2.2 On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française


2.1  On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française

a)    Parce que les classes sociales sont inhérentes au système capitaliste et les rapports sociaux sont des rapports de domination



  • L’analyse en termes de classes sociales

Ce sont alors des analyses réalistes qui considèrent que les hiérarchies permettent de mettre en évidence des groupes hiérarchisés qui ont une existence effective et qui ne sont pas de simples regroupements théoriques sur la base d’observation. Les groupes ont une identité propre.


MARX

->l’analyse marxiste des classes sociales est une analyse holiste  (macro-sociologique) de la stratification sociale dans une conception réaliste déductive : pour lui, les classes sont une réalité objective qu’il suffit d’observer.


->La division de la société en classe résulte des rapports de production : le fait d’être ou non propriétaires des moyens de production (prolétaires ou capitaliste) détermine la position de classe des individus.


->Placés dans les mêmes conditions matérielles d’existence, les membres d’une classe développent une « conscience de classe », c’est à dire une conscience sociale de leur être collectif, de leurs intérêts communs. La classe sociale est indispensable pour que la classe sociale ne soit pas une simple catégorie, mais devienne un acteur du changement social.  (holisme : la classe existe indépendamment des individus)

L’appartenance à une classe particulière est objective (il n’appartient pas aux individus de choisir leur position de classe.


NB Pour R. K.Merton, il convient cependant de faire la distinction entre la position objective d’un individu au sein d’un groupe (groupe d’appartenance) et le groupe de référence auquel l’individu croit appartenir, auquel il s’identifie, et auquel il emprunte ses normes et ses valeurs.


-> Les rapports de production engendrent des antagonismes fondamentaux entre les classes : dans toute société capitaliste, l’intérêt des détenteurs du capital est d’augmenter la plus-value, ce qui se fait au détriment des salaires, qui risquent de baisser en-deçà du salaire de subsistance. Ceci génère l’exploitation des prolétaires par les capitalistes.

Ainsi, la notion de classe est inséparable de celle de luttes des classes : les conflits viennent des intérêts antagonistes et des inégalités.


BOURDIEU


-> l’analyse de Bourdieu propose une approche actualisée du marxisme : pour lui, les classes sociales existent toujours mais elles ne sont pas quelque chose de permanent (on peut passer d’une classe à l’autre). Cela lui permet de prendre en compte l’existence d’une certaine mobilité sociale dans les sociétés contemporaines. De plus, la construction des classes sociales doit prendre en compte plusieurs critères à côté du critère économique.


-> Pour Bourdieu, les classes sociales se distinguent par la possession de 4 types de capital :

-le capital économique, que l’on peut assimiler à la richesse (revenus et patrimoine)

-le capital culturel, qui peut prendre différentes formes (diplômes, tableaux, disques, livres,…) et qui se manifestent dans l’habitus.

-le capital social qui est constitué des réseaux relationnels

-le capital symbolique, c’est-à-dire l’apparence physique, la réputation, le nom, les décorations,…


->Pour Bourdieu, les classes sociales se définissent non seulement par le volume de capital possédé, mais aussi par sa structure (ex professeur/commerçant). Il existe des rapports de domination entre les classes, par exemple, au sein de l’école, les classes dominantes cherchent à asseoir leur domination en définissant dans les programmes ce qui est « bon » à savoir.



b)   Retour des inégalités et persistance des classes


–          La réduction des inégalités n’est pas régulière et on peut mettre en évidence une rupture de tendance à partir du milieu des années 1980

Il y a trois grands facteurs explicatifs :

a) la fin de la réduction des inégalités de salaires (« l’éventail des salaires ne se resserre plus »), on même vu qu’en ce qui concerne les extrême on peut mettre en évidence une recrudescence des inégalités car les très hauts salaires augmentent beaucoup plus vite que les autres ;

b) les évolutions du marché du travail marqué par la montée du chômage et la précarisation de l’emploi, qui entraîne une baisse du niveau de vie pour toute une catégorie d’actifs touchés par le précarité ;

c) le boom des marchés financiers et immobiliers qui entraînent une forte hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient aux catégories déjà aisées. Ce dernier élément est a nuancé aujourd’hui étant donné la crise financière et immobilière)


Rem : Ce renouveau des inégalités et marqué aussi par le développement de nouvelles inégalités (générationnelle et intra catégorielle principalement). En effet, la précarité touche toutes les catégories socioprofessionnelles (pas dans les mêmes proportions mais quand même) et elle touche principalement les jeunes.


Ce renouveau des inégalités et peu visible dans les indicateurs statistique pour trois raisons : tout d’abord l’action de l’Etat tend à amortir les effets de la précarité ce qui limite l’impact sur les inégalités, de plus le renouvellement des générations fait que les retraités aujourd’hui qui sont issus de la génération du baby boom voient leur situation s’améliorer par rapport aux retraités des générations antérieures, le niveau de vie des retraités tend donc à s’améliorer. (Rem : avec le développement de la précarité cela ne sera plus vrai pour les générations suivantes et on peut s’attendre à une dégradation du niveau de vie des retraités dans les générations suivantes). Enfin les indicateurs ont du mal à apprécier la hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient de possibilité de défiscalisation or les données sont liées aux revenus déclarés.



  • Ce creusement des inégalités depuis les années soixante dix semble illustrer un retour des classes sociales.

La thèse de la moyennisation est critiquée par les défenseurs de la thèse de la polarisation (L.Chauvel, P.Bourdieu, A.Lipietz)


=>D’un point de vue « objectif », les inégalités entre les classes sociales, si elles se sont réduites sur le dernier siècle n’ont pas disparu :


-Même si les inégalités statiques (le rapport interdécile) ont diminué, les inégalités « dynamiques, c’est-à-dire le temps de rattrapage du D1 et surtout du D2 et D3 vers le D9 s’est accru : avec la crise économique, les chances d’ascension sociale diminuent.


– La remise en cause du système de protection sociale français et la multiplication des   systèmes d’épargne volontaire risque à terme d’amplifier les inégalités, puisque les systèmes par capitalisation amplifient les effets des inégalités de patrimoine.


– Même s’il y a une homogénéisation des normes de consommation, celle-ci n’est que partielle et en particulier :

-des inégalités de consommation existent pour les biens et les services récents les plus élaborés (internet, innovation) et pour les loisirs (ex vacances)

-certaines consommations sont marquées par des effets de distinction (Bourdieu) et par une dimension ostentatoire (effet Veblen)

-les pratiques sociales et en particulier les pratiques culturelles sont marquées par des habitus de classe, qui sont fonction des dotations en capital économique, social et culturel ex golf (Bourdieu)


=>On peut même repérer l’apparition de nouvelles inégalités

-les emplois précaires forment les contours d’un « nouveau prolétariat », ce qui permet à certains sociologues de parler d’une polarisation de la société sur l’image d’une société avec aux extrêmes deux groupes les exclus et les inclus (A.Lipietz)

-on peut aussi remarquer l’enrichissement des classes supérieures, l’amélioration du sort des salariés des classes populaires qui font l’objet de l’attention de la classe politique  et l’abandon des classes moyennes (L.Chauvel)



=>la « disparition » des classes populaires (ouvriers + employés) est très contestable, puisqu’il représente encore 60 % de la population active.



=> La mobilité entre les classes sociales reste limitée.

-Ainsi,  la mobilité des nouvelles générations est moins forte et les jeunes qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui connaissent un plus fort risque de déclassement social.

-Même si la mobilité  sociale s’est accrue, la mobilité sociale est surtout une mobilité de proximité et le phénomène dominant reste la reproduction sociale.