Notions Indications complémentaires
Avantage comparatif, dotation factorielle, libre-échange et protectionnisme, commerce intra-firme, compétitivité prix et hors prix, délocalisation, externalisation, firmes multinationales, spécialisation. En partant d’une présentation stylisée des évolutions du commerce mondial et en faisant référence à la notion d’avantage comparatif, on s’interrogera sur les déterminants des échanges internationaux de biens et services et de la spécialisation.
On analysera les avantages et les inconvénients des échanges internationaux pour les producteurs comme pour les consommateurs. On présentera à cette occasion les fondements des politiques protectionnistes et on en montrera les risques. On s’interrogera sur les effets d’une variation des taux de change sur l’économie des pays concernés.
En s’appuyant sur des données concernant le commerce intra-firme et sur des exemples d’entreprises multinationales, on abordera la mondialisation de la production. On analysera les choix de localisation des entreprises et leurs stratégies d’internationalisation. On étudiera à cette occasion les principaux déterminants de la division internationale du travail, en insistant sur le rôle des coûts et la recherche d’une compétitivité hors prix.
Acquis de première : gains à l’échange.

Introduction : la simultanéité du développement des échanges et du développement économique conduit à penser l’existence d’un lien entre commerce international et croissance. Pourtant, les formes actuelles de l’ouverture internationale peuvent aussi affecter la cohésion sociale et faire obstacle au développement dans certains pays. Les stratégies de croissance et les nouvelles modalités de financement de l’activité économique ont aussi donné naissances à de nouveaux acteurs et à de nouveaux enjeux de la mondialisation.

 

  1. L’évolution des échanges internationaux de biens et services

 

1.1          La mesure des échanges internationaux

 

a) Progression et diversité des échanges internationaux

-Depuis 1950, les échanges internationaux ont été multipliés par 20 alors que le PIB mondial ne l’a été que par 6 : il faut alors bien distinguer ce qui relève des échanges, du commerce de ce qui relève de la production.

L’explosion des échanges commerciaux est la 1° manifestation de la mondialisation et se traduit par une ouverture croissante des pays et en particulier de la France.

 

Rappel : taux d’ouverture : (X+M/2)/PIB x100 (en F=25%)

 

-Depuis la fin de la 2° guerre mondiale on constate un essor rapide des échanges qui se manifeste par une diversité croissante et par une transformation de leur structure.

Si, historiquement, les échanges internationaux ont d’abord porté sur les marchandises, ces 30 dernières années ce sont surtout les échanges de services et les mouvements de capitaux qui occupent une place prépondérante dans les échanges internationaux.

Les échanges de services représentent environ 20% des échanges mondiaux (S financiers, NTIC, télécom).

L’essor des flux de capitaux est lié à la dérèglementation, à la multiplication des innovations financières et  aux stratégies des FMN (le tout grâce aux NTIC).

 

 

-La mondialisation engendre une interdépendance des économies parce que chaque zone a tendance à se spécialiser  dans un double mouvement de tripolarisation (vision géographique par rapport aux 3 continents) et de régionalisation (accords commerciaux entre des blocs avec augmentation des échanges intra blocs). Le commerce mondial est surtout intrarégional.

 

 

 

 

 

 

Remarque :

Il faut bien distinguer :

-Internationalisation : développement des relations économiques entre les différentes nations : internationalisation des échanges de biens et services et des échanges de capitaux.

-Mondialisation :

Elle correspond à trois processus concomitants :

-l’internationalisation des biens, services et capitaux

-la mobilité internationale des facteurs de production, et plus particulièrement des capitaux (qu’on appelle la globalisation financière)

-le processus d’interpénétration  croissante des économies nationales (donc d’effacement progressif des frontières, d’affaiblissement des régulations nationales, et de déterritorialisation des activités économiques)

-Globalisation :

C’est le fait que de plus en plus les phénomènes ont des dimensions mondiales et doivent donc être analysés et traités à un niveau global, planétaire.

En économie, ce terme est assez proche de celui de mondialisation.

-globalisation financière :

La globalisation financière peut être définie comme un processus d’interconnexion des marchés de capitaux aux niveaux national et international, conduisant à l’émergence d’un marché unifié de l’argent à l’échelle planétaire

 

b) Les échanges internationaux sont mesurés par la balance des paiements

 

 

La balance des paiements retrace l’ensemble des «échanges économiques réalisés pendant un an entre les résidents et les non-résidents (attention différent du concept de nationalité) à travers 3 comptes :

->le compte des transactions courantes :

-échange de biens (balance commerciale)

-échange de services

-échange de revenus (revenus obtenus grâce aux IDE)

-transferts courants (vers les ONG ou UE par ex)

 

->compte financier :

-flux de capitaux (IDE)

-I de portefeuille

flux de devises et autres

->compte de capitaux : achat ou vente de brevet

 

Remarque : la balance des paiements est toujours équilibrée, car si les entrées sont inférieures aux sorties et qu’un solde est déficitaires on le compense en écrivant un solde du côté des entrées.

 

1.2         Les déterminants des échanges internationaux et de la spécialisation des pays

Ce qui détermine la spécialisation des pays, c’est-à-dire le fait de produire majoritairement un même bien et de l’exporter : est le fait qu’un pays bénéficie d’un avantage absolu de production, ou d’un avantage relatif ou sa dotation en facteurs de production les intérêts des FMN. En se spécialisant, les pays font des gains à l’échange : surplus réalisé suite à l’échange marchand de ce qu’ils ont produit.

a) A. Smith (1723-1790) et les avantages absolus

1776 : « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations »

Il va appliquer sa logique générale de la main invisible au niveau international en montrant que les pays ont intérêt à spécialiser leur production et à échanger avec les autres pays (division du travail mais au niveau international). Les pays n’ont pas que des intérêts économiques à échanger, le commerce international permet de :

–        pacifier les rapports internationaux

–        favoriser la croissance des pays

 

Logique de Smith : Les pays doivent se spécialiser dans la production des produits pour lesquels ils ont un avantage absolu par rapport aux autres pays. Un pays a un avantage absolu lorsque ses coûts de production sont plus faibles que ceux des autres pays grâce à une productivité du travail plus élevée. En se spécialisant ainsi, les pays disposent des produits au prix le plus bas. C’est pour cela qu’il est contre le protectionnisme, il faut libérer les échanges pour pouvoir obtenir les produits au meilleur prix (pas de droits de douanes).

b) D. Ricardo (1772-1823) et les avantages comparatifs (ou relatifs)

Ricardo va approfondir la logique de Smith en montrant que les pays ont intérêt à se spécialiser même s’ils n’ont pas d’avantages absolus. Pour lui il ne faut pas comparer les coûts absolus mais les coûts relatifs. Les pays ont intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels ils sont relativement les plus efficaces ou les moins inefficaces. Ainsi même si de manière absolus ont est moins efficace on a quand même intérêt à se spécialiser.

 

Illustration (G. Mankiw) : Comparaison entre M. Jordan et Mr X..

Il est très probable que M. Jordan soit à la fois plus efficace pour jouer au basket et pour tondre sa pelouse que Mr. X. (productivité plus grande, donc coût de production plus faible). Donc il a des avantages absolus pour les deux activités. Mais cela ne veut pas dire qu’il a intérêt à se spécialiser dans les deux activités et que l’autre n’a pas intérêt à se spécialiser dans une des deux activités. En effet le différentiel d’efficacité entre M. Jordan et Mr X. et sûrement plus important pour le basket que pour tondre la pelouse. Donc M. Jordan a intérêt à se concentrer sur le basket et à faire faire tondre sa pelouse par Mr. X qui pourra alors se spécialiser dans cette activité.

L’avantage comparatif, est le fait pour un pays d’avoir une productivité relative dans la production d’un bien (par rapport à d’autres biens) supérieure à celle des autres pays.

Dans cette logique il faut se spécialiser pour les activités de production pour lesquelles ont est relativement les meilleurs ou les moins mauvais et ainsi tous les pays ont intérêt à échanger.

Ricardo avait montré que le Portugal avait un avantage absolu dans la production du drap et du vin, mais qu’il est plus avantageux pour l’Angleterre produise le drap et le Portugal, le vin et d’échanger ensuite.

c) Le modèle HOS (Heckser-Ohlin-Samuelson)

C’est une reformulation de la théorie de Ricardo, le modèle permet d’expliquer d’où viennent les avantages comparatifs.

La dotation factorielle, c’est l’ensemble des facteurs de production dont dispose un pays.

Ce modèle explique la spécialisation par les différences relatives d’abondance de facteurs de production qui vont influer sur les coûts de production relatifs.

La spécialisation dépend donc de la dotation factorielle des pays.

Les prix des produits qui nécessitent l’utilisation intensive d’un facteur de production abondant sont relativement moins élevés que les prix des produits qui nécessitent l’utilisation intensive d’un facteur de production rare.

Donc les pays ont intérêt à se spécialiser dans la production des produits qui nécessitent relativement plus du facteur de production abondant (travail ou capital).

Critique : le paradoxe de Léontiev

Léontiev va chercher à vérifier empiriquement le modèle HOS en s’appuyant sur les échanges des Etats-Unis.

Il part du principe que le facteur le plus abondant aux Etats-Unis est le capital, sa spécialisation devrait donc aller vers des productions nécessitant relativement plus de capital. Or il montre que ce n’est pas le cas et que les Etats-Unis sont spécialiser relativement plus de travail.

Explication : Il faut affiner la mesure du facteur abondant. En effet à intensité capitalistique identique, la productivité du travail est plus importante aux Etats-Unis, c’est donc bien le travail son facteur de production abondant.

 

d) Les nouvelles théories du commerce international

Base : constat selon lequel le développement des échanges concerne particulièrement les échanges intra branches que jusque là les théories n’expliquent pas.

Les nouvelles théories du commerce international vont raisonner en terme de stratégies des entreprises (des FMN) et non en terme de spécialisation des pays.

On peut expliquer par deux facteurs le développement des échanges intra branche :

–        Dans le cadre des rendements croissants les entreprises ont intérêt à étendre leurs marchés pour faire des économies d’échelle : en augmentant leur niveau de production elles réduisent leurs coûts unitaires de production. Donc elles ont intérêt à vendre à l’étranger pour augmenter leur échelle de production et ainsi faire des économies d’échelle. P. Krugman

–        Les stratégies de différenciation des produits limitent la concurrence entre les firmes et les consommateurs font leur choix non plus en fonction du prix mais d’autres caractéristiques des produits, ce qui explique que dans une même branche on puisse avoir à la fois des produits nationaux et internationaux. (ex : secteur automobile) E. H Chamberlin

 

La spécialisation prônée par les théories libérales du commerce international conduit à la spécialisation des Etats, ce qui entraîne une division du travail au niveau international ; Qui produit ? quoi ?

La question qui se pose alors est de savoir si cette spécialisation est favorable aux Etats qui participent  aux échanges internationaux.

DIT : Expression de la spécialisation des différents pays qui participent aux échanges internationaux.

1.3         De l’ancienne à la nouvelle DIT

 

La DIT évolue avec les transformations de l’économie des pays et avec le développement des échanges internationaux.

On distingue traditionnellement deux périodes différenciant deux DIT :

 

 

 

a) L’ancienne DIT : 1950-1970

PED (pays en développement) : spécialisation dans les produits de base, les produits bruts

PD (pays développés) : spécialisation dans les produits manufacturés

Rem : Jusque là on peut relativiser l’existence d’une réelle DIT car les pays développés représentent une énorme majorité des échanges internationaux (plus de 70%)

 

b)   La nouvelle DIT : après 1970

 

L’époque est marquée par la montée en puissance des 4 dragons du sud est qui développent leur industrie (d’abord celles nécessitant beaucoup de main d’œuvre puis les autres, technique de remontée de filière). Cela entraîne une forte concurrence avec les pas développés qui doivent restructurer leur production vers des productions à haute intensité capitalistique.

Il en résulte une nouvelle DIT :

PED : Produits à faible Valeur ajoutée qui nécessite beaucoup de main d’œuvre

PD : Produits à forte valeur ajoutée qui nécessite des hautes technologies (la recherche et l’innovation leur permet de garder des avantages comparatifs dans ces domaines)

Rem :

–      Les PED se dirigent de plus en plus vers des industries au contenu technologique plus élevé (ex : électronique) et remettent en cause l’hégémonie des pays développés.

–      Avec le développement des échanges intra-branche et le boom des firmes multinationales dont les stratégies dépassent la logique des frontières, la lecture du commerce international au travers de la division internationale devient moins pertinente au moins pour ce type d’échanges.

 

c)    Une insertion inégale dans la DIT

 

C’est l’évolution de la DIT qui explique l’évolution des termes de l’échange

->Il ne suffit pas d’analyser la balance des paiements, il faut aussi analyser les termes de l’échange, et surtout l’évolution des termes de l’échange.

 

Rappel : (évolution) les termes de l’échange= (indice du) prix des exportations/ (indice du prix) des importations

 

On peut accroître son excédent commercial en vendant les mêmes quantités de produits à l’étranger si le prix relatif à augmenter (ex pétrole, minerai, céréales)

A l’inverse, on peut échanger toujours les mêmes quantités mais avec les prix des produits exportés qui diminuent ou qui augmentent moins vite que le prix des biens importés : il y a alors dégradation des termes de l’échange.

C’est la situation qu’a connu et que connaît encore certains PED qui exportent des matières premières, notamment alimentaires.

 

Entre 1948 et 2005 l’insertion dans le commerce international n’a pas été égalitaire, on peut mettre en évidence des perdants et des gagnants. Ainsi il semblerait que l’insertion dans le commerce international ne mettent pas fin aux inégalités, et qu’au contraire elle tend à les accentuer.

En effet certains pays en particulier les pays d’Asie ont vu leur croissance économique exploser grâce au développement de leurs échanges internationaux (l’Asie représentait 14% des exportations en 1948 elle en  représente 27,4% aujourd’hui). Cette croissance s’explique par l’amélioration de leur terme de l’échange liée à l’évolution de leur spécialisation vers des produits technologiques.

A l’inverse les pays d’Afrique ont vu leur situation se dégrader (leur part dans les exportations est passé de 7,3% à 2,9%).

On peut mettre en évidence le fait que les pays gagnants, les pays les plus dynamiques sont ceux spécialisés dans les produits dont la demande mondiale progresse le plus rapidement (pays d’Asie). Alors que la spécialisation d’autres pays du sud n’est pas pertinente au regard de l’évolution de la demande mondiale (Afrique et Amérique latine) d’autant plus que les termes de l’échange sont bien souvent désavantageux pour ce type de produits.

En dehors de la spécialisation on peut mettre en évidence d’autres facteurs dans la qualité de l’insertion dans la DIT :

– les politiques de l’Etat : dans les NPI les Etat ont mené des politiques actives de promotion des exportations, de développement d’infrastructures…

 

 

  1. Libre-échange ou protectionnisme

 

2.1         les avantages et les inconvénients des échanges internationaux pour les producteurs comme pour les consommateurs.

a) La théorie libérale affirme que le libre échange est une condition de l’efficacité optimale de l’économie.

Arguments en faveur du libre échange :

 

->les avantages pour les consommateurs :

– Il permet d’exporter et d’importer des produits au meilleur prix, ce qui est favorable à une hausse du niveau de vie (produit moins cher) et donc à la croissance

– L’échange international permet d’accroître la diversité des produits offerts (incitation à la consommation)

– Il permet d’éviter les risques de pénuries (matières énergétiques notamment)

– Il favorise la concurrence ce qui pousse à une amélioration de la compétitivité prix et hors prix

 

 

 

->les avantages pour les producteurs :

– La spécialisation dans des secteurs où l’on possède des avantages comparatifs  permet d’utiliser de façon la plus efficace les facteurs de production disponibles dans le pays (gains de productivité)

–  Il permet aux entreprises d’augmenter les parts de marché

– L’élargissement des marchés que permet le libre échange permet de bénéficier d’économies d’échelle favorables à la baisse des prix et donc à une hausse de la demande

– Il permet de bénéficier de technologies étrangères indisponible dans le pays

– Il permet de favoriser l’accueil d’IDE qui peuvent favoriser la croissance et le développement du pays (transformation technologiques, formation de la population locale)

– Il permet d’éviter les risques de pénuries (matières énergétiques notamment)

 

 

b) Critiques des analyses libérales traditionnelles

–        L’échange international est inégal car toutes les spécialisations ne se valent pas (elles ne permettent pas toutes de dégager autant de VA) (voir la problématique des termes de l’échange)

–        Le libre-échange peut être à l’origine d’une croissance appauvrissante

–        La spécialisation internationale peut conduire à la dépendance dans l’approvisionnement (ex : matières premières) ou dans les débouchés (café, banane,…). Cette dépendance peut fragiliser les pays qui y sont soumis.

–        Le libre-échange et la spécialisation qui en découle peut amener à la disparition de secteurs d’activité et la hausse du chômage.

–        Le choix des spécialisations appartient aux FMN qui échappent à la logique de l’intérêt particulier de chaque pays (difficulté de contrôle par les Etats et les organisations supranationales)

 

 

 

 

2.2        Les fondements des politiques protectionnistes et leurs risques

a)    Arguments en faveur du protectionnisme

 

Il est intéressant de voir qu’historiquement les périodes de libre échange sont minoritaires dans l’histoire des relations internationales.

Quatre périodes peuvent être distinguées entre 1815 et 1913 :

–      1815-1846 : extension progressive du libre-échange au Royaume Uni (l’agriculture reste protégée par le vote de la « corn law » en 1815, mais en 1842, les droits de douane sur les produits manufacturés sont fortement réduits), protectionnisme dans le reste du monde.

–      1846-1860 : Libre-échangisme du Royaume Uni (abolition de la « corn law » en 1846, démantèlement des barrières douanières en 1860), protectionnisme du reste du monde.

–      1860-1880 : extension du libre échange entre les économies européennes (Traité de commerce franco-anglais en 1860), protectionnisme renforcé aux Etats-Unis suite à la Guerre de Sécession.

–      1880-1913 : retour et renforcement du protectionnisme en Europe Continentale (Loi Méline en France en 1892), libre-échange du Royaume Uni, et renforcement du protectionnisme aux Etats-Unis (taux moyen des droits de douane est porté à 57% en 1897).

 

ð Au final, durant le XIXème siècle, le protectionnisme est davantage la règle que le libre-échange.

ð Ainsi, à la fin du XIXème siècle, la croissance des échanges internationaux s’explique en partie par l’abaissement du coût du transport maritime (diffusion de la machine à vapeur).

 

   Protectionnisme : il désigne l’ensemble des mesures de politiques commerciales qui visent à empêcher ou à limiter la circulation des produits entre les nations. Il peut être tarifaire (droits de douane, c’est-à-dire taxes) ou non tarifaire (quotas, normes sanitaires)

 

Droits de douane : taxes prélevées sur les importations. On distingue les DD ad valorem qui sont fixés en proportion de la valeur de la marchandise et les DD spécifiques qui correspondent à un montant unitaire fixe.

 

Discriminations non tarifaires : obstacles aux importations qui ne sont pas des DD (quotas, normes sanitaires, etc.).

 

è Le protectionnisme peut être favorable aux industries naissantes

L’économiste allemand F. List participe en 1819 à la création  d’une association de négociants et de fabricants qui lance une pétition visant à la suppression des barrières douanières entre les Etats allemands. Cette campagne contribuera à la mise en place du Zollverein en 1834. Après un séjour aux Etats-Unis, où il observe et analyse le système protectionniste, List publie en 1841 son ouvrage Système national d’économie politique. Contre les thèses de l’école libérale anglaise, List met en évidence le fait que la concurrence ne peut être bénéfique qu’entre nations ayant un niveau de développement comparable. Il dénonce le comportement des britanniques qui, industrialisés plus précocement, plaident pour un libre échange qui pérenniserait leur domination. List se prononce pour la « protection des industries naissantes ». Au moment  où elles  apparaissent,  les “industries dans l’enfance” ne peuvent lutter à armes égales avec celles de pays à industrialisation plus avancée (qui réalisent des économies d’échelle). La libre compétition entre pays inégaux risque de  bloquer le développement du plus faible. Il importe donc de mettre les  “industries naissantes”  provisoirement à l’abri de la concurrence étrangère,  le temps nécessaire  pour  qu’elles acquièrent, grâce aux  économies d’échelle, la compétitivité indispensable à leur survie.

Dans ce cadre, la protection, dont il affirme, la nécessité doit être:

– limitée : des industries jeunes, trop abritées de la concurrence étrangère pourraient ne pas faire l’effort de productivité nécessaire.

– provisoire: il ne faut pas créer des productions artificielles mais celles qui peuvent, une fois assurées, soutenir la concurrence.

Ces mesures de protection sont justifiées par les obstacles, eux-mêmes provisoires que rencontre une industrie naissante:

– l’inexistence d’une main-d’œuvre qualifiée qui se formera en même temps que l’industrie;

– les habitudes prises par le consommateur qui n’abandonnera qu’à la longue le produit importé pour son analogue ou son substitut national;

– l’insuffisance d'”économies internes” dans les productions à coût décroissant, aussi longtemps que les séries produites sont restreintes;

– l’insuffisance aussi d'”économies externes”: une firme isolée, une industrie isolée dans une économie peu développée supportent un handicap. Il faudrait donc protéger aussi longtemps qu’une certaine dimension et une certaine diversité n’ont pas été atteintes.

 

-> le protectionnisme peut être favorable aux industries vieillissantes :

M. Allais

Il faut protéger les industries vieillissantes pour leur permettre de se restructurer ou se reconvertir ce qui n’est pas possible dans le cadre de la concurrence internationale. Cela est nécessaire pour éviter que ces industries disparaissent sans qu’il y ait de solutions pour les emplois ainsi détruits.

è J.M. Jeanneney : pour un nouveau protectionnisme

Contexte de l’économie française à la fin des années 1970 :

–      stagflation

–      montée du chômage

–      hausse de la « contrainte extérieure » : l’ouverture internationale accroît la concurrence pour les entreprises domestiques (hausse des importations)

–      Faiblesse de la compétitivité des entreprises françaises

 

 

Thèse défendue par J. M Jeanneney :

–      le système productif français doit nécessairement se reconvertir ;

–      le processus sera consommateur de temps ;

–      il faut protéger les entreprises le temps d’opérer la reconversion ;

–      pour des raisons d’ouverture, la politique de protection ne peut être nationale mais de « zone » (européenne) ;

–      pour des raisons de légitimité politique, la politique de protection doit être officielle (refus du protectionnisme déguisé : valorisation d’un système de taxes).

ð Reprise de la thèse de List (qui s’est traduite par la mise en place du Zollverein en Allemagne à la fin du XIXème siècle) : protectionnisme temporaire et de zone.

 

->le protectionnisme peut être favorable pour une politique commerciale stratégique 

Il ne s’agit pas exactement de protectionnisme mais de politiques des Etats visant à construire leurs avantages comparatifs en stimulant la compétitivité de certains secteurs jugés stratégiques (agriculture, aéronautique,…). Il peut s’agir de financement de la recherche, de politique de restructuration industrielle, de soutien à l’investissement, de politique favorisant la qualification de la main d’œuvre dans les secteurs stratégiques, de subventions,…

b)   Les dangers du protectionnisme

–      Frein à la concurrence

–      Hausse des prix

–      Source de guerre commerciale

–      Réduction de la différenciation des produits

–      Frein à la recherche de compétitivité

–      Maintien des secteurs peu compétitifs au détriment d’autres secteurs

 

ð Il y aurait une perte sociale globale car les surplus des producteurs et de l’Etat est inférieur à la baisse de surplus des consommateurs (baisse de la consommation due à la hausse des prix)

 

 

  1. FMN et mondialisation de la production

 

3.1         Les choix de localisation des entreprises et leurs stratégies d’internationalisation

 

a)    Le développement des FMN

 

Les firmes multinationales, que l’on appelle aussi les FTN sont des acteurs essentiels de la mondialisation.

Les FMN sont des entreprises industrielles, commerciales ou financières, dont les produits sont vendus et surtout fabriqués dans plusieurs pays, selon la DIPP (division internationale du processus de production, c’est-à-dire production divisée entre les pays en fonction des avantages de chaque pays.)

A partir des 60s, les FTN se développent : à partir des 90s, il y a beaucoup moins de création de filières et de transplantation d’usines, mais plus souvent des opérations de fusion acquisition par lesquelles prend le contrôle d’une autre par acquisition de tout ou d’une partie de son capital (croissance extensive) ; permises par la libéralisation des marchés financiers qui facilitent les OPA et OPE.

Rappel : la mondialisation c’est l’échange de biens et services, mais aussi la circulation de capitaux : c’est eux qui ont le plus augmenté ces dernières années : on distingue les IDE= acquisition d’au moins 10% des actions ou des droits de vote dans l’entreprise ; des investissements de portefeuille, placement spéculatifs sur le marché des capitaux.

Les pays industrialisés émettent + de 90% des IDE et en reçoivent 70%.

 

-Les échanges intra firmes représentent aujourd’hui 30% des échanges marchands (c’est-à-dire entre filiale et maison mère) ; les échanges avec au moins une FMN représentent 90% des échanges= la concurrence au niveau international est de plus en plus oligopolistique.

Commerce intra-firme : échange de biens et services réalisés entre les filiales du FMN.

-Les stratégies des FMN sont soumises à 2 types de contraintes :

Une exigence de rentabilité par rapport aux actionnaires et une exigence de compétitivité prix ou hors prix pour faire face à la concurrence.

La compétitivité, c’est la capacité à résister à la concurrence, on peut la mesurer par les gains de parts de marché (entreprise, industrie ou pays).

En fonction du produit et du marché, l’entreprise peut choisir une stratégie centrée sur

-la compétitivité prix : capacité à résister à la concurrence par les prix, suppose une action sur les coûts de production, par exemple un délocalisation de la production ou un investissement à l’étranger où les coûts de production sont les plus bas.

-la compétitivité hors prix ou structurelle : c’est une stratégie qui peut viser la différenciation de produits ou une action sur l’image de marque ou le service après-vente. Cette stratégie impose d’importantes en recherche-développement pour trouver des produits innovants.

 

b)    Les FMN modèlent  la DIT

 

Les FMN ont un poids de plus en plus important dans les échanges internationaux, les échanges intra-firmes représentent plus de 30% du commerce mondial en 2004, 9,1% du PIB mondial et 57,4% des emplois. Ainsi les FMN ont un impact sur la forme et la logique des échanges, la structure des échanges s’expliquent plus par leurs stratégies que par les choix et la volonté des Etats.

On peut expliquer par deux facteurs le développement des échanges intra branche :

–        Dans le cadre des rendements croissants les entreprises ont intérêt à étendre leurs marchés pour faire des économies d’échelle : en augmentant leur niveau de production elles réduisent leurs coûts unitaires de production. Donc elles ont intérêt à vendre à l’étranger pour augmenter leur échelle de production et ainsi faire des économies d’échelle. P. Krugman

–        Les stratégies de différenciation des produits limitent la concurrence entre les firmes et les consommateurs font leur choix non plus en fonction du prix mais d’autres caractéristiques des produits, ce qui explique que dans une même branche on puisse avoir à la fois des produits nationaux et internationaux. (ex : secteur automobile) E. H Chamberlin

 

-> Les FMN ont une stratégie de localisation internationale pour améliorer leur compétitivité-prix

Pour baisser leur coût de production, les entreprises peuvent choisir d’externaliser  (faire appel à une entreprise extérieure pour réaliser une partie de sa production) ou de délocaliser leur production.

-une entreprise peut localiser sa production là où le coût de la main d’œuvre est le plus faible (ainsi, la moitié des IDE est destinée à des pays en développement) Mais le coût du travail doit aussi être comparé à sa productivité.

-une FMN peut localiser sa production là où les coûts des transports sont les moins chers : cela peut être au plus proche de l’approvisionnement en matières premières ou au plus proche des marchés de débouchés. Cela justifie alors la présence des FMN dans les pays européens par exemple et cela explique parfois certaines stratégies de relocalisation.

-d’autres coûts peuvent être pris en compte, en particulier les impôts et taxes que les Etats vont faire porter aux entreprises : les FMN vont alors aussi choisir d’implanter telle ou telle étape de sa production dans tel pays pour optimiser sa fiscalité.

Qu’est-ce qu’une délocalisation ?

C’est la fermeture d’une unité de production dans un pays pour en ouvrir une dans un autre pays. (C’est un déménagement d’unité de production via un investissement direct à l’étranger).

Donc pour que l’on puisse parler de délocalisation au sens strict il faut que la fermeture d’une unité de production soit le résultat d’un transfert de production d’un pas à l’autre.

Pourquoi délocaliser ?

Les entreprises délocalisent vers les PVD pour améliorer leur compétitivité-prix, mais aussi pour améliorer leur compétitivité hors-prix

Les effets contrastés sur l’emploi pour les pays subissant les délocalisations

A cout terme, les effets directs sont plutôt néfastes pour l’emploi :

– sur le niveau de l’emploi car les délocalisations entraînent des destructions importantes d’emplois

– sur la qualité de l’emploi car les FMN mettent en concurrence les pays ce qui conduit à des pressions à la baisse sur le coût du travail (réduction des prestations sociales, remise en cause des acquis sociaux, pression à la baisse sur les salaires,…)

A plus long terme les délocalisations peuvent avoir des effets plus positifs sur l’emploi

– Une délocalisation en rationalisant la production et en réduisant les coûts peut permettre de sauvegarder une partie des emplois qui auraient disparu dans le cas contraire. (Sauvegarde d’une partie des activités)

– Les délocalisations peuvent permettre de restructurer la production vers des activités plus favorables aux Etats (recherche et développement, design, marketing,…). (Processus de destruction créatrice)

– Les FMN relocalisent une partie de la production dans les PDEM (la majorité des IDE vont dans les  PDEM) ce qui est créateur d’emplois qualifiés, mais il y a une inadéquation entre les emplois détruits qui libèrent de la main d’œuvre peu qualifiée et les emplois créés qui nécessitent de la main d’œuvre qualifiée.

 

 

 

 

 

->Les FMN ont une stratégie de localisation internationale pour améliorer leur compétitivité-hors prix

 

-une FMN peut s’implanter au plus près des marchés, par exemple au sein de l’UE. Par exemple, l’entreprise Zara préfère réaliser l’essentiel de sa production en interne pour être plus réactive à l’évolution du marché

-une FMN peut choisir de s’implanter là où les infrastructures sont de qualité pour bénéficier d’une meilleure compétitivité hors-prix (ex : un bon service après-vente, ou un bon service d’acheminement des produits)

-une FMN peut choisir de s’implanter là où la main d’œuvre est qualifiée, donc plus productive, plus à même de produire des produits de qualité ou à plus forte valeur ajoutée. Par exemple, l’entreprise Afflelou a préféré relocaliser sa production en France pour améliorer la qualité de ses produits.

-Une entreprise peut choisir de miser sur l’innovation pour améliorer sa compétitivité-hors prix, c’est-à-dire de chercher une différenciation horizontale ou verticale de ses produits.

 

3.2        FMN et spécialisation des Etats

 

Les stratégies des FMN expliquent de plus en plus la spécialisation des Etats, même si ces derniers jouent encore un rôle au travers des politiques mises en place pour attirer les FMN.

Les critères de localisation des FMN dépendent de l’étape de la production :

–      En amont  (QG, Recherche développement,..) : les FMN sont influencées par l’environnement du pays (stabilité politique, pole de compétitivité,…) et la qualification de la main d’œuvre.

 

–      Au niveau de la production : les FMN vont chercher des coûts salariaux bas. Mais ce n’est pas forcément vrai pour tous les types de production. Par exemple le cycle de vie du produit peut aussi influencer la localisation. Ainsi lorsque les produits ont un cycle de vie court cela nécessite une forte adaptation de la main d’œuvre qui doit pouvoir s’adapter à une production qui évolue souvent. Il s’agit de main d’œuvre plus qualifiée ce qui peut expliquer que ce type de production ne se localise pas dans les pays à bas salaires

 

–      En aval (logistique, bureau commerciaux, service après vente,…) : les FMN vont être influencées par la taille du marché de la zone d’accueil et la qualité des infrastructures.

 

Ainsi les logiques de localisation sont multiples et répondent à différents objectifs :

–      Une volonté de baisse des coûts de production (recherche de compétitivité prix) : Localisation nord/sud

–      Une volonté de rapprochement des marchés locaux (recherche de compétitivité hors prix) Localisation Nord/Nord

 

Les phénomènes de délocalisations liés aux stratégies des FMN ne sont pas forcément que liés à la concurrence des pays qui ont des coûts du travail plus faibles.

Mais dans tous les cas ces stratégies de localisations conduisent à une mise en concurrence des pays qui cherchent à attirer les IDE cela conduit :

–      Au dumping salarial et fiscal (ex Irlande qui mène une politique d’exonération fiscale pour attirer les entreprises informatiques)

–      Politique de développement de pôles de compétitivité pour permettre aux FMN de bénéficier d’économie d’échelle externe

–      Politique d’amélioration des qualifications de la main d’œuvre

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