3.2  Conflits et recherche d’une régulation de la mondialisation

3.2 Conflits et recherche d’une régulation de la mondialisation

Attention, ceci est l’ancien programme de Terminale. Il n’est plus en vigueur aujourd’hui, cependant certaines connaissances peuvent encore être utiles. N’hésitez pas à posez vos questions.

A) Mondialisation et difficultés de régulation

Du GATT à l’OMC

Lors de sa création en 1947, le GATT est un simple accord dans lequel les pays se mettent d’accord :

  • pour baisser progressivement les tarifs douaniers (chaque étape correspond à un « round » le dernier étant l’Uruguay Round de 86 à93) : ainsi, les tarifs douaniers ont été divisés par 10 en 50 ans.
  • pour s’entendre sur un code de bonne conduite qui prend la forme de
    • La clause de la nation la plus favorisée, l’interdiction de barrières non tarifaires et l’interdiction du dumping.
    • Presque tous les pays du monde ont finalement adhéré au GATT, mais celui-ci n’avait aucun pouvoir de coercition.

En 1995, le GATT devient l’OMC, qui a comme objectif de favoriser la prévisibilité et la liberté des échanges. Il s’occupe aussi de régler les conflits commerciaux entre les Etats. La nouveauté est qu’il possède un pouvoir de sanctions financières pour les pays ne respectant pas les règles de l’OMC. Un état peut aussi avoir recours devant l’OMC pour demander des sanctions pour un pays qui aurait par exemple accorder des subventions publiques à certains secteurs.

Le cycle actuel de négociations à l’OMC s’appelle le « cycle de Doha » : il n’a pas encore abouti car les négociations buttent sur les échanges de certains services et certaines productions agricoles (que les PDEM veulent protéger au nom de l’autarcie alimentaire et que les PED voudraient voir moins aidées pour avoir une chance de rentre dans la compétition internationale).

Devant cet échec des négociations multilatérales, les pays augmentent les accords bilatéraux (hors OMC) : aujourd’hui 40% des échanges commerciaux mondiaux sont régis par des accords bilatéraux.

Remarque : il existe un autre organisme qui s’occupe des échanges commerciaux à l’échelle internationale : c’est la CNUCED conférence des nations unies pour le commerce et le développement, qui promeut une vision moins libérale et plus orienter vers un développement durable et plus égalitaire pour les PED.

Le FMI et la banque mondiale

Le FMI et la banque mondiale jouent un rôle majeur dans la définition des principes régissant la distribution des aides financières.

Le FMI est crée en 1945 par les accords de Bretton Woods comme la banque mondiale. Il devient un organisme bancaire international participant à la création de moyens de paiement lors de crise financière internationale, en particulier auprès des PED. La banque mondiale est aussi un organisme prêteur, c’est la principale institution d’aide au développement, en particulier dans l’aide à la reconstruction et dans le fiancement de grands projets d’équipement.

Ces organismes internationaux ne prêtent que sur conditions, en particulier l’exigence de réformes politiques et économiques structurelles, en poussant à la libéralisation des marchés. Cela se traduit concrètement par des politiques d’austérité : réduction de l’intervention de l’Etat, baisse du nombre de fonctionnaires, réduction des services publics, privatisations, hausse des prix,…. D’autant plus douloureux que  cela se passe dans des pays déjà très pauvres. Dans certains pays, la banque mondiale a incité les pays à favoriser la production à l’exportation, ce qui a pu se traduire par un appauvrissement à cause de la dégradation des termes de l’échange mais aussi parce que cela s’est fait au détriment des cultures vivrières locales.

Ces politiques d’inspiration libérale, si elles ont permis à certains pays de se développer  ou de désendetter, n’ont pas permis aux plus pauvres de mieux rembourser leurs dettes, voire les ont davantage appauvris

B) Quelle régulation pour l’économie mondiale ?

A-t-on besoin des instances internationales pour réguler l’économie mondiale, et si oui, comment y représentés égalitairement tous les pays, comment éviter l’hégémonie américaine ou plus généralement  la domination des grandes puissances économiques, comment promouvoir un libre-échange qui se fasse aussi au bénéfice des plus pauvres, la vision libérale de l’échange internationale est-elle vraiment la mieux adaptée  et est-elle adaptée à tous les pays ?

Les grandes instances internationales ont poussé à la dérégulation des économies, laissant alors le soin au marché de réguler l’économie mondiale (responsabilité dans les crises actuelles ?)

Le problème n’est donc pas tant la mondialisation mais plutôt sa gouvernance, et aussi l’harmonisation des politiques internationales en matière de normes économiques, sociales, mais aussi environnementales (ex Kyoto)

Depuis les années 2000, on assiste à la formation d’une société civile mondiale qui tente d’opposer une autre vision de la mondialisation et de s’imposer comme des contre-pouvoirs (consommateurs : commerce équitable, associations : mouvement altermondialiste, ONG dans l’action humanitaire et la logistique sur des projets écologiques). Cette autre vision des échanges est relayé à l’échelle de certains états qui à la fois revendiquent plus de pouvoirs dans les instances internationales, mais aussi la possibilité de négocier d’autres règles plus favorables aux PED ou plus équitables.

3.1 Vers une uniformisation culturelle mondiale?

3.1 Vers une uniformisation culturelle mondiale?

a) la mondialisation de la culture

=>L’homogénéisation de la culture au niveau mondial passe par plusieurs vecteurs :

  • de la mondialisation économique va résulter une homogénéisation de la consommation de biens et services sous l’effet du développement des FMN.
  • Les FMN vont aussi jouer un rôle non négligeable dans l’homogénéisation des modes d’organisation du travail (système capitaliste, division du travail)
  • les médias (TV et internet) ont également joué un rôle majeur : par la multiplication des échanges d’information, elle a favorisé la diffusion mondiale de l’uniformisation des musiques, des pratiques vestimentaires, des valeurs,…
  • par le développement des valeurs universelles, notamment par rapport aux droits de l’homme, à la démocratie, mais aussi dans une moindre mesure le libéralisme économique, en particulier par le biais des grandes instances internationales.

=>Les rapports culturels ne sont pas des rapports égaux, le risque est que, avec  cette multiplication des échanges culturels, se répandent une façon de vivre très largement marquée par la culture des économies dominantes et en particulier de l’économie américaine, qui parce qu’elle dispose d’une puissance économique supérieure puisse promouvoir une offre (culturelle, de biens et services ) prédominante , en particulier au niveau des industries du divertissement (séries télé, films, musique) et de quelques majors de l’alimentation. Les FTN oligopolistiques participent massivement à cette mondialisation culturelle.

Conclusion : La domination culturelle résulte en grande partie de la domination économique.

 

b) le maintien des spécificités socio-culturelles

Les normes et valeurs de la culture américaine ne sont cependant pas les seules à se diffuser : on assiste plutôt à une généralisation des échanges culturels de toutes les cultures vers d’autres cultures, avec des succès qui ne sont pas toujours d’origine américaine (ex la pizza, le reggae, le Rai, les dessins animés et les mangas)

Il n’y a donc pas de disparition des diversités culturelles mais plutôt une acculturation : changement  résultant des contacts des contacts avec des cultures différentes. Cette acculturation existe depuis le début de l’humanité : chaque culture a toujours été en perpétuelle construction. Les apports des autres cultures sont réinterprétés à la lumière de la culture d’accueil (ex hamburger ou vaudou)

Les modes de réaction de la culture d’accueil peuvent d’ailleurs se faire sous la forme de différentes réactions : comme l’acceptation partielle ou totale, réintégration à des éléments de la culture d’accueil ou des réactions négatives (ex rejet total intégrisme );  en fait les influences entre culture donneuse et culture receveuse sont souvent réciproque : on parle alors d’interpénétration  ou d’entrecroisement des cultures.

 

Remarque : l’homogénéisation culturelle peut parfois entraîner des revendications de différenciations identitaires à l’intérieur des pays : par exemple, dans les sociétés occidentales qui s’uniformisent sur beaucoup de normes et de valeurs, certains groupes vont revendiquer leur différence : on parle de communautarisme.

 

Conclusion : s’il y a aujourd’hui tendance à la mondialisation, elle n’est pas synonyme d’uniformisation. Le poids des EU peut laisser craindre un affaiblissement des autres cultures. Dans cette lutte d’influence économique et culturelle, certaines cultures résistent mieux que d’autres, certaines cultures sont plus menacées que d’autres . Les mouvements altermondialistes participent à cette lutte contre une hégémonie culturelle “la culture n’est pas une marchandise”.

1.2 L’ouverture internationale, source de croissance ?

1.2 L’ouverture internationale, source de croissance ?

a ) Les analyses libérales du commerce international

Les théories du commerce international se sont développées au départ en réaction aux économistes mercantilistes du XVIIe siècle qui prônaient le protectionnisme (le stock d’or d’un pays étant sa source de richesse il faut éviter de le faire quitter le pays par le biais des importations). Il s’agit alors de montrer que les pays des intérêts réciproques à échanger avec les autres pays.

 

A1/ A. Smith (1723-1790) et les avantages absolus

Adam Smith

Adam Smith

1776 : « Recherche sur la nature et las causes de la richesse des nations »

Il va appliquer sa logique générale de la main invisible au niveau international en montrant que les pays ont intérêt à spécialiser leur production et à échanger avec les autres pays (division du travail mais au niveau international).

Les pays n’ont pas que des intérêts économiques à échanger, le commerce international permet de :

  • pacifier les rapports internationaux
  • favoriser la croissance des pays

Logique de Smith : Les pays doivent se spécialiser dans la production des produits pour lesquels ils ont un avantage absolu par rapport aux autres pays. Un pays a un avantage absolu lorsque ses coûts de production sont plus faibles que ceux des autres pays grâce à une productivité du travail plus élevée. En se spécialisant ainsi, les pays disposent des produits au prix le plus bas. C’est pour cela qu’il est contre le protectionnisme, il faut libérer les échanges pour pouvoir obtenir les produits au meilleur prix (pas de droits de douanes).

 

A2/ D. Ricardo (1772-1823) et les avantages comparatifs (ou relatifs)

David Ricardo

David Ricardo

Ricardo va approfondir la logique de Smith en montrant que les pays ont intérêt à se spécialiser même s’ils n’ont pas d’avantages absolus. Pour lui il ne faut pas comparer les coûts absolus mais les coûts relatifs. Les pays ont intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels ils sont relativement les plus efficaces ou les moins inefficaces. Ainsi même si de manière absolus ont est moins efficace on a quand même intérêt à se spécialiser.

Doc 1 :Illustration (G. Mankiw) : Comparaison entre M. Jordan et Mr X..

Il est très probable que M. Jordan soit à la fois plus efficace pour jouer au basket et pour tondre sa pelouse que Mr. X. (productivité plus grande, donc coût de production plus faible). Donc il a des avantages absolus pour les deux activités. Mais cela ne veut pas dire qu’il a intérêt à se spécialiser dans les deux activités et que l’autre n’a pas intérêt à se spécialiser dans une des deux activités. En effet le différentiel d’efficacité entre M. Jordan et Mr X. et sûrement plus important pour le basket que pour tondre la pelouse. Donc M. Jordan a intérêt à se concentrer sur le basket et à faire faire tondre sa pelouse par Mr. X qui pourra alors se spécialiser dans cette activité.

Dans cette logique il faut se spécialiser pour les activités de production pour lesquelles ont est relativement les meilleurs ou les moins mauvais et ainsi tous les pays ont intérêt à échanger.

 

A.3/ Le modèle HOS (Heckser-Ohlin-Samuelson)

Paul Samuelson

Paul Samuelson

C’est une reformulation de la théorie de Ricardo, le modèle permet d’expliquer d’où viennent les avantages comparatifs.

Ce modèle explique la spécialisation par les différences relatives d’abondance de facteurs de production qui vont influer sur les coûts de production relatifs.

Les prix des produits qui nécessitent l’utilisation intensive d’un facteur de production abondant sont relativement moins élevés que les prix des produits qui nécessitent l’utilisation intensive d’un facteur de production rare.

Donc les pays ont intérêt à se spécialiser dans la production des produits qui nécessitent relativement plus du facteur de production abondant (travail ou capital).

 

Critique : le paradoxe de Léontiev

 

Wassily_Leontief

Wassily Leontief

Léontiev va chercher à vérifier empiriquement le modèle HOS en s’appuyant sur les échanges des Etats-Unis.

Il part du principe que le facteur le plus abondant aux Etats-Unis est le capital, sa spécialisation devrait donc aller vers des productions nécessitant relativement plus de capital. Or il montre que ce n’est pas le cas et que les Etats-Unis sont spécialiser relativement plus de travail.

Explication : Il faut affiner la mesure du facteur abondant. En effet à intensité capitalistique identique, la productivité du travail est plus importante aux Etats-Unis, c’est donc bien le travail son facteur de production abondant.

 

A.4 / Les nouvelles théories du commerce international

Base : constat selon lequel le développement des échanges concerne particulièrement les échanges intra branches que jusque là les théories n’expliquent pas.

Pourquoi ? Parce qu’elles raisonnent dans le cadre de la concurrence pure et parfaite et de rendements décroissants.

Les nouvelles théories du commerce international vont raisonner dans le cadre de la concurrence imparfaite en prenant en compte en compte l’impact des économies d’échelle et des stratégies de différenciation des entreprises dans des marchés de plus en plus oligopolistiques.

Remarque : ces théories raisonnent moins en termes d’intérêts des Etats mais plutôt en s’appuyant sur les intérêts des entreprises (on change de niveau d’analyse)

On peut expliquer par deux facteurs le développement des échanges intra branche :

  1. Dans le cadre des rendements croissants les entreprises ont intérêt à étendre leurs marchés pour faire des économies d’échelle : en augmentant leur niveau de production elles réduisent leurs coûts unitaires de production. Donc elles ont intérêt à vendre à l’étranger pour augmenter leur échelle de production et ainsi faire des économies d’échelle. P. Krugman
  2. Les stratégies de différenciation des produits limitent la concurrence entre les firmes et les consommateurs font leur choix non plus en fonction du prix mais d’autres caractéristiques des produits, ce qui explique que dans une même branche on puisse avoir à la fois des produits nationaux et internationaux. (ex : secteur automobile) E. H Chamberlin
Edward Hastings Chamberlin

Edward Hastings Chamberlin

paul_krugman

Paul Krugman

 

 

b) Les vertus contrastées du libre-échange

 

B1/ La théorie libérale affirme que le libre échange est une condition de l’efficacité optimale de l’économie

8 arguments en faveur du libre échange :

  1. Il permet d’exporter et d’importer des produits au meilleur prix, ce qui est favorable à une hausse du niveau de vie (produit moins cher) et donc à la croissance
  2. La spécialisation dans des secteurs où l’on possède des avantages comparatifs  permet d’utiliser de façon la plus efficace les facteurs de production disponibles dans le pays (gains de productivité)
  3. L’élargissement des marché que permet le libre échange permet de bénéficier d’économies d’échelle favorables à la baisse des prix et donc à une hausse de la demande
  4. L’échange international permet d’accroître la diversité des produits offerts (incitation à la consommation)
  5. Il permet d’éviter les risques de pénuries (matières énergétiques notamment)
  6. Il favorise la concurrence ce qui pousse à une amélioration de la compétitivité prix et hors prix
  7. Il permet de bénéficier de technologies étrangères indisponible dans le pays
  8. Il permet de favoriser l’accueil d’IDE qui peuvent favoriser la croissance et le développement du pays (transformation technologiques, formation de la population locale)

 

B2/ Critiques des analyses libérales traditionnelles

  • L’échange international est inégal car toutes les spécialisations ne se valent pas (elles ne permettent pas toutes de dégager autant de VA) // Problématique des termes de l’échange
  • La spécialisation internationale peut conduire à la dépendance dans l’approvisionnement (ex : mat. Premières) ou dans les débouchés (café, banane,…). Cette dépendance peut fragiliser les pays qui y sont soumis.
  • Le choix des spécialisations appartient aux FMN qui échappent à la logique de l’intérêt particulier de chaque pays (//difficulté de contrôle par les Etats et les organisations supranationales)

C / Arguments en faveur du protectionnisme

Il est intéressant de voie qu’historiquement les périodes de libre échange sont minoritaires dans l’histoire des relations internationales.

Quatre périodes peuvent être distinguées entre 1815 et 1913 :

  1. 1815-1846 : extension progressive du libre-échange au Royaume Uni (l’agriculture reste protégée par le vote de la « corn law » en 1815, mais en 1842, les droits de douane sur les produits manufacturés sont fortement réduits), protectionnisme dans le reste du monde.
  2. 1846-1860 : Libre-échangisme du Royaume Uni (abolition de la « corn law » en 1846, démantèlement des barrières douanières en 1860), protectionnisme du reste du monde.
  3. 1860-1880 : extension du libre échange entre les économies européennes (Traité de commerce franco-anglais en 1860), protectionnisme renforcé aux Etats-Unis suite à la Guerre de Sécession.
  4. 1880-1913 : retour et renforcement du protectionnisme en Europe Continentale (Loi Méline en France en 1892), libre-échange du Royaume Uni, et renforcement du protectionnisme aux Etats-Unis (taux moyen des droits de douane est porté à 57% en 1897).

 

Au final, durant le XIXème siècle, le protectionnisme est davantage la règle que le libre-échange.

Ainsi, à la fin du XIXème siècle, la croissance des échanges internationaux s’explique en partie par l’abaissement du coût du transport maritime (diffusion de la machine à vapeur).

 

Protectionnisme : il désigne l’ensemble des mesures de politiques commerciales qui visent à empêcher ou à limiter la circulation des produits entre les nations. Il peut être explicite (droits de douanes, quotas) ou déguisé (autres discriminations non tarifaires).

 

Droits de douane : taxes prélevées sur les importations. On distingue les DD ad valorem qui sont fixés en proportion de la valeur de la marchandise et les DD spécifiques qui correspondent à un montant unitaire fixe.

 

Discriminations non tarifaires : obstacles aux importations qui ne sont pas des DD (quotas, normes sanitaires, etc.).

 

Le protectionnisme éducateur

 

Friedrich_List

Friedrich List

L’économiste allemand F. List participe en 1819 à la création  d’une association de négociants et de fabricants qui lance une pétition visant à la suppression des barrières douanières entre les Etats allemands. Cette campagne contribuera à la mise en place du Zollverein en 1834. Après un séjour aux Etats-Unis, où il observe et analyse le système protectionniste, List publie en 1841 son ouvrage Système national d’économie politique. Contre les thèses de l’école libérale anglaise, List met en évidence le fait que la concurrence ne peut être bénéfique qu’entre nations ayant un niveau de développement comparable. Il dénonce le comportement des britanniques qui, industrialisés plus précocement, plaident pour un libre échange qui pérenniserait leur domination. List se prononce pour la « protection des industries naissantes ». Au moment  où elles  apparaissent,  les “industries dans l’enfance” ne peuvent lutter à armes égales avec celles de pays à industrialisation plus avancée (qui réalisent des économies d’échelle). La libre compétition entre pays inégaux risque de  bloquer le développement du plus faible. Il importe donc de mettre les  “industries naissantes”  provisoirement à l’abri de la concurrence étrangère,  le temps nécessaire  pour  qu’elles acquièrent, grâce aux  économies d’échelle, la compétitivité indispensable à leur survie.

 

Dans ce cadre, la protection, dont il affirme, la nécessité doit être:

– limitée : des industries jeunes, trop abritées de la concurrence étrangère pourraient ne pas faire l’effort de productivité nécessaire.

– provisoire: il ne faut pas créer des productions artificielles mais celles qui peuvent, une fois assurées, soutenir la concurrence.

 

Ces mesures de protection sont justifiées par les obstacles, eux-mêmes provisoires que rencontre une industrie naissante:

– l’inexistence d’une main-d’œuvre qualifiée qui se formera en même temps que l’industrie;

– les habitudes prises par le consommateur qui n’abandonnera qu’à la longue le produit importé pour son analogue ou son substitut national;

– l’insuffisance d'”économies internes” dans les productions à coût décroissant, aussi longtemps que les séries produites sont restreintes;

– l’insuffisance aussi d'”économies externes”: une firme isolée, une industrie isolée dans une économie peu développée supportent un handicap. Il faudrait donc protéger aussi longtemps qu’une certaine dimension et une certaine diversité n’ont pas été atteintes.

 

Protection des industries vieillissantes : M. Allais

 

Maurice-Allais

Maurice Allais

Il faut protéger les industries vieillissantes pour leur permettre de se restructurer au se reconvertir ce qui n’est pas possible dans le cadre de la concurrence internationale. Cela est nécessaire pour éviter que ces industries disparaissent sans qu’il y ait de solutions pour les emplois ainsi détruits.

 

 

 

 

J.M. Jeanneney : pour un nouveau protectionnisme

 

Jean-Marcel Jeanneney

Jean-Marcel Jeanneney

Contexte de l’économie française à la fin des années 1970 :

  • stagflation
  • montée du chômage
  • hausse de la « contrainte extérieure » : l’ouverture internationale accroît la concurrence pour les entreprises domestiques (hausse des importations)
  • Faiblesse de la compétitivité des entreprises françaises

 

 

Thèse défendue par J. M Jeanneney :

  • le système productif français doit nécessairement se reconvertir ;
  • le processus sera consommateur de temps ;
  • il faut protéger les entreprises le temps d’opérer la reconversion ;
  • pour des raisons d’ouverture, la politique de protection ne peut être nationale mais de « zone » (européenne) ;
  • pour des raisons de légitimité politique, la politique de protection doit être officielle (refus du protectionnisme déguisé : valorisation d’un système de taxes).

-> Reprise de la thèse de List (qui s’est traduite par la mise en place du Zollverein en Allemagne à la fin du XIXème siècle) : protectionnisme temporaire et de zone.

 

Politique commerciale stratégique

Il ne s’agit pas exactement de protectionnisme mais de politiques des Etats visant à construire leurs avantages comparatifs en stimulant la compétitivité de certains secteurs jugés stratégiques (agriculture, aéronautique,…). Il peut s’agir de financement de la recherche, de politique de restructuration industrielle, de soutien à l’investissement, de politique favorisant la qualification de la main d’œuvre dans les secteurs stratégiques, de subventions,…

 

Conclusion :  dossier 2 p.243

 

Remarques : Les dangers du protectionnisme

  • Frein à la concurrence
  • Hausse des prix
  • Source de guerre commerciale
  • Réduction de la différenciation des produits
  • Frein à la recherche de compétitivité
  • Maintien des secteurs peu compétitifs au détriment d’autres secteurs

LES FRONTIERES ECONOMIQUES, CULTURELLES ET POLITIQUES

COURS DE PREPARATION AU CONCOURS IEP PROVINCE 2011

THEME :LES FRONTIERES

 

INTRODUCTION :

Les frontières, qui peuvent se définir comme des limites entre deux choses (et plus précisément entre deux Etats puisqu’elles sont l’essence de la délimitation d’un Etat), peuvent être de différentes natures : géographiques, politiques, culturelles, économiques (une forme de frontières déterminant globalement les autres formes, mais pas toujours).

 

Nous aborderons ici trois grands axes :

1)    Les frontières économiques :

a)    Le processus actuel d’internationalisation des échanges…

b)   S’appuie sur les théories du libre-échange

c)    Mais on assiste à une renaissance des thèses protectionnistes

 

2)   Les frontières culturelles :

a)    La mondialisation engendre t’elle l’émergence d’une culture mondiale, c’est-à-dire l’uniformisation des normes et des valeurs à l’échelle planétaire ?

b)   Immigration, émigration : la circulation des personnes et l’identité nationale

 

3)   Les frontières politiques : vers une gouvernance mondiale ?

 

Attention, ce cours ne constitue qu’un ensemble de réflexions partielles et ne peut en aucun cas constituer un minimum nécessaire pour un travail de préparation à l’Hexaconcours. Il doit être obligatoirement complété par un grand nombre d’autres lectures.

 

 

1)  Les frontières économiques :

 

a)    Le processus actuel d’internationalisation des échanges…

 

         –Internationalisation : développement des relations économiques entre les différentes nations : internationalisation des échanges de biens et services et des échanges de capitaux.

 

 

 

         –Mondialisation :

Elle correspond à trois processus concomitants :

-l’internationalisation des biens, services et capitaux

-la mobilité internationale des facteurs de production, et plus particulièrement des capitaux (qu’on appelle la globalisation financière)

-le processus d’interpénétration  croissante des économies nationales (donc d’effacement progressif des frontières, d’affaiblissement des régulations nationales, et de déterritorialisation des activités économiques)

 

            –Globalisation :

        C’est le fait que de plus en plus les phénomènes ont des dimensions mondiales et doivent donc être analysés et traités à un niveau global, planétaire.

        EX cyber délinquance, préservation environnement, crise financière (on parle alors de globalisation financière

        En économie, ce terme est assez proche de celui de mondialisation.

         

=>Depuis la fin de la 2° guerre mondiale on constate un essor rapide des échanges qui se manifeste par une diversité croissante et par une transformation de leur structure.

        Si, historiquement, les échanges internationaux ont d’abord porté sur les marchandises, ces 30 dernières années ce sont surtout les échanges de services et les mouvements de capitaux qui occupent une place prépondérante dans les échanges internationaux.

        Les échanges de services représentent environ 20% des échanges mondiaux (S financiers, NTIC, télécom). L’essor des flux de capitaux est lié à la dérèglementation, à la multiplication des innovations financières et  aux stratégies des FMN (le tout grâce aux NTIC).

        Depuis 1950, les échanges internationaux ont été multipliés par 20.

        L’explosion des échanges commerciaux est la 1° manifestation de la mondialisation et se traduit par une ouverture croissante des pays et en particulier de la France.

         

=>Les firmes multinationales, que l’on appelle aussi les FTN sont des acteurs essentiels de la mondialisation.

Les FTN sont des entreprises industrielles, commerciales ou financières, dont les produits sont vendus et surtout fabriqués dans plusieurs pays, selon la DIPP (division internationale du processus de production, c’est-à-dire production divisée entre les pays en fonction des avantages de chaque pays.)

A partir des 60s, les FTN se développent. 

 Rappel : la mondialisation c’est l’échange de biens et services, mais aussi la circulation de capitaux : c’est eux qui ont le plus augmenté ces dernières années : Les pays industrialisés émettent + de 90% des IDE et en reçoivent 70%.

 

Les échanges intra firmes représentent aujourd’hui 30% des échanges marchands (c’est-à-dire entre filiale et maison mère) ; les échanges avec au moins une FMN représentent 90% des échanges.

 

         

b)    La théorie libérale affirme que le libre échange est une condition de l’efficacité optimale de l’économie.

 

Adam Smith, dans Essai sur la nature et les causes de la richesse des nations, ouvrage publié en 1776, annonce l’apparition de la « République mercantile universelle » — autrement dit, un monde sans frontière marchande. Ce qui caractérise cette dernière, et qui en même temps fait de Smith le premier théoricien libéral au sens économique du terme, c’est qu’elle est supposée apparaître d’elle-même, sans que les hommes aient à établir des traités ou des pactes quelconques : la théorie de la « main invisible » suppose en effet qu’il existe dans la sphère mercantile internationale ce qu’on pourrait appeler un “ordre immanent”, équivalent économique de l’ordre divin dans la nature. Smith tient d’ailleurs à maintenir le parallèle entre économie et nature, comme lorsqu’il cherche à découvrir les « lois naturelles du développement des richesses » qui permettront d’instaurer un ordre économique mondial satisfaisant pour tous.

Cette analyse du « laissez-passer » défendue par l’ensemble des classiques et néo-classiques sera à la base de tout le libre-échange mis en place surtout à partir de 1950 notamment à travers les grandes instances internationales.

 

 

Arguments en faveur du libre échange :

 

Le libre-échange permettrait :

– d’échanger à des prix plus bas (car les pays se spécialiseraient là où ils sont le plus efficaces),

-d’accroître la diversité des produits,

-d’éviter les risques de pénurie,

ce qui serait favorable à la croissance économique et à la hausse des niveaux de vie.

 

 

 

Critiques du libre-échange

L’échange international est inégal car toutes les spécialisations ne se valent pas et la spécialisation internationale peut conduire à la dépendance dans l’approvisionnement (ex : mat. Premières) ou dans les débouchés (café, banane,…). Cette dépendance peut fragiliser les pays qui y sont soumis.

Les économies nationales peuvent parfois avoir besoin d’être protégées.

 

 

c)    Mais on assiste à une renaissance des thèses protectionnistes

 

 

   Protectionnisme : il désigne l’ensemble des mesures de politiques commerciales qui visent à empêcher ou à limiter la circulation des produits entre les nations. Il peut être explicite (droits de douanes, quotas) ou déguisé (autres discriminations non tarifaires).

 

Ainsi, les frontières économiques sont donc soient des barrières tarifaires, soient des barrières non tarifaires (frontières financières, frontières réglementaires)

Droits de douane : taxes prélevées sur les importations. On distingue les DD ad valorem qui sont fixés en proportion de la valeur de la marchandise et les DD spécifiques qui correspondent à un montant unitaire fixe.

 

Discriminations non tarifaires : obstacles aux importations qui ne sont pas des DD (quotas, normes sanitaires, etc.).

          

 

Il est intéressant de voie qu’historiquement les périodes de libre échange sont minoritaires dans l’histoire des relations internationales.

                  Quatre périodes peuvent être distinguées entre 1815 et 1913 :

      1815-1846 : extension progressive du libre-échange au Royaume Uni (l’agriculture reste protégée par le vote de la « corn law » en 1815, mais en 1842, les droits de douane sur les produits manufacturés sont fortement réduits), protectionnisme dans le reste du monde.

1846-1860 : Libre-échangisme du Royaume Uni (abolition de la « corn law » en 1846, démantèlement des barrières douanières en 1860), protectionnisme du reste du monde.

      1860-1880 : extension du libre échange entre les économies européennes (Traité de commerce franco-anglais en 1860), protectionnisme renforcé aux Etats-Unis suite à la Guerre de Sécession.

      1880-1913 : retour et renforcement du protectionnisme en Europe Continentale (Loi Méline en France en 1892), libre-échange du Royaume Uni, et renforcement du protectionnisme aux Etats-Unis (taux moyen des droits de douane est porté à 57% en 1897).

ð Au final, durant le XIXème siècle, le protectionnisme est davantage la règle que le libre-échange.

ð Ainsi, à la fin du XIXème siècle, la croissance des échanges internationaux s’explique en partie par l’abaissement du coût du transport maritime (diffusion de la machine à vapeur).

Il faut attendre la fin de la 2°guerre mondiale pour que le libre-échange sorte du cadre des rapports avec les colonies et engendre des accords entre les Etats à travers des instances internationales telles le GATT, qui deviendra l’OMC et, bien sûr, dans le cadre de la mise en place des zones de libre-échange : CEE, Mercosur, Alena,…

 

Arguments en faveur du protectionnisme :

 

-Le protectionnisme éducateur

L’économiste allemand F. List participe en 1819 à la création  d’une association de négociants et de fabricants qui lance une pétition visant à la suppression des barrières douanières entre les Etats allemands. Cette campagne contribuera à la mise en place du Zollverein en 1834. Après un séjour aux Etats-Unis, où il observe et analyse le système protectionniste, List publie en 1841 son ouvrage Système national d’économie politique. Contre les thèses de l’école libérale anglaise, List met en évidence le fait que la concurrence ne peut être bénéfique qu’entre nations ayant un niveau de développement comparable. Il dénonce le comportement des britanniques qui, industrialisés plus précocement, plaident pour un libre échange qui pérenniserait leur domination. List se prononce pour la « protection des industries naissantes ». Au moment  où elles  apparaissent,  les “industries dans l’enfance” ne peuvent lutter à armes égales avec celles de pays à industrialisation plus avancée (qui réalisent des économies d’échelle). La libre compétition entre pays inégaux risque de  bloquer le développement du plus faible. Il importe donc de mettre les  “industries naissantes”  provisoirement à l’abri de la concurrence étrangère,  le temps nécessaire  pour  qu’elles acquièrent, grâce aux  économies d’échelle, la compétitivité indispensable à leur survie.

 

 

 

 

 

-Protection des industries vieillissantes :

Pour Maurice Allais (1911-2010), il faut protéger les industries vieillissantes en France (par exemple, la sidérurgie) pour leur permettre de se restructurer ou de se reconvertir ce qui n’est pas possible dans le cadre de la concurrence internationale. Cela est nécessaire pour éviter que ces industries disparaissent sans qu’il n’y ait de solutions pour les emplois ainsi détruits.

 

-J.M. Jeanneney : pour un nouveau protectionnisme

http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/fonds/jean_marcel_jeanneney.html

 

Le système productif français doit nécessairement se reconvertir et ce  processus sera consommateur de temps ; il faut protéger les entreprises le temps d’opérer la reconversion. Pour des raisons d’ouverture, la politique de protection ne peut être nationale mais que de « zone » (européenne) ;et, pour des raisons de légitimité politique, la politique de protection doit être officielle (refus du protectionnisme déguisé : valorisation d’un système de taxes).

 

 

-Politique commerciale stratégique 

Certains Etats peuvent justifier un protectionnisme pour stimuler la compétitivité de certains secteurs jugés stratégiques (agriculture, aéronautique,…). Il peut s’agir de financement de la recherche, de politique de restructuration industrielle, de soutien à l’investissement, de politique favorisant la qualification de la main d’œuvre dans les secteurs stratégiques, de subventions, de la politique d’exception culturelle.

 

 

 Les dangers du protectionnisme

      Frein à la concurrence

      Hausse des prix

      Source de guerre commerciale

      Réduction de la différenciation des produits

      Frein à la recherche de compétitivité

      Maintien des secteurs peu compétitifs au détriment d’autres secteurs

 

Le retour du protectionnisme  ( entre l’UE et le reste du monde) ?

-pour éviter le dumping social (pression à la baisse des salaires, déflation salariale)

-pour éviter le dumping fiscal

-pour éviter les délocalisations et leur impact sur l’emploi

-pour éviter la disparition du tissu industriel (argument de la protection des industries)

-pour respecter nos valeurs, nos choix politiques (pour la culture ou pour l’agriculture : pas de viande aux hormones, pas d’OGM)

 

 

2)  Les frontières culturelles :

 

a)    La mondialisation engendre t’elle l’émergence d’une culture mondiale, c’est-à-dire l’uniformisation des normes et des valeurs à l’échelle planétaire ?

 

 La question que nous allons nous poser est de savoir est-ce qu’on va vers une uniformisation culturelle mondiale, c’est-à-dire vers une suppression des frontières culturelles? La mondialisation est-elle un phénomène récent ?

Le libre-échange crée t’il une forme particulière (historique) de mondialisation ?

 

 

->la mondialisation de la culture

 

Définition de mondialisation culturelle :

Internationalisation des échanges culturels + émergence d’une culture mondiale (normes, valeurs, pratiques sociales à l’échelle internationale).

Echanges culturels= échanges de biens et de services, donc diffusion aussi de normes et de valeurs (par ex, informations, divertissements, films, jeux, les FMN dans l’organisation du travail).

Ambiguïté de la définition de biens culturels : il s’agit d’un bien (mais il peut s’agir aussi d’une production immatérielle ex musique) porteur de culture c’est-à-dire de normes et de valeurs. En même temps un bien « classique » est aussi porteur de culture (consommer fast food …)

 

 

=>L’acculturation est un phénomène inhérent aux sociétés humaines

 L’ acculturation existe depuis le début de l’humanité : chaque culture a toujours été  et est toujours en perpétuelle construction. Dans le monde romain, lors des guerres de religions, dans l’impérialisme, on cherche à imposer au-delà des frontières, à d’autres cultures, des normes et des valeurs que l’on pense « universelles »

 

 

 

L’homogénéisation de la culture au niveau mondial passe par plusieurs vecteurs :

 

-par la mondialisation des échanges de matières premières, de produits manufacturés, de capitaux, de services (mondialisation économique)

 

-par les FMN qui sont des acteurs essentiels de la mondialisation économique, mais qui participe aussi à  l’homogénéisation des normes et des valeurs (medias, publicité, mode d’organisation du travail)

 

-par les medias (TV, ciné, internet,…) qui jouent un rôle majeur :

        -dans la diffusion et l’uniformisation des musiques, films,… (biens culturels)

        -dans la multiplication des échanges d’information

      -dans la diffusion des normes et des valeurs (« village planétaire »  McLuhan)

 

 

-par le développement des valeurs universelles, notamment par rapport aux droits de l’homme, à la démocratie, mais aussi dans une moindre mesure le libéralisme économique, en particulier par le biais des grandes instances internationales.

 

 

=>la fabrication de produits culturels mondialisés (la marchandisation de la culture) conduit à un appauvrissement de la culture (nivellement, homogénéisation)

 

 

=> cette homogénéisation risque de se faire sous la domination américaine qui de domination économique peut se transformer en domination culturelle

(1°PIB mondial, 7 des 10 1°FMN, 44%des prix Nobel toutes disciplines confondues)

Conclusion : La domination culturelle résulte en grande partie de la domination économique

 

 

 

 

 

-> le maintien des spécificités socio-culturelles : « L’humanité : une machine à fabriquer des différences »

 

 

 Les normes et valeurs de la culture américaine ne sont pas les seules à se diffuser : on assiste plutôt à une généralisation des échanges culturels de toutes les cultures vers d’autres cultures, avec des succès qui ne sont pas toujours d’origine américaine (ex la pizza, le reggae, le Rai, les dessins animés et les mangas).

 

Il n’y a donc pas de disparition des diversités culturelles mais plutôt une acculturation : changement  résultant des contacts des contacts avec des cultures différentes. Cette acculturation existe depuis le début de l’humanité : chaque culture a toujours été en perpétuelle construction. Les apports des autres cultures sont réinterprétés à la lumière de la culture d’accueil (ex hamburger  « tartiflette » ou vaudou)

 

Les modes de réaction de la culture d’accueil peuvent d’ailleurs se faire sous la forme de différentes réactions : comme l’acceptation partielle ou totale, réintégration à des éléments de la culture d’accueil ou des réactions négatives (ex communautarisme ).

 

Or, l’acculturation peut se traduire par :

-de l’assimilation : le groupe dominé accepte et intègre les valeurs du groupe dominant.

 -une déculturation : acculturation imposée et assimilation forcée.

-ou par un ethnocide, c’est-à-dire destruction de la culture du groupe dominé  L’acculturation peut aussi se traduire par du syncrétisme culturel (métissage)

 

 

En fait les influences entre culture donneuse et culture receveuse sont souvent réciproque : on parle alors d’interpénétration  ou d’entrecroisement des cultures.

 

Remarque : L’acculturation peut se traduire par une contre-acculturation c’est-à-dire un rejet de la culture nouvelle et par réaction un repli identitaire, national et/ou communautaire : l’homogénéisation culturelle peut parfois entraîner des revendications de différenciations identitaires à l’intérieur des pays : par exemple, dans les sociétés occidentales qui s’uniformisent sur beaucoup de normes et de valeurs, certains groupes vont revendiquer leur différence : on parle de communautarisme.

 

Conclusion : s’il y a aujourd’hui tendance à la mondialisation, elle n’est pas synonyme d’uniformisation. Le poids des EU peut laisser craindre un affaiblissement des autres cultures. Dans cette lutte d’influence économique et culturelle, certaines cultures résistent mieux que d’autres, certaines cultures sont plus menacées que d’autres . Les mouvements altermondialistes participent à cette lutte contre une hégémonie culturelle :  « la culture n’est pas une marchandise « 

Malgré l’entrecroisement des cultures, et même si on mange de la pizza en Italie, en France comme aux EU, chaque pays garde des spécificités culturelles (il existe une culture typique française, mais qui est en perpétuelle construction)

 

Il n’y a pas d’homogénéisation culturelle parce que :

-à l’intérieur des pays , il subsiste de fortes inégalités d’accès à la culture.

-à l’échelle internationale, tous les pays ne bénéficient pas de la mondialisation (ex fracture numérique          

 

 

ð  La mondialisation n’est pas un phénomène récent, mais la mondialisation économique actuelle se caractérise par sa forme économique. Les rapports culturels ne sont pas des rapports égaux, le risque est que, avec  cette multiplication des échanges culturels, se répandent une façon de vivre très largement marquée par la culture des économies dominantes et en particulier de l’économie américaine, qui, parce qu’elle dispose d’une puissance économique supérieure puisse promouvoir une offre (culturelle, de biens et services ) prédominante , en particulier au niveau des industries du divertissement (séries télé, films, musique) et de quelques majors de l’alimentation.

 

 

 

Remarque :

 La mondialisation culturelle n’est pas forcément un phénomène négatif. Pour Amartya Sen, la mondialisation  apporte un métissage fécond ; c’est aussi le partage des connaissances et des valeurs qui permettront de faire progresser le développement humain partout dans le monde .

 

 

 

 

 

.

b)   Immigration, émigration : la circulation des personnes et l’identité nationale

 

Vers un monde sans frontière ?

 Le monde est déjà sans frontière pour les plus riches, qui non seulement peuvent faire circuler leurs capitaux librement, mais aussi  peuvent eux-mêmes circuler comme ils veulent : tourisme, résidence secondaire à l’étranger,…Il n’y a  aucune difficulté pour un américain d’immigrer en France ou pour un Français de s’établir au Maroc.

Les frontières sont donc un filtre (R.Debray) des plus pauvres : ceux des pays du Sud qui ne sont pas autorisés à rentrer dans les pays riches, sauf dans un circuit illégal qui renforcera les possibilités d’exploitation)  (comme l’emploi des clandestins pour des tâches ingrates à moindre frais.)

 Mais même à l’intérieur d’un espace de libre circulation qu’est l’UE, certains doivent déroger à la règle car trop pauvres (Roumains, Bulgares). Sans parler des Roms, peuple nomade qui symbolise la non reconnaissance des frontières.

 

3)  Les frontières politiques : vers une gouvernance mondiale ?

Quelle régulation pour l’économie mondiale ?

Le premier penseur à avoir énoncé une théorie politique explicitement universaliste fut probablement Kant, dans l’Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, article paru en 1784. A partir de l’idée classique selon laquelle « la nature ne fait rien en vain », et remarquant que la raison humaine profite davantage à la collectivité qu’aux individus, Kant déduit que la nature a voulu que les dispositions humaines ne parviennent à leur plein développement que dans une société qui sera, d’une part, la plus libre qui soit, et d’autre part la plus sûre et la mieux protégée, afin que les rivalités entre les hommes se transforment en émulation. Mais si l’on s’en tient à une société “parfaite” parmi d’autres moins parfaites, on retrouvera entre ces sociétés la même dangereuse rivalité que la loi a réussi à canaliser dans la société “parfaite”. Il faut donc établir une législation entre les sociétés elles-mêmes, ce qui revient, au bout du compte, à instituer un corps politique mondial. Kant formule ainsi « l’espoir qu’après maintes révolutions et maints changements, finalement, ce qui est le dessein suprême de la nature, un « État cosmopolitique universel arrivera un jour à s’établir. »

La Révolution française fut un important facteur d’émancipation de la conscience “mondialiste”. Ainsi Condorcet, dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, œuvre achevée en 1793, se déclare favorable à une « République fédérale, universelle et fraternelle », dont les inspirateurs et les guides seraient les « peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains ». Mais il ne s’agit plus là d’un projet impérialiste : « Nos espérances sur l’état à venir de l’espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme. » Les frontières que veut supprimer Condorcet sont donc celles de l’inégalité.

Au XIXème siècle, une tentative originale d’unification de l’humanité, donc de suppression des frontières — il s’agit ici de frontières idéologiques, et non politico-géographiques — vit le jour avec Auguste Comte. En 1849, il fonda « l’Église universelle de la religion de l’Humanité », qui possède dogmes et rites, fixés dans le Catéchisme positiviste, paru en 1852. Le mot d’ordre de la religion de l’Humanité est triple : « L’Amour pour principe ; l’Ordre pour base ; et le Progrès pour but ». Par ailleurs, Comte distingue dans sa religion trois éléments propres à l’homme : les pensées, élaborées par la philosophie ; les sentiments, dont s’occupe la poésie ; les actes, légiférés par la politique. Mais il faut remarquer que tout cet appareil théorique n’a de sens pour Comte que par la « socialité essentiellement spontanée de l’espèce humaine ». Autrement dit, l’humanité tend d’elle-même à s’unifier ; la religion positiviste ne crée pas artificiellement un lien entre les hommes, elle apporte un cadre rigoureux à une tendance “naturelle” de l’homme : la socialisation.

Le socialisme de Karl Marx inspira et continue d’inspirer diverses formes d’universalisme. Sans rentrer dans le détail de la doctrine, on peut se référer à la Ière Internationale ou « Association internationale des travailleurs » qui voit le jour en 1864. Le principe fondateur de cette organisation peut bien être considéré comme un monde sans frontière, ou plus précisément un monde “par-dessus” les frontières : le prolétariat, avant de devenir l’autorité politique suprême, doit s’unir à l’échelle internationale, puisqu’il est exploité à l’échelle nationale et, surtout, parce que les intérêts de tous les prolétaires sont identiques. Le patriotisme, et plus encore le nationalisme, ne peuvent être pour Marx que des théories bourgeoises, auxquelles aucun prolétaire ne peut adhérer ; de là le fameux mot d’ordre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » De nombreux conflits idéologiques entre divers courants se réclamant du marxisme auront lieu à la fin du XIXème et au cours du XXème siècle, dont le point culminant sera la création, en 1938, de la IVème Internationale par Trotski. Celui-ci estima que Staline, partisan du socialisme dans un seul pays, avait trahi les idéaux marxistes. Le trotskisme revendique ainsi sa fidélité aux ambitions originelles de Marx,

 

 

 

A-t-on besoin des instances internationales pour réguler l’économie mondiale, et si oui, comment y représentés égalitairement tous les pays, comment éviter l’hégémonie américaine ou plus généralement  la domination des grandes puissances économiques, comment promouvoir un libre-échange qui se fasse aussi au bénéfice des plus pauvres, la vision libérale de l’échange internationale est-elle vraiment la mieux adaptée  et est-elle adaptée à tous les pays ?

 

Le problème n’est donc pas tant la mondialisation mais plutôt sa gouvernance, et aussi l’harmonisation des politiques internationales en matière de normes économiques, sociales, mais aussi environnementales (ex Kyoto).

Au lendemain de la 2°guerre mondiale sont crées toutes les grandes instances internationales, le GATT (accords de Bretton Woods) qui deviendra l’OMC, l’organisme qui négocie à l’échelle multilatérale des accords de libre-échange, le FMI et la Banque mondiale, organismes financeurs mais aussi régulateurs. On peut aussi rappeler l’existence des « G », G6 crée en 1973 à la suite du choc pétrolier (Etats-Unis,  Royaume-Uni, Allemagne de L’Ouest,  Japon, France et Italie) : le G6 est plutôt un club des puissances occidentales puisque l’URSS n’en fait pas parti.

Incontestablement, le G20 représente mieux le monde d’aujourd’hui que le G8 qui paraissait comme une sorte d’anomalie représentant un monde qui n’existe plus.

¨      Le G8 représente 13% de la population mondiale et 46% du PIB
¨      Le G20 représente 61% de la population mondiale et 80 % du PIB

Mais on ne peut que constater la terrible absence de l’Afrique représentée seulement par la seule Afrique du Sud. Même si le continent Noir est présent par l’intermédiaire de l’AUC (African Union Commission) en tant qu’observateur tout comme l’Asean. Ironie de l’histoire, L’Afrique du Sud était au ban des nations il y a seulement une vingtaine d’années pour sa politique d’Apartheid.L’autre grand absent lorsque l’on observe la liste des pays classés selon leur puissance économique est l’Espagne. La Pologne qui se situe à la 20e position de ce classement devrait aussi logiquement en être. Tout comme l’Iran (17e). En revanche l’Arabie Saoudite, l’Argentine et l’Afrique du Sud ne devrait en faire partie.

De même, les enceintes internationales comme le FMI et la Banque mondiale sont dominées par les principales puissances occidentales.

A titre d’exemple, le Royaume-Uni et ses 60 millions d’habitants détiennent 4,86% des droits de vote au conseil des gouverneurs du FMI, loin derrière les Etats-Unis (16,77%) mais devant la Chine (3,66%) et l’Inde (1,89%), qui dépassent chacun le milliard d’habitants.

En avril 2008, le conseil des gouverneurs du FMI avait adopté un projet de réforme de sa structure de gouvernance afin de réaligner les quotes-parts et la répartition des votes de ses 185 pays membres sur leur poids et leur rôle respectif dans l’économie mondiale.

Les pays du G20 ont accepté de renforcer le poids des pays émergents au sein du Fonds monétaire international (FMI) en transférant 5% des droits de vote de l’institution vers les pays émergents qui y sont moins représentés.

La Chine, la Corée du Sud et la Turquie devraient être les principaux bénéficiaires de ce rééquilibrage décidé pour que le tour de table du FMI reflète mieux le poids des différents pays dans l’économie mondiale, a-t-on indiqué de source française.

A l’inverse, les Européens “sur-représentés”, à savoir la Grande-Bretagne, la France et la Belgique, devraient perdre une partie de leurs quotas.

 

Depuis les années 2000, on assiste à la formation d’une société civile mondiale qui tente d’opposer une autre vision de la mondialisation et de s’imposer comme des contre-pouvoirs (consommateurs : commerce équitable, associations : mouvement altermondialiste, ONG dans l’action humanitaire et la logistique sur des projets écologiques). Cette autre vision des échanges est relayée à l’échelle de certains états qui à la fois revendiquent plus de pouvoirs dans les instances internationales, mais aussi la possibilité de négocier d’autres règles plus favorables aux PED ou plus équitables.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE : (absolument non exhaustive)

 

Les enjeux de la mondialisation, collectif, ed° Repères La découverte, 2007.

 

Joseph Stiglitz, « Un autre monde », Fayard Poche, 2006.

Amartya Sen, « Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. » Odile Jacob, 2000.

D.Cohen, « la mondialisation et ses ennemis », Hachette, 2005.

L.Carroué, C.Ruiz, D.Collet, « La mondialisation », Bréal, 2009

J.Bové « Le monde n’est pas une marchandise », La Découverte, 2000.

 

P.Dardot, C.Laval, « La nouvelle raison du monde », La Découverte, 2009.

 

Articles de Presse :

 

« Une nouvelle loi vient durcir la politique migratoire »,  E.Vincent,  Le Monde, 28/09 /10

« Le système monétaire au centre des travaux du G20 » E.Faujas, Le monde, 20 /02 /11

«Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis », J.Sapir, Le Monde Diplomatique,  mars 2009. 

« Vers une gouvernance mondiale? » Christian Lequesne, Alternatives Internationales Hors-série n° 007 – décembre 2009

Conférence A.deBenoist : « Europe et mondialisation »

De nombreux numéros de la revue « Problèmes économiques »

Article : Les murs de séparation dans le monde

Article : Les murs de séparation dans le monde

Lors de mes révisions pour le second semestre je suis tombé par hasard sur un article que j’avais du produire en TD de Fait International de la Semaine (FIS). En relisant, je me suis dit que cela pouvait intéresser certains d’entre vous et vous pourrez voir que les SES servent en Science Po 🙂 ! Voyez plutôt, la typologie de Bhalassa, les problématiques sur la mondialisation, …

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