de demande, les prix augmentent.
  • Si le choc d’offre est à la hausse et le choc de demande à la baisse, les prix baissent. L’évolution des quantités dépendra du rapport entre l’offre et la demande. Si le choc d’offre est supérieur au choc de demande, les quantités échangées augmentent.

 

 

 

 

2.3 – Les effets des activités monétaires et financières (cycle du crédit)

 

Le débat sur le rôle des banques dans l’amplification des cycles est économiques est très vif aujourd’hui.

Il est basé sur la théorie du “cycle du crédit” : la monnaie a en général un effet amplificateur des fluctuations économiques engendrées par des chocs exogènes :

  • en période d’expansion, on observe une forte hausse des crédits, car les agents empruntent facilement et les banques sont confiantes dans les remboursements.
  • dans les récessions, les banques durcissent les conditions du crédit (en raison du risque de défaut, de la moindre valeur du collatéral, de leurs ratios réglementaires de capital…) et ceci amplifie le recul de la demande (des ménages et des entreprises), augmente le nombre de faillites.

 

Remarque : La baisse de la distribution de crédit dans les récessions vient aussi de la baisse de la demande de crédit, et non seulement de la baisse de l’offre de crédit.

 

Ainsi lorsque l’activité ralentit, alors les anticipations des agents économiques sont orientées à la baisse, ce qui génère une baisse de la demande soit du fait d’une baisse des revenus constatée, soit du fait d’une hausse de l’épargne de précaution. Parmi les agents économiques, les banques, responsables de la création monétaire vont-elles aussi « subir » ces anticipations négatives. Lorsque l’activité ralentit, elles vont craindre les risques de défaut (risque que les emprunteurs ne puissent rembourser leur dette) et le risque de diminution de la valeur de leur hypothèque (lorsqu’elles accordent un prêt à longue échéance, pour un achat immobilier notamment, les banques mettent une hypothèque sur le bien acheté, en cas de défaut de paiement de la part de l’emprunteur elles récupèrent tout ou partie de la valeur du bien). Si l’on est en récession voire en dépression, la demande est ralentie ce qui peut provoquer une diminution des prix, notamment des biens immobiliers donc une diminution de la valeur des hypothèques. Ainsi dans ces périodes les banques seront très prudentes et imposeront à leur clients des garanties très importantes qui vont donc freiner l’octroi de crédit et par là même, la demande déprimant encore l’activité économique, d’où un cercle vicieux de la dépression, déflation.

Dans ce cas la monnaie a un effet « pro-cyclique », elle amplifie les variations conjoncturelles, d’où la nécessité d’une politique conjoncturelle contra-cyclique.

3) La récession et la dépression : des situations économiques et sociales dangereuses

 

3.1 – Les mécanismes cumulatifs susceptibles d’engendrer déflation et dépression

La déflation est le gain du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c’est une inflation négative.

Notion à ne pas confondre avec la désinflation qui est la baisse de l’inflation (baisse du taux d’accroissement du niveau moyen des prix).

La déflation provient de la faiblesse de la demande qui oblige les entreprises en concurrence à baisser leur prix pour trouver des acheteurs.

3 mécanismes peuvent l’expliquer :

  1. Anticipant une baisse des prix , les ménages ont tendance à repousser leurs achats, contribuant ainsi à réduire la demande adressée aux entreprises. En retour, anticipant une baisse de la demande, les entreprises diminuent leur production, donc  leurs investissements et leur demande de travail, contribuant ainsi à l’augmentation du chômage et à la baisse des revenus des ménages. Le phénomène s’auto-entretient : les ménages attendent la baisse des prix qu’ils anticipent, ce qui réduit la demande obligeant les entreprises à réduire leur prix et à licencier.
  2. La déflation augmente le coût réel de la dette : taux d’intérêt réel= taux d’intérêt nominal – inflation ; cette hausse du coût de l’emprunt dégrade la situation des entreprises, ce qui les amène à réduire leurs investissements. Cela peut aussi inciter les ménages à plus épargner, ce qui vient encore baisser la demande. Enfin, la dégradation des perspectives des entreprises conduit les banques à restreindre leur offre de crédit, ce qui risque de faire encore baisser la demande. La situation des entreprises généralement endettées devient alors critique : leurs ventes diminuent et leurs dettes augmentent : les faillites se multiplient détériorant la situation des banques ; le crédit s’effondre (credit crunch).
  3. La déflation contribue donc à maintenir une spirale de récession dont il est difficile de sortir : plus la croissance se ralentit, plus les prix baissent, plus les taux réels augmentent, ce qui accentue encore le ralentissement de la croissance.

 

3.2 – Les conséquences possibles de la récession et de la dépression :

La récession ou la dépression ont des conséquences importantes. Une baisse de la production se traduit :

  • par une hausse du chômage
  • qui risque d’engendrer une crise sociale
  • et par un accroissement de la dette publique

 

Une hausse du chômage se traduit par une baisse des revenus, donc un risque de baisse de la demande. Ce sont les plus jeunes et les plus âgés qui sont le plus touchés, le chômage accentue la précarité et la pauvreté des populations les plus fragiles et accroît les tensions sociales et politiques

Pour l’Etat, la baisse de la production et de la consommation se traduit par une réduction des recettes fiscales et une augmentation des dépenses d’aides sociales et d’aide aux entreprises (et même aux banques) ; cela va se traduire par une hausse du déficit public qui va engendrer une réduction des dépenses publiques, qui peut à son tour se traduire par une réduction des dépenses publiques, freinant les possibilités de sortir de la récession.

L’ensemble de ces effets cumulatifs se fait ressentir sur les entreprises et peut se propager à l’échelle internationale du fait de la dimension mondiale des firmes

 

Même si elles permettent de rééquilibrer l’économie (en ralentissant l’inflation, désendettant les agents, éliminant les entreprises les moins efficaces), il est difficile de sortir des phases de récession et de dépression, qui s’auto-entretiennent. Pour les Keynésiens, il faudra que l’Etat mène une politique contra-cyclique pour sortir du cercle vicieux de la dépression.

 

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