1.2 Le chômage peut donc s’expliquer, non pas par le progrès technique lui-même, mais par les formes de la mise en œuvre du progrès technique

1.2 Le chômage peut donc s’expliquer, non pas par le progrès technique lui-même, mais par les formes de la mise en œuvre du progrès technique

-Si une entreprise est en situation de monopole, ce qui est souvent le cas en situation d’innovation, elle ne peut pas répercuter la hausse de la productivité due au progrès technique sur la baisse des prix. Il n’y aura donc pas de croissance de la demande pour venir compenser les effets négatifs du progrès technique sur l’emploi.

-Les gains de pouvoir d’achat engendrés par la hausse de la productivité peuvent ne pas se traduire par une hausse de la demande mais par une hausse de l’épargne pour les ménages et les entreprises.

-Les emplois crées peuvent ne pas correspondre aux qualifications des travailleurs ce qui peut engendrer un chômage technologique, au moins momentanément.

-Le chômage s’explique donc beaucoup moins par le progrès technique que par l’ajustement des marchés  de biens et services et par le fonctionnement du marché du travail.

1.1 Le progrès technique influence le volume de l’emploi et  transforme la structure des emplois

1.1 Le progrès technique influence le volume de l’emploi et transforme la structure des emplois





[-> Pix : Alfred Sauvy]

CHAPITRE 3:  CROISSANCE, PROGRES TECHNIQUE ET EMPLOI

L’emploi est au cœur des préoccupations économiques contemporaines. Dans une société où l’identité sociale passe essentiellement par le travail, il est important de se demander quels sont les facteurs à même de faire varier la quantité et la qualité des emplois offerts, en particulier quel rôle joue le progrès technique dans ces transformations, comment l’organisation du travail a-t’elle transformé l’emploi et comment les politiques de lutte contre le chômage cherche t’elle à répondre aux évolutions actuelles du marché du travail.


Il faut distinguer:

  • Travail: activité rémunérée qui constitue avec le capital un facteur de production. On se place ici du côté de l’entreprise: offre de travail = demande d’emploi et demande de travail = offre d’emploi
  • Emploi: exercice d’une profession rémunérée. On se place ici plutôt du côté du salarié.

 

  1. LE PROGRES TECHNIQUE EST FACTEUR DE CROISSANCE ET CREATEUR   D’EMPLOIS

Le progrès technique est source de croissance parce qu’il permet des gains de productivité. Le PT est la principale source des gains de productivité avec l’organisation du travail qui est une forme particulière de PT.

(PT + Organisation du travail)? Gains de productivité? Croissance? Création d’emploi et modification de la structure de l’emploi.

Le PT est donc source de croissance économique (LT) et parce qu’il va engendrer de la croissance, il va entraîner à terme une création d’emplois et une modification de la structure des emplois.

 

L’analyse séculaire (sur un siècle) montre que la productivité par tête et la productivité horaire ont connu une très forte croissance depuis la fin du 19° siècle. La durée annuelle du temps de travail n’a cessé de se réduire et ce depuis le début du XIXème.

On constate une forte augmentation du niveau de la production sur la même période. Jusqu’à la fin des années 1960, l’emploi en France a connu une augmentation régulière jusqu’à la montée du chômage à partir de 1975 (et exceptée la crise des années 1930).

 

Si l’augmentation de la productivité permet d’économiser le facteur travail celui-ci se décompose en deux parties le nombre de salariés et le nombre d’heures travaillées. Or, l’évolution séculaire montre que l’augmentation des gains de productivité s’est surtout faite en faveur d’une réduction du temps de travail et non pas par une réduction du nombre d’emplois.

 


1.1 Le progrès technique influence le volume de l’emploi et  transforme la structure des emplois

a) Le progrès technique contribue à la création d’emplois à long terme mais peut générer du chômage à court terme

Document 2 :

« Je travaille dans la sidérurgie au train à chaud à Fos-sur-Mer depuis son ouverture an 1972. A l’époque, nous étions 7200 salariés. Nous ne sommes plus que 3200 personnes aujourd’hui, et nous produisons deux fois plus d’acier qu’il y a trente ans. […] Pour le grand public l’image de la sidérurgie est vieillotte. En réalité, c’est une industrie high-tech. Elle subit des révolutions technologiques régulières. […] Dans les années 1980, nous avons beaucoup investi dans l’informatique. Très vite, nous sommes devenus la troisième industrie consommatrice d’informatique après l’industrie aérospatiale et l’automobile. Aujourd’hui à Fos, chaque ouvrier a son ordinateur et sa boîte aux lettres électronique. Nous communiquons surtout par l’intranet. Toutes les opérations sont contrôlées grâce à des boîtes numériques.

Evidemment, certains métiers ont disparu : auparavant, il y avait, par exemple, un recordeur sur le train à chaud qui annonçait les spécifications du produit à fabriquer pour que les ouvriers fassent leurs réglages. Le poste de recordeur a été remplacé il y a dix ans par des ordinateurs qui ajustent eux-mêmes les machines. Rares sont aujourd’hui les opérations manuelles. L’ouvrier qui autrefois jugeait à l’œil si la plaque d’acier avait l’épaisseur et la densité requises s’en remet aujourd’hui à son ordinateur. Les hauts fourneaux aussi sont gérés par intelligence artificielle là où auparavant le dosage du coke, du minerai de fer, de la température se faisaient au nez. De même, quand il ya un incident, le système informatique analyse immédiatement la cause de la panne, alors qu’autrefois c’était à nous de comprendre. Résultat : une équipe d’entretien ne compte plus que six personnes contre dix auparavant.

Les progrès techniques sont à l’origine d’environ 2000 suppressions d’emplois. Ceux-ci correspondent aux postes les moins qualifiés, en particulier dans la manutention. […]

Parallèlement à ces suppressions d’emplois, de nouveaux métiers sont nés. Des animateurs de sécurité surveillent aujourd’hui les conditions de travail. Des commerciaux travaillent dans l’usine pour suivre la qualité des produits pour le compte des clients : nous sommes passés d’une logique de production, peu vigilante aux besoins de ses clients, à celle d’une grande exigence sur la qualité et les spécificités des produits. Des emplois ont aussi été créés dans le domaine du contrôle financier : des techniciens font aujourd’hui une comptabilité analytique précise et quotidienne à chaque étape de la production. […]

Témoignage de Dominique Plumion, contremaître chez Sollac (aujourd’hui Arcelor Mittal), cité dans Laurence Bagot (coord.), Le petit économiste illustré, Paris, Bréal, 2002, p.66. 

  1. Quelles transformations a connu Sollac depuis les années 1980 ?
  2. Quelles ont en été les conséquences pour l’emploi ?


=>Au travers d’une analyse microéconomique (on s’intéresse à une entreprise en particulier ce n’est pas une analyse globale), on peut déjà mettre en évidence plusieurs liens entre le progrès technique et l’emploi :

  • L’apparition de nouvelles technologies fait disparaître certains métiers et crée ainsi un chômage technologique : chômage dû à la mise en place de nouveaux procédés de production, à ne pas confondre avec le chômage technique, qui correspond à de l’inactivité forcée des salariés décidée par le chef d’entreprise pour réduire la production lorsque la conjoncture est mauvaise (les heures non travaillées seront moins rémunérées). Ce type de chômage touche plus particulièrement des salariés peu qualifiés.
  • Au-delà de ce chômage technologique, le progrès technique va engendrer du chômage si la productivité qu’il permet augmente plus vite que la hausse de la production

=>A plus long terme au niveau macro-économique, on voit apparaître de nouveaux métiers qui sont liés au progrès technique et qui viennent compenser la destruction initiale d’emploi. Ils correspondent à des emplois qualifiés et appartenant au secteur tertiaire. Ainsi les salariés licenciés auront des difficultés à changer d’emploi et profiter de cette apparition de nouveaux métiers, en effet il y a une inadéquation entre leur qualification et les nouveaux métiers. C’est un des facteurs expliquant le chômage structurel : chômage provenant des changements de structure (ici le décalage entre la formation de la main d’œuvre disponible et la formation requise pour les emplois).


C’est A. Sauvy et J. Fourastié qui ont théorisé ce mécanisme au travers de la théorie de la compensation.

Ils vont montrer que si à court terme et au niveau microéconomique le progrès technique entraîne nécessairement une destruction d’emplois, à long terme et au niveau macroéconomique il est créateur d’emploi du fait du surplus de croissance qu’il permet et qui entraîne des créations d’emplois qui viennent compenser les destructions initiales.


Leur analyse repose sur plusieurs arguments :

  • Le progrès technique nécessite la création de nouveaux emplois pour produire les nouvelles machines et assurer leur maintenance (cf. exemple de Sollac)
  • Le progrès technique est à l’origine de gains de productivité qui permettent de réduire les coûts de production et les prix de vente, des salaires,… provoquant une hausse de la production.
  • Le progrès technique peut être à l’origine de consommations nouvelles

Ainsi les emplois détruits dans certains secteurs vont être compensés par la création d’emplois dans d’autres secteurs, c’est le déversement.


  • Le progrès technique va entraîner des pertes d’emplois dans les secteurs où les gains de productivité qu’il permet sont supérieurs à l’augmentation de la production.
  • Le progrès technique va être créateur d’emplois dans les secteurs où les gains de productivité sont inférieurs à l’augmentation de la demande.


Au niveau global, on s’aperçoit que la destruction d’emplois dans certains secteurs est plus que compensée par l’augmentation de l’emploi dans d’autres secteurs.

On s’aperçoit que les périodes de forte augmentation de la productivité s’accompagnent de taux de chômage faibles et inversement ce qui tend à montrer que le progrès technique qui est à l’origine de l’augmentation de la productivité ne va pas à l’encontre de l’emploi mais qu’au contraire il est créateur d’emplois.


Synthèse : Les effets du progrès technique sur l’emploi

Au niveau microéconomique et à court terme

Au niveau macroéconomique et à long terme

Destruction d’emplois du fait de l’apparition de nouvelles façons de produire qui nécessite moins de main d’œuvre.

Création d’emplois pour produire les nouvelles machines.

Créations de nouveaux emplois dans les secteurs innovants

Créations d’emplois liés à l’augmentation de la demande (notamment dans des secteurs où les gains de productivité sont faibles) induite par la hausse du pouvoir d’achat

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