Notion abordée dans ce cours :

Flexibilité du marché du travail, taux de chômage, taux d’emploi, qualification, demande anticipée, salariat, précarité, pauvreté.
Afin de montrer que la diversité des formes et des analyses du chômage explique la pluralité des politiques, on analysera les politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale pour lutter contre le chômage keynésien, les politiques d’allégement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique, les politiques de formation et de flexibilisation pour réduire la composante structurelle du chômage.
On soulignera que les politiques de l’emploi sont aussi fondées sur la prise en compte du rôle du travail et de l’emploi dans l’intégration sociale. On se demandera en quoi ce lien entre travail et intégration sociale est fragilisé par certaines évolutions de l’emploi.
Acquis de première : chômage, productivité, demande globale, politique monétaire, politique budgétaire, rationnement.

Le taux d’emploi est la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler (15 à 64 ans). Le taux d’emploi reflète la capacité d’une économie à utiliser ses ressources en main-d’œuvre.

De nombreux économistes estiment que le taux d’emploi est une mesure plus pertinente que le taux de chômage pour évaluer la situation du marché du travail d’un pays. En effet, le taux de chômage, même défini selon la norme internationale du BIT, peut être modifié par différentes manipulations comptables (chômeurs catégorisés à tort comme handicapés, incitation au renoncement pour les demandeurs d’emploi en fin de droits,…) et particularismes locaux (faible participation des femmes,…).

Rappel : le chômage (personne active à la recherche d’un emploi) est calculé différemment selon les organismes.

Le taux de chômage mesure la part des chômeurs dans la population active.

1- La diversité des formes et des analyses du chômage explique la pluralité des politiques macro-économiques de lutte contre le chômage

 

1.1 – Lutter contre le chômage keynésien par des politiques de soutien de la demande

Pour Keynes, le chômage massif des années 1930 montre que le marché du travail n’arrive pas automatiquement à l’équilibre et qu’il peut y avoir un chômage involontaire qui s’explique par une insuffisance de la demande de biens et services. Le salaire n’aurait pas non plus d’influence sur la demande de travail qui dépendrait de l’anticipation de la demande de biens et services.

  • En effet, pour Keynes, les marchés sont interdépendants, son analyse se fait sous forme de circuit et  c’est le marché des biens et services qui va déterminer le niveau de l’emploi (notez que Keynes préfère parler de niveau d’emploi que de demande  de travail)
  • Comment se fixe le niveau de l’emploi selon Keynes ? L’emploi est avant tout déterminé par les anticipations des entreprises : la demande anticipée (dit « demande effective » dans le langage keynésien) va déterminer le niveau de la production et donc l’utilisation des facteurs de production c’est-à-dire le niveau de l’emploi (et de l’investissement).
  • Si les entreprises n’ont pas une forte demande à satisfaire, elles n’auront pas besoin de facteurs de production supplémentaire. Il n’y a pas de raison pour que leur embauche satisfaisant leur niveau de production nécessaire corresponde au niveau de plein-emploi. Selon Keynes, le chômage s’explique donc par une insuffisance de la demande effective (consommation et investissement) qui conduit les entreprises à anticiper une baisse de leur production et donc le volume de main d’œuvre nécessaire : le chômage est donc involontaire.
  • Pour résoudre le chômage, il faudrait donc, pour Keynes, relancer l’économie, c’est-à-dire relancer la demande. Pour lui, seul l’Etat peut suppléer la faiblesse de la demande en relançant l’investissement (hausse de l’investissement public et/ou baisse des taux d’intérêt) qui doit avoir un effet multiplicateur et/ou en relançant la consommation par une politique de redistribution des revenus avantageant les ménages ayant une forte propension à consommer (par exemple, aides sociales pour les plus pauvres) ou par une politique cherchant à créer des emplois (publics par exemple). La politique de relance keynésienne peut donc être une politique de relance budgétaire (en utilisant le budget de l’Etat, donc les dépenses publiques) ou une politique de relance monétaire (injection de monnaie dans l’économie ou en baissant les taux d’intérêt). Cette politique contra-cylcique engendre les anticipations optimistes des agents, qui va se traduire par des embauches supplémentaires et lançant ainsi l’économie dans le cercle vertueux de la croissance.
Remarque : dans une économie ouverte (non théorisée par Keynes), la relance de la demande peut aussi se faire par une hausse des exportations.
  • La politique de relance keynésienne : En réponse à la crise de 2008, tous les pays de l’OCDE ont mis en place des plans de relance. La principale difficulté de ces politiques réside dans leur financement. En période de récession, les recettes de l’Etat se réduisent déjà en même temps que ses dépenses augmentent : le niveau du déficit public ne permet donc pas la plupart du temps de mener les politiques de relance.

 

1.2 – Des politiques d’allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique

-le coût salarial est-il trop élevé en France ?

Pour les néo-classiques, le chômage résulte d’un coût trop élevé du travail qui pénalise notamment l’emploi des moins qualifiés dont la productivité marginale est moins élevée que le coût du travail. L’existence d’un salaire minimum implique l’existence d’un prix-plancher supérieur au salaire d’équilibre. Par exemple, en France, l’existence d’un Smic supérieur au niveau du salaire d’équilibre expliquerait alors le chômage, d’autant plus que le coût du travail pour l’entreprise inclut aussi les cotisations sociales finançant la protection sociale, qui alourdissent considérablement le coût du travail.

 La rigidité à la baisse des salaires explique que l’offre de travail soit supérieure à la demande de travail (car les entreprises subissent un rationnement du facteur travail du fait de son coût) et que l’équilibre ne puisse se faire par le marché.

Le chômage classique s’explique donc par un coût du travail trop élevé qui dissuade les entreprises d’embaucher et les incite à substituer du capital au travail.

-Quels sont les effets sur l’emploi d’une baisse du coût du travail ?

La baisse du coût du travail doit surtout viser les emplois les moins qualifiés, pour lesquels le niveau de productivité marginale est le plus faible (les entreprises comparent le coût salarial unitaire avec la productivité).

Une baisse du coût du travail signifie une baisse des charges sociales et donc des recettes pour les administrations sociales de Sécurité sociale. La tentation est de la compenser par une augmentation des autres recettes fiscales : par exemple, la TVA.

 

1.3  – Lutter contre le chômage structurel par des politiques de formation et de flexibilisation

La persistance d’un chômage massif peut s’expliquer par l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail (chômage structurel).

Les politiques de l’emploi peuvent donc chercher à agir soit sur l’offre, soit sur la demande de travail.

->D’une manière générale, les politiques de flexibilité du marché du travail sont des politiques d’inspiration libérale car la flexibilité du marché du travail doit permettre une meilleure rencontre de l’offre et de la demande de travail. Ce sont aussi des politiques de l’offre de biens et services (« politique de l’offre »), c’est à dire en faveur des entreprises qui cherche à agir sur la demande de travail.

-les différentes formes de flexibilité

Pour s’adapter aux fluctuations de la demande, les entreprises doivent avoir un système de production flexible. La flexibilité du marché du travail représente l’ensemble des mesures qui permettent aux entreprises d’adapter leur volume de travail aux évolutions de la demande. On distingue :

  • -la flexibilité externe : recours aux CDD, à la sous-traitance
  • -la flexibilité interne : variation du volume d’heures de travail
  • -la flexibilité fonctionnelle : variation des postes de travail auxquels sont affectés les salariés
  • -la flexibilité salariale : individualisation des rémunérations

->formation initiale, formation continue

Les politiques d’aide au retour à l’emploi, qui agissent sur la formation des chômeurs (comme celle qui soutiennent les revenus) sont plutôt des politiques de la demande (de biens et services), car elles sont en faveur des ménages. Elles cherchent à agir plutôt sur l’offre de travail

Le chômage structurel peut aussi provenir d’une inadéquation des qualifications des individus  (diplômes + expériences professionnelles) avec celles requises pour les emplois (capacités techniques requises par le poste), donc les politiques de formation initiées par l’Etat vont viser à améliorer la formation, afin de rendre les chômeurs (et même tous les actifs) employables.

 

CONCLUSION : Les politiques de l’emploi, ce sont toutes les interventions des pouvoirs publics sur le marché du travail. Les politiques actives sont les politiques de l’emploi qui ont pour objectif de soutenir l’emploi (créer des emplois ou empêcher leur destruction) ; les politiques passives sont les politiques de l’emploi qui ont pour objectif de limiter les effets néfastes du chômage (par le versement d’allocations, par exemple).

2 – Le travail, facteur d’intégration sociale

 

2.1 – Les politiques de l’emploi sont aussi fondées sur le rôle du travail dans l’intégration sociale

-le travail est un facteur d’intégration sociale parce qu’il a des fonctions sociales :

  •  il permet de créer des liens sociaux
  • il donne un rôle et un statut à un individu et lui permet de se construire une identité professionnelle et donc sociale (épanouissement). Par exemple, lorsqu’on analyse l’évolution du statut des femmes dans la société, on peut voir que l’acquisition d’une place sur le marché du travail a été pour elles fondamentale.

-le travail est un moyen d’apprendre la vie en société, de se sociabiliser : il structure le temps et l’espace, il construit un espace social permettant l’apprentissage de la vie avec les autres, la coopération et la collaboration des individus. Cet espace d’intégration peut se matérialiser dans l’existence de différentes instances (syndicats, comités d’entreprise, associations,..)

-le travail est un facteur d’intégration sociale parce qu’il a des fonctions économiques :

-le travail permet à l’individu de disposer de revenus primaires et de pouvoir ainsi participer à la société de consommation

-le travail permet à l’individu d’accéder à des droits sociaux (ex Sécu, allocations chômage) : le système de protection sociale étant financé par les cotisations sociales, il faut avoir travaillé pour pouvoir en bénéficier (système d’assurance sociale/ système d’aides sociales où les droits ne sont pas liés à la nécessité de cotisations.)

 

Serge Paugam présente le travail comme étant nécessaire à la satisfaction des besoins d’au moins trois dimensions des individus :

  1. l’épanouissement dans l’acte de travail lui-même (homo-faber)
  2. la satisfaction de la rétribution monétaire du travail (homo-oeconomicus)
  3. la reconnaissance par les autres du travail effectué (homo-sociologicus)

 

-Des politiques de l’emploi fondées sur le rôle du travail dans l’intégration sociale

Les politiques de l’emploi incluent des mesures pour renforcer la cohésion sociale en ciblant tout particulièrement les publics les plus fragiles pour favoriser leur retour à l’emploi.

1°exemple : le RSA : en permettant aux salariés les moins bien payés de continuer à percevoir un « RSA chapeau », cette aide sociale incite les bénéficiaires de minima sociaux à reprendre une activité, même minimale.

2°exemple :la flexécurité : une politique de l’emploi qui maintient le lien social

Les pays scandinaves ont fait le choix de la flexécurité (en conjuguant la flexibilité du marché du travail et la protection des salariés) qui se traduit par une mobilité forte des salariés, une indemnisation élevée et durable des chômeurs, un bon suivi des demandeurs d’emploi, …

 

2.2        Les évolutions de l’emploi peuvent fragiliser le lien entre travail et intégration sociale

Les évolutions de l’emploi sont l’augmentation et l’allongement de la durée du chômage, le développement de la précarité et de l’existence de travailleurs pauvres.

Le salariat n’est donc plus la norme d’emploi. Le salariat est le mode d’organisation du travail basé sur la rémunération de celui qui loue sa force de travail. En échange du travail effectué, le salarié reçoit une rémunération, identique tous les mois, ainsi que le financement de sa protection sociale. Pour montrer qu’une grande partie de la société est constituée de salariés et que des droits sont associés à ce statut, Robert Castel parle de société salariale.

Les politiques économiques de l’emploi sont déterminantes pour amortir les conséquences économiques de la baisse du taux d’emploi qui représente une baisse de recettes pour le système d’assurance sociale.

Elles sont aussi déterminantes pour amortir les conséquences sociales de l’exclusion d’un certain nombre d’individus du marché du travail.

-l’augmentation et l’allongement du chômage augmente le risque d’exclusion sociale (augmentation de la durée et existence d’un noyau dur) Le chômage engendre une baisse des revenus et donc une moindre possibilité de participer à la société de consommation : à long terme le chômage peut engendre une perte de logement, de droits sociaux et une rupture avec le reste de la société, un isolement social (par exemple, on a moins d’amis, pas les mêmes horaires que les autres, les chômeurs connaissent plus souvent le divorce,…)

-la précarité (situation d’emploi instable regroupant les CDD, l’intérim, les stages, les emplois aidés) et la flexibilité affaiblissent le lien social car elles entraînent une moindre reconnaissance sociale (emplois précaires, changeants, sentiment d’être interchangeable), des revenus plus faibles, des droits sociaux inférieurs,…Ceci touche en particulier les jeunes.

Les allers et retours entre travail et emploi, notamment chez les jeunes peut priver de la possibilité  de louer un logement, ne laissent pas le temps d’acquérir une expérience professionnelle suffisante et reconnue, donnant une identité professionnelle. Dans ces conditions, le travail n’est guère facteur d’intégration sociale.

-Aujourd’hui, le travail ne met plus non plus à l’abri de la pauvreté : environ 2 millions de personnes qui travaillent en France aujourd’hui ont un revenu inférieur à 60% du niveau de vie médian. Or la pauvreté est aussi un facteur d’exclusion sociale : elle ne permet pas de participer comme les autres à la société de consommation, elle peut priver de l’accès aux mutuelles complémentaires et peut amener à renoncer à se soigner et elle peut provoquer un certain isolement social.

-La détérioration des conditions de travail peut fragiliser le lien social

Les principes toyotistes du flux tendus et du travail collaboratif entraînent une pression sur les salariés (« implication contrainte ») qui rendent plus difficiles leurs conditions de travail. Le travail n’est alors plus forcément un lieu d’épanouissement personnel, mais peut devenir un lieu de harcèlement ou de tensions.

CONCLUSION : La place du travail, valeur centrale pour les occidentaux du 20° siècle se trouve ainsi modifiée. Aujourd’hui, dans les enquêtes d’opinion, la réussite professionnelle et familiale sont souvent mis sur un pied d’égalité par les hommes et les femmes. (J.Rifkin : la fin du travail) La montée de l’individualisme a augmenté l’importance de la place de l’épanouissement personnel dans la hiérarchie des valeurs, cela ne signifie pas pour autant que le travail ait disparu des valeurs. Par contre, l’individu a aujourd’hui plus tendance à donner de l’importance à l’épanouissement personnel qu’il trouve dans son travail qu’à l’utilité sociale de son emploi. Ainsi, plus l’écart est grand entre le travail tel qu’il est vécu et la représentation qu’a l’individu d’un travail épanouissant, moins le travail jouera sa fonction d’intégration sociale (risque de déclassement professionnel et social) Le travail ne serait alors qu’un vecteur parmi d’autres du lien social.

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