3.Les enjeux et déterminants de la mobilité sociale



  1. 3.      Les enjeux et déterminants de la mobilité sociale : les sociétés démocratiques permettent-elles aux individus de changer de position sociale ?

 

3.1  La mesure de la mobilité sociale

 



 

Introduction :

La mobilité sociale, c’est-à-dire le changement de statut social est au centre des démocraties modernes : c’est la réalisation des valeurs fondatrices de nos sociétés : liberté et égalité des chances pour tous.

Mais quel lien existe t’il entre la situation sociale des individus et leur milieu d’origine et comment le mesurer ? Les individus peuvent-ils réellement se détacher de leur héritage social, qu’en est-il de la société française actuelle, les changements de position sociale y sont-ils fréquents, quels sont les facteurs qui les freinent ou les favorisent ?

Par delà les évolutions structurelles et malgré une certaine fluidité sociale, la société reste marquée par l’importance du milieu d’origine. En particulier, nous verrons que les stratégies familiales favorisent souvent la reproduction sociale et que l’école semble échouer en partie dans la réalisation de son objectif principal : l’égalité des chances.


 

a)      Analyse et limites des tables de mobilité


http://www.statapprendre.education.fr/insee/mobilite/default.htm



->définitions

Mobilité sociale : on parle de mobilité sociale quand un individu a changé de position sociale (place dans la structure sociale)

Soit par rapport à la position de ses parents

Soit par rapport à la place qu’il occupait ultérieurement


Mobilité intragénérationnelle : quand un individu occupe une position différente de celle qu’il occupait au début de sa vie active. L’insee parle aussi de mobilité professionnelle.


Mobilité intergénérationnelle : si un individu occupe une position différente de celle qu’occupaient ses parents (par exemple on compare la position sociale du fils par rapport à celle du père). L’insee parle aussi de mobilité sociale.


Mobilité verticale : quand on se déplace le long de l’échelle sociale.

   Elle est ascendante si on monte dans la hiérarchie sociale.

   Par exemple, on parle de mobilité sociale ascendante quand un fils occupe une PCS supérieure à celle de son père.


Mobilité horizontale : quand un individu change de position sociale sans que cela affecte sa place dans la hiérarchie. Par exemple, quand un fils d’instituteur devient infirmier.


Mobilité structurelle : mobilité qui résulte d’un changement dans la structure de la population active (par exemple, baisse du nombre d’agriculteurs ou hausse générale des qualifications)


Mobilité brute ou totale : la mobilité constatée


Mobilité nette : entre la mobilité totale et la mobilité structurelle, c’est-à-dire c’est la mobilité réelle qui n’est pas liée à des changements structurels





->Les tables de mobilité permettent de mettre en évidence la mobilité intergénérationnelle



Tables de mobilité pour 2003

1) Données brutes en milliers


Groupes socio-professionnels des fils

Ensemble

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

252

72

105

190

98

426

1143

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

6

182

189

205

79

210

871

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

2

37

310

152

37

52

590

4. Professions intermédiaires

2

60

266

263

73

135

799

5. Employés

3

43

144

179

108

169

646

6. Ouvriers

20

225

304

701

375

1373

2998

Ensemble

285

619

1318

1690

770

2365

7047

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, parmi les 871 000 fils « d’artisans, commerçants, chefs d’entreprise », 205 000 sont dans la catégorie « professions intermédiaires » (lecture en destinée).
En 2003, parmi les 1 690 000 membres de la catégorie « professions intermédiaires », 205 000 ont un père « artisans, commerçant, chef d’entreprise » (lecture en recrutement).

À partir des tables de mobilité construites en données brutes, on peut effectuer différents calculs qui permettent d’apprécier la mobilité sociale.
– Les calculs en termes d’origine ou de recrutement permettent de mesurer l’influence de l’origine sociale sur la position sociale de l’individu.

– Les calculs en termes de destinée permettent d’évaluer les probabilités d’obtenir une position sociale quelconque en fonction de l’origine sociale. On s’interroge alors sur ce que sont devenus professionnellement les fils issus d’un milieu social donné.

– Le calcul de la mobilité nette permettent d’apprécier le degré d’ouverture de la société, la situation par rapport à l’idéal méritocratique.

– Les calculs de coefficients de passage mesurent l’écart entre la mobilité observée et la mobilité parfaite.





2) Table des recrutements en %


Groupes socio-professionnels des fils

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

88,4%

11,6%

8,0%

11,2%

12,7%

18,0%

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

2,1%

29,4%

14,3%

12,1%

10,3%

8,9%

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

0,7%

6,0%

23,5%

9,0%

4,8%

2,2%

4. Professions intermédiaires

0,7%

9,7%

20,2%

15,6%

9,5%

5,7%

5. Employés

1,1%

6,9%

10,9%

10,6%

14,0%

7,1%

6. Ouvriers

7,0%

36,3%

23,1%

41,5%

48,7%

58,1%

Ensemble

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

100,0%

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, 14,3 % des cadres et professions intellectuelles supérieures sont issus de la catégorie des artisans commerçants chefs d’entreprise.

3) Table des destinées en %


Groupes socio-professionnels des fils

Ensemble

Groupes socio-professionnels des pères

1

2

3

4

5

6

1. Agriculteurs

22,0%

6,3%

9,2%

16,6%

8,6%

37,3%

100,0%

2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

0,7%

20,9%

21,7%

23,5%

9,1%

24,1%

100,0%

3. Cadres et professions intellectuelles supérieures

0,3%

6,3%

52,5%

25,8%

6,3%

8,8%

100,0%

4. Professions intermédiaires

0,3%

7,5%

33,3%

32,9%

9,1%

16,9%

100,0%

5. Employés

0,5%

6,7%

22,3%

27,7%

16,7%

26,2%

100,0%

6. Ouvriers

0,7%

7,5%

10,1%

23,4%

12,5%

45,8%

100,0%

Champ : hommes français de naissance, actifs ou anciens actifs, les fils étant âgés de 40 à 59 ans
Lecture :
En 2003, 21,7 % des fils des artisans commerçants chefs d’entreprise sont devenus cadres et professions intellectuelles supérieures. 4) La mobilité structurelle et la mobilité nette.

D’une génération à l’autre les changements intervenus dans la structure de la population active se traduisent mécaniquement par une mobilité « forcée ». S’il y a moins d’agriculteurs dans la génération des fils relativement à celle des pères tous les fils d’agriculteurs ne peuvent pas rester agriculteurs. La table des recrutements montre que 88 % des agriculteurs en 2003 sont fils d’agriculteurs alors que 22 % des fils d’agriculteurs seulement sont devenus agriculteurs.
 


La diagonale montre pour les deux tableaux l’existence d’une certaine reproduction sociale (=immobilité sociale) plus forte aux extrémités de l’échelle sociale. La ligne ensemble dans la table de recrutement montre la structure de la population active des pères et la ligne dans la table des destinées la population active des fils. Cela peut permettre de montrer l’évolution de la population active sur deux générations.


On voit que s’il existe une certaine mobilité nette (après avoir enlevé l’effet de l’évolution de la population active), c’est surtout une mobilité de proximité : les individus n’ont pas toujours la même PCS que leur père, mais c’est le cas le plus fréquent, et sinon ils occupent une PCS proche de celle de leur père : les cas de forte mobilité sociale (ascendante ou descendante ) sont rares.





->et la mobilité des femmes par rapport à leur conjoint


Les enquêtes de mobilité représente le plus souvent, non pas la mobilité sociale en général, mais la mobilité des pères aux fils. Cette non-prise en compte de la mobilité féminine est longtemps légitimé par leur faible participation au marché du travail, mais aujourd’hui plus de 70% des 25.50ans sont actives.


Mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle des femmes est tout de même  plus complexe que mesurer celle des hommes :
 le taux d’activité féminin était faible parmi les générations âgées : par exemple, si l’on étudie les femmes de 40 à 59 ans (âge où la carrière professionnelle atteint son sommet), 91 % de ces femmes travaillaient en 2003 mais seulement 67 % de leurs mères avaient été actives au moins pendant un temps.* L’étude de la mobilité sociale entre mère et fille ne concerne donc qu’une partie des femmes actives.

 Une autre idée est d’étudier la mobilité des femmes par rapport à leur père. Les femmes semblent connaître moins d’immobilité sociale dans le sens où elles reproduisent moins souvent le statut de leur père, en partie parce que la mobilité féminine est plus structurelle.

Mais, du fait des emplois en moyenne moins qualifiés des femmes par rapport aux hommes en France, la mobilité paraît souvent descendante.

Cela ne signifie pas que ces femmes vivent dans un milieu social différent de celui d’origine car, lorsqu’elles ont un conjoint ou un compagnon, celui-ci peut-être aussi qualifié que leur père.
Ainsi, la mobilité sociale nette des femmes ne passe pas nécessairement par une mobilité professionnelle, mais par l’union à un conjoint appartenant à une PCS supérieure à celle de son père.


Remarque : le développement de l’emploi féminin joue aussi sur la mobilité sociale masculine : en venant occuper massivement les emplois du bas de l’échelle sociale (en particulier ceux de la PCS employés), les femmes ont contribué à permettre aux hommes d’occuper une position sociale plus élevée. !!




->Mais les tables de mobilité  ne sont pas sans limites


L’ampleur et la fréquence de la mobilité dépend en fait beaucoup du nombre de PCS retenu : par exemple, si on utilise une nomenclature plus détaillée, on voit que pour les ouvriers la mobilité interne au groupe en fonction de la qualification est beaucoup plus grande.


Les critères sur lesquels repose la nomenclature sont assez large pour donner une image d’une certaine immobilité sociale, mais si on prenait d’autres critères de classification (uniquement le niveau de vie ou uniquement le niveau de diplômes) on verrait plus de mobilité sociale intergénérationnelle.


L’étude de la mobilité intergénérationnelle ne porte finalement que sur quelques actifs : les fils suffisamment âgés pour avoir une situation stabilisée (40.50ans) et leur père.

On oublie par exemple les jeunes qui arrivent actuellement sur le marché du travail.


Les tables de mobilité ne font pas non plus apparaître le rôle de la conjointe (de la mère) : or, plus il y a d’homogamie sociale chez les parents, et plus il y aura d’hérédité sociale chez les enfants.


Une mobilité ascendante formelle, c’est-à-dire le passage d’une PCS à une autre > à celle de son père, peut cacher une immobilité réelle, c’est-à-dire ne pas représenter réellement une amélioration de niveau de vie ou de prestige social (ex le fils d’instituteur qui devient professeur)

De la même manière, les immobiles, ceux qui sont rangés dans la même PCS que leur père, peuvent ne pas avoir du tout le même statut social (supérieur ou inférieur).


Enfin, toutes les catégories ne sont pas hiérarchisables : par exemple, un fils d’agriculteur qui devient chauffeur routier connait-il une mobilité sociale ascendante ?


b)      La mobilité sociale dans la France contemporaine



è Les enjeux de la mobilité sociale


La mobilité sociale est avant tout une idée philosophique et politique légitimée par la Révolution française qui proclame les hommes libres et égaux en droits.

Alors que les sociétés de castes et les sociétés d’ordre étaient fondées sur la reproduction d’une hiérarchie sociale héréditaire, les sociétés démocratiques reposent sur l’idéal de l’égalité des chances.

Grâce à l’égalité des droits, chacun doit pouvoir avoir la même chance d’ascension sociale grâce à son mérite (l’idéal démocratique est donc un idéal méritocratique) et non grâce aux privilèges liés à son origine sociale.

L’idéal démocratique est donc celui d’une forte mobilité sociale et l’enjeu de la mesure de la mobilité sociale est donc de savoir si on approche de cet idéal, car les inégalités de condition ne sont acceptables dans une vraie démocratie que si elles sont réversibles.


L’idéal d’une mobilité sociale va aussi avec celui de libéralisme économique : les travailleurs doivent être libres de passer contrat mais aussi de changer d’activité  en fonction des besoins de l’activité économique et toute reproduction sociale trop marquée pourrait être alors un frein au changement social.


En même temps, la croyance en l’égalité des chances (et donc en la possibilité d’une forte ascension sociale) permet de légitimer l’existence d’inégalités des conditions : inégalités de fait que traduit la stratification sociale



è Quelle mobilité en France aujourd’hui ?


Problématique générale sur le sujet : oui, la mobilité sociale a augmenté grâce aux transformations structurelles de la société, mais cette mobilité ne signifie pas réduction de l’inégalité des chances.


-Aujourd’hui, les sociétés sont plus fluides qu’il y a 50 ans, c’est-à-dire que de plus en plus d’individus font l’expérience d’un statut différent de celui de ses parents. Par exemple, en 1943, les chances de devenir CS sont 1000 plus grande chez un fils de cadre que chez un fils d’ouvrier, aujourd’hui environ 20 fois= plus de fluidité sociale.

-Mais, cet accroissement de la mobilité sociale s’explique d’abord par l’évolution des structures sociales : hausse des qualifications, baisse du nombre d’agriculteurs, tertiarisation,…

-De plus, la mobilité sociale reste une mobilité de proximité. Par exemple, les sorties du groupe ouvriers se font majoritairement vers les PCS employés et PI.

-la société française reste encore très éloignée d’une mobilité parfaite : toutes les PCS recrutent en priorité leurs propres enfants et seules les catégories moyennes sont  réellement mobiles.


-Mais, cette mobilité ne signifie pas réduction des inégalités de chance car si tout le monde se déplace légèrement vers le haut de l’échelle sociale, alors la hiérarchie de la structure sociale ne change pas. (paradoxe d’Anderson : l’augmentation générale du niveau de diplôme de produit pas d’ascension sociale)

-De plus, dans la période récente, on assiste à une perspective de régression sociale des jeunes générations.

-Beaucoup de sociologues relient ce phénomène au système scolaire qui aurait échoué dans son objectif d’égalisation des chances

.parce que l’école serait reproductrice des inégalités sociales (Bourdieu)

.parce que les enfants qui obtiennent supérieurs à ceux de leur père ne trouvent les emplois équivalents dans la société  (Boudon)




Conclusion : La société française reste marquée par une forte hérédité

Mais une certaine mobilité sociale existe même si elle n’est pas uniforme.


On peut craindre que le ralentissement actuel de la mobilité engendre un sentiment de frustration relative (c’est-à-dire liée non pas à la pauvreté mais à l’existence d’inégalités) provenant d’une déception face aux résultats décevants par rapport aux attentes générées par la société (promesse de récompense professionnelle lors de l’obtention de diplômes ou tentations consommatrices). Ceci peut représenter une menace pour la cohésion sociale car cette désillusion sociale peut engendrer une société plus conflictuelle.


3.2  Quels sont les facteurs explicatifs de la plus ou moins grande mobilité d’une société ?

a)      Les facteurs structurels de la mobilité sociale


Une partie de la mobilité sociale est due à l’évolution des structures de la société

 

Aujourd’hui les sociétés sont plus mobiles qu’il y a 50 ans, c’est-à-dire qu’il y a plus d’individus qui font l’expérience d’un statut différent de celui de leurs parents. Mais à quoi est du cette mobilité, est-elle le reflet d’une réelle fluidité sociale.

Fluidité sociale = Mobilité nette

En réalité on peut nuancer la mobilité sociale de la France en mettant en avant l’impact de l’évolution de la structure de la société sur la mobilité. En effet une partie de la mobilité sociale n’est en  fait liée qu’à un effet de structure elle n’est pas vraiment les conséquences d’une plus grande fluidité.


Les facteurs explicatifs de la mobilité structurelle :

–          L’évolution de la structure de la population active

Un certains de catégories socioprofessionnelles ont vu leurs effectifs se réduire, c’est particulièrement le cas pour les agriculteurs et pour les ouvriers. Il y a donc moins de « places »pour les enfants d’agriculteurs et d’ouvriers, ce qui réduit les chances de reproduction sociale et entraîne mécaniquement une mobilité sociale puisqu’il est impossible que tous les fils d’agriculteurs deviennent agriculteurs et que tous les fils d’ouvriers deviennent ouvriers. (on peut observer cette mobilité structurelle en étudiant les marges des tables de mobilité)

A l’inverse pour certaines catégories socioprofessionnelles comme les employés, les professions intermédiaires ou les cadres, les effectifs ont fortement augmenté ouvrant ainsi des places pour les enfants n’étant pas issus de ces catégories et leur permettant ainsi de connaître une mobilité sociale.

Il est à noter que la plupart du temps la mobilité existante est une mobilité de proximité (les enfants d’ouvriers deviennent employés ou professions intermédiaires, les professions intermédiaires deviennent cadres)


–          Les différences de taux de fécondité entre les catégories socioprofessionnelles

Si le nombre moyen d’enfants d’une catégorie est supérieure à 2 alors que pour d’autres catégories il est inférieure à 2, alors même si les effectifs de chacune des catégories restent identiques d’une génération sur l’autre il y aura mécaniquement mobilité sociale pour les enfants de la catégorie pour laquelle la fécondité est supérieure à 2 car le renouvellement des générations est plus qu’assuré alors que dans les catégories pour lesquelles le taux de fécondité est inférieure à 2 le renouvellement des générations ne se fait pas. On aura donc un déversement des une vers les autres.

Exemple : en 1962, le nombre moyen d’enfants est de l’ordre de 3 dans les familles d’agriculteurs alors que la moyenne nationale était de 2,3 environ et inférieure à 2 pour les cadres et les employés. Il y avait donc mobilité structurelle des enfants d’agriculteur qui même si la structure de la population n’avait pas bougée ne pouvait pas tous devenir agriculteur.

Ce phénomène tend à amplifier l’impact de l’évolution de la structure de la population active.

Cependant le modèle familial de deux enfants s’est généralisé et les taux de fécondité se sont rapprochés entre les différents groupes sociaux, cela rend moins important se facteur pour la mobilité future, mais en ce qui concerne les générations nées dans les années 1960 ce facteur est important car la fécondité d’alors était plus importante et surtout plus inégale selon les groupes.


Synthèse : Mobilité structurelle, mobilité nette qu’en est-il ?

Entre 1977 et 1993 : la mobilité sociale s’explique en grande partie par de la mobilité nette mais entre 1993 et 2003 alors que la mobilité totale ne change pas on observe que la mobilité nette diminue et que la mobilité structurelle augmente. On peut en conclure qu’aujourd’hui le principal facteur de la mobilité c’est l’évolution de la structure de la société et non pas le fait que la société favorise l’ascension sociale en assurant sa fluidité.


b)      Le rôle particulier de l’école et de la famille


Explication Bourdieu- Boudon http://www.youtube.com/watch?v=M-lbcXQ8ZUA


Si on observe l’évolution du système scolaire sur ces 50 dernières années, on peut remarquer une massification de la scolarité, c’est-à-dire une généralisation de l’accès aux études secondaires (voire supérieures), liées à la fois à la hausse des niveaux de vie, mais aussi à une volonté institutionnelle (allongement de l’âge obligatoire, multiplication des fromes de baccalauréat et des épreuves alternatives, limitation des redoublements) et à cause de la montée du chômage une incitation et une espérance familiale plus grande dans l’école.


Cependant, il ne s’agit pas nécessairement d’une démocratisation car l’accès aux études supérieures et même aux différents types de baccalauréat reste fortement déterminé par l’origine sociale des individus :

-l’orientation et le choix des filières restent fortement marqués par l’origine sociale

-les ressources culturelles des parents (importance de la mère et de l’homogamie sociale) jouent un rôle essentiel dans la réussite scolaire des enfants

-l’origine sociale joue aussi un rôle de plus en plus important sur la manière de rentabiliser son diplôme (paradoxe d’Anderson)


Rappel : Pour Bourdieu, la société est structurée en classes sociales caractérisées par leur dotation en capital économique, social et culturel. Les classes dominantes se caractérisent par une riche dotation en capital économique, social et culturel et par leur capacité à imposer à tous une certaine vision du monde, c’est à dire à imposer leur propre culture comme culture dominante, reconnue et légitime.

 Le système scolaire est un des instruments que les familles des groupes sociaux les mieux dotés (en capital) utilise pour assurer la reproduction de leur position dans la structure sociale.


->Pour Bourdieu, les traditions pédagogiques, le contenu et la forme de la culture véhiculé par le système scolaire correspond aux valeurs, aux traditions et à la culture de la classe dominante (exemple : la dissertation, les enfants qui réussissent le mieux à l’école sont les enfants d’enseignants). Ainsi, l’Ecole, en considérant tous les élèves égaux face à cette culture (ce qu’ils ne sont pas) perpétue les inégalités initiales devant cette culture.

Les élèves étant inégaux en capital, l’école reproduit les inégalités : plus les parents ont un capital culturel élevé, plus les enfants ont de chances de réussir à l’école.

Si le capital culturel joue un rôle ^primordial dans la réussite scolaire, le capital économique et social joue le rôle le plus important pour rentabiliser les diplômes et acquérir une position sociale dominante.

Ainsi, l’école ne serait pas un facteur de mobilité sociale mais bien plutôt un facteur de reproduction sociale. En quelque sorte, l’école participerait même à la légitimation des inégalités sociales.

Ce mode de reproduction des élites permet le maintien de leur domination sur des dominés qui ne peuvent alors connaître une mobilité sociale qu’au sein des couches dominées dans l’espace social.


-Pour Boudon,  si la démocratisation du système scolaire n’a que peu d’effet sur la mobilité sociale, c’est parce que l’augmentation généralisée du niveau de diplôme ne correspond pas à la distribution des emplois disponibles dans la population active : la démocratisation des études censée profitée aux enfants des classes populaires et moyennes ne peut pas se traduire par une mobilité sociale intergénérationnelle : l’inflation des diplômes entraîne leur dévalorisation relative (paradoxe d’Anderson)



Les partisans de l’individualisme méthodologique (notamment R.Boudon) privilégient une analyse en termes de stratégies d’acteurs rationnels : avant d’agir un individu compare ce que peut lui rapporter et lui coûter une action.


L’étude de la mobilité sociale montre que s’ils ne forment pas la majorité, certains individus connaissent une mobilité sociale inter ou intra générationnelles.

Ainsi, pour Boudon, même si l’origine sociale est importante, elle ne détermine pas toutes les trajectoires individuelles : la part du sujet dans la décision individuelle est non négligeable.

Ainsi, les inégalités seraient le choix de stratégies individuelles différentes, justifiées par les intérêts spécifiques de chaque groupe et de chaque individu.

Par exemple, les différences d’orientation dans le cursus scolaire ne seraient pas le résultat d’un déterminisme social, mais sont la traduction de différents comportements individuels.


Les familles seraient à l’origine de choix d’orientation différenciés pour leurs enfants, compte-tenu d’un calcul coût-avantage. Chaque famille chercherait à définir le statut légitime que son enfant peut chercher à obtenir : par exemple, un instituteur sera content que son fils devienne professeur ce qui ne sera pas le cas d’un professeur d’université. A chaque étape de l’orientation scolaire les familles font un choix à partir des bénéfices et des coûts anticipés : par exemple, implicitement une famille d’ouvrier estime que leurs enfants ont peu de chances de réussir des études longues, et compte tenu du coût de celles-ci, il lui semble alors plus rationnel de laisser le jeune s’orienter vers des études courtes.







3.3  La mobilité sociale est-elle toujours souhaitable ?

 

a)      Les effets pervers de la mobilité sociale pour les individus


Lorsque l’on s’intéresse à la mobilité sociale, en particulier la mobilité sociale ascendante on raisonne le plus souvent en termes de gains pour les individus qui en bénéficient, pourtant le passage d’un milieu social à un autre engendre aussi des coûts.

En effet la mobilité sociale ascendante sous entend que l’individu quitte son milieu social d’origine, or cela peut être vécu plus ou moins bien par l’individu. Cela peut entraîner un déracinement, voire une perte d’identité. Un sentiment de trahison (doc. Bourdieu) vis-à-vis de son milieu d’origine. La mobilité sociale peut entraîner une rupture avec son milieu d’origine du fait de la distance sociale qu’elle crée et cette rupture est un coût pour l’individu

De l’autre côté l’individu doit intégrer un nouveau milieu social, dont il ne partage pas forcément la sous culture. Il y a un processus de déculturation (perte de sa culture d’origine au profit d’une nouvelle culture) qui doit s’opérer et qui peut être mal vécu. Il faut s’approprier les nouvelles normes et valeurs du groupe (langage, pratiques culturelles, habitus de façon générale)


b)      Une société plus mobile n’est pas toujours moins inégalitaire


La croissance de la mobilité sociale, n’implique pas forcément une réduction des inégalités sociales. Si l’ensemble de la structure sociale connaît une mobilité ascendante ; les distances qui séparent les différents groupes peuvent perdurer.

Ainsi malgré la mobilité sociale que connaît la France on peut mettre en avant que :

-Les inégalités scolaires sont toujours importantes et que la démocratisation de l’école ne les a pas atténuées (maintien du caractère élitiste de certaines filières, illusion d’égalité des chances)

– Le diplôme initial garde une très grande importance ce qui rend difficile une mobilité intragénérationnelle

– La hiérarchie des salaires n’a pas vraiment évoluée (écart interdécile à peu près stable)


Une société plus mobile, plus fluide démontre en apparence des progrès dans la réduction des inégalités avec un progrès de l’égalité des chances. Mais elle peut s’accompagner d’un maintien des inégalités de position, de revenus, de niveau de vie, et de mode de vie. Ce blocage des hiérarchies est particulièrement vrai dans la société française.



2.2 On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française


2.1  On peut cependant aussi considérer qu’il y a une bipolarisation de la société française

a)    Parce que les classes sociales sont inhérentes au système capitaliste et les rapports sociaux sont des rapports de domination



  • L’analyse en termes de classes sociales

Ce sont alors des analyses réalistes qui considèrent que les hiérarchies permettent de mettre en évidence des groupes hiérarchisés qui ont une existence effective et qui ne sont pas de simples regroupements théoriques sur la base d’observation. Les groupes ont une identité propre.


MARX

->l’analyse marxiste des classes sociales est une analyse holiste  (macro-sociologique) de la stratification sociale dans une conception réaliste déductive : pour lui, les classes sont une réalité objective qu’il suffit d’observer.


->La division de la société en classe résulte des rapports de production : le fait d’être ou non propriétaires des moyens de production (prolétaires ou capitaliste) détermine la position de classe des individus.


->Placés dans les mêmes conditions matérielles d’existence, les membres d’une classe développent une « conscience de classe », c’est à dire une conscience sociale de leur être collectif, de leurs intérêts communs. La classe sociale est indispensable pour que la classe sociale ne soit pas une simple catégorie, mais devienne un acteur du changement social.  (holisme : la classe existe indépendamment des individus)

L’appartenance à une classe particulière est objective (il n’appartient pas aux individus de choisir leur position de classe.


NB Pour R. K.Merton, il convient cependant de faire la distinction entre la position objective d’un individu au sein d’un groupe (groupe d’appartenance) et le groupe de référence auquel l’individu croit appartenir, auquel il s’identifie, et auquel il emprunte ses normes et ses valeurs.


-> Les rapports de production engendrent des antagonismes fondamentaux entre les classes : dans toute société capitaliste, l’intérêt des détenteurs du capital est d’augmenter la plus-value, ce qui se fait au détriment des salaires, qui risquent de baisser en-deçà du salaire de subsistance. Ceci génère l’exploitation des prolétaires par les capitalistes.

Ainsi, la notion de classe est inséparable de celle de luttes des classes : les conflits viennent des intérêts antagonistes et des inégalités.


BOURDIEU


-> l’analyse de Bourdieu propose une approche actualisée du marxisme : pour lui, les classes sociales existent toujours mais elles ne sont pas quelque chose de permanent (on peut passer d’une classe à l’autre). Cela lui permet de prendre en compte l’existence d’une certaine mobilité sociale dans les sociétés contemporaines. De plus, la construction des classes sociales doit prendre en compte plusieurs critères à côté du critère économique.


-> Pour Bourdieu, les classes sociales se distinguent par la possession de 4 types de capital :

-le capital économique, que l’on peut assimiler à la richesse (revenus et patrimoine)

-le capital culturel, qui peut prendre différentes formes (diplômes, tableaux, disques, livres,…) et qui se manifestent dans l’habitus.

-le capital social qui est constitué des réseaux relationnels

-le capital symbolique, c’est-à-dire l’apparence physique, la réputation, le nom, les décorations,…


->Pour Bourdieu, les classes sociales se définissent non seulement par le volume de capital possédé, mais aussi par sa structure (ex professeur/commerçant). Il existe des rapports de domination entre les classes, par exemple, au sein de l’école, les classes dominantes cherchent à asseoir leur domination en définissant dans les programmes ce qui est « bon » à savoir.



b)   Retour des inégalités et persistance des classes


–          La réduction des inégalités n’est pas régulière et on peut mettre en évidence une rupture de tendance à partir du milieu des années 1980

Il y a trois grands facteurs explicatifs :

a) la fin de la réduction des inégalités de salaires (« l’éventail des salaires ne se resserre plus »), on même vu qu’en ce qui concerne les extrême on peut mettre en évidence une recrudescence des inégalités car les très hauts salaires augmentent beaucoup plus vite que les autres ;

b) les évolutions du marché du travail marqué par la montée du chômage et la précarisation de l’emploi, qui entraîne une baisse du niveau de vie pour toute une catégorie d’actifs touchés par le précarité ;

c) le boom des marchés financiers et immobiliers qui entraînent une forte hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient aux catégories déjà aisées. Ce dernier élément est a nuancé aujourd’hui étant donné la crise financière et immobilière)


Rem : Ce renouveau des inégalités et marqué aussi par le développement de nouvelles inégalités (générationnelle et intra catégorielle principalement). En effet, la précarité touche toutes les catégories socioprofessionnelles (pas dans les mêmes proportions mais quand même) et elle touche principalement les jeunes.


Ce renouveau des inégalités et peu visible dans les indicateurs statistique pour trois raisons : tout d’abord l’action de l’Etat tend à amortir les effets de la précarité ce qui limite l’impact sur les inégalités, de plus le renouvellement des générations fait que les retraités aujourd’hui qui sont issus de la génération du baby boom voient leur situation s’améliorer par rapport aux retraités des générations antérieures, le niveau de vie des retraités tend donc à s’améliorer. (Rem : avec le développement de la précarité cela ne sera plus vrai pour les générations suivantes et on peut s’attendre à une dégradation du niveau de vie des retraités dans les générations suivantes). Enfin les indicateurs ont du mal à apprécier la hausse des revenus du patrimoine qui bénéficient de possibilité de défiscalisation or les données sont liées aux revenus déclarés.



  • Ce creusement des inégalités depuis les années soixante dix semble illustrer un retour des classes sociales.

La thèse de la moyennisation est critiquée par les défenseurs de la thèse de la polarisation (L.Chauvel, P.Bourdieu, A.Lipietz)


=>D’un point de vue « objectif », les inégalités entre les classes sociales, si elles se sont réduites sur le dernier siècle n’ont pas disparu :


-Même si les inégalités statiques (le rapport interdécile) ont diminué, les inégalités « dynamiques, c’est-à-dire le temps de rattrapage du D1 et surtout du D2 et D3 vers le D9 s’est accru : avec la crise économique, les chances d’ascension sociale diminuent.


– La remise en cause du système de protection sociale français et la multiplication des   systèmes d’épargne volontaire risque à terme d’amplifier les inégalités, puisque les systèmes par capitalisation amplifient les effets des inégalités de patrimoine.


– Même s’il y a une homogénéisation des normes de consommation, celle-ci n’est que partielle et en particulier :

-des inégalités de consommation existent pour les biens et les services récents les plus élaborés (internet, innovation) et pour les loisirs (ex vacances)

-certaines consommations sont marquées par des effets de distinction (Bourdieu) et par une dimension ostentatoire (effet Veblen)

-les pratiques sociales et en particulier les pratiques culturelles sont marquées par des habitus de classe, qui sont fonction des dotations en capital économique, social et culturel ex golf (Bourdieu)


=>On peut même repérer l’apparition de nouvelles inégalités

-les emplois précaires forment les contours d’un « nouveau prolétariat », ce qui permet à certains sociologues de parler d’une polarisation de la société sur l’image d’une société avec aux extrêmes deux groupes les exclus et les inclus (A.Lipietz)

-on peut aussi remarquer l’enrichissement des classes supérieures, l’amélioration du sort des salariés des classes populaires qui font l’objet de l’attention de la classe politique  et l’abandon des classes moyennes (L.Chauvel)



=>la « disparition » des classes populaires (ouvriers + employés) est très contestable, puisqu’il représente encore 60 % de la population active.



=> La mobilité entre les classes sociales reste limitée.

-Ainsi,  la mobilité des nouvelles générations est moins forte et les jeunes qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui connaissent un plus fort risque de déclassement social.

-Même si la mobilité  sociale s’est accrue, la mobilité sociale est surtout une mobilité de proximité et le phénomène dominant reste la reproduction sociale.








LES SUJETS DE BAC DE PONDICHERY 2010

LES SUJETS DE BAC DE PONDICHERY 2010

  • Dissertation : Les inégalités économiques sont-elles le seul obstacle à la mobilité sociale?


  • QSTP (avec 7 questions préparatoires…): Après avoir montré que les modes d’organisation du travail inspirés du taylorisme sont source d’efficacité, vous expliquerez pourquoi les entreprises ont été amenées à mettre en oeuvre d’autres formes d’organisation du travail.



SUJETS CORRIGES PARTIE 2 CHAPITRE 1

SUJETS CORRIGES PARTIE 2 CHAPITRE 1

SUJETS CORRIGES SUR PARTIE 2 CHAPITRE 1

SUJET  DE SYNTHESE

«  Vous montrerez que la position sociale des individus est influencée par leur origine sociale, mais qu’elle dépend aussi d’autres facteurs »

En introduction, il convient de préciser que le raisonnement se centre sur les 30 dernières années en France, que par origine sociale on entend : la PCS des parents et par position sociale la PCS d’appartenance (on peut questionner la position sociale par rapport au prestige social)

1 – La position sociale des individus est influencée par leur origine sociale

1.1 l’origine sociale détermine la réussite scolaire (capital culturel)

1.2 l’origine sociale détermine la PCS d’appartenance (le capital économique et social permet de mieux « rentabiliser le diplôme)

1.3 l’origine sociale détermine des stratégies familiales différentes .


2 – La position sociale des individus dépend aussi d’autres facteurs (que l’origine sociale)

2.1 la position sociale dépend de l’évolution de la population active (tertiarisation, hausse des qualifications, paradoxe d’Anderson)

2.2 la position sociale d’un individu peut aussi dépendre de son mérite (démocratisation scolaire et méritocratie)

2.3  la position sociale peut dépendre de facteurs discriminatoires (par exemple, le sexe)


CORRIGE COMPLET DU SUJET DE DISSERTATION

« Dans quelle mesure la société française est-elle encore une société de classe ? »

Dans la société française de l’Ancien Régime, les groupes sociaux sont hiérarchisés en ordres disposant chacun de privilèges inégaux. Avec la Révolution française, cette hiérarchie de droit disparaît. Pourtant, même dans la société française contemporaine subsiste une hiérarchie dans les faits. Nous pouvons alors nous demander dans quelle mesure la société française aujourd’hui est encore une société de classe ? Est-ce que l’on peut identifier dans notre société au moins deux groupes sociaux antagonistes déterminés par leur place dans le processus de production et qui ont conscience de former une classe sociale, ou bien, est-ce qu’on peut seulement identifier des groupes réunis autour de caractéristiques socio-économiques identiques entre les membres du groupe et différentes de celles des autres groupes ? Nous verrons tout d’abord que les classes sociales au sens marxiste disparaissent parce que les frontières entre les classes disparaissent, mais que l’on peut identifier l’apparition de nouvelles classes sociales, au sens wébérien du terme, c’est-à-dire de groupes d’individus socio économiquement homogènes entre eux.

En effet, dans la société française actuelle, on assiste à un effacement des frontières de classes parce qu’il y a une homogénéisation des modes de vie et une moyennisation de la société française. L’homogénéisation des modes de vie s’explique par une élévation générale des niveaux de vie et par une uniformisation de la consommation.

La hausse du niveau de vie, c’est-à-dire du pouvoir d’achat, s’explique par la hausse des revenus et la baisse des prix. En effet, on peut voir que le revenu mensuel médian d’un célibataire a été multiplié environ par 2 entre 1970 et 2005.Cela s’explique par la croissance économique mais aussi par l’intervention de l’Etat qui grâce à la redistribution des revenus permet la stabilisation voir l’augmentation des revenus, surtout des plus pauvres. La baisse des prix des produits courants a été permise par la production de masse mise en place pendant les 30 Glorieuses.

Cette hausse généralisée du niveau de vie va se traduire par une uniformisation des coefficients budgétaires : alors qu’en 1956 le coefficient budgétaire de l’alimentation des ouvriers est deux fois plus élevé que celui des cadres , il est aujourd’hui sensiblement similaire . Cette évolution correspond à la loi d’Engel : plus le revenu augmente, plus les ménages peuvent consacrer une part importante de leur revenu aux biens de seconde nécessité. On voit par exemple que les ménages disposent d’un taux d’équipement en biens électroménagers élevé ( on peut observer que 98% des ménages français disposent d’une télévision, d’un réfrigérateur, …en 2005). Cette uniformisation de la consommation se traduit aussi par une homogénéisation des pratiques culturelles :  le taux de départ en vacances a augmenté de 21 points de pourcentage entre 1964 et 2004, tous les ménages, quelque soit leur PCS vont régulièrement au cinéma ( on peut voir seulement 2 points d’écart entre la part des cadres et celle des professions intermédiaires allant au cinéma en 2004).


Ainsi, on peut dire que l’effacement des frontières de classe s’explique en partie par l’homogénéisation des modes de vie résultant de la hausse des niveaux de vie et de l’uniformisation de la consommation. L’effacement des frontières de classe s’explique aussi par la moyennisation de la société.


La moyennisation se caractérise à la fois par l’apparition des classes moyennes et par une forte mobilité sociale.

De plus en plus d’individus se retrouvent dans les classes moyennes, c’est-à-dire dans des groupes sociaux qui se caractérisent par des revenus, des diplômes, des positions hiérarchiques intermédiaires. Ces groupes sociaux sont hétérogènes et regroupent aussi bien les employés et les professions intermédiaires que les ouvriers les plus favorisés ou les cadres aux plus faibles revenus. Par exemple, les cadres de la fonction publique comme les ouvriers se reconnaissent comme appartenant à la classe moyenne .Ce mouvement a été engendré par la hausse des qualifications, la salarisation et la tertiarisation de la population active. Il ne s’agit donc pas de classes sociales au sens marxiste mais bien plutôt de groupes dont les frontières de classes se sont effacées.

Cette moyennisation s’accentue par l’existence d’une mobilité sociale permise par la démocratisation de l’enseignement qui favorise la hausse des qualifications : il est donc aujourd’hui plus facile de passer d’une PCS à une autre, de ne pas appartenir à la même PCS que celle de son père, donc de passer d’un groupe social à un autre. Cela signifie qu’il y a moins d’hérédité sociale, dans le sens où, par exemple, grâce aux études un fils d’ouvrier peut devenir aujourd’hui plus facilement cadre.

Ainsi, l’effacement des frontières entre les classes dans la société française actuelle est permis non seulement par l’homogénéisation des modes de vie mais aussi par la moyennisation de la société. Les classes sociales au sens marxiste du terme semble donc avoir disparu, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de groupes antagonistes différenciés et déterminés par leur place dans le processus de production.

Pourtant, les années récentes semblent se caractériser par une persistance des inégalités économiques et sociales et l’apparition d’une nouvelle pauvreté qui peut faire penser à l’apparition de nouvelles classes sociales, au sens weberien du terme, c’est-à-dire de groupes sociaux qui partagent des caractéristiques identiques entre eux et distinctes de celles des autres goupes.

En effet, on peut repérer dans notre société, la persistance d’inégalités économiques et sociales importantes entre les groupes sociaux. Les inégalités économiques sont tout d’abord les inégalités de revenu. Si les inégalités se resserrent sur les 30 dernières années, les revenus continuent à augmenter plus vite pour les plus riches et aujourd’hui les revenus des cadres sont encore  fois supérieurs à ceux des ouvriers . Ces inégalités sont fortement influencées par le nombre de personnes dans le ménage. Les inégalités de patrimoine sont les inégalités économiques les plus importantes car elles sont cumulatives (plus on a de revenus, plus on a de chance d’avoir un fort patrimoine) et parce qu’elles sont transmises par héritage.

Les inégalités économiques sont en partie responsables des inégalités sociales. En effet, même si les pratiques socio-culturelles s’homogénéisent, il subsiste des pratiques très différenciées en fonction de la PCS à laquelle on appartient. Par exemple, 36% des cadres vont régulièrement au théâtre contre seulement 6% des ouvriers . De plus, même si une grande majorité de ménages vivent dans une résidence principale qui disposent d’un minimum de confort, 0.8% de la population française vit sans eau courante, sanitaire ou salles de bains .

Nous pouvons aussi penser que de nouvelles classes apparaissent car on peut identifier une nouvelle pauvreté qui s’explique à la fois par la dégradation du marché du travail et  par l’affaiblissement du lien social. Aujourd’hui le taux de pauvreté en France avoisine les 15%. La montée du chômage et la précarité de l’emploi ont eu pour conséquence de baisser le niveau de vie d’une partie de la population, en particulier les jeunes et les moins diplômés. On assiste à une multiplication du nombre de bénéficiaires du RSA qui est passé de 400 000 en 1989 à 1 130 000 en 2008 selon l’Insee. Cette allocation, si elle permet d’assurer un revenu minimum pour les plus pauvres, ne couvrent pas l’ensemble de la population (par exemple, les jeunes de moins de 25 ans ne peuvent pas en bénéficier) et reverse un revenu suffisamment faible (moins de 500 euros environ) pour faire rentrer les individus qui en bénéficient dans une sorte de pauvreté institutionnalisée.

L’affaiblissement du lien social favorise  la pauvreté car celle-ci est un processus cumulatif : il ne suffit pas d’être chômeur pour être pauvre. La nouvelle pauvreté s’explique aussi par la crise de la famille : multiplication du nombre de divorces, du nombre de familles monoparentales,…affaiblisse les formes de solidarités familiales. Les pauvres sont plus souvent des familles monoparentales ou des personnes seules qui sont sans emploi . La pauvreté va donc se caractériser par le cumul des handicaps pour certains groupes sociaux les plus défavorisés dans la hiérarchie sociale. On peut donc identifier aux extrémités de la hiérarchie sociale un groupe qui cumule les avantages et un autre les désavantages, laissant penser à l’existence d’une classe sociale dominante et d’une classe défavorisée. La société française actuelle se caractériserait donc par l’existence de nouvelles classes déterminées par la persistance d’inégalités et l’apparition de nouvelles formes de pauvreté.

Ainsi, notre société française n’est plus une société de classe au sens où l’entendait Marx : les frontières de classes s’effacent grâce à l’homogénéisation des modes de vie permise par la hausse des niveaux de vie et l’uniformisation de la consommation. De plus, la moyennisation de la société se manifeste par le développement de classes moyennes plurielles favorisé par une plus forte mobilité sociale. Pourtant, les années récentes montrent qu’il existe encore de fortes inégalités économiques (en matière de revenus, de patrimoine) qui déterminent en partie des inégalités sociale. On peut aussi observer l’apparition de nouvelles formes de pauvreté qui s’explique en partie par l’augmentation du chômage et de la précarité et par l’affaiblissement du lien social. Ainsi, on peut penser que de nouvelles classes seraient en train de se former dans notre société, des classes sociales au sens weberien, c’est-à-dire déterminées par l’existence de groupes dont les individus cumulent les handicaps et d’autres dont les individus, de par leur caractéristiques, dominent la hiérarchie sociale.  La question est alors de savoir quel type de politique économique pourrait permettre de réduire inégalités et pauvreté afin d’assurer une meilleure cohésion sociale dans notre société.

Problématiques: Partie 2 Chapitre 1

QUESTIONS DE SYNTHESE


Inégalités

1) Après avoir caractérisé les inégalités économiques, vous montrerez que d’autres inégalités en constituent un facteur aggravant ?

2) Après avoir expliqué pourquoi les sociétés démocratiques luttent contre les inégalités, vous analyserez les raisons pour lesquelles certaines inégalités sont considérées comme légitimes.

3) Après avoir expliqué les causes des inégalités hommes/femmes, vous montrerez en quoi elles illustrent les limites de l’idéal démocratique.

4) Après avoir décrit les inégalités à l’école, vous les expliquerez.

5) Après avoir montré que la société démocratique favorise l’égalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail, vous montrerez que des inégalités entre les sexes y subsistent.

6) Après avoir montré la spécificité de la situation économique et sociale des jeunes, vous montrerez les limites d’une analyse de la stratification sociale en termes de génération.

Mobilité sociale

7) Vous montrerez que la position sociale des individus est influencée par leur origine sociale, mais qu’elle dépend aussi d’autres facteurs.

8 ) Après avoir montré que la société française connaît une certaine mobilité sociale, vous expliquerez pourquoi l’accès aux positions sociales reste inégalitaire.


9) Après avoir montré que l’égalisation des conditions favorise la mobilité sociale, vous expliquerez en quoi elle se heurte aux situations réelles d’inégalités.

10) Après avoir montré l’importance des modifications structurelles dans l’explication de la mobilité sociale, vous vous demanderez si elles suffisent à rendre compte de la totalité du phénomène.

Idéal démocratique

11) Après avoir rappelé les arguments favorables aux réformes fiscales de ces dernières années, vous vous demanderez si les objectifs d’efficacité et de justice ont été atteints.

12) Mettez en avant les effets attendus d’une recherche de l’équité sur les inégalités, puis montrez que différentes conceptions de l’équité font débat.

DISSERTATIONS

Inégalités

1) Le processus de moyennisation de la société française est-il aujourd’hui en panne ?

2) Dans quelle mesure les inégalités sont-elles un facteur de croissance économique ?

3) Les inégalités économiques constituent-elles le facteur déterminant des clivages entre les groupes sociaux ?

4) Dans quelle mesure les discriminations positives peuvent-elles réduire les inégalités scolaires ?

5) Peut-on parler de démocratisation des consommations culturelles ?

6) Les inégalités engendrent -elles toujours des mouvements sociaux ?

Mobilité sociale

7) Dans quelle mesure la réussite scolaire détermine-t-elle la position sociale d’un individu ?

8 ) Dans quelle mesure la réussite scolaire est-elle un facteur de mobilité sociale ascendante ?

Idéal démocratique

9) L’école favorise t-elle l’égalité des chances ?

10) La société démocratique assure t-elle l’égalité des chances ?

11) La recherche de l’égalité des chances entraîne t-elle nécessairement une réduction des inégalités ?

12) Doit-on réduire les inégalités en France aujourd’hui ?

13) Dans quelle mesure les inégalités sont-elles acceptables ?

14) Dans quelle mesure la réduction des inégalités de revenus et de patrimoine fait-elle progresser la justice sociale ?

15) La société démocratique doit-elle corriger les inégalités qui résultent des mécanismes du marché ?

16) Faut-il préférer le principe d’équité à celui d’égalité pour assurer la cohésion sociale dans notre société aujourd’hui ?

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