LES FRONTIERES ECONOMIQUES, CULTURELLES ET POLITIQUES

COURS DE PREPARATION AU CONCOURS IEP PROVINCE 2011

THEME :LES FRONTIERES

 

INTRODUCTION :

Les frontières, qui peuvent se définir comme des limites entre deux choses (et plus précisément entre deux Etats puisqu’elles sont l’essence de la délimitation d’un Etat), peuvent être de différentes natures : géographiques, politiques, culturelles, économiques (une forme de frontières déterminant globalement les autres formes, mais pas toujours).

 

Nous aborderons ici trois grands axes :

1)    Les frontières économiques :

a)    Le processus actuel d’internationalisation des échanges…

b)   S’appuie sur les théories du libre-échange

c)    Mais on assiste à une renaissance des thèses protectionnistes

 

2)   Les frontières culturelles :

a)    La mondialisation engendre t’elle l’émergence d’une culture mondiale, c’est-à-dire l’uniformisation des normes et des valeurs à l’échelle planétaire ?

b)   Immigration, émigration : la circulation des personnes et l’identité nationale

 

3)   Les frontières politiques : vers une gouvernance mondiale ?

 

Attention, ce cours ne constitue qu’un ensemble de réflexions partielles et ne peut en aucun cas constituer un minimum nécessaire pour un travail de préparation à l’Hexaconcours. Il doit être obligatoirement complété par un grand nombre d’autres lectures.

 

 

1)  Les frontières économiques :

 

a)    Le processus actuel d’internationalisation des échanges…

 

         –Internationalisation : développement des relations économiques entre les différentes nations : internationalisation des échanges de biens et services et des échanges de capitaux.

 

 

 

         –Mondialisation :

Elle correspond à trois processus concomitants :

-l’internationalisation des biens, services et capitaux

-la mobilité internationale des facteurs de production, et plus particulièrement des capitaux (qu’on appelle la globalisation financière)

-le processus d’interpénétration  croissante des économies nationales (donc d’effacement progressif des frontières, d’affaiblissement des régulations nationales, et de déterritorialisation des activités économiques)

 

            –Globalisation :

        C’est le fait que de plus en plus les phénomènes ont des dimensions mondiales et doivent donc être analysés et traités à un niveau global, planétaire.

        EX cyber délinquance, préservation environnement, crise financière (on parle alors de globalisation financière

        En économie, ce terme est assez proche de celui de mondialisation.

         

=>Depuis la fin de la 2° guerre mondiale on constate un essor rapide des échanges qui se manifeste par une diversité croissante et par une transformation de leur structure.

        Si, historiquement, les échanges internationaux ont d’abord porté sur les marchandises, ces 30 dernières années ce sont surtout les échanges de services et les mouvements de capitaux qui occupent une place prépondérante dans les échanges internationaux.

        Les échanges de services représentent environ 20% des échanges mondiaux (S financiers, NTIC, télécom). L’essor des flux de capitaux est lié à la dérèglementation, à la multiplication des innovations financières et  aux stratégies des FMN (le tout grâce aux NTIC).

        Depuis 1950, les échanges internationaux ont été multipliés par 20.

        L’explosion des échanges commerciaux est la 1° manifestation de la mondialisation et se traduit par une ouverture croissante des pays et en particulier de la France.

         

=>Les firmes multinationales, que l’on appelle aussi les FTN sont des acteurs essentiels de la mondialisation.

Les FTN sont des entreprises industrielles, commerciales ou financières, dont les produits sont vendus et surtout fabriqués dans plusieurs pays, selon la DIPP (division internationale du processus de production, c’est-à-dire production divisée entre les pays en fonction des avantages de chaque pays.)

A partir des 60s, les FTN se développent. 

 Rappel : la mondialisation c’est l’échange de biens et services, mais aussi la circulation de capitaux : c’est eux qui ont le plus augmenté ces dernières années : Les pays industrialisés émettent + de 90% des IDE et en reçoivent 70%.

 

Les échanges intra firmes représentent aujourd’hui 30% des échanges marchands (c’est-à-dire entre filiale et maison mère) ; les échanges avec au moins une FMN représentent 90% des échanges.

 

         

b)    La théorie libérale affirme que le libre échange est une condition de l’efficacité optimale de l’économie.

 

Adam Smith, dans Essai sur la nature et les causes de la richesse des nations, ouvrage publié en 1776, annonce l’apparition de la « République mercantile universelle » — autrement dit, un monde sans frontière marchande. Ce qui caractérise cette dernière, et qui en même temps fait de Smith le premier théoricien libéral au sens économique du terme, c’est qu’elle est supposée apparaître d’elle-même, sans que les hommes aient à établir des traités ou des pactes quelconques : la théorie de la « main invisible » suppose en effet qu’il existe dans la sphère mercantile internationale ce qu’on pourrait appeler un “ordre immanent”, équivalent économique de l’ordre divin dans la nature. Smith tient d’ailleurs à maintenir le parallèle entre économie et nature, comme lorsqu’il cherche à découvrir les « lois naturelles du développement des richesses » qui permettront d’instaurer un ordre économique mondial satisfaisant pour tous.

Cette analyse du « laissez-passer » défendue par l’ensemble des classiques et néo-classiques sera à la base de tout le libre-échange mis en place surtout à partir de 1950 notamment à travers les grandes instances internationales.

 

 

Arguments en faveur du libre échange :

 

Le libre-échange permettrait :

– d’échanger à des prix plus bas (car les pays se spécialiseraient là où ils sont le plus efficaces),

-d’accroître la diversité des produits,

-d’éviter les risques de pénurie,

ce qui serait favorable à la croissance économique et à la hausse des niveaux de vie.

 

 

 

Critiques du libre-échange

L’échange international est inégal car toutes les spécialisations ne se valent pas et la spécialisation internationale peut conduire à la dépendance dans l’approvisionnement (ex : mat. Premières) ou dans les débouchés (café, banane,…). Cette dépendance peut fragiliser les pays qui y sont soumis.

Les économies nationales peuvent parfois avoir besoin d’être protégées.

 

 

c)    Mais on assiste à une renaissance des thèses protectionnistes

 

 

   Protectionnisme : il désigne l’ensemble des mesures de politiques commerciales qui visent à empêcher ou à limiter la circulation des produits entre les nations. Il peut être explicite (droits de douanes, quotas) ou déguisé (autres discriminations non tarifaires).

 

Ainsi, les frontières économiques sont donc soient des barrières tarifaires, soient des barrières non tarifaires (frontières financières, frontières réglementaires)

Droits de douane : taxes prélevées sur les importations. On distingue les DD ad valorem qui sont fixés en proportion de la valeur de la marchandise et les DD spécifiques qui correspondent à un montant unitaire fixe.

 

Discriminations non tarifaires : obstacles aux importations qui ne sont pas des DD (quotas, normes sanitaires, etc.).

          

 

Il est intéressant de voie qu’historiquement les périodes de libre échange sont minoritaires dans l’histoire des relations internationales.

                  Quatre périodes peuvent être distinguées entre 1815 et 1913 :

      1815-1846 : extension progressive du libre-échange au Royaume Uni (l’agriculture reste protégée par le vote de la « corn law » en 1815, mais en 1842, les droits de douane sur les produits manufacturés sont fortement réduits), protectionnisme dans le reste du monde.

1846-1860 : Libre-échangisme du Royaume Uni (abolition de la « corn law » en 1846, démantèlement des barrières douanières en 1860), protectionnisme du reste du monde.

      1860-1880 : extension du libre échange entre les économies européennes (Traité de commerce franco-anglais en 1860), protectionnisme renforcé aux Etats-Unis suite à la Guerre de Sécession.

      1880-1913 : retour et renforcement du protectionnisme en Europe Continentale (Loi Méline en France en 1892), libre-échange du Royaume Uni, et renforcement du protectionnisme aux Etats-Unis (taux moyen des droits de douane est porté à 57% en 1897).

ð Au final, durant le XIXème siècle, le protectionnisme est davantage la règle que le libre-échange.

ð Ainsi, à la fin du XIXème siècle, la croissance des échanges internationaux s’explique en partie par l’abaissement du coût du transport maritime (diffusion de la machine à vapeur).

Il faut attendre la fin de la 2°guerre mondiale pour que le libre-échange sorte du cadre des rapports avec les colonies et engendre des accords entre les Etats à travers des instances internationales telles le GATT, qui deviendra l’OMC et, bien sûr, dans le cadre de la mise en place des zones de libre-échange : CEE, Mercosur, Alena,…

 

Arguments en faveur du protectionnisme :

 

-Le protectionnisme éducateur

L’économiste allemand F. List participe en 1819 à la création  d’une association de négociants et de fabricants qui lance une pétition visant à la suppression des barrières douanières entre les Etats allemands. Cette campagne contribuera à la mise en place du Zollverein en 1834. Après un séjour aux Etats-Unis, où il observe et analyse le système protectionniste, List publie en 1841 son ouvrage Système national d’économie politique. Contre les thèses de l’école libérale anglaise, List met en évidence le fait que la concurrence ne peut être bénéfique qu’entre nations ayant un niveau de développement comparable. Il dénonce le comportement des britanniques qui, industrialisés plus précocement, plaident pour un libre échange qui pérenniserait leur domination. List se prononce pour la « protection des industries naissantes ». Au moment  où elles  apparaissent,  les “industries dans l’enfance” ne peuvent lutter à armes égales avec celles de pays à industrialisation plus avancée (qui réalisent des économies d’échelle). La libre compétition entre pays inégaux risque de  bloquer le développement du plus faible. Il importe donc de mettre les  “industries naissantes”  provisoirement à l’abri de la concurrence étrangère,  le temps nécessaire  pour  qu’elles acquièrent, grâce aux  économies d’échelle, la compétitivité indispensable à leur survie.

 

 

 

 

 

-Protection des industries vieillissantes :

Pour Maurice Allais (1911-2010), il faut protéger les industries vieillissantes en France (par exemple, la sidérurgie) pour leur permettre de se restructurer ou de se reconvertir ce qui n’est pas possible dans le cadre de la concurrence internationale. Cela est nécessaire pour éviter que ces industries disparaissent sans qu’il n’y ait de solutions pour les emplois ainsi détruits.

 

-J.M. Jeanneney : pour un nouveau protectionnisme

http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/fonds/jean_marcel_jeanneney.html

 

Le système productif français doit nécessairement se reconvertir et ce  processus sera consommateur de temps ; il faut protéger les entreprises le temps d’opérer la reconversion. Pour des raisons d’ouverture, la politique de protection ne peut être nationale mais que de « zone » (européenne) ;et, pour des raisons de légitimité politique, la politique de protection doit être officielle (refus du protectionnisme déguisé : valorisation d’un système de taxes).

 

 

-Politique commerciale stratégique 

Certains Etats peuvent justifier un protectionnisme pour stimuler la compétitivité de certains secteurs jugés stratégiques (agriculture, aéronautique,…). Il peut s’agir de financement de la recherche, de politique de restructuration industrielle, de soutien à l’investissement, de politique favorisant la qualification de la main d’œuvre dans les secteurs stratégiques, de subventions, de la politique d’exception culturelle.

 

 

 Les dangers du protectionnisme

      Frein à la concurrence

      Hausse des prix

      Source de guerre commerciale

      Réduction de la différenciation des produits

      Frein à la recherche de compétitivité

      Maintien des secteurs peu compétitifs au détriment d’autres secteurs

 

Le retour du protectionnisme  ( entre l’UE et le reste du monde) ?

-pour éviter le dumping social (pression à la baisse des salaires, déflation salariale)

-pour éviter le dumping fiscal

-pour éviter les délocalisations et leur impact sur l’emploi

-pour éviter la disparition du tissu industriel (argument de la protection des industries)

-pour respecter nos valeurs, nos choix politiques (pour la culture ou pour l’agriculture : pas de viande aux hormones, pas d’OGM)

 

 

2)  Les frontières culturelles :

 

a)    La mondialisation engendre t’elle l’émergence d’une culture mondiale, c’est-à-dire l’uniformisation des normes et des valeurs à l’échelle planétaire ?

 

 La question que nous allons nous poser est de savoir est-ce qu’on va vers une uniformisation culturelle mondiale, c’est-à-dire vers une suppression des frontières culturelles? La mondialisation est-elle un phénomène récent ?

Le libre-échange crée t’il une forme particulière (historique) de mondialisation ?

 

 

->la mondialisation de la culture

 

Définition de mondialisation culturelle :

Internationalisation des échanges culturels + émergence d’une culture mondiale (normes, valeurs, pratiques sociales à l’échelle internationale).

Echanges culturels= échanges de biens et de services, donc diffusion aussi de normes et de valeurs (par ex, informations, divertissements, films, jeux, les FMN dans l’organisation du travail).

Ambiguïté de la définition de biens culturels : il s’agit d’un bien (mais il peut s’agir aussi d’une production immatérielle ex musique) porteur de culture c’est-à-dire de normes et de valeurs. En même temps un bien « classique » est aussi porteur de culture (consommer fast food …)

 

 

=>L’acculturation est un phénomène inhérent aux sociétés humaines

 L’ acculturation existe depuis le début de l’humanité : chaque culture a toujours été  et est toujours en perpétuelle construction. Dans le monde romain, lors des guerres de religions, dans l’impérialisme, on cherche à imposer au-delà des frontières, à d’autres cultures, des normes et des valeurs que l’on pense « universelles »

 

 

 

L’homogénéisation de la culture au niveau mondial passe par plusieurs vecteurs :

 

-par la mondialisation des échanges de matières premières, de produits manufacturés, de capitaux, de services (mondialisation économique)

 

-par les FMN qui sont des acteurs essentiels de la mondialisation économique, mais qui participe aussi à  l’homogénéisation des normes et des valeurs (medias, publicité, mode d’organisation du travail)

 

-par les medias (TV, ciné, internet,…) qui jouent un rôle majeur :

        -dans la diffusion et l’uniformisation des musiques, films,… (biens culturels)

        -dans la multiplication des échanges d’information

      -dans la diffusion des normes et des valeurs (« village planétaire »  McLuhan)

 

 

-par le développement des valeurs universelles, notamment par rapport aux droits de l’homme, à la démocratie, mais aussi dans une moindre mesure le libéralisme économique, en particulier par le biais des grandes instances internationales.

 

 

=>la fabrication de produits culturels mondialisés (la marchandisation de la culture) conduit à un appauvrissement de la culture (nivellement, homogénéisation)

 

 

=> cette homogénéisation risque de se faire sous la domination américaine qui de domination économique peut se transformer en domination culturelle

(1°PIB mondial, 7 des 10 1°FMN, 44%des prix Nobel toutes disciplines confondues)

Conclusion : La domination culturelle résulte en grande partie de la domination économique

 

 

 

 

 

-> le maintien des spécificités socio-culturelles : « L’humanité : une machine à fabriquer des différences »

 

 

 Les normes et valeurs de la culture américaine ne sont pas les seules à se diffuser : on assiste plutôt à une généralisation des échanges culturels de toutes les cultures vers d’autres cultures, avec des succès qui ne sont pas toujours d’origine américaine (ex la pizza, le reggae, le Rai, les dessins animés et les mangas).

 

Il n’y a donc pas de disparition des diversités culturelles mais plutôt une acculturation : changement  résultant des contacts des contacts avec des cultures différentes. Cette acculturation existe depuis le début de l’humanité : chaque culture a toujours été en perpétuelle construction. Les apports des autres cultures sont réinterprétés à la lumière de la culture d’accueil (ex hamburger  « tartiflette » ou vaudou)

 

Les modes de réaction de la culture d’accueil peuvent d’ailleurs se faire sous la forme de différentes réactions : comme l’acceptation partielle ou totale, réintégration à des éléments de la culture d’accueil ou des réactions négatives (ex communautarisme ).

 

Or, l’acculturation peut se traduire par :

-de l’assimilation : le groupe dominé accepte et intègre les valeurs du groupe dominant.

 -une déculturation : acculturation imposée et assimilation forcée.

-ou par un ethnocide, c’est-à-dire destruction de la culture du groupe dominé  L’acculturation peut aussi se traduire par du syncrétisme culturel (métissage)

 

 

En fait les influences entre culture donneuse et culture receveuse sont souvent réciproque : on parle alors d’interpénétration  ou d’entrecroisement des cultures.

 

Remarque : L’acculturation peut se traduire par une contre-acculturation c’est-à-dire un rejet de la culture nouvelle et par réaction un repli identitaire, national et/ou communautaire : l’homogénéisation culturelle peut parfois entraîner des revendications de différenciations identitaires à l’intérieur des pays : par exemple, dans les sociétés occidentales qui s’uniformisent sur beaucoup de normes et de valeurs, certains groupes vont revendiquer leur différence : on parle de communautarisme.

 

Conclusion : s’il y a aujourd’hui tendance à la mondialisation, elle n’est pas synonyme d’uniformisation. Le poids des EU peut laisser craindre un affaiblissement des autres cultures. Dans cette lutte d’influence économique et culturelle, certaines cultures résistent mieux que d’autres, certaines cultures sont plus menacées que d’autres . Les mouvements altermondialistes participent à cette lutte contre une hégémonie culturelle :  « la culture n’est pas une marchandise « 

Malgré l’entrecroisement des cultures, et même si on mange de la pizza en Italie, en France comme aux EU, chaque pays garde des spécificités culturelles (il existe une culture typique française, mais qui est en perpétuelle construction)

 

Il n’y a pas d’homogénéisation culturelle parce que :

-à l’intérieur des pays , il subsiste de fortes inégalités d’accès à la culture.

-à l’échelle internationale, tous les pays ne bénéficient pas de la mondialisation (ex fracture numérique          

 

 

ð  La mondialisation n’est pas un phénomène récent, mais la mondialisation économique actuelle se caractérise par sa forme économique. Les rapports culturels ne sont pas des rapports égaux, le risque est que, avec  cette multiplication des échanges culturels, se répandent une façon de vivre très largement marquée par la culture des économies dominantes et en particulier de l’économie américaine, qui, parce qu’elle dispose d’une puissance économique supérieure puisse promouvoir une offre (culturelle, de biens et services ) prédominante , en particulier au niveau des industries du divertissement (séries télé, films, musique) et de quelques majors de l’alimentation.

 

 

 

Remarque :

 La mondialisation culturelle n’est pas forcément un phénomène négatif. Pour Amartya Sen, la mondialisation  apporte un métissage fécond ; c’est aussi le partage des connaissances et des valeurs qui permettront de faire progresser le développement humain partout dans le monde .

 

 

 

 

 

.

b)   Immigration, émigration : la circulation des personnes et l’identité nationale

 

Vers un monde sans frontière ?

 Le monde est déjà sans frontière pour les plus riches, qui non seulement peuvent faire circuler leurs capitaux librement, mais aussi  peuvent eux-mêmes circuler comme ils veulent : tourisme, résidence secondaire à l’étranger,…Il n’y a  aucune difficulté pour un américain d’immigrer en France ou pour un Français de s’établir au Maroc.

Les frontières sont donc un filtre (R.Debray) des plus pauvres : ceux des pays du Sud qui ne sont pas autorisés à rentrer dans les pays riches, sauf dans un circuit illégal qui renforcera les possibilités d’exploitation)  (comme l’emploi des clandestins pour des tâches ingrates à moindre frais.)

 Mais même à l’intérieur d’un espace de libre circulation qu’est l’UE, certains doivent déroger à la règle car trop pauvres (Roumains, Bulgares). Sans parler des Roms, peuple nomade qui symbolise la non reconnaissance des frontières.

 

3)  Les frontières politiques : vers une gouvernance mondiale ?

Quelle régulation pour l’économie mondiale ?

Le premier penseur à avoir énoncé une théorie politique explicitement universaliste fut probablement Kant, dans l’Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, article paru en 1784. A partir de l’idée classique selon laquelle « la nature ne fait rien en vain », et remarquant que la raison humaine profite davantage à la collectivité qu’aux individus, Kant déduit que la nature a voulu que les dispositions humaines ne parviennent à leur plein développement que dans une société qui sera, d’une part, la plus libre qui soit, et d’autre part la plus sûre et la mieux protégée, afin que les rivalités entre les hommes se transforment en émulation. Mais si l’on s’en tient à une société “parfaite” parmi d’autres moins parfaites, on retrouvera entre ces sociétés la même dangereuse rivalité que la loi a réussi à canaliser dans la société “parfaite”. Il faut donc établir une législation entre les sociétés elles-mêmes, ce qui revient, au bout du compte, à instituer un corps politique mondial. Kant formule ainsi « l’espoir qu’après maintes révolutions et maints changements, finalement, ce qui est le dessein suprême de la nature, un « État cosmopolitique universel arrivera un jour à s’établir. »

La Révolution française fut un important facteur d’émancipation de la conscience “mondialiste”. Ainsi Condorcet, dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, œuvre achevée en 1793, se déclare favorable à une « République fédérale, universelle et fraternelle », dont les inspirateurs et les guides seraient les « peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains ». Mais il ne s’agit plus là d’un projet impérialiste : « Nos espérances sur l’état à venir de l’espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme. » Les frontières que veut supprimer Condorcet sont donc celles de l’inégalité.

Au XIXème siècle, une tentative originale d’unification de l’humanité, donc de suppression des frontières — il s’agit ici de frontières idéologiques, et non politico-géographiques — vit le jour avec Auguste Comte. En 1849, il fonda « l’Église universelle de la religion de l’Humanité », qui possède dogmes et rites, fixés dans le Catéchisme positiviste, paru en 1852. Le mot d’ordre de la religion de l’Humanité est triple : « L’Amour pour principe ; l’Ordre pour base ; et le Progrès pour but ». Par ailleurs, Comte distingue dans sa religion trois éléments propres à l’homme : les pensées, élaborées par la philosophie ; les sentiments, dont s’occupe la poésie ; les actes, légiférés par la politique. Mais il faut remarquer que tout cet appareil théorique n’a de sens pour Comte que par la « socialité essentiellement spontanée de l’espèce humaine ». Autrement dit, l’humanité tend d’elle-même à s’unifier ; la religion positiviste ne crée pas artificiellement un lien entre les hommes, elle apporte un cadre rigoureux à une tendance “naturelle” de l’homme : la socialisation.

Le socialisme de Karl Marx inspira et continue d’inspirer diverses formes d’universalisme. Sans rentrer dans le détail de la doctrine, on peut se référer à la Ière Internationale ou « Association internationale des travailleurs » qui voit le jour en 1864. Le principe fondateur de cette organisation peut bien être considéré comme un monde sans frontière, ou plus précisément un monde “par-dessus” les frontières : le prolétariat, avant de devenir l’autorité politique suprême, doit s’unir à l’échelle internationale, puisqu’il est exploité à l’échelle nationale et, surtout, parce que les intérêts de tous les prolétaires sont identiques. Le patriotisme, et plus encore le nationalisme, ne peuvent être pour Marx que des théories bourgeoises, auxquelles aucun prolétaire ne peut adhérer ; de là le fameux mot d’ordre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » De nombreux conflits idéologiques entre divers courants se réclamant du marxisme auront lieu à la fin du XIXème et au cours du XXème siècle, dont le point culminant sera la création, en 1938, de la IVème Internationale par Trotski. Celui-ci estima que Staline, partisan du socialisme dans un seul pays, avait trahi les idéaux marxistes. Le trotskisme revendique ainsi sa fidélité aux ambitions originelles de Marx,

 

 

 

A-t-on besoin des instances internationales pour réguler l’économie mondiale, et si oui, comment y représentés égalitairement tous les pays, comment éviter l’hégémonie américaine ou plus généralement  la domination des grandes puissances économiques, comment promouvoir un libre-échange qui se fasse aussi au bénéfice des plus pauvres, la vision libérale de l’échange internationale est-elle vraiment la mieux adaptée  et est-elle adaptée à tous les pays ?

 

Le problème n’est donc pas tant la mondialisation mais plutôt sa gouvernance, et aussi l’harmonisation des politiques internationales en matière de normes économiques, sociales, mais aussi environnementales (ex Kyoto).

Au lendemain de la 2°guerre mondiale sont crées toutes les grandes instances internationales, le GATT (accords de Bretton Woods) qui deviendra l’OMC, l’organisme qui négocie à l’échelle multilatérale des accords de libre-échange, le FMI et la Banque mondiale, organismes financeurs mais aussi régulateurs. On peut aussi rappeler l’existence des « G », G6 crée en 1973 à la suite du choc pétrolier (Etats-Unis,  Royaume-Uni, Allemagne de L’Ouest,  Japon, France et Italie) : le G6 est plutôt un club des puissances occidentales puisque l’URSS n’en fait pas parti.

Incontestablement, le G20 représente mieux le monde d’aujourd’hui que le G8 qui paraissait comme une sorte d’anomalie représentant un monde qui n’existe plus.

¨      Le G8 représente 13% de la population mondiale et 46% du PIB
¨      Le G20 représente 61% de la population mondiale et 80 % du PIB

Mais on ne peut que constater la terrible absence de l’Afrique représentée seulement par la seule Afrique du Sud. Même si le continent Noir est présent par l’intermédiaire de l’AUC (African Union Commission) en tant qu’observateur tout comme l’Asean. Ironie de l’histoire, L’Afrique du Sud était au ban des nations il y a seulement une vingtaine d’années pour sa politique d’Apartheid.L’autre grand absent lorsque l’on observe la liste des pays classés selon leur puissance économique est l’Espagne. La Pologne qui se situe à la 20e position de ce classement devrait aussi logiquement en être. Tout comme l’Iran (17e). En revanche l’Arabie Saoudite, l’Argentine et l’Afrique du Sud ne devrait en faire partie.

De même, les enceintes internationales comme le FMI et la Banque mondiale sont dominées par les principales puissances occidentales.

A titre d’exemple, le Royaume-Uni et ses 60 millions d’habitants détiennent 4,86% des droits de vote au conseil des gouverneurs du FMI, loin derrière les Etats-Unis (16,77%) mais devant la Chine (3,66%) et l’Inde (1,89%), qui dépassent chacun le milliard d’habitants.

En avril 2008, le conseil des gouverneurs du FMI avait adopté un projet de réforme de sa structure de gouvernance afin de réaligner les quotes-parts et la répartition des votes de ses 185 pays membres sur leur poids et leur rôle respectif dans l’économie mondiale.

Les pays du G20 ont accepté de renforcer le poids des pays émergents au sein du Fonds monétaire international (FMI) en transférant 5% des droits de vote de l’institution vers les pays émergents qui y sont moins représentés.

La Chine, la Corée du Sud et la Turquie devraient être les principaux bénéficiaires de ce rééquilibrage décidé pour que le tour de table du FMI reflète mieux le poids des différents pays dans l’économie mondiale, a-t-on indiqué de source française.

A l’inverse, les Européens “sur-représentés”, à savoir la Grande-Bretagne, la France et la Belgique, devraient perdre une partie de leurs quotas.

 

Depuis les années 2000, on assiste à la formation d’une société civile mondiale qui tente d’opposer une autre vision de la mondialisation et de s’imposer comme des contre-pouvoirs (consommateurs : commerce équitable, associations : mouvement altermondialiste, ONG dans l’action humanitaire et la logistique sur des projets écologiques). Cette autre vision des échanges est relayée à l’échelle de certains états qui à la fois revendiquent plus de pouvoirs dans les instances internationales, mais aussi la possibilité de négocier d’autres règles plus favorables aux PED ou plus équitables.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE : (absolument non exhaustive)

 

Les enjeux de la mondialisation, collectif, ed° Repères La découverte, 2007.

 

Joseph Stiglitz, « Un autre monde », Fayard Poche, 2006.

Amartya Sen, « Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. » Odile Jacob, 2000.

D.Cohen, « la mondialisation et ses ennemis », Hachette, 2005.

L.Carroué, C.Ruiz, D.Collet, « La mondialisation », Bréal, 2009

J.Bové « Le monde n’est pas une marchandise », La Découverte, 2000.

 

P.Dardot, C.Laval, « La nouvelle raison du monde », La Découverte, 2009.

 

Articles de Presse :

 

« Une nouvelle loi vient durcir la politique migratoire »,  E.Vincent,  Le Monde, 28/09 /10

« Le système monétaire au centre des travaux du G20 » E.Faujas, Le monde, 20 /02 /11

«Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis », J.Sapir, Le Monde Diplomatique,  mars 2009. 

« Vers une gouvernance mondiale? » Christian Lequesne, Alternatives Internationales Hors-série n° 007 – décembre 2009

Conférence A.deBenoist : « Europe et mondialisation »

De nombreux numéros de la revue « Problèmes économiques »

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Grand-Nord

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Grand-Nord

-Étude rapide de la situation géostratégique et géopolitiques du Grand-Nord-

“Le plus intéressant dans les cartes, ce sont les espaces vides, car c’est là que ça va bouger”, Joseph Conrad.

Adieu phoques, baleines, poissons, ours blancs! Bonjour aux nouveaux arrivants, aux pionniers, aux intéressés, aux acteurs économiques de demain, …

 

La région du Grand-Nord est l’enjeu de nouvelles problématiques sur le plan économique, environnemental et stratégique. Cette région est l’objet de toutes les attentions de la part des puissances régionales et/ou mondiales possessionnées –qui disposent d’un territoire- dans la région de l’Océan Arctique. La fonte des glaces notamment change la donne au niveau économique :

  • Ouverture de nouvelles voies maritimes pour rallier l’Asie et l’Europe qui représentent un gain d’environ 8000 km par rapport aux passages classiques par le canal de Suez.
  • Possibilités nouvelles d’exploitation d’hydrocarbures -Gaz naturel (30% des réserves mondiales estimées) et Pétrole (11% des réserves mondiales estimées)
  • Accessibilité des fonds marins regorgeant de métaux rares.

Doc 1 : Carte de la région Arctique

L’intérêt économique nouveau pour cette région attire toutes les convoitises. Sans mauvais jeu de mots, il se pourrait que le Grand-Nord devienne dans les années à venir le “point chaud” du globe.

Ces considérations économiques, mais aussi les enjeux stratégiques de la dissuasion nucléaire et de la sécurité environnementale, obligent les États à repenser leur engagement dans cette région.

Bien que la puissance américaine soit présente dans cette région depuis un demi-siècle (base militaire de Thulé), que l’URSS avait aussi fait du front polaire arctique un objet essentiel de sa stratégie de dissuasion nucléaire, on aurait pu penser que cet espace soit délaissé à la fin de la guerre froide pour une orientation des politiques de défenses sur d’autres points du globe.

Cependant, la recherche de nouvelles perspectives de développement, la volonté de pourvoir à sa propre sécurité énergétique, et de contrôler les points de passage stratégiques entraînent les acteurs de cette région dans une course à l’appropriation de l’espace vide, inexploré.

Et cela se traduit notamment par la recherche et la redéfinition de nouvelles frontières maritimes sous l’Arctique. La Russie, les États-Unis (par l’Alaska), le Canada, la Norvège, le Danemark, le Groenland (région autonome danoise) et l’Islande ont intérêt à vite redéfinir leurs frontières maritimes pour exploiter au maximum les ressources du Grand-Nord, régir le passage des voies commerciales dans leurs eaux, disposer d’un atout stratégique militaire, exploiter les ressources poissonnières, extraire des hydrocarbures …

La problématique des frontières s’articule ainsi non seulement par celle des frontières terrestres, mais aussi à travers la bataille qui se joue pour la définition des frontières maritimes, la plupart du temps invisibles sur les cartes.

Par exemple, dans le cas du Grand-Nord, les États en présence bénéficient de leurs droits issus de la Convention de Montego Bay (1992, Jamaïque) qui leur réserve une bande de 200 miles marins le long de leur côte représentant une Zone économique exclusive (ZEE). Mais ils en veulent plus, et comptent bien s’approprier des zones maritimes qui jusque-là étaient des zones maritimes internationales (ou Haute Mer). Ils demandent en effet aux organisations internationales et notamment au Conseil de l’Arctique de reconnaître une plus large bande de territoire au regard de la continuité physique des fonds sous-marins par rapport au bloc continental auquel ils appartiennent. Cette demande se fait autour de la dorsale de Lomonossov. La Norvège a eu gain de cause et la Russie qui voit son dossier toujours en cours d’étude par les instances internationales.

Doc 2 : Les revendications Russes

Le territoire ainsi récupéré par la Norvège dans la Mer de Barents lui permet de revoir à la hausse ses ambitions économiques, stratégiques et régionales. Bien que rien n’ait changé sur les cartes, les frontières juridiques issues du droit de la mer ayant été étendues, la place de la Norvège a été nettement améliorée dans l’imbroglio géostratégique régional.

 

Doc 3 : La fonte des glaces et l’ouverture de nouvelles voies commerciales

 

La définition des zones maritimes est donc un point sensible des échanges au vu des échanges mondiaux qui pourraient bien passer par là dès demain.

 

Quels avantages à définir le plus largement possible une zone maritime ?

-La zone maritime russe, canadienne, danoise, norvégienne ou américaine, donne une priorité d’exploitation des fonds marins, des réserves de poisson, et contrôle du commerce maritime passant dans cette zone accompagné de taxes portuaires élevées pour les ravitaillements.

 

Pourquoi les États-Unis veulent une route maritime Nord-Est sous statut international ?

– Cela permettrait un développement du commerce mondial par cette voie, ainsi qu’une accélération des échanges. Mais qui dit bâtiments commerciaux civils dit aussi présence d’une flotte militaire stationnée dans cette zone. Cela permet également des opérations de protection, de renseignement et de détection radar des bâtiments militaires étrangers. L’ouverture de nouvelles voies maritimes bouleverse non seulement l’économie mondiale, mais aussi l’échiquier géopolitique mondial.

 

Que font les différents États pour justifier leur présence ?

-Août 2007: les Russes plantent un drapeau sous le Pôle-Nord : «Prouesse technique», «action symbolique» mais aussi et surtout signe fort envoyé aux puissances du Grand Nord. Vladimir Poutine remilitarise le front polaire, investit dans les ports en eau profonde et notamment celui de Mourmansk (volonté de créer le pont de l’Arctique entre Mourmansk et la baie d’Hudson au Canada).

-Un mois plus tard, le Canada organise le plus grand exercice militaire de son histoire et prévoit la construction d’une base militaire ouverte sur l’espace arctique.

-De son côté les États-Unis continuent les exercices militaires en conditions extrêmes sous la banquise avec des sous-marins nucléaires lanceur d’engin (SNLE) et sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), perfectionnent leurs radars longue portée – peut-être devraient-ils aussi penser aux radars directs une collision est si vite arrivée …- .

-L’UE tente aussi de tirer son épingle du jeu et propose pour la énième fois des conditions avantageuses à la Norvège pour qu’elle accepte un accord de coopération  économique et stratégique, voire une adhésion pure et simple. C’est un des acteurs qui met en avant la sauvegarde de l’environnement, mais cette question semble plutôt superflue car l’intérêt économique prime et la Raison d’État aura raison du climat.

-La Norvège multiplie les déclarations d’intention aux grandes puissances. Elle est et sera un acteur incontournable de la course au Grand-Nord : qui sera le plus offrant ?

 

La bataille  du Grand Nord a commencé …

 

Quelques pistes pour approfondir le sujet -si le coeur vous en dit- :

Clôture de la 4ème année polaire internationale (partie sur la gouvernance des deux pôles), rapports de l’OPECST, 2009.

Un colloque “mignon”, avec des personnalités. Mais bon, pas beaucoup de perspectives géostratégiques. Réflexions sur l’environnement, le réchauffement climatique et l’avenir des deux pôles. À noter la présence du scientifique Jean Malaurie très calé sur le sujet. Texte disponible en ligne : http://www.college-de-france.fr/media/evo_cli/UPL2474_CR_API_2009.pdf

 

 

Amiral BESNAULT, Géostratégie de l’Arctique, bibliothèque stratégique, 1992.

De la géostratégie pure et dure. Une analyse poussée de l’environnement arctique. Présnetation des enjeux et défis majeurs pour les armées en terrain hostile: conséquences d’un possible réchauffement sur les structures militaires; impact du froid sur les armées, les matériels, les armes et les soldats; effets du manteau nival sur la furtivité, les déplacements, les stratégie aérienne, … l’Amiral Besnault a aussi dessiné quelques cartes au fur et à mesure de ses explications : attention, il vous faudra du courage pour les décoder.

 

 

DU CASTEL Viviane, Le Grand Nord, un nouvel enjeu très courtisé, «L’exemple de la mer de Barents, Norvège» L’Harmattan, 2010.

Ouvrage très complet qui regorge de données chiffrées. C’est aussi un des plus récent sur le sujet. L’auteur par d’une étude de cas  -la Norvège et son influence sur la mer de Barents- pour élargir par la suite sur l’action des grandes puissances impliquées dans cette région. Très bon livre !

 

 

LABEVIÈRE Richard, THUAL François, La bataille du Grand Nord a commencé, Perrin, 2008.

Ouvrage complet qui reprend très bien les grandes problématiques actuelles. Ouvrage clair qui a le mérite d’être accompagné de cartes thématiques très bien faites. On arrive grâce au recoupement de ces différentes cartes à avoir une vision globale des enjeux de la région.

Interview de Richard Labevière co-auteur de cet ouvrage : http://www.affaires-strategiques.iris-france.org/spip.php?article423

 

 

Quelques sites aussi :

http://www.lemonde.fr/planete/infographie/2009/05/14/la-course-a-l-arctique_1192680_3244.html : résumé de la situation par des cartes interactives.

http://cartographie.sciences-po.fr/ : de très très bonnes cartes qui peuvent vous servir pour tous les sujets que vous aurez à traiter quelque soit la région géographique.

http://www.ifri.org/ : l’institut français des relations internationales.

http://www.affaires-strategiques.info/

http://www.cairn.info/

http://www.persee.fr/

L’image de la frontière et l’idéologie technique

L’image de la frontière et l’idéologie technique

Je vous propose aujourd’hui, et pour remettre en route cette section, un article sur la troisième frontière du web qui date de mars 2010, ce qui pourrait passer, dans les journaux télévisés comme n’étant plus du tout d’actualité, et qui aborde la frontière sous un angle à première vue original : la frontière technique. La frontière technique peut s’entendre dans au moins deux sens, le premier un peu plus complexe, qui sera l’objet d’un travail avec vous (devrait/aurait dû?), qui par “atteindre la frontière technique” veut dire se situer à un niveau de connaissance et d’actualité extrême par rapport à son domaine. Pour les scientifiques (dans tous les domaines, par seulement en sciences physiques), la frontière technique représente une région de savoir à atteindre si l’on veut avoir l’espoir de faire quelque découverte.

Dans un autre sens, la frontière technique peut être cet espace de découverte qui ne saurait attendre d’être repoussée, découvert. Bien sûr, ici il est question d’image. Il n’y a pas sur internet des endroits où l’on pourrait observer cette frontière là dessiné sur un écran ou un site internet. Et l’imaginaire qui est convoqué avec ce mot de frontière, c’est tout l’imaginaire de l’ouest sauvage américain, de sa conquête. Regardez comment, ici, l’usage du thème de la frontière (et son imaginaire) permet de décrire le développement d’un outil, tel que l’Internet.

Le succès du premier Web et la force d’ensemble du projet permirent enfin aux usages correspondants de s’étendre massivement. Les blogs, les réseaux sociaux, les wikis devinrent les emblèmes de la démocratisation de la parole et de la discussion généralisée.

Ainsi, pour avancer, pour se révolutionner, les domaines techniques doivent avoir des pionniers, des découvreurs, qui vont repousser les limites et permettre aux autres, plus tard, de s’y engouffrer.

Mais, devant ce genre de production, on peut se poser tout de même quelques questions : l’imaginaire de la frontière permet-il vraiment d’expliquer, ou de comprendre, quelque chose au développement des techniques de communication ? N’y a-t-il pas quelques objections à faire à l’idée que nous assisterions à une démocratisation du réseau des réseaux simplement en repoussant les frontières techniques ? L’image de la conquête de l’ouest, c’est-à-dire la domestication d’un espace sauvage, n’obscurcit-elle pas les problèmes du contrôle et de la diffusion de l’information sur l’Internet ?

Photographie par Steve Rhode

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Proche-Orient

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Proche-Orient









Dans le cadre de la préparation au concours commun des six IEP de province gracieusement offerte par M. Giumelli et Mme Martin, je souhaiterais apporter mon petit grain de sel en vous proposant une étude de cas concret sur les frontières. En effet, je suis étudiante en deuxième année à l’IEP de Lyon, avec la mention «Monde arabe». L’étude de cas que je vous propose porte donc sur la création des États d’Irak, de Jordanie, de Syrie et du Liban par les puissances mandataires / coloniales au cours des années 1920.

Doc 1 : Carte du Grand Moyen-Orient

Les territoires recouverts aujourd’hui par ces quatre États arabes appartenaient depuis le XIVème siècle à l’Empire Ottoman, recouvrant l’actuelle Turquie, une bonne partie des côtes de la péninsule arabique, et le Nord de l’Afrique jusqu’à la frontière algéro-marocaine (le Maroc étant une dynastie indépendante).

Doc 2 : L’Empire Ottoman au XVIIe siècle

Le gouvernement de l’Empire, culturellement turc, s’engage dans la Triple Alliance durant la Première Guerre Mondiale. Jouant sur son hétérogénéité culturelle, la Grande-Bretagne passe en 1917 un accord secret avec les populations culturellement arabe : contre un Royaume arabe uni à la fin de la guerre en cas de victoire, les arabes s’engagent à se rebeller contre l’autorité ottomane, afin d’affaiblir ses forces. La révolte a en effet lieu en 1917, et la victoire des alliés couronne le tout en 1918. L’Empire Ottoman est alors dissout, mais loin de tenir ses promesse faites aux arabes, le Royaume-Uni s’entend avec la France pour se partager ce territoire prospère en mandats coloniaux. Les négociations vont bon train, surtout que les premiers gisements de pétrole sont découverts dans la région de Mossoul, actuellement au Nord de l’Irak, à ces moments-là.

 

Depuis la formation des comptoirs commerciaux sur les côtes méditerranéennes de Syrie, la France avait une influence non négligeable sur ce territoire, c’est donc «légitimement» que l’administration française le met sous sa tutelle grâce à l’accord de la Société des Nations. Quant aux territoires de l’actuel Irak, les administrations britanniques tiennent à les contrôler non pas encore pour le contrôle des gisements de pétrole mais surtout pour une plus grande sécurisation de la route des Indes. Sous le terme de mandat, c’est une véritable administration coloniale qui se met en place dans ces États.

Doc 3 : Premier découpage de la région, les accords Sykes-Picot (1917)

Voilà le partage prévu par les accords secrets passés (accords Sykes-Picot) entre Britanniques et Français en 1917. Malgré un zonage différencié, tout ce que vous voyez en rouge / rosé sur la carte est sous domination anglaise, et les deux zones bleues sont sous domination française. Cependant, ces plans sont perturbés par la reconquête de la Turquie et la création de cet État par Mustafa Kemal dans les frontières qu’on lui connaît aujourd’hui.

Venons-en à la délimitation précise des frontières. Celle-ci a été effectuée suite à l’objectif officiel des mandats au Proche-Orient, c’est-à-dire l’accompagnement à l’indépendance de ces territoires. On assiste donc au morcellement en quatre États de cet espace jadis uni, et traversé par des tribus nomades. Il faut en effet souligner le fait social marquant de cette région, qu’est le tribalisme. La structure impériale n’a pas encouragé la formation de nation à l’européenne, mais a au contraire permis, par la décentralisation des compétences administratives, le maintien des structures sociales traditionnelles, c’est-à-dire l’organisation par tribus, nomade ou sédentaire.


L’Irak :

Doc 4 : La République d’Irak

Les frontières orientales de l’Irak n’ont pas posé problème puisqu’elles n’ont pas été modifiées par rapport à celles qui délimitaient l’Empire Ottoman de la Perse. Par contre, dans ce cheminement vers l’indépendance, et au vu des problèmes qui émergeaient en Palestine face aux premières vagues d’immigration sioniste, les autorités britanniques ont jugé bon de créer deux États, avec des frontières «tracées au cordeau» : le Royaume de Jordanie devait s’étendre de la Palestine redécoupée à l’Irak, État créé véritablement de toute pièce, rassemblant des tribus très différentes dont la volonté n’était pas de former un seul État.

 

Il est surtout intéressant de se tourner vers les frontières Nord de l’Irak, qu’il partage avec la Turquie et la Syrie. Deux particularités marquent cette région frontalière, située aux alentours de la ville de Mossoul :

  • la présence d’une forte minorité kurde, à tendance indépendantiste ;
  • la présence d’importants gisements de pétrole dans les sols.


Vu qu’il n’y avait pas de nation unie préexistante, cette région a éveillé tous les intérêts des pays impliqués dans la région : la France, la Grande-Bretagne, mais aussi la Turquie de Mustafa Kemal, en pleine reconstruction territoriale et identitaire après la chute de l’Empire Ottoman. Ne pouvant pas combattre sur un front de plus – les armées turques étant déjà engagées dans la reconquête de l’Anatolie et la sauvegarde des détroits – la Turquie abandonne volontiers la région de Mossoul, qu’elle pense pouvoir reconquérir dans les années suivantes. La France est quant à elle bien inférieure militairement à la Grande-Bretagne, elle lui cède alors cette région riche en hydrocarbures. C’est donc un peu par les hasards de la force diplomatique et militaire, ce que possédait la Grande-Bretagne dans les années 1920 (rappelons qu’elle possédait la plus grand empire colonial du monde), que la région de Mossoul a été rattachée à l’Irak, protectorat britannique. Les compagnies pétrolières britanniques ont donc eu le champ libre pour l’exploitation de ces riches gisements. Ici, la minorité kurde a été tout bonnement négligée, et partagée entre quatre États distincts : la Turquie, l’Irak, la Syrie dans une moindre mesure, et l’Iran. Cet «oubli» de la part des puissances coloniales dans leur partage des terres a encore des conséquences aujourd’hui, pensons à l’activisme kurde, sous l’égide du PKK, dans l’Est de la Turquie.

De même, pour satisfaire l’ensemble de ses alliés arabes, la Grande-Bretagne décide de créer ex-nihilo l’émirat du Koweït, en 1924, territoire jadis placé sous le pouvoir de l’administration de Bassora au Sud de l’Irak. Quelques années plus tard, en 1991, Saddam Hussein s’estime donc dans son droit en envahissant la principauté, provocant la première guerre du Golfe.


La Syrie et le Liban :

Doc 5 : La Syrie contemporaine

Les mêmes marchandages coloniaux ont eu lieu lors de la création des États syrien et libanais. Comme dit plus haut, la France a estimé légitime son protectorat sur cette région sous prétexte de l’influence ancienne dont elle bénéficiait. Contrairement à l’administration britannique qui exerçait un pouvoir véritablement mandataire, c’est-à-dire une tutelle administrative partielle, la France impose à ces territoires une politique coloniale pure et dure. Il est intéressant de remarquer la forte présence chrétienne, notamment sur le territoire de l’actuel Liban. Ces chrétiens bénéficiaient bien entendu de l’étroite protection de la puissance française. Pour remercier ces chrétiens (appelés maronites) alliés à sa cause, l’administration coloniale leur crée alors un État sur mesure, débarrassé de l’écrasante majorité musulmane de Syrie. La création de l’État libanais est toute aussi justifiée que la création du Koweït, et la souveraineté que réclame la Syrie sur ce territoire est de même nature que la prétendue souveraineté de l’Irak sur le Koweït. Certains parlent même de la «Grande Syrie», la Syrie historique, qu’il faudrait reconstituer pour qu’elle retrouve tout son sens et sa puissance d’antan, avec bien entendu les territoires libanais. Cette prétention syrienne à détenir le Liban a eu des répercussions très récentes sur la politique de ces deux États. En effet, la guerre civile qu’a connue le Liban entre 1975 et 1990 a permis à l’armée syrienne de s’y installer durablement, sous prétexte d’aider le pays à se réconcilier. L’armée syrienne n’a évacué le Liban qu’en 2005, sous une forte pression internationale.


Les indépendances de ces pays, après le Seconde Guerre Mondiale, n’a malheureusement rien changé au partage si problématique des terres, chacun étant viscéralement attaché à ce qu’il possède déjà. On pourrait multiplier les exemples de ces frontières fixées par des puissances étrangères sans respect des configurations ethniques, religieuses ou tout bonnement politiques de la population concernée, dans la région du Moyen-Orient (pensons à l’éternel conflit israélo-palestinien), mais aussi en Afrique du Nord et subsaharienne. Les conséquences de ces marchandages sont très perceptibles, voire sont la cause, de la plupart des conflits actuels en Afrique et au Moyen-Orient.

Si la fixation des frontières d’un autre pays de la région vous intéresse (Palestine, Turquie, Maghreb) n’hésitez pas à le demander dans vos commentaires !

200 years of history, 200 countries, 4 minutes

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Cours sur les frontières (par R. Vieuguet)

Cours sur les frontières (par R. Vieuguet)

Voici le cours de M. Vieuguet sur les frontières accompagné d’un diaporama qu’il convient de consulter en parallèle.

Vous trouverez ci-joint une archive .zip contenant les deux fichiers (cours+diapo) : Juste ici !

Merci pour cette contribution et nous attendons celle de Stephan avec impatience 😉 !

 

 


Diaporama

Télécharger (PDF, 3.37MB)

Cours

Les Frontières

Cours de géographie réalisé par R. Vieuguet pour préparer les élèves de Terminale au concours IEP province. Accompagné d’un diaporama à consulter en parallèle.

Introduction.

Définition d’après Petit Robert. XVe « front d’armée », de « front ».

Désignait à l’origine une place fortifiée sur le front des armées, faisant donc face à l’ennemi. Vocabulaire militaire, limite surveillée et contrôlée.

« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » comme disait Yves Lacoste fondateur de la revue géopolitique Hérodote (les cartes les plus précises sont les cartes d’état-major). D’où l’intérêt d’une approche géographique de ces frontières souvent d’un intérêt stratégique.

Définitions actuelle selon Petit Robert

  1. Le premier sens est géographique : limite d’un territoire qui en détermine l’étendue (borne, lisière). Par extension « limite séparant deux Etats » ou plus largement deux zones (car cela peu être aussi 2 provinces, régions etc.)
  2. Au sens figuré limite, séparation mais pas qu’entre des territoires. Expression « être à la frontière de… » Exemple ? « aux frontières de la mort », « rêver de choses aux frontières du possible et de l’impossible » R.Martin du Gard. « Aux frontières du réel » série américaine. Les frontière sociales en général qui peuvent se traduite par des frontières territoriales « gated communauty » « ghetto » idem pour les frontières entre les âges. « Nouvelle frontière » de Kennedy, slogan électoral pour réactiver le mythe américain de la frontière (Conquête de l’Ouest), en le transposant dans la conquête spatiale, la lutte contre les inégalités sociales ou raciales, une prospérité accrue…

Durant ces 4 heures, nous allons surtout étudier le premier sens du terme avec une approche multiscalaire = à plusieurs échelles

Problématique :

En quoi les frontières et les espaces frontaliers sont-ils des espaces stratégiques et représentatifs des dynamiques contradictoires de la mondialisation ?

1. Des frontières à différentes échelles

1.1 La genèse des frontières étatiques

« Le concept de frontières est inséparable de celui d’Etat. Tout gouvernement applique une politique plus ou moins stricte de contrôle de ses frontières » Dictionnaire de géographie, Pascal Baud et alii, Hatier, 1997

Par conséquent, les frontières actuelles sont la conséquence de l’apparition et de la diffusion du modèle de l’Etat-Nation en Europe, depuis la fin du Moyen âge et surtout à l’époque moderne, jusqu’à l’époque contemporaine et l’indépendance des peuples colonisés.

Ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu de frontières avant (célèbre exemple du mur d’Hadrien ou la Grande muraille de Chine qui ne faisaient cependant pas tout le tour de ces empires) mais la notion de limite se mêlait à celle de confins. La frontière n’était pas toujours une limite mais une zone où l’emprise territoriale d’un empire ou d’une autre autorité politique diminuait progressivement.

Autre différence par rapport à aujourd’hui, c’est que le monde entier est parcouru de frontières. Sur les terres émergées, il n’y a plus de blancs sur un planisphère. Toutes les terres émergées appartiennent à des Etats sauf Antarctique (continent sanctuarisé). Le moindre îlot est stratégique pour sa Zone économique exclusive (ZEE des 200 miles marins =370 km environ). Même les océans font l’objet d’appropriations territoriales comme l’Arctique avec la question de l’extension des ZEE sur le plateau continental jusqu’à 350 miles entre les pays riverains pour exploiter d’éventuelles richesses pétrolières ou minières et contrôler les nouvelles routes maritimes s’ouvrant avec la disparition programmée de la banquise estivale. Voir article photocopié du Monde du 18 septembre 2007, « L’Arctique, un nouvel eldorado disputé ». Voir aussi sur le Net par Sylviane Tabarly, « l’Océan Arctique : des frontières maritimes à l’épreuve d’une nouvelle donne climatique », Géoconfluences, 15 septembre 2009.

Les frontières actuelles sont-elles des frontières historique sou naturelles ?

Toutes historiques, que leur tracé corresponde à des éléments naturels ou pas, qu’il soit sinueux à la suite de guerres et de traités avec parfois des enclaves (exemple enclave espagnole de Llivia dans les Pyrénées orientales), ou qu’il soit rectiligne comme pour les frontières héritées de la colonisation.

La nation de « frontière naturelle » n’est qu’un argument pour justifier une politique de conquête territoriale. Depuis Louis XIV, en passant par la RF (Danton en 1792 disait « les limites de la République sont marquées par la nature », cet argument est invoqué. Mais le Rhin est-il la frontière naturelle de la France ? Les Allemands après 1870 disaient que la frontière naturelle était la ligne de crête des Vosges. Idem pour les Alpes qui sont un obstacle naturel mais facilement franchissables en de nombreux cols, d’où échanges historiques entre Savoie et Piedmont par col du Petit St Bernard, du Mont Cenis (moins vrai pour vallée de Chamonix : pas d’échanges avec vallée d’Aoste avant tunnel sous le Mont Blanc). Frontière naturelle des Alpes était un des arguments pour justifier le rattachement de la Savoie à la France mais n’était pas le meilleur (langue commune)

 

1.2  Des frontières à l’échelle continentale ?

 

Où s’arrête l’Europe ? Transparent « les limites de l’Europe en question » Documentation  photographique sur l’Europe n°8074.

Les cartes montrent que les frontières de l’Europe ont évolué selon les critères choisis et l’intérêt de ceux qui les déterminent. Elles sont donc conventionnelles.

Réutiliser connaissances acquises en 1ère.

Frontières au Nord, à l’Ouest et au Sud sont moins évidentes qu’elles n’y paraissent. Les îles de l’Arctique, de l’Atlantique ou de la Méditerranée sont-elles européennes ? La réponse à la question dé pend de facteurs historiques et non pas de facteurs naturels.

Frontière à l’Est est la plus contestable. Rappeler son origine sous Pierre le Grand qui avait la volonté d’ancrer en partie son Empire en Europe d’où Mont Oural.

Au S.E. détroits du Bosphore et des Dardanelles = frontière conventionnelle ce qui permet à la Turquie d’être candidate à l’entrée dans l’U.E grâce à cette petite partie dans l’Europe conventionnelle, mais ce qui donne des arguments à tous ceux qui s’opposent à l’entrée de ce pays évoquant les 95 % de son territoire se situant dans l’Asie conventionnelle. Le fond du débat n’est évidemment pas dans cette instrumentalisation d’une géographie supposée naturelle.

Existe-t-il des nouvelles frontières à l’échelle continentale qui seraient celle des zones de libre-échange, doublées parfois, comme pour l’U.E., de constructions politiques ? Tout dépend pour quels flux. Les marchandises circulent déjà librement avec la Turquie et d’autres pays voisins de l’U.E., ce qui n’est pas le cas pour les personnes. A l’intérieur même de l’U.E, qui est à géométrie variable, les frontières de l’Espace Schengen excluent le R.U. de zone de libre-circulation.

1.3 Des frontières à l’échelle régionale ou locale

Le découpage administratif de certains Etats peut créer des frontières s’il y a rupture entre deux espaces.

Exemples : dans les Etats fédéraux comme les Etats-Unis. Quand on passe la frontière entre un Etat et un autre, la limitation de vitesse n’est pas la même, ce qui reflète la différence de législation (Autre exemple plus tragique la peine de mort) tout en restant conforme avec la Constitution des E.U.

Belgique avec découpage en 3 régions : Flandres, Wallonie et Bruxelles et en 4 communautés linguistiques francophone, flamande en Wallonie avec un petit territoire germanophone, et bilingue à Bruxelles.

En Afrique du Sud, la politique de l’apartheid a généré des frontières intérieures par la création de bantoustans, c’est-à-dire un regroupement de populations noires dans un espace donné. La limite est alors une frontière ethnique, sociale et économique voire politique (Les Noirs avaient la citoyenneté de leur bantoustan et pas de l’Afrique du Sud). Idem à un degré moindre pour les townships comme Soweto, où les Noirs étaient citoyens sud-africains mais de seconde zone.

En France, la limite entre deux départements ou entre deux régions n’est pas une frontière car elle ne présente pas de rupture spatiale, sauf parfois dans le territoire mental de certains de ses habitants qui, poussés par un fort sentiment régionaliste (identité corse doublée de l’insularité qui fait distinguer le continent, identité savoyarde…) assimilent leur limite départementale ou régionale à une frontière ou considèrent au contraire que la frontière régionale n’est pas la frontière administrative (Nantes et la Loire atlantique hors de la Bretagne). On peut ici parler de frontières invisibles, non matérialisées.

Idem à l’échelle locale où les limites entre quartiers peuvent être invisibles ou se matérialiser.

Pour les quartiers pauvres, les frontières sont le plus souvent invisibles mais sont connues des habitants même si leur tracé peut varier selon la subjectivité (s’inclure ou s’exclure du ghetto). Exemple d’Haarlem en gentrification ou la frontière du ghetto est repoussée vers le Nord de Manhattan au fur et à mesure de la réhabilitation ou de la rénovation d’anciens taudis. Frontière matérialisée pour certains bidonvilles de l’autre côté des voies ferrées ou routières. Pour les quartiers riches, frontière invisible mais qui peut se matérialiser dans le cas des communautés fermées (exemple le XVIe à Paris avec la Villa Montmorency : gated community à la française) ou de murs construits dans des villes pour se protéger de quartiers réputées dangereux.

Voir photos et légendes de murs souvent à l’échelle locale avec l’argument récurrent de la sécurité.

http://www.lejdd.fr/International/Images/Ces-murs-qui-divisent-le-monde/

Suite du cours page 2  !

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