TH2 -> CH3 : Comment expliquer le comportement électoral ?

TH2 -> CH3 : Comment expliquer le comportement électoral ?

  1. Pourquoi la participation électorale décline-t-elle ?

L’abstention est un comportement consistant à ne pas participer au vote (opposé de la participation électorale : pourcentage de votants parmi les électeurs inscrits). La montée de l’abstention en France depuis 30 ans illustre une crise de la participation électorale qui montre un dysfonctionnement de la démocratie représentative.

L’absence de participation électorale recouvre plusieurs comportements différents : la non-inscription, la mal-inscription et l’abstention électorale :

  • la non-inscription en France correspond à environ 10% de la population : il s’agit de la partie la plus défavorisée et marginalisée de la population
  • la mal-inscription : les personnes qui après avoir déménagé n’ont pas modifié leur inscription électorale
  • l’abstention

Qui sont les abstentionnistes ?

L’explication sociologique de l’abstention insiste sur l’influence de diverses variables, telles que le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle : l’abstentionnisme recule en fonction du degré d’intégration de l’individu.

L’abstention peut être ponctuelle, intermittente ou systématique. La part des abstentionnistes intermittents est particulièrement importante.

Les explications de l’abstention :

-il existe une dimension protestataire dans l’abstention : les électeurs qui refusent d’apporter  leurs voix aux partis politiques classiques peuvent se réfugier dans l’abstention, le vote blanc ou nul, ou à des formations non-conventionnelles (extrême-droite ou gauche)= le vote hors-système

Les politistes distinguent aujourd’hui deux profils d’abstentionnistes : les abstentionnistes « hors-jeu » : ceux qui ne s’intéressent pas à la politique et les abstentionnistes « dans le jeu » : pour qui l’abstentionnisme est une manière, protestataire, de participer à la vie politique

-l’abstentionnisme peut être lié à la conjoncture : dans ce cas, on parle d’un abstentionnisme intermittent : la rationalité de certains électeurs consiste à ne se mobiliser que lorsqu’ils perçoivent l’enjeu de l’élection : c’est ce qu’on appelle le vote sur enjeu : ex 2002.

Le type de scrutin, la fréquence des élections, l’importance accordée par les électeurs aux enjeux des élections expliquent en partie le niveau de l’abstention.

Depuis la loi du 21 février 2014, les bulletins blancs sont désormais comptés séparément, mais ils ne sont toujours pas pris en compte dans le nombre de suffrages exprimés (=ensemble des bulletins – bulletins blancs et nuls)

  1. Quels sont les principaux déterminants du vote ?

a) Le rôle des groupes d’appartenance

A partir des années 1940, les sociologues vont montrer que le vote ne dépend pas des campagnes électorales mais des groupes sociaux d’appartenance. Deux modèles ont été développés :

->Le modèle de l’université de Columbia : dans The People’s Choice (1944), Paul Lazarsfeld étudie les effets d’une campagne sur le vote. A l’occasion de l’élection présidentielle américaine de 1940, il va interroger de manière répétée un échantillon représentatif d’habitants de l’Ohio tout au long de la campagne et s’apercevoir que la grande majorité d’entre eux avait arrêté son choix avant même l’ouverture de cette campagne sans s’en départir par la suite. Plus encore, ils remarquent que cette orientation initiale était étroitement liée au groupe d’appartenance de chacun, défini par son statut social, sa religion et son lieu de résidence :

  • le vote républicain : il augmente avec le niveau social, majoritaire chez les individus de statut élevé (71 %), chez les protestants et chez les populations rurales ; autrement dit, près des trois-quarts des électeurs républicains correspondent à la figure du WASP (White Anglo-saxon Protestant) ;
  • le vote démocrate : ce sont des électeurs au statut social peu élevé, catholiques et urbains.

Le modèle de Lazarsfeld est déterministe : sa conclusion est qu’ « une personne pense politiquement comme elle est socialement ». Un constat qui relativise l’influence des campagnes et plus généralement celle des médias sur les orientations électorales. Mais cette observation ne vaut que tendanciellement, elle n’est pas un absolu. Elle signifie seulement que plus un individu a des caractéristiques propres à un de ces deux ensembles et plus il a de chances de voter pour le parti correspondant.

->Le modèle de l’université de Michigan : dans The American Voter (1960), Angus Campbell, Philip Converse, Waren Miller et Donald Stokes critiquent le modèle déterministe de Columbia et revalorisent les facteurs psychologiques individuels. A partir d’enquêtes électorales menées avant et après les scrutins, ils mettent en avant le rôle d’une variable plus psychologique, « l’identification partisane », c’est-à-dire l’attachement plus ou moins, quasiment affectif, à une formation politique donnée, à leurs programmes et à leurs candidats qui oriente leurs préférences politiques. Aux Etats-Unis, ces enquêtes montrent que l’identification partisane :

  • Est le principal déterminant du vote. Souvent forgée dès l’enfance au sein du milieu familial, celle-ci agit comme un raccourci cognitif qui filtre la vision du monde et épargne aux individus une attention soutenue à la vie politique.
  • Augmente avec l’âge, ce qui signifie que la mobilité sociale n’affecte pas l’identification partisane.

Par conséquent, pour les tenants de cette approche, il est préférable de se focaliser sur l’électeur socialisé de manière continue depuis l’enfance, notamment à travers la famille (qui assure largement la transmission des préférences politiques), plutôt que sur les facteurs sociaux mis en avant par le modèle de Columbia. Il a aussi pour mérite de souligner les dimensions psychologiques de la vie politique : le concept d’identification partisane permet de comprendre comment des personnes peu intéressées par la politique peuvent néanmoins participer aux élections et voter autant par habitude que par conviction.

b) Le rôle du sexe et de l’âge renvoie à d’autres appartenances

Certains sociologues ont mis en avant le rôle de variables démographiques dans l’orientation du vote : le sexe, ou plutôt le genre, et l’âge.

-> Le sexe ou le genre a une faible influence sur le vote si ce n’est que les femmes ont une réticence persistante à voter pour les partis extrémistes. Le vote FN, en particulier, est le plus masculin de tous. Cependant, elles ont longtemps été plus conservatrices que les hommes lorsqu’une majorité des femmes étaient inactives. Dans Des femmes en politiques (1988), Mariette Sineau montre que le lissage des comportements électoraux entre les hommes et les femmes est dû à leur insertion dans la vie professionnelle (Les femmes qui formaient 34,6% de la population active en 1954, représentent aujourd’hui 48% de l’ensemble), au détachement progressif vis-à-vis de la pratique religieuse (En 1952, 52%des femmes étaient des pratiquantes régulières contre 29% des hommes. Au début des années 1990, cet écart s’est sensiblement réduit, principalement parce que le nombre de pratiquants n’a cessé de chuter) et à l’augmentation du niveau d’instruction (En 1950, sur 125 000 étudiants, il n’y avait que 44 000 femmes. A partir de 1971, elles deviennent plus nombreuses que les hommes dans l’enseignement supérieur). Ces trois facteurs – éducation, travail, désaffection à l’égard de la religion – vont dans le même sens. Le sens d’une plus forte politisation et d’un plus grand engagement à gauche. Il faut ajouter, qu’en France, les femmes de statut socioprofessionnel et de niveau d’instruction élevés votent plus à gauche que les hommes de même niveau, ce d’autant mieux que les formations politiques correspondantes ont intégré dans leurs démarche des valeurs féministes.

->En ce qui concerne l’âge, plus il s’élève, et plus l’on a tendance à voter à droite (à partir de 40-45 ans). Mais ce phénomène ne signifie pas que l’âge est déterminant pour l’orientation du vote. En fait, il faut distinguer l’effet d’âge et l’effet de génération :

Un effet d’âge établit un lien de causalité entre l’âge biologique moyen de la sous-population étudiée et la variable considérée toutes choses étant égales par ailleurs, ce qui signifie que le seul fait d’avoir un certain âge détermine au moins en partie le vote telle que constaté pour cet âge. Or, le vote à droite pour les personnes âgées tient moins à un effet d’âge qu’à « un effet patrimoine ». A mesure que l’on vieillit, on accumule des éléments de patrimoine. Or, dans « France de gauche, vote à droite » (1981), Jacques Capdevielle et Elizabeth Dupoirier montrent que le vote à droite augmente à mesure que le nombre d’éléments de patrimoine possédés s’accroît. Il faut ajouter que les personnes âgées ont une tendance plus grande à pratiquer une religion. Dans « Les vieux et le pouvoir de suffrage » (1981), Bernard Denni montre qu’il n’existe pas d’effet d’âge car si on pondère la part de votant à droite parmi les 18-39 ans par les attributs « pratique religieuse » et « cumul d’un patrimoine », on obtient alors la même proportion que pour les plus de 65 ans. Comme le note Anne Muxel dans « Les jeunes » (Atlas électoral, 2007) : « au fil des élections, le vote des jeunes a perdu de sa spécificité et se démarque moins de celui de leurs aînés que par le passé. Son évolution suit les effets de l’alternance et se rallie peu à peu, à quelques nuances près, aux choix que l’on retrouve dans l’ensemble du corps électoral ».

Un effet de génération établit un lien de causalité entre la génération de laquelle ressort la sous-population étudiée et la variable considérée toutes choses étant égales par ailleurs, ce qui signifie que le seul fait d’appartenir à une certaine génération détermine au moins en partie le vote parce que cette génération a une histoire commune (la génération de mai 68, par exemple). Dans « Âge et politique» (1991), Annick Percheron remarque que la jeunesse amplifie les tendances électorales qui se manifestent dans une conjoncture donnée. Contrairement à ce que l’on croit souvent, la jeunesse n’est donc pas naturellement progressiste. Il peut par contre se produire « un effet de génération » lorsqu’une classe d’âge, marquée par des événements fondateurs, doit voter pour la première fois (guerre d’Algérie, mai 68). A partir de 1968, on note par exemple un mouvement de désaffection à l’égard des partis politiques traditionnels aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ainsi qu’un déclin des identifications partisanes, phénomène lié à une période particulière marquant toute une génération : rejet de la société de consommation, valeurs post-68, guerre du Vietnam, etc.

c) Le rôle de la catégorie sociale et de la classe sociale

– La relation entre statut socio-économique et vote se vérifie dans toutes les démocraties occidentales. Dans « La Boutique contre la gauche » (1986), Nonna Mayer montre le clivage important qu’il existe, en France, entre les travailleurs indépendants et les salariés. Les premiers votent très majoritairement à droite ou au centre, qu’ils soient agriculteurs, commerçants ou petits industriels ; les seconds votent beaucoup plus souvent à gauche. Au sein du monde des salariés, le classement des catégories socioprofessionnelles en fonction de leur inclination vers la gauche se révèle d’une grande stabilité : les salariés du secteur public lui sont plus favorables que ceux du secteur privé ; de même, les ouvriers et les employés plus que et les cadres supérieurs. Les fonctionnaires sont un électorat important puisque 30 % des électeurs occupe un emploi public. Leur surqualification fait qu’ils sont de plus en plus attirés par l’extrême gauche : près de 20 % des surdiplômés du secteur public ont voté pour ces partis en 2002.

– Pendant longtemps, l’appartenance de classe a été une variable déterminante du vote. En Europe, plus encore qu’aux États Unis, les clivages partisans se sont constitués sur une base de classe, les ouvriers portant plus volontiers leurs suffrages aux partis de gauche et les classes moyennes et supérieures aux partis de droite (Martin Lipset et Stein Rokkan, Party Systems and Voter Alignments : Cross-National Perspectives, 1967). Le clivage électoral majeur oppose le monde ouvrier, majoritairement déchristianisé, qui voit dans le Parti communiste le défenseur naturel de la classe ouvrière, et vote en majorité pour la gauche, à celui des catholiques déclarés, principalement issu des classes moyennes rurales ou urbaines, acquis aux valeurs et aux partis de droite.

– Cependant, il existerait depuis le début des années 1970 en France comme en Europe et aux Etats-Unis, un déclin du vote de classe. Sur la base de l’indice d’Alford, qui offre une mesure simple de la relation puisqu’il est calculé par une simple soustraction entre la proportion d’ouvriers ou de « manuels » qui votent pour la gauche et celle des non-ouvriers qui votent à gauche, nombre d’auteurs concluent à un affaiblissement graduel de la relation entre classe sociale et vote, généré par le passage à la société postindustrielle. La tertiarisation de l’économie, la montée des cols blancs et la « moyennisation » de la société viendraient brouiller les frontières de classe. La hausse du niveau d’études et la montée des valeurs hédonistes et permissives du « post-matérialisme » rendraient les citoyens plus autonomes et critiques. Elles favoriseraient l’émergence d’une nouvelle gauche (écologistes, alternatifs), défendant des enjeux non pris en charge par les partis traditionnels. Ces transformations éroderaient les clivages anciens, et rendraient les électeurs plus sensibles à la conjoncture et aux paramètres de l’offre électorale.

-Pourtant, de nombreux travaux ont montré la persistance du vote de classe. Tout d’abord, il faut noter que les classes ne se résument pas à une opposition ouvriers/non ouvriers). On ne peut pas non plus laisser de côté la question de l’abstention, qui est pourtant socialement marquée (ce sont dans les milieux populaires qu’elle est la plus forte). Les principaux clivages de classe mis en lumière par les enquêtes de 1978 et de 1988 n’ont pas disparu, ils se sont déplacés, sous l’effet du changement socioprofessionnel et politique. L’opposition  principale ne passe plus entre ouvriers et non-ouvriers mais entre travailleurs indépendants et salariés, la résistance de la gauche chez les salariés moyens et supérieurs, en particulier ceux du public, venant compenser son recul chez les ouvriers. L’autre opposition, qui est aussi un marqueur de classe, oppose les détenteurs d’un patrimoine, qui votent majoritairement à droite, et ceux qui ont un faible patrimoine qui vote à gauche.

d) Le rôle du patrimoine

Le patrimoine est une variable lourde de l’orientation du vote. Plus il est important, plus le vote se situe à droite ce qui peut s’expliquer :

  • Par la socialisation politique que l’on a reçue dans une famille détenant du patrimoine. Si l’héritage est important, on aura transmis à l’enfant des valeurs de droite qu’il reproduira à l’âge adulte.
  • Par le fait que la défense du droit de propriété, de la sécurité, de l’argent appartient à la droite alors que la gauche est plus partageuse (impôt progressif, impôt sur la fortune) et est considérée comme moins efficace en matière de sécurité.

 

e) Le rôle de la religion

Plus encore que l’origine, la variable religieuse influence particulièrement le vote des citoyens. Plus on est catholique pratiquant, plus on vote à droite, notamment vers l’UMP. Ainsi, 76% des pratiquants réguliers et 62% des pratiquants occasionnels ont voté pour Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012. En revanche, 68% des sans religion ont voté François Hollande contre 32% pour Nicolas Sarkozy. Cette préférence tire notamment son origine dans les combats laïques menés par la gauche aux XIXe et XXe siècles. Par ailleurs, les catholiques pratiquants s’identifient davantage à des valeurs d’ordre, de sécurité, de légitimité, et aux valeurs familiales traditionnelles plus associés à la droite. Le vote de gauche varie davantage en fonction de la pratique religieuse qu’en fonction de l’appartenance objective à la classe ouvrière.

Le vote des musulmans est quant à lui très marqué par l’abstention. Moins de la moitié des musulmans se déplacent pour aller voter, ce qui est la traduction électorale d’un relativement faible niveau d’intégration dans la société française. Mais il est très homogène et très marqué à gauche. La gauche bénéficie de son image émancipatrice et décolonisatrice. Le débat récurrent sur la place de l’islam dans l’espace public renforce aussi le réflexe anti droite.

Conclusion : Au total, derrière le sexe ou le genre et l’âge se cachent d’autres variables sociologiques plus déterminantes telles que le patrimoine, la religion, l’effet de génération. Le niveau de revenu, le degré d’instruction, l’âge ou bien encore le sexe sont peu prédictifs du résultat de l’élection.

  1. Comment analyser la volatilité électorale ?

La volatilité électorale, c’est le fait de changer de parti d’un scrutin à l’autre ou de passer du vote à l’abstention.

Les éléments qui favorisent la mobilité électorale sont :

  • la mobilité contrainte (entre le 1° et le 2° tour)
  • l’offre politique
  • la nature du scrutin : si l’enjeu est important, cela peut faire augmenter le taux de participation (vote sur enjeu)
  • les campagnes électorales
  • l’indécision des électeurs (liée en partie à l’affaiblissement des déterminismes sociaux)
  • le développement de la participation politique non conventionnelle

On peut calculer l’augmentation de la volatilité électorale par l’indice d’Alford qui mesure le déclin du vote de classe : on le calcule par soustraction de la part des ouvriers  et celle des non-ouvriers qui votent à gauche (indice simplificateur qui ne retient que deux classes : ouvrier ou non et deux votes : gauche/droite). On peut aussi le mesurer par l’indice de volatilité électorale : il mesure les variations nettes du nombre d’électeurs pour l’ensemble des partis entre 2 élections nationales : document 15 p91  On peut voir que la mobilité électorale s’explique surtout par la montée de l’abstention intermittente et la mobilité interne à chaque camp (gauche/droite) Le passage d’un camp à l’autre reste marginal.

Document 16 p.91 :

Du coup, les campagnes électorales ont plus d’importance, les enjeux du vote vont devenir un déterminant majeur au-delà des identifications partisanes. Cela va inciter les partis à centrer leur thème de campagne sur les attentes du public. Les campagnes électorales se comportent de plus en plus comme un marché de l’offre et de la demande : l’offre correspondant à la stratégie des candidats et la demande aux attentes des électeurs. Pour Downs, l’homo politicus, tel un consommateur rationnel, choisirait sur le marché l’offre qui maximiserait son utilité. Le développement de l’importance du vote sur enjeu semble renforcer cette théorie, mais les enquêtes récentes montrent que les enjeux sont encore fortement structurés par le clivage droite/gauche.

  1. Le rôle des médias dans la construction de l’opinion publique

L’influence des medias s’exercent particulièrement lors des campagnes électorales mais aussi par l’intermédiaire des sondages d’opinion.

  • Si le rôle des medias est d’informer les citoyens et de contribuer à la formation de l’opinion publique , lors des campagnes électorales, le rôle des médias est décisif dans la détermination des questions politiques qui feront l’objet d’un débat : le choix des thèmes qui font l’actualité est d’autant moins neutre qu’il peut y avoir une certaine collusion entre les politiques et les journalistes : les journalistes peuvent indiquer aux électeurs ce à quoi il faut penser (effet de cadrage), en définissant le calendrier des évènements (effet d’agenda) et contribuer ainsi à sélectionner les enjeux politiques (effet d’amorçage).
  • Cependant, dès les années 1970 le sociologue américain Paul Lazarsfeld relativise l’influence des medias : l’électeur suit souvent ceux dont il partage les idées, et n’écoute que les messages qui renforcent ses convictions (exposition, perception et mémorisation sélectives) : loin de les modifier, les medias renforceraient donc les préférences des électeurs (paradoxe de Lazarsfeld)
  • Document 18 p.92
  • Pour certains politistes, c’est le choix des moyens de communication qui peut s’avérer déterminant (Mac Luhan : « Le medium, c’est le message ») : du support utilisé dépend la propagation des messages. Cela peut s’illustrer par l’importance prise par la présence des partis politiques sur le net ou sur Twitter. Le choix des moyens de communication peut varier selon qu’il s’agit de renforcer les convictions, d’institutionnaliser l’image du candidat ou d’innover : cela vient transformer la pratique de la vie politique qui passe de plus en plus par les NTIC. En même temps, les modalités traditionnelles de faire campagne perdurent. Par exemple, lors de la dernière présidentielle, on a vu l’importance du porte à porte comme forme efficace de mobilisation.
  • Les sondages sont devenus un moyen pour connaître l’ “opinion publique” en dehors des élections. Les sondages d’opinion peuvent avoir un impact sur les décisions des hommes politiques (« république des sondages ») et les amener à gouverner uniquement dans leur sens. En même temps, on peut penser que les sondages peuvent représenter une source d’informations intéressantes.
TH2 -> CHAPITRE 2 : La socialisation politique

TH2 -> CHAPITRE 2 : La socialisation politique

Comment se forme le comportement politique d’un individu ?

1- Qu’est-ce que la culture politique ?

La culture politique est un ensemble de normes et de valeurs politiques propres à un groupe social et déterminant un ensemble de pratiques et d’attitudes politiques.

La culture civique est un type de culture politique qui se caractérise par une implication élevée des individus dans la vie publique et une confiance forte dans leurs représentants.

 

Elle comprend trois dimensions :

  1. affective (perception des relations entre individus en termes d’échanges, de compromis ou de conflit et de violence),
  2. cognitive (les connaissances qu’ont les individus du système politique, de ses acteurs, de ses règles du jeu et de ses structures)
  3. évaluative (jugement sur la capacité des acteurs à remplir leurs objectifs et plus largement sur la performance du système).

Autrement dit, la culture civique est l’orientation psychosociologique des individus vis-à-vis de la vie politique.

L’importance de la culture politique détermine le niveau démocratique. Plus la démocratie est avancée, plus la culture politique est développée. L’évolution politique est indissociable de l’évolution culturelle.

Par exemple, la transition démocratique que connaissent les pays arabes aujourd’hui, comme celle qu’ont connue les pays occidentaux, peut s’expliquer par la hausse générale des niveaux d’éducation, la baisse des taux de fécondité et l’affaiblissement de l’influence de la religion. Certains pensent qu’il y aurait une homogénéisation des cultures civiques.

Des pays proches dans leur fonctionnement démocratique ont souvent la même culture politique, mais pas nécessairement : la France et la Grande-Bretagne ont des régimes différents, la Suisse a des modes de scrutin spécifiques,….

De plus, on peut penser qu’aujourd’hui dans les démocraties occidentales, le fort niveau démocratique se traduit désormais par un recul de la culture politique, un désintérêt du politique.

2- Les comportements politiques différenciés proviennent d’une socialisation différenciée

Attitudes et dispositions politiques s’acquièrent par la socialisation jusqu’à former un ensemble cohérent qu’on pourrait nommer « habitus » politique.

Les travaux d’Annick Percheron portant sur l’univers politique des enfants montrent de manière incontestable le poids de la socialisation primaire en ce domaine. Tout particulièrement, les préférences idéologiques des jeunes sont transmises par la famille et leur orientation et intensité sont d’autant plus fortes que les deux parents ont les mêmes opinions affirmées. La capacité à s’orienter positivement ou négativement vis-à-vis du vocabulaire sur les valeurs est acquise avant l’âge de 10 ans.

Le positionnement au sein du clivage gauche/droite est donc acquis assez tôt, en termes d’attitudes. En revanche, l’identification partisane stricto sensu est beaucoup plus floue. Se sentir proche d’un parti nécessite d’autres séquences de socialisation (empruntées largement à la socialisation secondaire).

Les agents de socialisation secondaire sont essentiellement l’école, les médias, les groupes de pairs, les partis politiques,…

La socialisation primaire et secondaire ne forge pas toute l’opinion des individus, d’abord :

  • Parce qu’il y a une marge de décision personnelle : si la proximité affective facilite la reproduction de certaines attitudes fondamentales, de certaines valeurs fondamentales, elle transmet aussi des connaissances politiques et un amour de la politique, mais elle ne permet pas de prévoir l’appartenance politique car l’individu garde un libre-arbitre.
  • Parce que la socialisation secondaire peut modifier les valeurs ou attitudes politiques acquises dans la socialisation primaire.

L’opinion publique peut aussi se former sur l’espace public : lieu symbolique où s’échangent les idées politiques, ensemble des lieux de discussion où les individus exercent leur citoyenneté. C’est le symbole de la démocratie, de l’expression libre des idées, un intermédiaire entre l’Etat et la sphère privée. Ses principaux acteurs sont les partis politiques, les associations, les intellectuelles,…

 

3- Le clivage gauche/droite et l’identification partisane : résultats des socialisations

 

a) Le clivage droite/gauche permet aux individus de se positionner politiquement

Le clivage gauche/droite est différent de l’identification partisane. Le clivage gauche/droite correspond au positionnement sur l’échiquier politique. Le positionnement à gauche ou à droite a une explication historique. Historiquement, lors de la Révolution Française, les membres de l’Assemblée Constituante qui étaient favorables au roi avait pris l’habitude de se placer à droite de l’hémicycle, tandis que ses opposants s’installaient à gauche.

Il correspond aussi à un positionnement sur une échelle des valeurs : la droite défend la liberté comme valeur première et montre un attachement à la tradition que certains appellent conservatisme. La gauche met en balance l’égalité et la liberté comme valeurs fondamentales, recherchant plutôt la réduction des inégalités dans une optique réformiste.

Mais, l’auto-positionnement des individus sur l’axe droite/gauche n’est pas évident pour les individus.

Etre de droite ou de gauche dépend en partie de la socialisation familiale : elle va établir la base des comportements politiques, transmettre les valeurs fondamentales, avec un rôle prépondérant des comportements politiques de la mère. (elle va aussi déterminer l’intérêt ou non pour la politique).

Le clivage gauche/droite dépend aussi de la socialisation secondaire : le côtoiement d’agents de socialisation diversifiés peut valider ou non la socialisation primaire.

De plus, l’identité politique est aussi une identité sociale : par ex, le positionnement ouvrier ou enseignant est traditionnellement à gauche.

b) L’identification partisane : un choix personnel ou hérité ?

L’identification partisane n’est pas la même chose que la proximité politique : l’identification partisane, c’est la reconnaissance à un parti politique.

Un partisan n’est pas nécessairement un adhérent (membre du parti) ou un militant (membre actif), ce peut être un simple sympathisant c’est-à-dire quelqu’un qui se sent proche du parti.

On peut distinguer 2 sortes de partisans :

  1. ceux qui se reconnaissent avec conviction dans l’idéologie du parti
  2. ceux qui choisissent un parti parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les autres. Cette catégorie est en augmentation. Si ces individus se positionnent par défaut, ils ne se positionnent pas au hasard : ils connaissent bien le clivage gauche/droite et l’idéologie des partis, mais portent sur ceux-ci un regard critique. Du coup, le lien politique est plus flexible.

 

Ce qui explique la flexibilité des attaches partisanes :

  • le souci des parents est bien moins la transmission des croyances politiques que l’épanouissement personnel : cela renforce la dimension choisie de l’identification partisane, c’est-à-dire  la flexibilité des attaches partisanes.
  • la multiplication des formes de socialisation
  • le manque de confiance dans les politiques
  • la baisse des inégalités (clivage idéologique plus faible)
  • la hausse du niveau d’éducation (regard plus critique)

L’identification partisane est surtout déterminée par l’intérêt marqué pour la politique.

L’Irak sans l’Amérique = la souveraineté sans la sécurité ?

L’Irak sans l’Amérique = la souveraineté sans la sécurité ?

Le titre de The Economist est moins prudent.

Pour ce magazine, le retrait des troupes américaines a eu pour conséquence l’augmentation des tensions religieuses. La force armée américaine permettait de tenir en respect les trois principales composantes de la société iranienne (sunnite, chiite et kurde) qui sont depuis le 18 décembre privées de cette protection. La question que pose l’article de The Economist semble être celle-ci : que faut-il préférer : la sécurité ou la liberté ? Et contrairement à l’idée qui veut que l’une s’oppose nécessairement à l’autre, n’y avait-il pas possibilité de penser – en Irak et dans ce contexte d’affrontement religieux – la sécurité comme condition de la liberté ?

Vous pouvez lire cet article sur le site de The Economist, en parallèle du film Agora d’Alejandro Amenabar, mais également du fameux texte de Thomas Hobbes au chapitre XIII du Léviathan, texte que vous trouverez par exemple dans votre manuel de philosophie p.171 (il s’agit du texte 1 : La guerre naturelle de chacun contre tous).

3.2 La rigidité des salaires est-elle responsable du chômage ?

3.2 La rigidité des salaires est-elle responsable du chômage ?

 

[ -> pix : Arthur Cecil Pigou]

 

a) Pour les néo-classiques, le travail est une marchandise comme une autre

, ce qui signifie qu’il s’échange sur un marché comme n’importe quel autre bien : l’offre et de la demande varie en fonction du prix.

 

-la demande émane des entreprises, plus le coût du travail est faible, plus la demande augmente ; ou plus exactement :

 

Tant que la productivité du travail (c’est-à-dire le supplément de productivité apporté par le dernier travailleur embauché) rapporte plus qu’il ne coûte, c’est-à-dire le salaire réel, alors l’entreprise demande plus de travail.

 

Pour les néo-classiques, la productivité marginale du travail est décroissante car quand la quantité de travail utilisée par l’entreprise augmente, la VA augmente de moins en moins.

La demande de travail augmente tant que la PMA>sal (car le profit est maximum quand PMA=sal)

 

-l’offre de travail émane des ménages, qui arbitre entre le temps de travail et le temps de loisirs. Ils n’acceptent de travailler davantage que si le salaire réel compense l’utilité marginale des loisirs (ou désutilité marginale du travail).

 

Le salarié compare l’utilité d’une heure supplémentaire de travail avec le coût d’opportunité d’une heure de loisirs. Pour les néo-classiques, l’effet substitution > à l’effet revenu, c’est-à-dire que les salariés préfèrent augmenter leur offre de travail pour consommer plus que se contenter de l’augmentation des salaires.

 

-C’est, comme sur un marché de biens et services, la variation du prix, c’est-à-dire du salaire qui établit l’équilibre entre l’offre et la demande qui va s’établir à un salaire d’équilibre pour une quantité d’équilibre.

 

-Pour les néo-classiques, le cadre de l’analyse est la cpp  et c’est la flexibilité des salaires qui doit permettre l’ajustement entre l’offre et la demande de travail :

une offre >à la demande de travail conduit à une baisse des salaires et une demande > à l’offre entraîne une augmentation du salaire jusqu’à égalisation de l’offre et de la demande de travail : tous ceux qui souhaitent être embauchés au salaire d’équilibre le sont et l’économie est en plein emploi.

 

b) Pour les néo-classiques, le chômage est dû essentiellement à la rigidité des salaires

->Pour Pigou, le chômage ne peut alors être qu’un chômage volontaire, c’est-à-dire résultat de la volonté, soit des ménages qui refuse de travailler plus (préfère les loisirs au supplément de salaire ou accepterait de travailler si le salaire augmentait)) soit des entreprises qui vont par exemple préférer substituer du capital au travail.

->Le déséquilibre ne peut donc être qu’un déséquilibre de courte durée (un chômage de « frottement »)au niveau micro-économique, ou alors, cela signifie qu’il y a des entraves au libre jeu du marché, à la concurrence pure et parfaite :

 

Le chômage involontaire durable serait alors de la responsabilité des institutions, qui empêchent la variation des coûts du travail.

->En effet, les néo-classiques du 20°siècle voient dans la composition du prix du travail, l’importance des cotisations sociales qui établit pour l’entreprise un coût du travail supérieur au niveau d’équilibre.

 

Cela a 3 effets néfastes :

 

-un effet-substitution :

les entreprises auraient tendance à substituer du capital, moins cher, au travail : les techniques de production deviendraient plus économes en travail et le contenu de la croissance en emploi reculerait.

 

-un effet-profit :

la hausse des salaires se seraient faite au détriment des profits ce qui à terme serait néfaste pour l’I et pour l’emploi.

 

-un effet-prix :

les salaires pèsent sur les coûts de production et donc sur les prix, ce qui peut à terme pénaliser la consommation donc la production et la compétitivité internationale.

 

-La solution au chômage serait donc la flexibilité à la baisse du coût du travail, c’est-à-dire à la fois la baisse des cotisations sociales et la flexibilité à la baisse des salaires (suppression du SMIC ?)

 

 

-Depuis 30 ans en France , les politiques de l’emploi sont aussi des politiques de baisse des charges sociales, par exemple sur des catégories ciblées (jeunes, non qualifiés, services à la personne,…) +1972 désindexation du SMIG de l’inflation = baisse de la part des revenus dans la VA

 

C) Critiques de l’analyse néo-classique

-Cependant, l’existence d’un chômage durable et massif dans toutes les économies de marché peut permettre de remettre en cause l’idée selon laquelle ce chômage n’est que le résultat d’un chômage volontaire.

 

-De plus, les conditions de la cpp semblent trop restrictives pour correspondre à la réalité du marché du travail :

->il est difficile de considérer le travail comme une marchandise comme une autre ; par exemple, il n’est pas vraiment homogène (un travailleur n’est pas identique à un autre travailleur, il existe d’ailleurs des discriminations à l’embauche liées au sexe, à l’origine, à l’âge, …)

->Le travail n’est pas non plus parfaitement mobile : par exemple, un individu n’acceptera pas nécessairement de changer de région pour son travail parce qu’il est propriétaire immobilier.

->l’analyse néo-classique est micro-économique : elle part du principe que le fonctionnement du marché du travail est indépendant de celui des autres marchés. Or, Keynes montrera que les marchés sont interdépendants.

2.1 L’organisation tayloro-fordiste a accompagné une amélioration de la condition salariale

2.1 L’organisation tayloro-fordiste a accompagné une amélioration de la condition salariale

Par condition salariale, on entend salaire et condition de travail des salariés.

 

a) Le compromis fordiste : intensification du travail mais politique salariale généreuse et stabilité des emplois

 

 

L’organisation du travail tayloro-fordiste a assuré l’amélioration de la condition salariale et a suscité le développement d’un système juridique de protection des salariés.

-Même si la liberté individuelle du salarié est à la base de l’économie de marché (A.Smith et les libéraux), le salariat correspond à l’origine à une situation misérable et non enviable (les salariés sont ceux qui ne sont pas des artisans) D’ailleurs, pour Marx, le salariat est une source d’exploitation de la force de travail par le capital. C’est grâce aux luttes sociales que le salariat va se développer en faveur des travailleurs.

-Le droit du travail et la protection sociale ont été des opérateurs de stabilité du contrat de travail en le faisant passer de l’échelle individuelle à l’échelle collective.

 

DROIT DU TRAVAIL :

C’est l’ensemble des textes juridiques qui impose des normes dans le domaine du travail : durée du travail hebdomadaire légale, SMIC, règles sur l’emploi des mineurs,…


CONVENTIONS COLLECTIVES :

Accord signé par branche qui précise le droit particulier à cette branche (en général, plus favorable que le droit du travail) et qui classe les qualifications et les rémunérations.


CONTRAT DE TRAVAIL :

Il prévoit les conditions de travail et de rémunération. Il fait bénéficier le salarié des droits et de la protection assurés à tous les salariés mais lui impose des obligations.


-Le contrat de travail est de plus en plus encadré par un droit du travail, les conventions collectives permettent de régler à l’échelle collective les relations entre les deux classes sociales et instituent le rôle du syndicat comme représentant de la classe ouvrière. L’Etat joue un rôle législatif majeur non seulement au niveau du droit du travail, mais aussi de la mise en place d’un système de protection sociale généralisé qui assure une prise en charge collective des risques individuels et stabilise ainsi le statut de salarié.

 

Aujourd’hui, environ 80% de la population active est salarié. Cela correspond à ce que certains économistes appellent la norme d’emploi fordiste, c’est-à-dire un emploi à temps plein à durée indéterminée (emploi stable à l’opposé de ce qu’on appelle les emplois atypiques)

 

b) Gains de productivité et réduction de la durée du travail

Depuis le début des années 1980, les gains de productivité ont permis une baisse de la durée du travail.


-C’est surtout à l’échelle de la vie que le temps de travail s’est réduit par l’allongement de la durée des études et l’abaissement de l’âge de la retraite.

-La durée annuelle du travail s’est progressivement réduite depuis le 19° siècle avec l’instauration du dimanche chômé, puis la 1°, 3°,5° semaine de congés payés.

-Si la durée hebdomadaire du travail a été réduite législativement (1936 :42-40h ; 1981 : 40-35h ; 1998 :39-35h), la durée effective individuelle varie selon la conjoncture économique.

-Cette tendance historique semble cependant à présent s’inverser : les difficultés du système de retraite par répartition incitent les actifs à allonger leur durée de vie active, la politique du « travailler plus pour gagner plus » incite les acteurs économiques à moins utiliser leur RTT et à avoir plus recours aux heures supplémentaires.

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