Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Grand-Nord

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Grand-Nord

-Étude rapide de la situation géostratégique et géopolitiques du Grand-Nord-

“Le plus intéressant dans les cartes, ce sont les espaces vides, car c’est là que ça va bouger”, Joseph Conrad.

Adieu phoques, baleines, poissons, ours blancs! Bonjour aux nouveaux arrivants, aux pionniers, aux intéressés, aux acteurs économiques de demain, …

 

La région du Grand-Nord est l’enjeu de nouvelles problématiques sur le plan économique, environnemental et stratégique. Cette région est l’objet de toutes les attentions de la part des puissances régionales et/ou mondiales possessionnées –qui disposent d’un territoire- dans la région de l’Océan Arctique. La fonte des glaces notamment change la donne au niveau économique :

  • Ouverture de nouvelles voies maritimes pour rallier l’Asie et l’Europe qui représentent un gain d’environ 8000 km par rapport aux passages classiques par le canal de Suez.
  • Possibilités nouvelles d’exploitation d’hydrocarbures -Gaz naturel (30% des réserves mondiales estimées) et Pétrole (11% des réserves mondiales estimées)
  • Accessibilité des fonds marins regorgeant de métaux rares.

Doc 1 : Carte de la région Arctique

L’intérêt économique nouveau pour cette région attire toutes les convoitises. Sans mauvais jeu de mots, il se pourrait que le Grand-Nord devienne dans les années à venir le “point chaud” du globe.

Ces considérations économiques, mais aussi les enjeux stratégiques de la dissuasion nucléaire et de la sécurité environnementale, obligent les États à repenser leur engagement dans cette région.

Bien que la puissance américaine soit présente dans cette région depuis un demi-siècle (base militaire de Thulé), que l’URSS avait aussi fait du front polaire arctique un objet essentiel de sa stratégie de dissuasion nucléaire, on aurait pu penser que cet espace soit délaissé à la fin de la guerre froide pour une orientation des politiques de défenses sur d’autres points du globe.

Cependant, la recherche de nouvelles perspectives de développement, la volonté de pourvoir à sa propre sécurité énergétique, et de contrôler les points de passage stratégiques entraînent les acteurs de cette région dans une course à l’appropriation de l’espace vide, inexploré.

Et cela se traduit notamment par la recherche et la redéfinition de nouvelles frontières maritimes sous l’Arctique. La Russie, les États-Unis (par l’Alaska), le Canada, la Norvège, le Danemark, le Groenland (région autonome danoise) et l’Islande ont intérêt à vite redéfinir leurs frontières maritimes pour exploiter au maximum les ressources du Grand-Nord, régir le passage des voies commerciales dans leurs eaux, disposer d’un atout stratégique militaire, exploiter les ressources poissonnières, extraire des hydrocarbures …

La problématique des frontières s’articule ainsi non seulement par celle des frontières terrestres, mais aussi à travers la bataille qui se joue pour la définition des frontières maritimes, la plupart du temps invisibles sur les cartes.

Par exemple, dans le cas du Grand-Nord, les États en présence bénéficient de leurs droits issus de la Convention de Montego Bay (1992, Jamaïque) qui leur réserve une bande de 200 miles marins le long de leur côte représentant une Zone économique exclusive (ZEE). Mais ils en veulent plus, et comptent bien s’approprier des zones maritimes qui jusque-là étaient des zones maritimes internationales (ou Haute Mer). Ils demandent en effet aux organisations internationales et notamment au Conseil de l’Arctique de reconnaître une plus large bande de territoire au regard de la continuité physique des fonds sous-marins par rapport au bloc continental auquel ils appartiennent. Cette demande se fait autour de la dorsale de Lomonossov. La Norvège a eu gain de cause et la Russie qui voit son dossier toujours en cours d’étude par les instances internationales.

Doc 2 : Les revendications Russes

Le territoire ainsi récupéré par la Norvège dans la Mer de Barents lui permet de revoir à la hausse ses ambitions économiques, stratégiques et régionales. Bien que rien n’ait changé sur les cartes, les frontières juridiques issues du droit de la mer ayant été étendues, la place de la Norvège a été nettement améliorée dans l’imbroglio géostratégique régional.

 

Doc 3 : La fonte des glaces et l’ouverture de nouvelles voies commerciales

 

La définition des zones maritimes est donc un point sensible des échanges au vu des échanges mondiaux qui pourraient bien passer par là dès demain.

 

Quels avantages à définir le plus largement possible une zone maritime ?

-La zone maritime russe, canadienne, danoise, norvégienne ou américaine, donne une priorité d’exploitation des fonds marins, des réserves de poisson, et contrôle du commerce maritime passant dans cette zone accompagné de taxes portuaires élevées pour les ravitaillements.

 

Pourquoi les États-Unis veulent une route maritime Nord-Est sous statut international ?

– Cela permettrait un développement du commerce mondial par cette voie, ainsi qu’une accélération des échanges. Mais qui dit bâtiments commerciaux civils dit aussi présence d’une flotte militaire stationnée dans cette zone. Cela permet également des opérations de protection, de renseignement et de détection radar des bâtiments militaires étrangers. L’ouverture de nouvelles voies maritimes bouleverse non seulement l’économie mondiale, mais aussi l’échiquier géopolitique mondial.

 

Que font les différents États pour justifier leur présence ?

-Août 2007: les Russes plantent un drapeau sous le Pôle-Nord : «Prouesse technique», «action symbolique» mais aussi et surtout signe fort envoyé aux puissances du Grand Nord. Vladimir Poutine remilitarise le front polaire, investit dans les ports en eau profonde et notamment celui de Mourmansk (volonté de créer le pont de l’Arctique entre Mourmansk et la baie d’Hudson au Canada).

-Un mois plus tard, le Canada organise le plus grand exercice militaire de son histoire et prévoit la construction d’une base militaire ouverte sur l’espace arctique.

-De son côté les États-Unis continuent les exercices militaires en conditions extrêmes sous la banquise avec des sous-marins nucléaires lanceur d’engin (SNLE) et sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), perfectionnent leurs radars longue portée – peut-être devraient-ils aussi penser aux radars directs une collision est si vite arrivée …- .

-L’UE tente aussi de tirer son épingle du jeu et propose pour la énième fois des conditions avantageuses à la Norvège pour qu’elle accepte un accord de coopération  économique et stratégique, voire une adhésion pure et simple. C’est un des acteurs qui met en avant la sauvegarde de l’environnement, mais cette question semble plutôt superflue car l’intérêt économique prime et la Raison d’État aura raison du climat.

-La Norvège multiplie les déclarations d’intention aux grandes puissances. Elle est et sera un acteur incontournable de la course au Grand-Nord : qui sera le plus offrant ?

 

La bataille  du Grand Nord a commencé …

 

Quelques pistes pour approfondir le sujet -si le coeur vous en dit- :

Clôture de la 4ème année polaire internationale (partie sur la gouvernance des deux pôles), rapports de l’OPECST, 2009.

Un colloque “mignon”, avec des personnalités. Mais bon, pas beaucoup de perspectives géostratégiques. Réflexions sur l’environnement, le réchauffement climatique et l’avenir des deux pôles. À noter la présence du scientifique Jean Malaurie très calé sur le sujet. Texte disponible en ligne : http://www.college-de-france.fr/media/evo_cli/UPL2474_CR_API_2009.pdf

 

 

Amiral BESNAULT, Géostratégie de l’Arctique, bibliothèque stratégique, 1992.

De la géostratégie pure et dure. Une analyse poussée de l’environnement arctique. Présnetation des enjeux et défis majeurs pour les armées en terrain hostile: conséquences d’un possible réchauffement sur les structures militaires; impact du froid sur les armées, les matériels, les armes et les soldats; effets du manteau nival sur la furtivité, les déplacements, les stratégie aérienne, … l’Amiral Besnault a aussi dessiné quelques cartes au fur et à mesure de ses explications : attention, il vous faudra du courage pour les décoder.

 

 

DU CASTEL Viviane, Le Grand Nord, un nouvel enjeu très courtisé, «L’exemple de la mer de Barents, Norvège» L’Harmattan, 2010.

Ouvrage très complet qui regorge de données chiffrées. C’est aussi un des plus récent sur le sujet. L’auteur par d’une étude de cas  -la Norvège et son influence sur la mer de Barents- pour élargir par la suite sur l’action des grandes puissances impliquées dans cette région. Très bon livre !

 

 

LABEVIÈRE Richard, THUAL François, La bataille du Grand Nord a commencé, Perrin, 2008.

Ouvrage complet qui reprend très bien les grandes problématiques actuelles. Ouvrage clair qui a le mérite d’être accompagné de cartes thématiques très bien faites. On arrive grâce au recoupement de ces différentes cartes à avoir une vision globale des enjeux de la région.

Interview de Richard Labevière co-auteur de cet ouvrage : http://www.affaires-strategiques.iris-france.org/spip.php?article423

 

 

Quelques sites aussi :

http://www.lemonde.fr/planete/infographie/2009/05/14/la-course-a-l-arctique_1192680_3244.html : résumé de la situation par des cartes interactives.

http://cartographie.sciences-po.fr/ : de très très bonnes cartes qui peuvent vous servir pour tous les sujets que vous aurez à traiter quelque soit la région géographique.

http://www.ifri.org/ : l’institut français des relations internationales.

http://www.affaires-strategiques.info/

http://www.cairn.info/

http://www.persee.fr/

L’image de la frontière et l’idéologie technique

L’image de la frontière et l’idéologie technique

Je vous propose aujourd’hui, et pour remettre en route cette section, un article sur la troisième frontière du web qui date de mars 2010, ce qui pourrait passer, dans les journaux télévisés comme n’étant plus du tout d’actualité, et qui aborde la frontière sous un angle à première vue original : la frontière technique. La frontière technique peut s’entendre dans au moins deux sens, le premier un peu plus complexe, qui sera l’objet d’un travail avec vous (devrait/aurait dû?), qui par “atteindre la frontière technique” veut dire se situer à un niveau de connaissance et d’actualité extrême par rapport à son domaine. Pour les scientifiques (dans tous les domaines, par seulement en sciences physiques), la frontière technique représente une région de savoir à atteindre si l’on veut avoir l’espoir de faire quelque découverte.

Dans un autre sens, la frontière technique peut être cet espace de découverte qui ne saurait attendre d’être repoussée, découvert. Bien sûr, ici il est question d’image. Il n’y a pas sur internet des endroits où l’on pourrait observer cette frontière là dessiné sur un écran ou un site internet. Et l’imaginaire qui est convoqué avec ce mot de frontière, c’est tout l’imaginaire de l’ouest sauvage américain, de sa conquête. Regardez comment, ici, l’usage du thème de la frontière (et son imaginaire) permet de décrire le développement d’un outil, tel que l’Internet.

Le succès du premier Web et la force d’ensemble du projet permirent enfin aux usages correspondants de s’étendre massivement. Les blogs, les réseaux sociaux, les wikis devinrent les emblèmes de la démocratisation de la parole et de la discussion généralisée.

Ainsi, pour avancer, pour se révolutionner, les domaines techniques doivent avoir des pionniers, des découvreurs, qui vont repousser les limites et permettre aux autres, plus tard, de s’y engouffrer.

Mais, devant ce genre de production, on peut se poser tout de même quelques questions : l’imaginaire de la frontière permet-il vraiment d’expliquer, ou de comprendre, quelque chose au développement des techniques de communication ? N’y a-t-il pas quelques objections à faire à l’idée que nous assisterions à une démocratisation du réseau des réseaux simplement en repoussant les frontières techniques ? L’image de la conquête de l’ouest, c’est-à-dire la domestication d’un espace sauvage, n’obscurcit-elle pas les problèmes du contrôle et de la diffusion de l’information sur l’Internet ?

Photographie par Steve Rhode

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Proche-Orient

Prépa Sciences Po : Les frontières – Le Proche-Orient









Dans le cadre de la préparation au concours commun des six IEP de province gracieusement offerte par M. Giumelli et Mme Martin, je souhaiterais apporter mon petit grain de sel en vous proposant une étude de cas concret sur les frontières. En effet, je suis étudiante en deuxième année à l’IEP de Lyon, avec la mention «Monde arabe». L’étude de cas que je vous propose porte donc sur la création des États d’Irak, de Jordanie, de Syrie et du Liban par les puissances mandataires / coloniales au cours des années 1920.

Doc 1 : Carte du Grand Moyen-Orient

Les territoires recouverts aujourd’hui par ces quatre États arabes appartenaient depuis le XIVème siècle à l’Empire Ottoman, recouvrant l’actuelle Turquie, une bonne partie des côtes de la péninsule arabique, et le Nord de l’Afrique jusqu’à la frontière algéro-marocaine (le Maroc étant une dynastie indépendante).

Doc 2 : L’Empire Ottoman au XVIIe siècle

Le gouvernement de l’Empire, culturellement turc, s’engage dans la Triple Alliance durant la Première Guerre Mondiale. Jouant sur son hétérogénéité culturelle, la Grande-Bretagne passe en 1917 un accord secret avec les populations culturellement arabe : contre un Royaume arabe uni à la fin de la guerre en cas de victoire, les arabes s’engagent à se rebeller contre l’autorité ottomane, afin d’affaiblir ses forces. La révolte a en effet lieu en 1917, et la victoire des alliés couronne le tout en 1918. L’Empire Ottoman est alors dissout, mais loin de tenir ses promesse faites aux arabes, le Royaume-Uni s’entend avec la France pour se partager ce territoire prospère en mandats coloniaux. Les négociations vont bon train, surtout que les premiers gisements de pétrole sont découverts dans la région de Mossoul, actuellement au Nord de l’Irak, à ces moments-là.

 

Depuis la formation des comptoirs commerciaux sur les côtes méditerranéennes de Syrie, la France avait une influence non négligeable sur ce territoire, c’est donc «légitimement» que l’administration française le met sous sa tutelle grâce à l’accord de la Société des Nations. Quant aux territoires de l’actuel Irak, les administrations britanniques tiennent à les contrôler non pas encore pour le contrôle des gisements de pétrole mais surtout pour une plus grande sécurisation de la route des Indes. Sous le terme de mandat, c’est une véritable administration coloniale qui se met en place dans ces États.

Doc 3 : Premier découpage de la région, les accords Sykes-Picot (1917)

Voilà le partage prévu par les accords secrets passés (accords Sykes-Picot) entre Britanniques et Français en 1917. Malgré un zonage différencié, tout ce que vous voyez en rouge / rosé sur la carte est sous domination anglaise, et les deux zones bleues sont sous domination française. Cependant, ces plans sont perturbés par la reconquête de la Turquie et la création de cet État par Mustafa Kemal dans les frontières qu’on lui connaît aujourd’hui.

Venons-en à la délimitation précise des frontières. Celle-ci a été effectuée suite à l’objectif officiel des mandats au Proche-Orient, c’est-à-dire l’accompagnement à l’indépendance de ces territoires. On assiste donc au morcellement en quatre États de cet espace jadis uni, et traversé par des tribus nomades. Il faut en effet souligner le fait social marquant de cette région, qu’est le tribalisme. La structure impériale n’a pas encouragé la formation de nation à l’européenne, mais a au contraire permis, par la décentralisation des compétences administratives, le maintien des structures sociales traditionnelles, c’est-à-dire l’organisation par tribus, nomade ou sédentaire.


L’Irak :

Doc 4 : La République d’Irak

Les frontières orientales de l’Irak n’ont pas posé problème puisqu’elles n’ont pas été modifiées par rapport à celles qui délimitaient l’Empire Ottoman de la Perse. Par contre, dans ce cheminement vers l’indépendance, et au vu des problèmes qui émergeaient en Palestine face aux premières vagues d’immigration sioniste, les autorités britanniques ont jugé bon de créer deux États, avec des frontières «tracées au cordeau» : le Royaume de Jordanie devait s’étendre de la Palestine redécoupée à l’Irak, État créé véritablement de toute pièce, rassemblant des tribus très différentes dont la volonté n’était pas de former un seul État.

 

Il est surtout intéressant de se tourner vers les frontières Nord de l’Irak, qu’il partage avec la Turquie et la Syrie. Deux particularités marquent cette région frontalière, située aux alentours de la ville de Mossoul :

  • la présence d’une forte minorité kurde, à tendance indépendantiste ;
  • la présence d’importants gisements de pétrole dans les sols.


Vu qu’il n’y avait pas de nation unie préexistante, cette région a éveillé tous les intérêts des pays impliqués dans la région : la France, la Grande-Bretagne, mais aussi la Turquie de Mustafa Kemal, en pleine reconstruction territoriale et identitaire après la chute de l’Empire Ottoman. Ne pouvant pas combattre sur un front de plus – les armées turques étant déjà engagées dans la reconquête de l’Anatolie et la sauvegarde des détroits – la Turquie abandonne volontiers la région de Mossoul, qu’elle pense pouvoir reconquérir dans les années suivantes. La France est quant à elle bien inférieure militairement à la Grande-Bretagne, elle lui cède alors cette région riche en hydrocarbures. C’est donc un peu par les hasards de la force diplomatique et militaire, ce que possédait la Grande-Bretagne dans les années 1920 (rappelons qu’elle possédait la plus grand empire colonial du monde), que la région de Mossoul a été rattachée à l’Irak, protectorat britannique. Les compagnies pétrolières britanniques ont donc eu le champ libre pour l’exploitation de ces riches gisements. Ici, la minorité kurde a été tout bonnement négligée, et partagée entre quatre États distincts : la Turquie, l’Irak, la Syrie dans une moindre mesure, et l’Iran. Cet «oubli» de la part des puissances coloniales dans leur partage des terres a encore des conséquences aujourd’hui, pensons à l’activisme kurde, sous l’égide du PKK, dans l’Est de la Turquie.

De même, pour satisfaire l’ensemble de ses alliés arabes, la Grande-Bretagne décide de créer ex-nihilo l’émirat du Koweït, en 1924, territoire jadis placé sous le pouvoir de l’administration de Bassora au Sud de l’Irak. Quelques années plus tard, en 1991, Saddam Hussein s’estime donc dans son droit en envahissant la principauté, provocant la première guerre du Golfe.


La Syrie et le Liban :

Doc 5 : La Syrie contemporaine

Les mêmes marchandages coloniaux ont eu lieu lors de la création des États syrien et libanais. Comme dit plus haut, la France a estimé légitime son protectorat sur cette région sous prétexte de l’influence ancienne dont elle bénéficiait. Contrairement à l’administration britannique qui exerçait un pouvoir véritablement mandataire, c’est-à-dire une tutelle administrative partielle, la France impose à ces territoires une politique coloniale pure et dure. Il est intéressant de remarquer la forte présence chrétienne, notamment sur le territoire de l’actuel Liban. Ces chrétiens bénéficiaient bien entendu de l’étroite protection de la puissance française. Pour remercier ces chrétiens (appelés maronites) alliés à sa cause, l’administration coloniale leur crée alors un État sur mesure, débarrassé de l’écrasante majorité musulmane de Syrie. La création de l’État libanais est toute aussi justifiée que la création du Koweït, et la souveraineté que réclame la Syrie sur ce territoire est de même nature que la prétendue souveraineté de l’Irak sur le Koweït. Certains parlent même de la «Grande Syrie», la Syrie historique, qu’il faudrait reconstituer pour qu’elle retrouve tout son sens et sa puissance d’antan, avec bien entendu les territoires libanais. Cette prétention syrienne à détenir le Liban a eu des répercussions très récentes sur la politique de ces deux États. En effet, la guerre civile qu’a connue le Liban entre 1975 et 1990 a permis à l’armée syrienne de s’y installer durablement, sous prétexte d’aider le pays à se réconcilier. L’armée syrienne n’a évacué le Liban qu’en 2005, sous une forte pression internationale.


Les indépendances de ces pays, après le Seconde Guerre Mondiale, n’a malheureusement rien changé au partage si problématique des terres, chacun étant viscéralement attaché à ce qu’il possède déjà. On pourrait multiplier les exemples de ces frontières fixées par des puissances étrangères sans respect des configurations ethniques, religieuses ou tout bonnement politiques de la population concernée, dans la région du Moyen-Orient (pensons à l’éternel conflit israélo-palestinien), mais aussi en Afrique du Nord et subsaharienne. Les conséquences de ces marchandages sont très perceptibles, voire sont la cause, de la plupart des conflits actuels en Afrique et au Moyen-Orient.

Si la fixation des frontières d’un autre pays de la région vous intéresse (Palestine, Turquie, Maghreb) n’hésitez pas à le demander dans vos commentaires !

Cours sur les frontières (par R. Vieuguet)

Cours sur les frontières (par R. Vieuguet)

Voici le cours de M. Vieuguet sur les frontières accompagné d’un diaporama qu’il convient de consulter en parallèle.

Vous trouverez ci-joint une archive .zip contenant les deux fichiers (cours+diapo) : Juste ici !

Merci pour cette contribution et nous attendons celle de Stephan avec impatience 😉 !

 

 


Diaporama

Télécharger (PDF, 3.37MB)

Cours

Les Frontières

Cours de géographie réalisé par R. Vieuguet pour préparer les élèves de Terminale au concours IEP province. Accompagné d’un diaporama à consulter en parallèle.

Introduction.

Définition d’après Petit Robert. XVe « front d’armée », de « front ».

Désignait à l’origine une place fortifiée sur le front des armées, faisant donc face à l’ennemi. Vocabulaire militaire, limite surveillée et contrôlée.

« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » comme disait Yves Lacoste fondateur de la revue géopolitique Hérodote (les cartes les plus précises sont les cartes d’état-major). D’où l’intérêt d’une approche géographique de ces frontières souvent d’un intérêt stratégique.

Définitions actuelle selon Petit Robert

  1. Le premier sens est géographique : limite d’un territoire qui en détermine l’étendue (borne, lisière). Par extension « limite séparant deux Etats » ou plus largement deux zones (car cela peu être aussi 2 provinces, régions etc.)
  2. Au sens figuré limite, séparation mais pas qu’entre des territoires. Expression « être à la frontière de… » Exemple ? « aux frontières de la mort », « rêver de choses aux frontières du possible et de l’impossible » R.Martin du Gard. « Aux frontières du réel » série américaine. Les frontière sociales en général qui peuvent se traduite par des frontières territoriales « gated communauty » « ghetto » idem pour les frontières entre les âges. « Nouvelle frontière » de Kennedy, slogan électoral pour réactiver le mythe américain de la frontière (Conquête de l’Ouest), en le transposant dans la conquête spatiale, la lutte contre les inégalités sociales ou raciales, une prospérité accrue…

Durant ces 4 heures, nous allons surtout étudier le premier sens du terme avec une approche multiscalaire = à plusieurs échelles

Problématique :

En quoi les frontières et les espaces frontaliers sont-ils des espaces stratégiques et représentatifs des dynamiques contradictoires de la mondialisation ?

1. Des frontières à différentes échelles

1.1 La genèse des frontières étatiques

« Le concept de frontières est inséparable de celui d’Etat. Tout gouvernement applique une politique plus ou moins stricte de contrôle de ses frontières » Dictionnaire de géographie, Pascal Baud et alii, Hatier, 1997

Par conséquent, les frontières actuelles sont la conséquence de l’apparition et de la diffusion du modèle de l’Etat-Nation en Europe, depuis la fin du Moyen âge et surtout à l’époque moderne, jusqu’à l’époque contemporaine et l’indépendance des peuples colonisés.

Ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu de frontières avant (célèbre exemple du mur d’Hadrien ou la Grande muraille de Chine qui ne faisaient cependant pas tout le tour de ces empires) mais la notion de limite se mêlait à celle de confins. La frontière n’était pas toujours une limite mais une zone où l’emprise territoriale d’un empire ou d’une autre autorité politique diminuait progressivement.

Autre différence par rapport à aujourd’hui, c’est que le monde entier est parcouru de frontières. Sur les terres émergées, il n’y a plus de blancs sur un planisphère. Toutes les terres émergées appartiennent à des Etats sauf Antarctique (continent sanctuarisé). Le moindre îlot est stratégique pour sa Zone économique exclusive (ZEE des 200 miles marins =370 km environ). Même les océans font l’objet d’appropriations territoriales comme l’Arctique avec la question de l’extension des ZEE sur le plateau continental jusqu’à 350 miles entre les pays riverains pour exploiter d’éventuelles richesses pétrolières ou minières et contrôler les nouvelles routes maritimes s’ouvrant avec la disparition programmée de la banquise estivale. Voir article photocopié du Monde du 18 septembre 2007, « L’Arctique, un nouvel eldorado disputé ». Voir aussi sur le Net par Sylviane Tabarly, « l’Océan Arctique : des frontières maritimes à l’épreuve d’une nouvelle donne climatique », Géoconfluences, 15 septembre 2009.

Les frontières actuelles sont-elles des frontières historique sou naturelles ?

Toutes historiques, que leur tracé corresponde à des éléments naturels ou pas, qu’il soit sinueux à la suite de guerres et de traités avec parfois des enclaves (exemple enclave espagnole de Llivia dans les Pyrénées orientales), ou qu’il soit rectiligne comme pour les frontières héritées de la colonisation.

La nation de « frontière naturelle » n’est qu’un argument pour justifier une politique de conquête territoriale. Depuis Louis XIV, en passant par la RF (Danton en 1792 disait « les limites de la République sont marquées par la nature », cet argument est invoqué. Mais le Rhin est-il la frontière naturelle de la France ? Les Allemands après 1870 disaient que la frontière naturelle était la ligne de crête des Vosges. Idem pour les Alpes qui sont un obstacle naturel mais facilement franchissables en de nombreux cols, d’où échanges historiques entre Savoie et Piedmont par col du Petit St Bernard, du Mont Cenis (moins vrai pour vallée de Chamonix : pas d’échanges avec vallée d’Aoste avant tunnel sous le Mont Blanc). Frontière naturelle des Alpes était un des arguments pour justifier le rattachement de la Savoie à la France mais n’était pas le meilleur (langue commune)

 

1.2  Des frontières à l’échelle continentale ?

 

Où s’arrête l’Europe ? Transparent « les limites de l’Europe en question » Documentation  photographique sur l’Europe n°8074.

Les cartes montrent que les frontières de l’Europe ont évolué selon les critères choisis et l’intérêt de ceux qui les déterminent. Elles sont donc conventionnelles.

Réutiliser connaissances acquises en 1ère.

Frontières au Nord, à l’Ouest et au Sud sont moins évidentes qu’elles n’y paraissent. Les îles de l’Arctique, de l’Atlantique ou de la Méditerranée sont-elles européennes ? La réponse à la question dé pend de facteurs historiques et non pas de facteurs naturels.

Frontière à l’Est est la plus contestable. Rappeler son origine sous Pierre le Grand qui avait la volonté d’ancrer en partie son Empire en Europe d’où Mont Oural.

Au S.E. détroits du Bosphore et des Dardanelles = frontière conventionnelle ce qui permet à la Turquie d’être candidate à l’entrée dans l’U.E grâce à cette petite partie dans l’Europe conventionnelle, mais ce qui donne des arguments à tous ceux qui s’opposent à l’entrée de ce pays évoquant les 95 % de son territoire se situant dans l’Asie conventionnelle. Le fond du débat n’est évidemment pas dans cette instrumentalisation d’une géographie supposée naturelle.

Existe-t-il des nouvelles frontières à l’échelle continentale qui seraient celle des zones de libre-échange, doublées parfois, comme pour l’U.E., de constructions politiques ? Tout dépend pour quels flux. Les marchandises circulent déjà librement avec la Turquie et d’autres pays voisins de l’U.E., ce qui n’est pas le cas pour les personnes. A l’intérieur même de l’U.E, qui est à géométrie variable, les frontières de l’Espace Schengen excluent le R.U. de zone de libre-circulation.

1.3 Des frontières à l’échelle régionale ou locale

Le découpage administratif de certains Etats peut créer des frontières s’il y a rupture entre deux espaces.

Exemples : dans les Etats fédéraux comme les Etats-Unis. Quand on passe la frontière entre un Etat et un autre, la limitation de vitesse n’est pas la même, ce qui reflète la différence de législation (Autre exemple plus tragique la peine de mort) tout en restant conforme avec la Constitution des E.U.

Belgique avec découpage en 3 régions : Flandres, Wallonie et Bruxelles et en 4 communautés linguistiques francophone, flamande en Wallonie avec un petit territoire germanophone, et bilingue à Bruxelles.

En Afrique du Sud, la politique de l’apartheid a généré des frontières intérieures par la création de bantoustans, c’est-à-dire un regroupement de populations noires dans un espace donné. La limite est alors une frontière ethnique, sociale et économique voire politique (Les Noirs avaient la citoyenneté de leur bantoustan et pas de l’Afrique du Sud). Idem à un degré moindre pour les townships comme Soweto, où les Noirs étaient citoyens sud-africains mais de seconde zone.

En France, la limite entre deux départements ou entre deux régions n’est pas une frontière car elle ne présente pas de rupture spatiale, sauf parfois dans le territoire mental de certains de ses habitants qui, poussés par un fort sentiment régionaliste (identité corse doublée de l’insularité qui fait distinguer le continent, identité savoyarde…) assimilent leur limite départementale ou régionale à une frontière ou considèrent au contraire que la frontière régionale n’est pas la frontière administrative (Nantes et la Loire atlantique hors de la Bretagne). On peut ici parler de frontières invisibles, non matérialisées.

Idem à l’échelle locale où les limites entre quartiers peuvent être invisibles ou se matérialiser.

Pour les quartiers pauvres, les frontières sont le plus souvent invisibles mais sont connues des habitants même si leur tracé peut varier selon la subjectivité (s’inclure ou s’exclure du ghetto). Exemple d’Haarlem en gentrification ou la frontière du ghetto est repoussée vers le Nord de Manhattan au fur et à mesure de la réhabilitation ou de la rénovation d’anciens taudis. Frontière matérialisée pour certains bidonvilles de l’autre côté des voies ferrées ou routières. Pour les quartiers riches, frontière invisible mais qui peut se matérialiser dans le cas des communautés fermées (exemple le XVIe à Paris avec la Villa Montmorency : gated community à la française) ou de murs construits dans des villes pour se protéger de quartiers réputées dangereux.

Voir photos et légendes de murs souvent à l’échelle locale avec l’argument récurrent de la sécurité.

http://www.lejdd.fr/International/Images/Ces-murs-qui-divisent-le-monde/

Suite du cours page 2  !