DEFINITIONS PARTIE 2 CHAPITRE 2

DEFINITIONS DE LA PARTIE2 CHAPITRE 2

 

Action collective : Action commune menée par plusieurs personnes en vue d’atteindre un certain objectif commun.

 

Mouvement social :

-Un mouvement social est une action collective de grande ampleur qui touche la société dans son ensemble

-Un mouvement social est une forme d’action collective protestataire

 

Institutionnalisation= de plus en plus reconnu et encadré par des institutions.
Nouveaux Mouvements sociaux : mouvements sociaux avec de nouvelles stratégies,  nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux non centrés sur le travail.

 

Paradoxe d’Olson montre que la mobilisation collective peut être freinée par la rationalité des agents qui ont intérêt à agir en passager clandestin pour profiter des avantages de l’action collective sans en subir les coûts.

 

DEFINITIONS PARTIE2 CHAPITRE1

DEFINITIONS PARTIE 2 CHAPITRE 1

 

 

Classe sociale : groupe social dont l’origine est économique (place dans le rapport de production) et qui se distingue des autres groupe par un niveau de vie, un mode de vie et des pratiques culturelles spécifiques. Les classes sociales sont marquées par une tendance à l’hérédité sociale.

 

Différence c’est une caractéristique qui permet de distinguer deux individus ou deux groupes sans que cela conduise nécessairement à une hiérarchie entre les deux.

 

Inégalité c’est une différence qui entraîne hiérarchie, ici la différence se traduit par un désavantage (pour celui qui subit l’inégalité) dans l’accès aux ressources matérielles, politiques, symboliques, valorisées par la société. Il y a donc inégalité lorsque la répartition des ressources socialement valorisées n’est pas uniforme mais qu’il ya des groupes qui sont avantagés par rapport à d’autres.

 

Mode de vie : Façon de vivre, de consommer, d’utiliser les loisirs ; d’un ménage ou d’un groupe social.

 

Moyennisation : émergence d’une vaste classe moyenne et diffusion de ses normes et valeurs à l’ensemble de la société.

 

Niveau de vie : Pouvoir d’achat, quantité de biens et de services dont peut disposer un ménage ou un groupe social étant données ses ressources (revenu disponible).

 

Patrimoine : un stock d’actifs financiers et non financiers (tout ce que possède un ménage).

 

Paradoxe d’Anderson : le niveau de diplômes augmente sans que cela se traduise nécessairement par une ascension sociale.

 

Position sociale : fonction sociale qui entraîne une possibilité plus ou moins grande d’accès aux récompenses et aux gratifications (reconnaissance d’un statut social).

 

Revenus primaires regroupent les revenus du travail, des indépendants et du capital.

Revenus secondaires regroupent tous les revenus issus de la redistribution.

Strate sociale : ensemble d’individus ayant des caractéristiques communes qui permettent de les situer au même niveau dans la hiérarchie sociale.

 

Stratification sociale : ensemble de systèmes de hiérarchisation sociale entre les membres d’une société.

 

Structure sociale : répartition de la population en groupes sociaux différenciés dans une société à une époque donnée.

3.Les enjeux et déterminants de la mobilité sociale



  1. 3.      Les enjeux et déterminants de la mobilité sociale : les sociétés démocratiques permettent-elles aux individus de changer de position sociale ?

 

3.1  La mesure de la mobilité sociale

 



 

Introduction :

La mobilité sociale, c’est-à-dire le changement de statut social est au centre des démocraties modernes : c’est la réalisation des valeurs fondatrices de nos sociétés : liberté et égalité des chances pour tous.

Mais quel lien existe t’il entre la situation sociale des individus et leur milieu d’origine et comment le mesurer ? Les individus peuvent-ils réellement se détacher de leur héritage social, qu’en est-il de la société française actuelle, les changements de position sociale y sont-ils fréquents, quels sont les facteurs qui les freinent ou les favorisent ?

Par delà les évolutions structurelles et malgré une certaine fluidité sociale, la société reste marquée par l’importance du milieu d’origine. En particulier, nous verrons que les stratégies familiales favorisent souvent la reproduction sociale et que l’école semble échouer en partie dans la réalisation de son objectif principal : l’égalité des chances.


 

a)      Analyse et limites des tables de mobilité


http://www.statapprendre.education.fr/insee/mobilite/default.htm



->définitions

Mobilité sociale : on parle de mobilité sociale quand un individu a changé de position sociale (place dans la structure sociale)

Soit par rapport à la position de ses parents

Soit par rapport à la place qu’il occupait ultérieurement


Mobilité intragénérationnelle : quand un individu occupe une position différente de celle qu’il occupait au début de sa vie active. L’insee parle aussi de mobilité professionnelle.


Mobilité intergénérationnelle : si un individu occupe une position différente de celle qu’occupaient ses parents (par exemple on compare la position sociale du fils par rapport à celle du père). L’insee parle aussi de mobilité sociale.


Mobilité verticale : quand on se déplace le long de l’échelle sociale.

   Elle est ascendante si on monte dans la hiérarchie sociale.

   Par exemple, on parle de mobilité sociale ascendante quand un fils occupe une PCS supérieure à celle de son père.


Mobilité horizontale : quand un individu change de position sociale sans que cela affecte sa place dans la hiérarchie. Par exemple, quand un fils d’instituteur devient infirmier.


Mobilité structurelle : mobilité qui résulte d’un changement dans la structure de la population active (par exemple, baisse du nombre d’agriculteurs ou hausse générale des qualifications)


Mobilité brute ou totale : la mobilité constatée


Mobilité nette : entre la mobilité totale et la mobilité structurelle, c’est-à-dire c’est la mobilité réelle qui n’est pas liée à des changements structurels





->Les tables de mobilité permettent de mettre en évidence la mobilité intergénérationnelle



Tables de mobilité pour 2003

1) Données brutes en milliers


Groupes socio-professionnels des fils

Ensemble

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

252

72

105

190

98

426

1143

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

6

182

189

205

79

210

871

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

2

37

310

152

37

52

590

4. Professions intermédiaires

2

60

266

263

73

135

799

5. Employés

3

43

144

179

108

169

646

6. Ouvriers

20

225

304

701

375

1373

2998

Ensemble

285

619

1318

1690

770

2365

7047

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, parmi les 871 000 fils « d’artisans, commerçants, chefs d’entreprise », 205 000 sont dans la catégorie « professions intermédiaires » (lecture en destinée).
En 2003, parmi les 1 690 000 membres de la catégorie « professions intermédiaires », 205 000 ont un père « artisans, commerçant, chef d’entreprise » (lecture en recrutement).

À partir des tables de mobilité construites en données brutes, on peut effectuer différents calculs qui permettent d’apprécier la mobilité sociale.
– Les calculs en termes d’origine ou de recrutement permettent de mesurer l’influence de l’origine sociale sur la position sociale de l’individu.

– Les calculs en termes de destinée permettent d’évaluer les probabilités d’obtenir une position sociale quelconque en fonction de l’origine sociale. On s’interroge alors sur ce que sont devenus professionnellement les fils issus d’un milieu social donné.

– Le calcul de la mobilité nette permettent d’apprécier le degré d’ouverture de la société, la situation par rapport à l’idéal méritocratique.

– Les calculs de coefficients de passage mesurent l’écart entre la mobilité observée et la mobilité parfaite.





2) Table des recrutements en %


Groupes socio-professionnels des fils

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

88,4%

11,6%

8,0%

11,2%

12,7%

18,0%

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

2,1%

29,4%

14,3%

12,1%

10,3%

8,9%

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

0,7%

6,0%

23,5%

9,0%

4,8%

2,2%

4. Professions intermédiaires

0,7%

9,7%

20,2%

15,6%

9,5%

5,7%

5. Employés

1,1%

6,9%

10,9%

10,6%

14,0%

7,1%

6. Ouvriers

7,0%

36,3%

23,1%

41,5%

48,7%

58,1%

Ensemble

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, 14,3 % des cadres et professions intellectuelles supérieures sont issus de la catégorie des artisans commerçants chefs d’entreprise.

3) Table des destinées en %


Groupes socio-professionnels des fils

Ensemble

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

22,0%

6,3%

9,2%

16,6%

8,6%

37,3%

100,0%

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

0,7%

20,9%

21,7%

23,5%

9,1%

24,1%

100,0%

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

0,3%

6,3%

52,5%

25,8%

6,3%

8,8%

100,0%

4. Professions intermédiaires

0,3%

7,5%

33,3%

32,9%

9,1%

16,9%

100,0%

5. Employés

0,5%

6,7%

22,3%

27,7%

16,7%

26,2%

100,0%

6. Ouvriers

0,7%

7,5%

10,1%

23,4%

12,5%

45,8%

100,0%

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, 21,7 % des fils des artisans commerçants chefs d’entreprise sont devenus cadres et professions intellectuelles supérieures. 4) La mobilité structurelle et la mobilité nette.

D’une génération à l’autre les changements intervenus dans la structure de la population active se traduisent mécaniquement par une mobilité « forcée ». S’il y a moins d’agriculteurs dans la génération des fils relativement à celle des pères tous les fils d’agriculteurs ne peuvent pas rester agriculteurs. La table des recrutements montre que 88 % des agriculteurs en 2003 sont fils d’agriculteurs alors que 22 % des fils d’agriculteurs seulement sont devenus agriculteurs.
 


La diagonale montre pour les deux tableaux l’existence d’une certaine reproduction sociale (=immobilité sociale) plus forte aux extrémités de l’échelle sociale. La ligne ensemble dans la table de recrutement montre la structure de la population active des pères et la ligne dans la table des destinées la population active des fils. Cela peut permettre de montrer l’évolution de la population active sur deux générations.


On voit que s’il existe une certaine mobilité nette (après avoir enlevé l’effet de l’évolution de la population active), c’est surtout une mobilité de proximité : les individus n’ont pas toujours la même PCS que leur père, mais c’est le cas le plus fréquent, et sinon ils occupent une PCS proche de celle de leur père : les cas de forte mobilité sociale (ascendante ou descendante ) sont rares.





->et la mobilité des femmes par rapport à leur conjoint


Les enquêtes de mobilité représente le plus souvent, non pas la mobilité sociale en général, mais la mobilité des pères aux fils. Cette non-prise en compte de la mobilité féminine est longtemps légitimé par leur faible participation au marché du travail, mais aujourd’hui plus de 70% des 25.50ans sont actives.


Mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle des femmes est tout de même  plus complexe que mesurer celle des hommes :
 le taux d’activité féminin était faible parmi les générations âgées : par exemple, si l’on étudie les femmes de 40 à 59 ans (âge où la carrière professionnelle atteint son sommet), 91 % de ces femmes travaillaient en 2003 mais seulement 67 % de leurs mères avaient été actives au moins pendant un temps.* L’étude de la mobilité sociale entre mère et fille ne concerne donc qu’une partie des femmes actives.

 Une autre idée est d’étudier la mobilité des femmes par rapport à leur père. Les femmes semblent connaître moins d’immobilité sociale dans le sens où elles reproduisent moins souvent le statut de leur père, en partie parce que la mobilité féminine est plus structurelle.

Mais, du fait des emplois en moyenne moins qualifiés des femmes par rapport aux hommes en France, la mobilité paraît souvent descendante.

Cela ne signifie pas que ces femmes vivent dans un milieu social différent de celui d’origine car, lorsqu’elles ont un conjoint ou un compagnon, celui-ci peut-être aussi qualifié que leur père.
Ainsi, la mobilité sociale nette des femmes ne passe pas nécessairement par une mobilité professionnelle, mais par l’union à un conjoint appartenant à une PCS supérieure à celle de son père.


Remarque : le développement de l’emploi féminin joue aussi sur la mobilité sociale masculine : en venant occuper massivement les emplois du bas de l’échelle sociale (en particulier ceux de la PCS employés), les femmes ont contribué à permettre aux hommes d’occuper une position sociale plus élevée. !!




->Mais les tables de mobilité  ne sont pas sans limites


L’ampleur et la fréquence de la mobilité dépend en fait beaucoup du nombre de PCS retenu : par exemple, si on utilise une nomenclature plus détaillée, on voit que pour les ouvriers la mobilité interne au groupe en fonction de la qualification est beaucoup plus grande.


Les critères sur lesquels repose la nomenclature sont assez large pour donner une image d’une certaine immobilité sociale, mais si on prenait d’autres critères de classification (uniquement le niveau de vie ou uniquement le niveau de diplômes) on verrait plus de mobilité sociale intergénérationnelle.


L’étude de la mobilité intergénérationnelle ne porte finalement que sur quelques actifs : les fils suffisamment âgés pour avoir une situation stabilisée (40.50ans) et leur père.

On oublie par exemple les jeunes qui arrivent actuellement sur le marché du travail.


Les tables de mobilité ne font pas non plus apparaître le rôle de la conjointe (de la mère) : or, plus il y a d’homogamie sociale chez les parents, et plus il y aura d’hérédité sociale chez les enfants.


Une mobilité ascendante formelle, c’est-à-dire le passage d’une PCS à une autre > à celle de son père, peut cacher une immobilité réelle, c’est-à-dire ne pas représenter réellement une amélioration de niveau de vie ou de prestige social (ex le fils d’instituteur qui devient professeur)

De la même manière, les immobiles, ceux qui sont rangés dans la même PCS que leur père, peuvent ne pas avoir du tout le même statut social (supérieur ou inférieur).


Enfin, toutes les catégories ne sont pas hiérarchisables : par exemple, un fils d’agriculteur qui devient chauffeur routier connait-il une mobilité sociale ascendante ?


b)      La mobilité sociale dans la France contemporaine



è Les enjeux de la mobilité sociale


La mobilité sociale est avant tout une idée philosophique et politique légitimée par la Révolution française qui proclame les hommes libres et égaux en droits.

Alors que les sociétés de castes et les sociétés d’ordre étaient fondées sur la reproduction d’une hiérarchie sociale héréditaire, les sociétés démocratiques reposent sur l’idéal de l’égalité des chances.

Grâce à l’égalité des droits, chacun doit pouvoir avoir la même chance d’ascension sociale grâce à son mérite (l’idéal démocratique est donc un idéal méritocratique) et non grâce aux privilèges liés à son origine sociale.

L’idéal démocratique est donc celui d’une forte mobilité sociale et l’enjeu de la mesure de la mobilité sociale est donc de savoir si on approche de cet idéal, car les inégalités de condition ne sont acceptables dans une vraie démocratie que si elles sont réversibles.


L’idéal d’une mobilité sociale va aussi avec celui de libéralisme économique : les travailleurs doivent être libres de passer contrat mais aussi de changer d’activité  en fonction des besoins de l’activité économique et toute reproduction sociale trop marquée pourrait être alors un frein au changement social.


En même temps, la croyance en l’égalité des chances (et donc en la possibilité d’une forte ascension sociale) permet de légitimer l’existence d’inégalités des conditions : inégalités de fait que traduit la stratification sociale



è Quelle mobilité en France aujourd’hui ?


Problématique générale sur le sujet : oui, la mobilité sociale a augmenté grâce aux transformations structurelles de la société, mais cette mobilité ne signifie pas réduction de l’inégalité des chances.


-Aujourd’hui, les sociétés sont plus fluides qu’il y a 50 ans, c’est-à-dire que de plus en plus d’individus font l’expérience d’un statut différent de celui de ses parents. Par exemple, en 1943, les chances de devenir CS sont 1000 plus grande chez un fils de cadre que chez un fils d’ouvrier, aujourd’hui environ 20 fois= plus de fluidité sociale.

-Mais, cet accroissement de la mobilité sociale s’explique d’abord par l’évolution des structures sociales : hausse des qualifications, baisse du nombre d’agriculteurs, tertiarisation,…

-De plus, la mobilité sociale reste une mobilité de proximité. Par exemple, les sorties du groupe ouvriers se font majoritairement vers les PCS employés et PI.

-la société française reste encore très éloignée d’une mobilité parfaite : toutes les PCS recrutent en priorité leurs propres enfants et seules les catégories moyennes sont  réellement mobiles.


-Mais, cette mobilité ne signifie pas réduction des inégalités de chance car si tout le monde se déplace légèrement vers le haut de l’échelle sociale, alors la hiérarchie de la structure sociale ne change pas. (paradoxe d’Anderson : l’augmentation générale du niveau de diplôme de produit pas d’ascension sociale)

-De plus, dans la période récente, on assiste à une perspective de régression sociale des jeunes générations.

-Beaucoup de sociologues relient ce phénomène au système scolaire qui aurait échoué dans son objectif d’égalisation des chances

.parce que l’école serait reproductrice des inégalités sociales (Bourdieu)

.parce que les enfants qui obtiennent supérieurs à ceux de leur père ne trouvent les emplois équivalents dans la société  (Boudon)




Conclusion : La société française reste marquée par une forte hérédité

Mais une certaine mobilité sociale existe même si elle n’est pas uniforme.


On peut craindre que le ralentissement actuel de la mobilité engendre un sentiment de frustration relative (c’est-à-dire liée non pas à la pauvreté mais à l’existence d’inégalités) provenant d’une déception face aux résultats décevants par rapport aux attentes générées par la société (promesse de récompense professionnelle lors de l’obtention de diplômes ou tentations consommatrices). Ceci peut représenter une menace pour la cohésion sociale car cette désillusion sociale peut engendrer une société plus conflictuelle.


3.2  Quels sont les facteurs explicatifs de la plus ou moins grande mobilité d’une société ?

a)      Les facteurs structurels de la mobilité sociale


Une partie de la mobilité sociale est due à l’évolution des structures de la société

 

Aujourd’hui les sociétés sont plus mobiles qu’il y a 50 ans, c’est-à-dire qu’il y a plus d’individus qui font l’expérience d’un statut différent de celui de leurs parents. Mais à quoi est du cette mobilité, est-elle le reflet d’une réelle fluidité sociale.

Fluidité sociale = Mobilité nette

En réalité on peut nuancer la mobilité sociale de la France en mettant en avant l’impact de l’évolution de la structure de la société sur la mobilité. En effet une partie de la mobilité sociale n’est en  fait liée qu’à un effet de structure elle n’est pas vraiment les conséquences d’une plus grande fluidité.


Les facteurs explicatifs de la mobilité structurelle :

–          L’évolution de la structure de la population active

Un certains de catégories socioprofessionnelles ont vu leurs effectifs se réduire, c’est particulièrement le cas pour les agriculteurs et pour les ouvriers. Il y a donc moins de « places »pour les enfants d’agriculteurs et d’ouvriers, ce qui réduit les chances de reproduction sociale et entraîne mécaniquement une mobilité sociale puisqu’il est impossible que tous les fils d’agriculteurs deviennent agriculteurs et que tous les fils d’ouvriers deviennent ouvriers. (on peut observer cette mobilité structurelle en étudiant les marges des tables de mobilité)

A l’inverse pour certaines catégories socioprofessionnelles comme les employés, les professions intermédiaires ou les cadres, les effectifs ont fortement augmenté ouvrant ainsi des places pour les enfants n’étant pas issus de ces catégories et leur permettant ainsi de connaître une mobilité sociale.

Il est à noter que la plupart du temps la mobilité existante est une mobilité de proximité (les enfants d’ouvriers deviennent employés ou professions intermédiaires, les professions intermédiaires deviennent cadres)


–          Les différences de taux de fécondité entre les catégories socioprofessionnelles

Si le nombre moyen d’enfants d’une catégorie est supérieure à 2 alors que pour d’autres catégories il est inférieure à 2, alors même si les effectifs de chacune des catégories restent identiques d’une génération sur l’autre il y aura mécaniquement mobilité sociale pour les enfants de la catégorie pour laquelle la fécondité est supérieure à 2 car le renouvellement des générations est plus qu’assuré alors que dans les catégories pour lesquelles le taux de fécondité est inférieure à 2 le renouvellement des générations ne se fait pas. On aura donc un déversement des une vers les autres.

Exemple : en 1962, le nombre moyen d’enfants est de l’ordre de 3 dans les familles d’agriculteurs alors que la moyenne nationale était de 2,3 environ et inférieure à 2 pour les cadres et les employés. Il y avait donc mobilité structurelle des enfants d’agriculteur qui même si la structure de la population n’avait pas bougée ne pouvait pas tous devenir agriculteur.

Ce phénomène tend à amplifier l’impact de l’évolution de la structure de la population active.

Cependant le modèle familial de deux enfants s’est généralisé et les taux de fécondité se sont rapprochés entre les différents groupes sociaux, cela rend moins important se facteur pour la mobilité future, mais en ce qui concerne les générations nées dans les années 1960 ce facteur est important car la fécondité d’alors était plus importante et surtout plus inégale selon les groupes.


Synthèse : Mobilité structurelle, mobilité nette qu’en est-il ?

Entre 1977 et 1993 : la mobilité sociale s’explique en grande partie par de la mobilité nette mais entre 1993 et 2003 alors que la mobilité totale ne change pas on observe que la mobilité nette diminue et que la mobilité structurelle augmente. On peut en conclure qu’aujourd’hui le principal facteur de la mobilité c’est l’évolution de la structure de la société et non pas le fait que la société favorise l’ascension sociale en assurant sa fluidité.


b)      Le rôle particulier de l’école et de la famille


Explication Bourdieu- Boudon http://www.youtube.com/watch?v=M-lbcXQ8ZUA


Si on observe l’évolution du système scolaire sur ces 50 dernières années, on peut remarquer une massification de la scolarité, c’est-à-dire une généralisation de l’accès aux études secondaires (voire supérieures), liées à la fois à la hausse des niveaux de vie, mais aussi à une volonté institutionnelle (allongement de l’âge obligatoire, multiplication des fromes de baccalauréat et des épreuves alternatives, limitation des redoublements) et à cause de la montée du chômage une incitation et une espérance familiale plus grande dans l’école.


Cependant, il ne s’agit pas nécessairement d’une démocratisation car l’accès aux études supérieures et même aux différents types de baccalauréat reste fortement déterminé par l’origine sociale des individus :

-l’orientation et le choix des filières restent fortement marqués par l’origine sociale

-les ressources culturelles des parents (importance de la mère et de l’homogamie sociale) jouent un rôle essentiel dans la réussite scolaire des enfants

-l’origine sociale joue aussi un rôle de plus en plus important sur la manière de rentabiliser son diplôme (paradoxe d’Anderson)


Rappel : Pour Bourdieu, la société est structurée en classes sociales caractérisées par leur dotation en capital économique, social et culturel. Les classes dominantes se caractérisent par une riche dotation en capital économique, social et culturel et par leur capacité à imposer à tous une certaine vision du monde, c’est à dire à imposer leur propre culture comme culture dominante, reconnue et légitime.

 Le système scolaire est un des instruments que les familles des groupes sociaux les mieux dotés (en capital) utilise pour assurer la reproduction de leur position dans la structure sociale.


->Pour Bourdieu, les traditions pédagogiques, le contenu et la forme de la culture véhiculé par le système scolaire correspond aux valeurs, aux traditions et à la culture de la classe dominante (exemple : la dissertation, les enfants qui réussissent le mieux à l’école sont les enfants d’enseignants). Ainsi, l’Ecole, en considérant tous les élèves égaux face à cette culture (ce qu’ils ne sont pas) perpétue les inégalités initiales devant cette culture.

Les élèves étant inégaux en capital, l’école reproduit les inégalités : plus les parents ont un capital culturel élevé, plus les enfants ont de chances de réussir à l’école.

Si le capital culturel joue un rôle ^primordial dans la réussite scolaire, le capital économique et social joue le rôle le plus important pour rentabiliser les diplômes et acquérir une position sociale dominante.

Ainsi, l’école ne serait pas un facteur de mobilité sociale mais bien plutôt un facteur de reproduction sociale. En quelque sorte, l’école participerait même à la légitimation des inégalités sociales.

Ce mode de reproduction des élites permet le maintien de leur domination sur des dominés qui ne peuvent alors connaître une mobilité sociale qu’au sein des couches dominées dans l’espace social.


-Pour Boudon,  si la démocratisation du système scolaire n’a que peu d’effet sur la mobilité sociale, c’est parce que l’augmentation généralisée du niveau de diplôme ne correspond pas à la distribution des emplois disponibles dans la population active : la démocratisation des études censée profitée aux enfants des classes populaires et moyennes ne peut pas se traduire par une mobilité sociale intergénérationnelle : l’inflation des diplômes entraîne leur dévalorisation relative (paradoxe d’Anderson)



Les partisans de l’individualisme méthodologique (notamment R.Boudon) privilégient une analyse en termes de stratégies d’acteurs rationnels : avant d’agir un individu compare ce que peut lui rapporter et lui coûter une action.


L’étude de la mobilité sociale montre que s’ils ne forment pas la majorité, certains individus connaissent une mobilité sociale inter ou intra générationnelles.

Ainsi, pour Boudon, même si l’origine sociale est importante, elle ne détermine pas toutes les trajectoires individuelles : la part du sujet dans la décision individuelle est non négligeable.

Ainsi, les inégalités seraient le choix de stratégies individuelles différentes, justifiées par les intérêts spécifiques de chaque groupe et de chaque individu.

Par exemple, les différences d’orientation dans le cursus scolaire ne seraient pas le résultat d’un déterminisme social, mais sont la traduction de différents comportements individuels.


Les familles seraient à l’origine de choix d’orientation différenciés pour leurs enfants, compte-tenu d’un calcul coût-avantage. Chaque famille chercherait à définir le statut légitime que son enfant peut chercher à obtenir : par exemple, un instituteur sera content que son fils devienne professeur ce qui ne sera pas le cas d’un professeur d’université. A chaque étape de l’orientation scolaire les familles font un choix à partir des bénéfices et des coûts anticipés : par exemple, implicitement une famille d’ouvrier estime que leurs enfants ont peu de chances de réussir des études longues, et compte tenu du coût de celles-ci, il lui semble alors plus rationnel de laisser le jeune s’orienter vers des études courtes.







3.3  La mobilité sociale est-elle toujours souhaitable ?

 

a)      Les effets pervers de la mobilité sociale pour les individus


Lorsque l’on s’intéresse à la mobilité sociale, en particulier la mobilité sociale ascendante on raisonne le plus souvent en termes de gains pour les individus qui en bénéficient, pourtant le passage d’un milieu social à un autre engendre aussi des coûts.

En effet la mobilité sociale ascendante sous entend que l’individu quitte son milieu social d’origine, or cela peut être vécu plus ou moins bien par l’individu. Cela peut entraîner un déracinement, voire une perte d’identité. Un sentiment de trahison (doc. Bourdieu) vis-à-vis de son milieu d’origine. La mobilité sociale peut entraîner une rupture avec son milieu d’origine du fait de la distance sociale qu’elle crée et cette rupture est un coût pour l’individu

De l’autre côté l’individu doit intégrer un nouveau milieu social, dont il ne partage pas forcément la sous culture. Il y a un processus de déculturation (perte de sa culture d’origine au profit d’une nouvelle culture) qui doit s’opérer et qui peut être mal vécu. Il faut s’approprier les nouvelles normes et valeurs du groupe (langage, pratiques culturelles, habitus de façon générale)


b)      Une société plus mobile n’est pas toujours moins inégalitaire


La croissance de la mobilité sociale, n’implique pas forcément une réduction des inégalités sociales. Si l’ensemble de la structure sociale connaît une mobilité ascendante ; les distances qui séparent les différents groupes peuvent perdurer.

Ainsi malgré la mobilité sociale que connaît la France on peut mettre en avant que :

-Les inégalités scolaires sont toujours importantes et que la démocratisation de l’école ne les a pas atténuées (maintien du caractère élitiste de certaines filières, illusion d’égalité des chances)

– Le diplôme initial garde une très grande importance ce qui rend difficile une mobilité intragénérationnelle

– La hiérarchie des salaires n’a pas vraiment évoluée (écart interdécile à peu près stable)


Une société plus mobile, plus fluide démontre en apparence des progrès dans la réduction des inégalités avec un progrès de l’égalité des chances. Mais elle peut s’accompagner d’un maintien des inégalités de position, de revenus, de niveau de vie, et de mode de vie. Ce blocage des hiérarchies est particulièrement vrai dans la société française.



2.2 On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française


2.1  On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française

a)    Parce que les classes sociales sont inhérentes au système capitaliste et les rapports sociaux sont des rapports de domination



  • L’analyse en termes de classes sociales

Ce sont alors des analyses réalistes qui considèrent que les hiérarchies permettent de mettre en évidence des groupes hiérarchisés qui ont une existence effective et qui ne sont pas de simples regroupements théoriques sur la base d’observation. Les groupes ont une identité propre.


MARX

->l’analyse marxiste des classes sociales est une analyse holiste  (macro-sociologique) de la stratification sociale dans une conception réaliste déductive : pour lui, les classes sont une réalité objective qu’il suffit d’observer.


->La division de la société en classe résulte des rapports de production : le fait d’être ou non propriétaires des moyens de production (prolétaires ou capitaliste) détermine la position de classe des individus.


->Placés dans les mêmes conditions matérielles d’existence, les membres d’une classe développent une « conscience de classe », c’est à dire une conscience sociale de leur être collectif, de leurs intérêts communs. La classe sociale est indispensable pour que la classe sociale ne soit pas une simple catégorie, mais devienne un acteur du changement social.  (holisme : la classe existe indépendamment des individus)

L’appartenance à une classe particulière est objective (il n’appartient pas aux individus de choisir leur position de classe.


NB Pour R. K.Merton, il convient cependant de faire la distinction entre la position objective d’un individu au sein d’un groupe (groupe d’appartenance) et le groupe de référence auquel l’individu croit appartenir, auquel il s’identifie, et auquel il emprunte ses normes et ses valeurs.


-> Les rapports de production engendrent des antagonismes fondamentaux entre les classes : dans toute société capitaliste, l’intérêt des détenteurs du capital est d’augmenter la plus-value, ce qui se fait au détriment des salaires, qui risquent de baisser en-deçà du salaire de subsistance. Ceci génère l’exploitation des prolétaires par les capitalistes.

Ainsi, la notion de classe est inséparable de celle de luttes des classes : les conflits viennent des intérêts antagonistes et des inégalités.


BOURDIEU


-> l’analyse de Bourdieu propose une approche actualisée du marxisme : pour lui, les classes sociales existent toujours mais elles ne sont pas quelque chose de permanent (on peut passer d’une classe à l’autre). Cela lui permet de prendre en compte l’existence d’une certaine mobilité sociale dans les sociétés contemporaines. De plus, la construction des classes sociales doit prendre en compte plusieurs critères à côté du critère économique.


-> Pour Bourdieu, les classes sociales se distinguent par la possession de 4 types de capital :

-le capital économique, que l’on peut assimiler à la richesse (revenus et patrimoine)

-le capital culturel, qui peut prendre différentes formes (diplômes, tableaux, disques, livres,…) et qui se manifestent dans l’habitus.

-le capital social qui est constitué des réseaux relationnels

-le capital symbolique, c’est-à-dire l’apparence physique, la réputation, le nom, les décorations,…


->Pour Bourdieu, les classes sociales se définissent non seulement par le volume de capital possédé, mais aussi par sa structure (ex professeur/commerçant). Il existe des rapports de domination entre les classes, par exemple, au sein de l’école, les classes dominantes cherchent à asseoir leur domination en définissant dans les programmes ce qui est « bon » à savoir.



b)   Retour des inégalités et persistance des classes


–          La réduction des inégalités n’est pas régulière et on peut mettre en évidence une rupture de tendance à partir du milieu des années 1980

Il y a trois grands facteurs explicatifs :

a) la fin de la réduction des inégalités de salaires (« l’éventail des salaires ne se resserre plus »), on même vu qu’en ce qui concerne les extrême on peut mettre en évidence une recrudescence des inégalités car les très hauts salaires augmentent beaucoup plus vite que les autres ;

b) les évolutions du marché du travail marqué par la montée du chômage et la précarisation de l’emploi, qui entraîne une baisse du niveau de vie pour toute une catégorie d’actifs touchés par le précarité ;

c) le boom des marchés financiers et immobiliers qui entraînent une forte hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient aux catégories déjà aisées. Ce dernier élément est a nuancé aujourd’hui étant donné la crise financière et immobilière)


Rem : Ce renouveau des inégalités et marqué aussi par le développement de nouvelles inégalités (générationnelle et intra catégorielle principalement). En effet, la précarité touche toutes les catégories socioprofessionnelles (pas dans les mêmes proportions mais quand même) et elle touche principalement les jeunes.


Ce renouveau des inégalités et peu visible dans les indicateurs statistique pour trois raisons : tout d’abord l’action de l’Etat tend à amortir les effets de la précarité ce qui limite l’impact sur les inégalités, de plus le renouvellement des générations fait que les retraités aujourd’hui qui sont issus de la génération du baby boom voient leur situation s’améliorer par rapport aux retraités des générations antérieures, le niveau de vie des retraités tend donc à s’améliorer. (Rem : avec le développement de la précarité cela ne sera plus vrai pour les générations suivantes et on peut s’attendre à une dégradation du niveau de vie des retraités dans les générations suivantes). Enfin les indicateurs ont du mal à apprécier la hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient de possibilité de défiscalisation or les données sont liées aux revenus déclarés.



  • Ce creusement des inégalités depuis les années soixante dix semble illustrer un retour des classes sociales.

La thèse de la moyennisation est critiquée par les défenseurs de la thèse de la polarisation (L.Chauvel, P.Bourdieu, A.Lipietz)


=>D’un point de vue « objectif », les inégalités entre les classes sociales, si elles se sont réduites sur le dernier siècle n’ont pas disparu :


-Même si les inégalités statiques (le rapport interdécile) ont diminué, les inégalités « dynamiques, c’est-à-dire le temps de rattrapage du D1 et surtout du D2 et D3 vers le D9 s’est accru : avec la crise économique, les chances d’ascension sociale diminuent.


– La remise en cause du système de protection sociale français et la multiplication des   systèmes d’épargne volontaire risque à terme d’amplifier les inégalités, puisque les systèmes par capitalisation amplifient les effets des inégalités de patrimoine.


– Même s’il y a une homogénéisation des normes de consommation, celle-ci n’est que partielle et en particulier :

-des inégalités de consommation existent pour les biens et les services récents les plus élaborés (internet, innovation) et pour les loisirs (ex vacances)

-certaines consommations sont marquées par des effets de distinction (Bourdieu) et par une dimension ostentatoire (effet Veblen)

-les pratiques sociales et en particulier les pratiques culturelles sont marquées par des habitus de classe, qui sont fonction des dotations en capital économique, social et culturel ex golf (Bourdieu)


=>On peut même repérer l’apparition de nouvelles inégalités

-les emplois précaires forment les contours d’un « nouveau prolétariat », ce qui permet à certains sociologues de parler d’une polarisation de la société sur l’image d’une société avec aux extrêmes deux groupes les exclus et les inclus (A.Lipietz)

-on peut aussi remarquer l’enrichissement des classes supérieures, l’amélioration du sort des salariés des classes populaires qui font l’objet de l’attention de la classe politique  et l’abandon des classes moyennes (L.Chauvel)



=>la « disparition » des classes populaires (ouvriers + employés) est très contestable, puisqu’il représente encore 60 % de la population active.



=> La mobilité entre les classes sociales reste limitée.

-Ainsi,  la mobilité des nouvelles générations est moins forte et les jeunes qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui connaissent un plus fort risque de déclassement social.

-Même si la mobilité  sociale s’est accrue, la mobilité sociale est surtout une mobilité de proximité et le phénomène dominant reste la reproduction sociale.








2.1 Dans une certaine mesure, on peut parler d’une moyennisation de la société française

  1. 1.        L’évolution des inégalités conduit-elle à une moyennisation de la société française ?

 

Introduction : Comment analyser la structure sociale ?



Lorsque l’on analyse la société en mettant en évidence les hiérarchies entre les groupes qui la composent, on analyse la stratification sociale.

Stratification sociale : ensemble de systèmes de hiérarchisation sociale entre les membres d’une société.

Lorsque l’on analyse la société en mettant en évidence l’existence de groupes différents sans chercher à les hiérarchiser, on analyse la structure sociale.

Structure sociale : répartition de la population en groupes sociaux différenciés dans une société à une époque donnée.

Toute société est organisée sur la base d’une stratification sociale qui peut être officielle (ex : caste, ordre) on parle alors de stratification de droit, ou qui est simplement liée à la réalité de la répartition des ressources on parle alors de stratification de fait.


De façon globale, lorsque l’on s’intéresse à la hiérarchie globale sans isoler un critère spécifique de classement (une inégalité expliquant la hiérarchie) on mettra en évidence les différentes strates sociales qui composent la société.

Strate sociale : ensemble d’individus ayant des caractéristiques communes qui permettent de les situer au même niveau dans la hiérarchie sociale.

Lorsque le critère de classement entre les groupes est essentiellement lié aux inégalités économiques on parlera de classe sociale.

Classe sociale : groupe social dont l’origine est économique (place dans le rapport de production) et qui se distingue des autres groupe par un niveau de vie, un mode de vie et des pratiques culturelles spécifiques. Les classes sociales sont marquées par une tendance à l’hérédité sociale.

Lorsque le critère de classement entre les groupes est essentiellement lié aux inégalités de prestige on parlera de position sociale.

Position sociale : fonction sociale qui entraîne une possibilité plus ou moins grande d’accès aux récompenses et aux gratifications (reconnaissance d’un statut social).

Les différentes hiérarchies se recoupent le plus souvent (sont interdépendantes les unes des autres) mais ce n’est pas forcément le cas.




En fonction de comment on analyse la structure sociale, on va tirer des conclusions différentes sur l’évolution des rapports sociaux.

-si on fait une analyse en terme de classe sociale, on suppose qu’il y a une échelle hiérarchique entre les groupes sociaux et les rapports sociaux sont alors des rapports de domination

-si on fait une analyse en terme de strate, alors on considère que les groupes sociaux reposent sur des critères multiples et les rapports sociaux sont fondés sur une hiérarchie multiple.


 

2.1 Dans une certaine mesure, on peut parler d’une moyennisation de la société française

 

a)   Parce qu’on assiste à une réduction séculaire des inégalités



  • La société française est-elle une société inégalitaire ?

La question de la réduction des inégalités avait déjà été traitée par Alexis de Tocqueville lorsqu’il s’intéressait aux sociétés démocratiques. Il montrait alors que le fondement des sociétés démocratiques allait engendrer un processus de réduction des inégalités.


En exploitant les statistiques de revenu des Etats-Unis de 1913-1948 Simon Kuznets (1901-1985) va montrer que les inégalités de revenus entretiennent des relations contradictoires avec la croissance, elle décrit une courbe en forme de cloche, appelée « courbe de Kuznets ».


La courbe de Kuznets montre un graphique en U inversé : l’axe des ordonnées représente les inégalités ou le coefficient de Gini généralement confondus ; l’axe des abscisses représente le temps ou le revenu par tête


 Les inégalités (mesurées grâce au coefficient de Gini) ont tendance à s’accroître durant le processus de développement (mesurée grâce au PIB par habitant) dans une première phase (industrialisation et urbanisation), puis elles ont tendance à décroître dans les sociétés développées.

L’interprétation la plus classique est que les inégalités de revenus sont dans un premier temps inéluctables pour permettre l’accumulation du capital, quand l’épargne d’un petit groupe à revenus élevés est nécessaire durant la phase de décollage. En revanche dans les sociétés développées, la mise en place progressive de systèmes de protection sociale, et la dynamique de la société de consommation, ont tendance à réduire les inégalités.

Cette loi de Kuznets permet également de faire des comparaisons internationales parce que les pays à revenu intermédiaires ont généralement des inégalités plus grandes que les pays pauvres ou les pays riches. Pourtant dans les années 80 les inégalités ont recommencé à augmenter dans certains pays occidentaux (ex : Etats-Unis) ce qui remet en cause la courbe de Kuznets.


Les phases d’évolution :

1ere phase de la courbe de Kuznets : Début du siècle jusqu’aux années 1950

2eme phase de la courbe : Les 30 Glorieuses

Rem : A partir du milieu des années 1970 le processus de réduction des inégalités ralentie.


Les explications :

Plusieurs séries de facteurs :

La fin des rentiers (mise en place des impôts, guerres, crises de 1929,…) L’industrialisation et le développement du salariat : si dans un premier temps les rémunérations sont plus inégalitaires dans les secteurs industriels par la suite le système de rémunération devient plus égalitaire (notamment grâce à la croissance des 30 glorieuses qui profitent aux salariés car le partage la valeur ajoutée leur est favorable). De plus la part des revenus du capital dans les revenus diminue or ce sont les revenus les plus inégalitaires donc la réduction de leur importance a un impact positif sur la réduction des inégalités. La part des indépendants dans la population active diminue également  (processus de salarisation) ce qui a aussi un impact positif sur la réduction des inégalités  car dans cette catégorie les revenus sont très inégalitaires.

Intervention de l’Etat et politique redistributive : C’est pendant les 30 Glorieuses que le système de redistribution s’est développé (la logique de redistribution existait déjà puisque par exemple l’impôt sur le revenu a été mis en place en 1914). C’est aussi le développement du droit du travail qui va permettre aux salariés de bénéficier d’un partage de la valeur ajoutée qui leur sera plus favorable car ils auront plus de poids dans le dialogue social.


b)  Parce qu’on assiste à une homogénéisation des modes de vie et à une disparition des classes sociales



Le processus de réduction des inégalités qu’a connu la France a conduit certains sociologues (H. Mendras) à remettre en question le concept de classe de sociale, ces dernières n’étant plus pertinentes pour analyser une société moyennisée dans laquelle les différenciations entre les groupes ne se feraient plus sur des critères économiques.


=>La réduction des inégalités conduit à une homogénéisation des modes de vie

Au-delà du rapprochement des revenus et des niveaux on peut mettre en évidence le fait que durant les 30 glorieuses, avec le développement d’une consommation de masse, les modes de vie se sont rapprochés.

Mode de vie : Façon de vivre, de consommer, d’utiliser les loisirs ; d’un ménage ou d’un groupe social.

Niveau de vie : Pouvoir d’achat, quantité de biens et de services dont peut disposer un ménage ou un groupe social étant données ses ressources (revenu disponible).


Les éléments qui illustrent cette homogénéisation des modes de vie sont divers :

–          Au niveau des pratiques culturelles et des loisirs: il y a une démocratisation de certaines pratiques, on peut mettre en évidence en particulier l’évolution du taux de départ en vacances entre 1964 et aujourd’hui. On qu’on est passé de 44% de la population qui part en vacances à 65%. Plus de la moitié des français partent en vacances en 2004 ce qui est 1,5 fois plus élevé qu’en 1964, le départ en vacances est une pratique qui s’est démocratisée.

Si l’on observe l’évolution des coefficients budgétaires, on s’aperçoit que pour la catégorie culture l’écart entre cadre et ouvrier s’est fortement réduit entre 1956 et 2003 (alors que les cadres consacraient une part deux fois plus élevée de leur budget à la culture et aux loisirs en 1956 l’écart n’est plus que de 1,26 en 2003)

–          Au niveau des normes de consommation : avec la croissance des 30 glorieuses on a vu apparaître une consommation de masse qui a permis un rattrapage en termes d’équipement des ménages. Alors que la plupart des équipements électroménagers étaient réservés à quelques privilégiés dans les années 1950, le taux d’équipement des ménages n’a cessé d’augmenter et aujourd’hui la plupart les ménages possèdent un réfrigérateur, une voiture, un lave linge…On peut également mettre en évidence que pour des équipements apparus plus récemment (mobile ou ordinateur) la démocratisation a été très rapide (en particuliers pour les mobiles).

De même on s’aperçoit que les structure de dépenses se sont rapprochées puisqu’en 2003 les principaux postes de dépenses sont les mêmes pour les cadres et pour les ouvriers alors qu’ils différaient en 1956.


=>Cette homogénéisation des modes de vie s’explique par un processus de moyennisation qui l’accompagne.

 

Moyennisation : émergence d’une vaste classe moyenne englobant progressivement l’ensemble de la société.

Classe moyenne : Il n’y a pas de définition arrêtée des classes moyennes mais on peut utiliser différents critères pour les mettre en évidence :

–          Le positionnement moyen en terme de revenu, de hiérarchie et de diplôme

Il est à noter que selon les critères de définition que l’on prendra le groupe aura une importance plus ou moins grande. On s’accorde à dire qu’il regroupe principalement les professions intermédiaires auxquelles on peut rajouter les frange inférieure des classes moyennes et la frange supérieure des employés et des ouvriers (ouvriers qualifiés et employés du secteur public))

Ce concept de moyennisation a particulièrement été mis en avant par H. Mendras (1927-2003), pour lui l’analyse en terme de classes n’est plus pertinente. Il va analyser la structure sociale en donnant une image cosmographique de la société dans laquelle la société prend l’allure d’une toupie où les groupes sociaux s’organisent en « constellations » :

–          La constellation populaire formée des ouvriers et des employés, proches par leur niveau de revenus, d’éducation et de condition de travail.

–          La constellation centrale regroupe les cadres supérieurs et les professions intermédiaires

–          Les indépendants : chef d’entreprise, artisans, commerçant, profession libérale, commerçant et exploitant agricole

–          L’élite d’un côté et les pauvres forment les deux extrêmes de la toupie.

Mendras va montrer qu’à partir des années 1950 les deux constellations prennent de plus en plus d’ampleur pet finissent par englober presque toute la société. C’est ce processus qu’il va appeler la moyennisation.


Cette moyennisation s’explique par différents facteurs structurels :

–          démocratisation de l’enseignement qui conduit à une élévation des qualifications

–          montée des PCS des professions intermédiaires et des cadres au détriment de celles des ouvriers et dans uns moindre mesure des employé pour lesquels l’augmentation de la part se ralentie

 

=>Ce double phénomène tend à remettre en cause la pertinence du concept de classe sociale pour analyser la structure sociale

 

L’apparition d’une vaste classe moyenne qui englobe presque toute la société remet en cause le concept de classe sociale et ce pour plusieurs raisons :

–          D’un point de vue marxiste on peut remettre en cause la notion de classe sociale car avec l’homogénéisation des modes de vie il y a une disparition de la conscience de classe. Il n’y a plus vraiment d’intérêts communs propres à un groupe car tous les groupes tendent à se ressembler. De plus avec la mobilité sociale forte des 30 glorieuses les individus peuvent espérer connaître une mobilité sociale ascendant au cours de leur vie ils acceptent d’autant mieux les intérêts des classes supérieures qu’ils peuvent espérer y accéder.

–          D’un point de vue wébérien on peut également remettre en cause le concept de classe sociale puisqu’avec la réduction des inégalités, les niveaux de vie se rapprochent et il est plus difficile de distinguer les groupes sur ce critère, d’autant plus que les normes de consommation se rapprochent.

Il semblerait donc que les critères économiques et professionnelles sur lesquels repose le concept de classe ne soient plus aussi pertinent étant donnée l’évolution de la structure sociale durant les 30 glorieuses.

On peut mettre en évidence d’autres critères plus pertinents pour étudier la structure sociale (âge, sexe, région,…)

Il semble que les différenciations se font sur d’autres critères que les critères économiques (revendication ethnique, d’orientation sexuelle, de revendication régionaliste,…) à mettre en parallèle avec le développement de nouveaux mouvements sociaux dont les enjeux ne sont plus le monde du travail.



c)    Les rapports sociaux seraient donc fondés sur une hiérarchie multiple


  • L’analyse en termes de strates sociales

L’analyse en termes de strate regroupe tous les auteurs nominalistes. Ce sont donc des analyses qui considèrent les hiérarchies en s’appuyant sur la simple observation d’une différence de niveau dans la hiérarchie, différence qui peut être liée à différentes inégalités.

On oppose cette analyse en termes de strates à l’analyse en termes de classes que l’on vient de voir.


WEBER : Une analyse multidimensionnelle

Première dimension = économique donc analyse en terme de classe

Classe : Ensemble d’individus ayant les mêmes chances de disposer de biens et de services vendus sur un marché. (Même niveau de vie)

Deuxième dimension = la dimension sociale, qui est basée sur le statut des individus hiérarchisé selon le prestige de leur position sociale. On détermine ainsi des groupes de statut.

Troisième dimension = la dimension politique, qui permet de distinguer des partis qui regroupent des individus cherchant à conquérir le pouvoir ou à l’influencer. On hiérarchise les partis en fonction du pouvoir politique réel qu’ils ont ou de l’influence qu’ils ont sur ce dernier.

Remarque : Il n’y a pas forcément de correspondance entre les différentes positions dans différents hiérarchies.

Exemple : le leader syndical et le plombier.


Dimension 1 = économique ? classe sociale

Dimension 2 = sociale ? statut                                  Chaque hiérarchie corespond à une strate sociale

Dimension 3 = politique ? parti

Les différences avec l’analyse de Marx :

L’analyse de Weber contrairement à celle de Marx n’est pas réaliste mais nominaliste.

C’est-à-dire que pour Weber les strates n’ont pas d’existence effective, ce sont des catégories construites pour l’analyse sociologique, il s’agit d’un regroupement d’individus selon des caractéristiques définies. Cela implique une autre différence, il n’y a pas forcément conflit, antagonisme entre les classes puisqu’il n’y a pas forcément conscience de classe.

Ainsi l’analyse de Weber met en avant des catégories sociales hiérarchisées en strates superposées. (Les individus n’ont pas forcément conscience d’appartenir à une même catégorie). L’analyse de Marx met en avant des groupes sociaux hiérarchisés en classes sociales. (Les individus ont forcément conscience d’appartenir à la même classe).

Distinction entre groupe social et catégorie sociale : dans le premier cas cela implique la conscience d’appartenir au même groupe.


Conclusion : des approches sociologiques reposant sur des méthodes différentes


Conception réaliste

Conception nominaliste

Liens entre les classes sociales

Conflits, antagonismes, opposition

Pas d’antagonismes

Critère de classement

Hiérarchie économique uniquement

Hiérarchie multiple (économique, sociale et politique)

Nature des groupes sociaux

Groupes sociaux réels

Catégories sociales construites

Auteur de référence

Marx

Weber


WARNER 

Cette analyse repose sur une série d’études effectuées à la Nouvelle Angleterre entre 1941 et 1949. Les individus sont classés dans différentes strates sur la base de ces études. Les strates sont donc de simples agrégats d’individus, sans qu’il y ait forcément conscience d’appartenance de la part des individus. On est donc dans une logique de catégories sociales.

La classification se base sur 2 méthodes d’investigation :

–    La première consiste à questionner au cours d’entretien, des « informateurs » sur leur perception générale de la stratification sociale et on leur demande de classer des personnes dans un certains nombre de strates.

–    La deuxième consiste à construire un indice statuaire en faisant la moyenne pondérée  de diverses caractéristiques hiérarchisées (profession, revenu, quartier habité, nature de l’habitat,…) et à regrouper les individus selon cet indice.

Il met en évidence 3 grandes strates (upper, middle et lower) qui se divisent chacune encore en deux. On obtient donc six strates :

–    La « upper-upper class » : qui correspond à l’aristocratie sociale

–    La « lower-upper class » : qui correspond aux nouveaux riches

–    La « upper-middle class » : classe moyenne aisée

–    La « lower middle class » : petite bourgeoisie

–    La  « upper lower class » : classe inférieure honnête

–    La « lower-lower class » : population à statut précaire


  • Le regroupement statistique des PCS

Les PCS sont une nomenclature mis en place par l’INSEE afin d’étudier la structure sociale. Il s’agit donc de regrouper les individus dans des catégories statistiques en fonction de différents critères. L’objectif est d’obtenir des catégories homogènes socialement c’est dire qui vont regrouper des individus qui se ressemblent, qui ont des pratiques sociales et culturelles similaires. Il n’y a ici aucune logique de hiérarchisation, il s’agit d’un simple regroupement statistique en catégories sociales.

Il y a 8 catégories socioprofessionnelles, 6 regroupent des actifs et 2 des inactifs.


Logique de construction :

Actifs

Indépendants

Salariés

Secteur primaire

Autres secteurs

Professions libérales

1. Agriculteurs

2. Artisans, com.

haute

Qualification

Position hiérarchique

3. Cadres et PIS

faible

Moy.

4. Prof. Inter.

5. Employés

6. Ouvriers

Non manuel.

 Travail manuel

Inactifs

Retraités

Autres inactifs


Remarque :

–          A aucun moment le critère de revenu n’apparaît dans la nomenclature.

–          Cette nomenclature est utile pour étudier la structure sociale car elle permet à la fois de mettre en évidence les évolutions de la structure sociale et les différences sociales.

–          Cette nomenclature n’est pas sans défauts parce que les catégories ne sont pas toujours très homogènes et parce que certaines évolutions de la société le rende moins pertinente (ex : la montée de la précarité remet en cause le regroupement professionnel car on sein d’une même on aura des situations très différentes selon le degré de précarité de l’emploi)



1.3 Le caractère cumulatif des inégalités

1.3 Le caractère cumulatif des inégalités


a)      Inégalités et pauvreté


La pauvreté est un phénomène relatif : ce n’est pas la même chose d’être pauvre aujourd’hui qu’il ya un siècle ; la pauvreté n’est pas la même en France et en Afrique.


La France s’est aujourd’hui adaptée aux modalités de calcul européennes en utilisant le seuil de 60% (et non plus 50% ) du revenu médian comme seuil de pauvreté.


C’est le cumul des inégalités (économiques et socio-culturelles) qui conduit à la pauvreté. Ce caractère cumulatif des inégalités se retrouvent à deux niveaux :

Tout d’abord sur une même génération les catégories défavorisées dans un domaine le sont le plus souvent aussi dans les autres domaines.

Mais il y a aussi processus cumulatif d’une génération sur l’autre car il y a souvent reproduction des inégalités d’une génération sur l’autre.

Ex : Les inégalités de salaires se cumulent avec des inégalités de revenu : se sont les hauts salaires qui ont généralement le plus d’autres sources de revenu en particulier les revenus du patrimoine.

Il y a aussi interdépendance entre inégalités de revenu et inégalités de patrimoine : les premières engendrant les secondes (du fait de la plus ou moins grande capacité d’épargne) et inversement le fait d’avoir un fort patrimoine permet de bénéficier de forts revenus du patrimoine ce qui accentue les inégalités de départ.

De la même façon les inégalités en terme de conditions de travail entraînent des inégalités face à la maladie et à la mort. Là encore les conditions de travail les plus difficiles sont souvent dans des professions où les salaires ne sont pas élevés.

Les inégalités face au logement entraînent des inégalités face à la santé et à l’école…


Les inégalités forment donc un système : elles s’engendrent les unes les autres et elles forment un processus cumulatif qui entraîne le fait que les privilèges se regroupent à l’une des extrémités de l’échelle sociale tandis qu’à l’autre extrémité il y a une multiplication des handicaps. De plus on voit qu’il y a reproduction des inégalités entre les générations (cf. inégalités scolaires en fonction de la PCS).





b)   L’exclusion sociale

 

La pauvreté ne conduit pas forcément à l’exclusion sociale (on peut être pauvre et avoir des amis), mais le cumul des handicaps peut conduire à l’exclusion sociale c’est ce qui a été montré par deux sociologues : S. Paugam (disqualification sociale) et R. Castel (désaffiliation).


Leur analyse porte plus particulièrement sur le chômage et la pauvreté, ils cherchent à mettre en évidence le processus de rupture du lien social qui conduit à l’exclusion sociale.


Pour Paugam le processus de disqualification sociale se fait en trois phases :

1)la fragilité. Cette phase est amorcée par un événement : échec professionnel, instabilité de logement, drame familial…, qui engendre un sentiment de déclassement et suscite des comportements particuliers : réduction de la vie sociale, tensions dans les liens familiaux…

Le chômeur perd vite ses points de repère et peut alors connaître une grave crise d’identité.

2)la dépendance. Après une phase plus ou moins longue de découragement et de prise de conscience de l’absence d’espoir d’insertion, le chômeur peut accepter l’aide sociale. Il justifie souvent cette décision par le fait qu’il a des personnes à charge. Toutefois, l’aide ne s’avère jamais suffisante ce qui entraîne parfois par ailleurs un endettement. Mais, elle permet d’éviter l’extrême pauvreté.

3)la rupture. Quand les handicaps se multiplient (problèmes de santé, pertes de contact avec la famille…), on peut assister à la phase ultime du processus de marginalisation. Phase amplifiée si l’alcool ou la drogue intervient, ou si les liens familiaux – forme élémentaire de la solidarité – sont rompus.


http://www.youtube.com/watch?v=gjhGEL-mL1w


Castel distingue trois zones dans lesquelles peuvent se situer les individus :

La zone d’intégration : stabilité de l’emploi (garanti de travail permanent) et stabilité des relations sociales. On dispose des garanties d’un travail permanent et que l’on peut mobiliser des supports relationnels solides.

La zone de vulnérabilité : précarité du travail et fragilité relationnelle

La zone de désaffiliation sociale : absence de travail et isolement social.


Le point commun entre ces deux analyses c’est qu’elles mettent en évidence que le phénomène d’exclusion sociale est le résultat d’un processus. On peut faire le lien avec les inégalités en disant que les individus qui cumulent les handicaps en termes d’inégalités sociales sont celles qui sont les plus fragiles et qui ont le plus de risque de rentrer dans ce processus d’exclusion sociale.


CONCLUSION DU 1.


RAPPEL : IL EXISTE AUSSI DE SINEGALITES A L’ECHELLE INTERNATIONALE

  • L’évolution des inégalités au niveau international

Les inégalités de revenus sont plus difficiles à comparer à l’échelle internationale que les inégalités de salaires, car il est difficile de prendre en compte les mêmes catégories de revenus et de transferts dans les différents pays.

Pour ces deux catégories, on retrouve les mêmes tendances :

–          Dans tous les pays, les inégalités subsistent, malgré l’augmentation du niveau de vie moyen. Les inégalités de revenus sont supérieures aux inégalités de salaires.

–          Dans les PDEM, on observe une réduction des inégalités sur l’ensemble du 20° siècle, avec cependant une légère remontée des inégalités de revenus à partir des années 80. Les pays nordiques (Allemagne, Belgique, Suède, Norvège), sont caractérisés par des écarts de revenus inférieurs aux pays anglo-saxons (3 contre 5.5)

–          A l’échelle internationale, c’est-à-dire entre les pays, les inégalités ont augmenté jusqu’à la fin de la 2°guerre mondiale (certains pays connaissant un développement fulgurant, d’autres pas), depuis certaines inégalités augmentent d’autres baissent :

Par exemple, si on compare le PIB par habitant (en PPA) des 20 pays les plus riches/ aux 20 pays les plus pauvres, on peut voir que les inégalités ont augmenté.

Mais, les 20 pays les plus pauvres ne concernent que 5% de la population mondiale. D’où l’intérêt de regarder le revenu moyen par habitant pour prendre en compte la taille de la population : par exemple, si on regarde l’Asie, on voit qu’elle représente la moitié de la population mondiale et les inégalités s’y réduisent.

–          Les pays sud-américains se distinguent par une inégalité supérieure aux pays occidentaux les plus inégalitaires

–          Les pays asiatiques, ainsi que les pays africains se caractérisent généralement par une inégalité de revenus égale ou inférieure à celle des  pays occidentaux les moins inégalitaires.

–          La comparaison internationale est également difficile dans les pays communistes et dans les pays les plus pauvres, du fait de très nombreux avantages en nature difficiles à quantifier de façon monétaire.

–          L’écart de revenus entre l’Occidental de 1870 et celui de 1990 (d’environ 10) est quasiment équivalent à l’écart entre le revenu moyen du Chinois ou de l’Indien et celui de l’occidental aujourd’hui.

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