PARTIE 5 – CHAPITRE 2 : QUELLES SONT LES CONSEQUENCES POUR L’EMPLOI ?

PARTIE 5 – CHAPITRE 2 : QUELLES SONT LES CONSEQUENCES POUR L’EMPLOI ?

Notion abordée dans ce cours :

Flexibilité du marché du travail, taux de chômage, taux d’emploi, qualification, demande anticipée, salariat, précarité, pauvreté.
Afin de montrer que la diversité des formes et des analyses du chômage explique la pluralité des politiques, on analysera les politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale pour lutter contre le chômage keynésien, les politiques d’allégement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique, les politiques de formation et de flexibilisation pour réduire la composante structurelle du chômage.
On soulignera que les politiques de l’emploi sont aussi fondées sur la prise en compte du rôle du travail et de l’emploi dans l’intégration sociale. On se demandera en quoi ce lien entre travail et intégration sociale est fragilisé par certaines évolutions de l’emploi.
Acquis de première : chômage, productivité, demande globale, politique monétaire, politique budgétaire, rationnement.

Le taux d’emploi est la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler (15 à 64 ans). Le taux d’emploi reflète la capacité d’une économie à utiliser ses ressources en main-d’œuvre.

De nombreux économistes estiment que le taux d’emploi est une mesure plus pertinente que le taux de chômage pour évaluer la situation du marché du travail d’un pays. En effet, le taux de chômage, même défini selon la norme internationale du BIT, peut être modifié par différentes manipulations comptables (chômeurs catégorisés à tort comme handicapés, incitation au renoncement pour les demandeurs d’emploi en fin de droits,…) et particularismes locaux (faible participation des femmes,…).

Rappel : le chômage (personne active à la recherche d’un emploi) est calculé différemment selon les organismes.

Le taux de chômage mesure la part des chômeurs dans la population active.

1- La diversité des formes et des analyses du chômage explique la pluralité des politiques macro-économiques de lutte contre le chômage

 

1.1 – Lutter contre le chômage keynésien par des politiques de soutien de la demande

Pour Keynes, le chômage massif des années 1930 montre que le marché du travail n’arrive pas automatiquement à l’équilibre et qu’il peut y avoir un chômage involontaire qui s’explique par une insuffisance de la demande de biens et services. Le salaire n’aurait pas non plus d’influence sur la demande de travail qui dépendrait de l’anticipation de la demande de biens et services.

  • En effet, pour Keynes, les marchés sont interdépendants, son analyse se fait sous forme de circuit et  c’est le marché des biens et services qui va déterminer le niveau de l’emploi (notez que Keynes préfère parler de niveau d’emploi que de demande  de travail)
  • Comment se fixe le niveau de l’emploi selon Keynes ? L’emploi est avant tout déterminé par les anticipations des entreprises : la demande anticipée (dit « demande effective » dans le langage keynésien) va déterminer le niveau de la production et donc l’utilisation des facteurs de production c’est-à-dire le niveau de l’emploi (et de l’investissement).
  • Si les entreprises n’ont pas une forte demande à satisfaire, elles n’auront pas besoin de facteurs de production supplémentaire. Il n’y a pas de raison pour que leur embauche satisfaisant leur niveau de production nécessaire corresponde au niveau de plein-emploi. Selon Keynes, le chômage s’explique donc par une insuffisance de la demande effective (consommation et investissement) qui conduit les entreprises à anticiper une baisse de leur production et donc le volume de main d’œuvre nécessaire : le chômage est donc involontaire.
  • Pour résoudre le chômage, il faudrait donc, pour Keynes, relancer l’économie, c’est-à-dire relancer la demande. Pour lui, seul l’Etat peut suppléer la faiblesse de la demande en relançant l’investissement (hausse de l’investissement public et/ou baisse des taux d’intérêt) qui doit avoir un effet multiplicateur et/ou en relançant la consommation par une politique de redistribution des revenus avantageant les ménages ayant une forte propension à consommer (par exemple, aides sociales pour les plus pauvres) ou par une politique cherchant à créer des emplois (publics par exemple). La politique de relance keynésienne peut donc être une politique de relance budgétaire (en utilisant le budget de l’Etat, donc les dépenses publiques) ou une politique de relance monétaire (injection de monnaie dans l’économie ou en baissant les taux d’intérêt). Cette politique contra-cylcique engendre les anticipations optimistes des agents, qui va se traduire par des embauches supplémentaires et lançant ainsi l’économie dans le cercle vertueux de la croissance.
Remarque : dans une économie ouverte (non théorisée par Keynes), la relance de la demande peut aussi se faire par une hausse des exportations.
  • La politique de relance keynésienne : En réponse à la crise de 2008, tous les pays de l’OCDE ont mis en place des plans de relance. La principale difficulté de ces politiques réside dans leur financement. En période de récession, les recettes de l’Etat se réduisent déjà en même temps que ses dépenses augmentent : le niveau du déficit public ne permet donc pas la plupart du temps de mener les politiques de relance.

 

1.2 – Des politiques d’allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique

-le coût salarial est-il trop élevé en France ?

Pour les néo-classiques, le chômage résulte d’un coût trop élevé du travail qui pénalise notamment l’emploi des moins qualifiés dont la productivité marginale est moins élevée que le coût du travail. L’existence d’un salaire minimum implique l’existence d’un prix-plancher supérieur au salaire d’équilibre. Par exemple, en France, l’existence d’un Smic supérieur au niveau du salaire d’équilibre expliquerait alors le chômage, d’autant plus que le coût du travail pour l’entreprise inclut aussi les cotisations sociales finançant la protection sociale, qui alourdissent considérablement le coût du travail.

 La rigidité à la baisse des salaires explique que l’offre de travail soit supérieure à la demande de travail (car les entreprises subissent un rationnement du facteur travail du fait de son coût) et que l’équilibre ne puisse se faire par le marché.

Le chômage classique s’explique donc par un coût du travail trop élevé qui dissuade les entreprises d’embaucher et les incite à substituer du capital au travail.

-Quels sont les effets sur l’emploi d’une baisse du coût du travail ?

La baisse du coût du travail doit surtout viser les emplois les moins qualifiés, pour lesquels le niveau de productivité marginale est le plus faible (les entreprises comparent le coût salarial unitaire avec la productivité).

Une baisse du coût du travail signifie une baisse des charges sociales et donc des recettes pour les administrations sociales de Sécurité sociale. La tentation est de la compenser par une augmentation des autres recettes fiscales : par exemple, la TVA.

 

1.3  – Lutter contre le chômage structurel par des politiques de formation et de flexibilisation

La persistance d’un chômage massif peut s’expliquer par l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail (chômage structurel).

Les politiques de l’emploi peuvent donc chercher à agir soit sur l’offre, soit sur la demande de travail.

->D’une manière générale, les politiques de flexibilité du marché du travail sont des politiques d’inspiration libérale car la flexibilité du marché du travail doit permettre une meilleure rencontre de l’offre et de la demande de travail. Ce sont aussi des politiques de l’offre de biens et services (« politique de l’offre »), c’est à dire en faveur des entreprises qui cherche à agir sur la demande de travail.

-les différentes formes de flexibilité

Pour s’adapter aux fluctuations de la demande, les entreprises doivent avoir un système de production flexible. La flexibilité du marché du travail représente l’ensemble des mesures qui permettent aux entreprises d’adapter leur volume de travail aux évolutions de la demande. On distingue :

  • -la flexibilité externe : recours aux CDD, à la sous-traitance
  • -la flexibilité interne : variation du volume d’heures de travail
  • -la flexibilité fonctionnelle : variation des postes de travail auxquels sont affectés les salariés
  • -la flexibilité salariale : individualisation des rémunérations

->formation initiale, formation continue

Les politiques d’aide au retour à l’emploi, qui agissent sur la formation des chômeurs (comme celle qui soutiennent les revenus) sont plutôt des politiques de la demande (de biens et services), car elles sont en faveur des ménages. Elles cherchent à agir plutôt sur l’offre de travail

Le chômage structurel peut aussi provenir d’une inadéquation des qualifications des individus  (diplômes + expériences professionnelles) avec celles requises pour les emplois (capacités techniques requises par le poste), donc les politiques de formation initiées par l’Etat vont viser à améliorer la formation, afin de rendre les chômeurs (et même tous les actifs) employables.

 

CONCLUSION : Les politiques de l’emploi, ce sont toutes les interventions des pouvoirs publics sur le marché du travail. Les politiques actives sont les politiques de l’emploi qui ont pour objectif de soutenir l’emploi (créer des emplois ou empêcher leur destruction) ; les politiques passives sont les politiques de l’emploi qui ont pour objectif de limiter les effets néfastes du chômage (par le versement d’allocations, par exemple).

2 – Le travail, facteur d’intégration sociale

 

2.1 – Les politiques de l’emploi sont aussi fondées sur le rôle du travail dans l’intégration sociale

-le travail est un facteur d’intégration sociale parce qu’il a des fonctions sociales :

  •  il permet de créer des liens sociaux
  • il donne un rôle et un statut à un individu et lui permet de se construire une identité professionnelle et donc sociale (épanouissement). Par exemple, lorsqu’on analyse l’évolution du statut des femmes dans la société, on peut voir que l’acquisition d’une place sur le marché du travail a été pour elles fondamentale.

-le travail est un moyen d’apprendre la vie en société, de se sociabiliser : il structure le temps et l’espace, il construit un espace social permettant l’apprentissage de la vie avec les autres, la coopération et la collaboration des individus. Cet espace d’intégration peut se matérialiser dans l’existence de différentes instances (syndicats, comités d’entreprise, associations,..)

-le travail est un facteur d’intégration sociale parce qu’il a des fonctions économiques :

-le travail permet à l’individu de disposer de revenus primaires et de pouvoir ainsi participer à la société de consommation

-le travail permet à l’individu d’accéder à des droits sociaux (ex Sécu, allocations chômage) : le système de protection sociale étant financé par les cotisations sociales, il faut avoir travaillé pour pouvoir en bénéficier (système d’assurance sociale/ système d’aides sociales où les droits ne sont pas liés à la nécessité de cotisations.)

 

Serge Paugam présente le travail comme étant nécessaire à la satisfaction des besoins d’au moins trois dimensions des individus :

  1. l’épanouissement dans l’acte de travail lui-même (homo-faber)
  2. la satisfaction de la rétribution monétaire du travail (homo-oeconomicus)
  3. la reconnaissance par les autres du travail effectué (homo-sociologicus)

 

-Des politiques de l’emploi fondées sur le rôle du travail dans l’intégration sociale

Les politiques de l’emploi incluent des mesures pour renforcer la cohésion sociale en ciblant tout particulièrement les publics les plus fragiles pour favoriser leur retour à l’emploi.

1°exemple : le RSA : en permettant aux salariés les moins bien payés de continuer à percevoir un « RSA chapeau », cette aide sociale incite les bénéficiaires de minima sociaux à reprendre une activité, même minimale.

2°exemple :la flexécurité : une politique de l’emploi qui maintient le lien social

Les pays scandinaves ont fait le choix de la flexécurité (en conjuguant la flexibilité du marché du travail et la protection des salariés) qui se traduit par une mobilité forte des salariés, une indemnisation élevée et durable des chômeurs, un bon suivi des demandeurs d’emploi, …

 

2.2        Les évolutions de l’emploi peuvent fragiliser le lien entre travail et intégration sociale

Les évolutions de l’emploi sont l’augmentation et l’allongement de la durée du chômage, le développement de la précarité et de l’existence de travailleurs pauvres.

Le salariat n’est donc plus la norme d’emploi. Le salariat est le mode d’organisation du travail basé sur la rémunération de celui qui loue sa force de travail. En échange du travail effectué, le salarié reçoit une rémunération, identique tous les mois, ainsi que le financement de sa protection sociale. Pour montrer qu’une grande partie de la société est constituée de salariés et que des droits sont associés à ce statut, Robert Castel parle de société salariale.

Les politiques économiques de l’emploi sont déterminantes pour amortir les conséquences économiques de la baisse du taux d’emploi qui représente une baisse de recettes pour le système d’assurance sociale.

Elles sont aussi déterminantes pour amortir les conséquences sociales de l’exclusion d’un certain nombre d’individus du marché du travail.

-l’augmentation et l’allongement du chômage augmente le risque d’exclusion sociale (augmentation de la durée et existence d’un noyau dur) Le chômage engendre une baisse des revenus et donc une moindre possibilité de participer à la société de consommation : à long terme le chômage peut engendre une perte de logement, de droits sociaux et une rupture avec le reste de la société, un isolement social (par exemple, on a moins d’amis, pas les mêmes horaires que les autres, les chômeurs connaissent plus souvent le divorce,…)

-la précarité (situation d’emploi instable regroupant les CDD, l’intérim, les stages, les emplois aidés) et la flexibilité affaiblissent le lien social car elles entraînent une moindre reconnaissance sociale (emplois précaires, changeants, sentiment d’être interchangeable), des revenus plus faibles, des droits sociaux inférieurs,…Ceci touche en particulier les jeunes.

Les allers et retours entre travail et emploi, notamment chez les jeunes peut priver de la possibilité  de louer un logement, ne laissent pas le temps d’acquérir une expérience professionnelle suffisante et reconnue, donnant une identité professionnelle. Dans ces conditions, le travail n’est guère facteur d’intégration sociale.

-Aujourd’hui, le travail ne met plus non plus à l’abri de la pauvreté : environ 2 millions de personnes qui travaillent en France aujourd’hui ont un revenu inférieur à 60% du niveau de vie médian. Or la pauvreté est aussi un facteur d’exclusion sociale : elle ne permet pas de participer comme les autres à la société de consommation, elle peut priver de l’accès aux mutuelles complémentaires et peut amener à renoncer à se soigner et elle peut provoquer un certain isolement social.

-La détérioration des conditions de travail peut fragiliser le lien social

Les principes toyotistes du flux tendus et du travail collaboratif entraînent une pression sur les salariés (« implication contrainte ») qui rendent plus difficiles leurs conditions de travail. Le travail n’est alors plus forcément un lieu d’épanouissement personnel, mais peut devenir un lieu de harcèlement ou de tensions.

CONCLUSION : La place du travail, valeur centrale pour les occidentaux du 20° siècle se trouve ainsi modifiée. Aujourd’hui, dans les enquêtes d’opinion, la réussite professionnelle et familiale sont souvent mis sur un pied d’égalité par les hommes et les femmes. (J.Rifkin : la fin du travail) La montée de l’individualisme a augmenté l’importance de la place de l’épanouissement personnel dans la hiérarchie des valeurs, cela ne signifie pas pour autant que le travail ait disparu des valeurs. Par contre, l’individu a aujourd’hui plus tendance à donner de l’importance à l’épanouissement personnel qu’il trouve dans son travail qu’à l’utilité sociale de son emploi. Ainsi, plus l’écart est grand entre le travail tel qu’il est vécu et la représentation qu’a l’individu d’un travail épanouissant, moins le travail jouera sa fonction d’intégration sociale (risque de déclassement professionnel et social) Le travail ne serait alors qu’un vecteur parmi d’autres du lien social.

PARTIE 1 – CHAPITRE 1 : QUELLES SONT LES SOURCES DE LA CROISSANCE ?

PARTIE 1 – CHAPITRE 1 : QUELLES SONT LES SOURCES DE LA CROISSANCE ?

PARTIE 1 : CROISSANCE, FLUCTUATIONS ET CRISES

CHAPITRE 1 : QUELLES SONT LES SOURCES DE LA CROISSANCE 

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1) Qu’est-ce que la croissance économique ?

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1.1- Comment définit-on la croissance ?

Croissance =Augmentation à long terme (LT) de la production de Biens et Services

Expansion
= phase d’augmentation du PIB de court terme (CT)

Dépression
= baisse du PIB à  long terme

Récession
= faible taux de croissance ou baisse du PIB de court terme

Définition institutionnelle =

« Processus quantitatif se traduisant par l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues, d”un indicateur représentatif de la production de richesses d’un pays
en termes réel. »

Remarques sur la définition :

  • « Processus » + « une ou plusieurs longues périodes longues » = il s’agit de considérer l’évolution de l’activité économique sur le long terme, soit plus de 10 ans. Ainsi l’activité peut-être fluctuante à CT et en croissance à LT si elle est globalement en expansion.
    On considère alors que les pays industrialisés d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord connaissent une croissance économique depuis la révolution industrielle, bien qu’ils aient connu des crises.

  • « Augmentation soutenue » = La croissance n’est pas stable dans le temps, elle peut connaître plusieurs rythmes différents de l’activité économique mais sur le long terme la tendance est à l’augmentation de la richesse créée.

     

  • « Un indicateur de mesure de la production de richesse d’un pays en termes réel» = La croissance économique est mesurée grâce à un outil qui permet de mesurer la richesse créée par une économie (le PIB). Sachant que la croissance économique est un phénomène de long terme il est important de la mesurer en terme réel c’est-à-dire indépendamment de la variation des prix (il faut donc enlever l’effet des prix en déflatant la donnée)

Résumons : La croissance économique c’est l’augmentation de la richesse créée sur le long terme.

 

  1. Comment la mesure-t-on ?

Par l’augmentation du PIB en volume

PIB = somme des richesses produite par les unités résidentes pendant une année.

Alors que le PNB = somme des richesses produites par les unités nationales.

 

PIB NOMINAL = VALEUR = COURANTS = on n’a pas enlevé l’effet des prix

 

PIB REEL = VOLUME = CONSTANTS = on a enlevé l’effet des prix

2) Intérêts et limites du PIB

2.1- Intérêts du PIB : le PIB est-il un bon indicateur de richesse ?
a)  Le PIB est un indicateur du niveau de production marchande et non marchande

Il est relativement facile de calculer la production marchande par le PIB marchand en faisant la somme des valeurs ajoutées = richesse réellement créée par l’entreprise qui se calcule en enlevant au montant des ventes (chiffre d’affaire), le montant des consommations intermédiaires (produits achetés à d’autres entreprises qui disparaissent au cours de la production) des unités résidentes.

VA=CA -CI

PIB = somme des valeurs ajoutées + TVA + droits de douanes – subventions à l’importation

Mais il est plus difficile de mesurer la production non marchande. On évalue celle des administrations publiques avec leurs coûts de fonctionnement.

On approxime la production domestique avec les jardins familiaux et la valeur fictive des loyers que se verseraient les propriétaires de leur propre logement.

[« net ou brut » : net = brut – les amortissements (usure du capital fixe). « en termes réels » : en enlevant l’effet des variations de prix, on dit encore « en volume » ou « en monnaie constante ».]

b) Les deux autres modes de calculs du PIB et leurs enseignements

PIB = somme des revenus primaires distribués (partage de la richesse créée)

= Revenu du travail (coût du travail) + Revenu du capital (EBE) + impôts sur la production

Ce mode de calcul permet d’analyser la répartition des richesses créées et les inégalités qu’elle peut engendrer.

PIB = somme des dépenses (utilisation de la richesse créée)

= Consommation finale des ménages + FBCF + (X-M) +/- Variations de stocks

Ce mode de calcul permet d’analyser la contribution de chaque composante à la croissance du PIB.

L’augmentation du PIB est un indicateur de croissance économique = Pour mesurer la croissance, on mesurera alors le taux de croissance du PIB.

ATTENTION, ne confondez pas la notion de croissance et sa mesure par la croissance du PIB.

 

Remarque : A ne pas confondre avec le niveau de vie=PIB/h

 

2.2- Les limites du PIB
  • 1ère limite : Des difficultés de comparaison entre les pays

Lorsque l’on compare les PIB entre différents pays on se retrouve confronté à deux difficultés :

  1. Tout d’abord les deux PIB ne sont pas exprimés dans la même devise et il faut donc tenir compte du taux de change entre les deux devises afin de pouvoir faire la comparaison.
  2. Ensuite au-delà du taux de change, le niveau des prix n’est pas le même dans les deux pays ce qui veut dire que même pour deux pays qui ont la même monnaie la comparaison peut être faussée car le pouvoir d’achat de la monnaie n’est pas le même dans chacun des pays du fait de la différence des prix.

Pour tenir compte de cela on calcule le PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) : on convertit les PIB en un standard de pouvoir d’achat.

Par exemple, si un hamburger coûte deux fois plus cher en France qu’aux Etats-Unis, on peut faire un rapport des taux en PPA , ce qui permet d’obtenir les rapports entre le nombre d’unités nécessaires pour obtenir un panier de biens et services équivalents.


  • 2ème limite :
    Le PIB ne comptabilise pas toutes les activités productives.

Le PIB ne comptabilise qu’une partie de la production non marchande

Le PIB ne comptabilise pas ou mal la production domestique et les activités bénévoles

Le PIB ne comptabilise pas la production issue de l’économie souterraine : activités non déclarées à l’Etat, légales ou non (économie informelle : faite dans le cadre familial ou amical). Il existe des estimations : 17%PIB italien.

Il est à noter que dans certaines économies (Afrique, Amérique latine, pays de l’Est) ces différentes activités productives prennent de l’importance et leur non prise en compte par le PIB vient sous estimer la richesse créée dans l’économie concernée.

  • 3ème limite : Le PIB ne tient pas compte des externalités qu’elles soient négatives ou positives.

Définition d’externalités : L’externalité
ou
effet externe désigne une situation dans laquelle l’action d’un agent économique
influe, sans que cela soit le but de l’agent, sur la situation d’autres agents, alors même qu’ils n’en sont pas partie prenante : ils n’ont pas été consultés et n’ont reçu (si l’influence est négative) ni versé (si elle est positive) aucune compensation.

Ainsi le PIB va comptabiliser positivement des activités qui sont destructrices de bien-être (par exemple, de ressources naturelles) voire même ajouter à cela la richesse créée pour réparer les dégâts occasionnés par cette activité.

A l’inverse le PIB ne comptabilise pas les externalités positives, par exemple des infrastructures construites depuis longtemps.

Le PIB n’est donc pas un bon indicateur de bien-être.

 

2.3- Quels autres indicateurs possibles ?

Il existe de nombreux indicateurs plus qualitatifs c’est-à-dire qui cherchent à rendre compte de la qualité de vie, du bien-être des populations. Par exemple, le PNUD a crée un indicateur de développement.

L’IDH : indice de développement humain : moyenne pondérée de trois indicateurs :

  1. L’espérance de vie à la naissance (image du niveau sanitaire et social de la population),
  2. L’indice d’éducation est dorénavant basé sur la durée moyenne de scolarisation et sur la durée attendue de la scolarisation,
  3. Le RNB (revenu national brut) qui remplace le PIB pour tenir compte des effets de la mondialisation (la production réalisée dans un pays peut être distribuée sous forme de revenus dans un autre pays) : le RNB est donc un meilleur indicateur du revenu national que le PIB.

 

La valeur de l’IDH est comprise entre 0 et 1 : plus un pays est développé plus son IDH est proche de 1.

Remarque :

L’IDH n’est pas un indicateur de croissance mais un indicateur de développement. Selon F. Perroux, économiste français du 20°siècle, le développement c’est l’ensemble des changements sociaux et culturels qui accompagnent la croissance. Le développement est donc d’emblée une notion plus qualitative, la croissance étant plutôt une mesure quantitative.

La croissance économique est encore moins un indicateur de la qualité du développement et en aucun cas du développement durable.

Le développement durable se définit comme un développement visant au recul de la pauvreté, en préservant les écosystèmes et en garantissant la justice à l’égard des générations actuelles et futures. [Voir chapitre 3]

 

3) Comment expliquer la croissance économique ?

La fonction Cobb-Douglas explique la croissance économique par la croissance du facteur travail et du facteur capital (croissance extensive) et par l’existence d’un « facteur résiduel », c’est-à-dire d’un facteur qui ne correspond ni à l’augmentation du capital ni à l’augmentation du travail, c’est la croissance intensive, ce facteur résiduel, c’est le progrès technique.

Q=f(K,T,e) ou Q=K+T+e

Dans les faits, le taux de croissance du PIB des PDEM a été plus fort que l’augmentation de la quantité de facteurs de production. Les rendements d’échelle de la production ont été croissants (l’augmentation des deux facteurs a été moins forte que l’augmentation du PIB). Le progrès technique expliquerait la moitié de la croissance française des 30 Glorieuses, selon les économistes Carré, Dubois et Malinvaud.

L’augmentation des facteurs de production n’explique pas toute la croissance.

 

3.1- La croissance peut s’expliquer par l’augmentation de la quantité des facteurs de production

La croissance peut s’expliquer par l’augmentation des facteurs de production, c’est-à-dire par les moyens mis en œuvre pour produire que sont le travail et le capital

 

a) La croissance peut s’expliquer par l’augmentation du capital

 

Augmentation du capital= investissement= flux qui vient accroitre (ou renouveler) le stock de capital au sens large : capital technique, humain, institutionnel.

 

Capital = ensemble des moyens de production nécessaire pour produire en plus du facteur travail.

Au sens strict, capital = capital technique (bâtiments,machines)

 

Investissement = achat de biens d’équipement durable destinés à être utilisés plus d’un an dans le processus de production.

L’investissement est mesuré par la comptabilité nationale comme FBCF. L’investissement peut prendre des formes différentes : matériel, immatériel, et poursuivre des objectifs différents (capacité, renouvellement, productivité).

L’investissement est facteur de croissance parce que :

  1. L’investissement agit sur la demande:
    L’investissement appartient à la demande, avec la consommation et les exportations, puisqu’il s’agit de la demande exprimée auprès des producteurs de biens d’équipement.
    Une hausse de l’investissement entraine une hausse + que proportionnelle de la demande (Keynes) c’est l’effet multiplicateur. Une dépense supplémentaire d’investissement se traduit par une hausse de la demande en biens ou services de production (machine, équipements, logiciels…) qui se traduit par une hausse de la production dans les entreprises produisant ces biens et services de production, cette hausse de la production (donc de chiffre d’affaire et de valeur ajoutée) se traduit par un supplément de revenus distribués ( la VA est répartie entre salariés, propriétaires et recettes fiscales) qui engendre alors un surcroît de demande et ainsi de suite. Ce mécanisme est d’autant plus important que la part du revenu supplémentaire qui sera consommée (la propension marginale à consommer) sera forte, donc que la propension à épargner sera faible.

     

    Keynes montre à travers le mécanisme du multiplicateur (d’investissement) qu’une dépense supplémentaire d’investissement entraîne une augmentation plus que proportionnelle du revenu global donc de la croissance.

    Ce mécanisme repose sur une hypothèse aujourd’hui très forte : que la dépense générée par le supplément d’investissement se fasse dans le pays ou le groupe de pays dans le(s)quel(s) la dépense initiale a été faite (que la propension marginale à importer soit faible).

 

2. L’investissement agit sur l’offre:

L’investissement de capacité permet de produire plus et donc d’augmenter l’offre.

L’investissement de productivité augmente la compétitivité et baisse les coûts de production et donc les prix, ce qui augmente la production et donc l’offre

L’investissement en RD peut permettre une diversification de l’offre.

 

b) La croissance peut s’expliquer par l’augmentation du travail

Travail = facteur de production constitué des ressources en main d’œuvre. Augmentation du travail= augmentation du temps de travail et du nombre de travailleurs utilisés.

Il faut distinguer:

  • Travail: activité rémunérée qui constitue avec le capital un facteur de production.
    On se place ici du côté de l’entreprise: offre de travail = demande d’emploi et demande de travail = offre d’emploi
  • Emploi: exercice d’une profession rémunérée. On se place ici plutôt du côté du salarié.

Quantité de travail disponible dépend de deux éléments : La main d’œuvre disponible (population active) et La durée du travail.

Elle peut être mesurée en nombre de travailleurs ou en nombre d’heures de travail.

Quantité annuelle de travail = Nombre d’emploi x Durée annuelle du travail

  • Population active = actifs occupés + chômeurs

    Cela correspond à toute la main d’œuvre disponible. La population active a suivi une tendance à la hausse sauf ces dernières années où la génération du baby-boom part en retraite et l’entrée dans la vie active est retardée par l’allongement des études.

  • Durée annuelle du travail = elle dépend de la législation du travail (durée hebdomadaire et quotidienne du travail ; congés payés, développement des temps partiels et des emplois précaires). De façon générale la durée du travail a fortement baissé depuis les années 1950, ce qui vient contrebalancer l’augmentation la hausse de la population active.

Ainsi la quantité de travail a plutôt connu une tendance à la baisse et l’impact du facteur travail s’explique par la hausse de la productivité du travail.

La quantité de travail est un déterminant de la croissance :

  • En effet en cas de pénurie de main d’œuvre la croissance potentielle est amoindrie ce qui peut être contrebalancé par le recours à l’immigration (ex : France dans les années 1960)
  • A l’inverse en cas de surplus de main d’œuvre le développement du chômage peut avoir un effet négative sur la consommation des ménages et donc sur la demande globale ce qui jouera à la baisse sur la croissance effective.

 

3.2- La croissance peut s’expliquer par l’augmentation de la qualité (productivité) des facteurs de production

Le progrès technique peut augmenter la productivité du travail, la productivité du capital mais aussi la PGF, résultat de la combinaison productive.

La productivité se mesure en faisant le rapport de la production avec la quantité des facteurs de production utilisés.

Par exemple :

Productivité du travail = mesure de l’efficacité du travail

  • Productivité horaire = production/nbr d’heures de travail
  • Productivité physique = Production/nbr de travailleurs
  • Productivité en volume= volume de production/qté de travail
  • Productivité en valeur= valeur ajoutée/qté de travail

 

La productivité globale des facteurs fait le rapport entre la VA et le coût du travail et du capital utilisé.

Lorsque la productivité augmente, cela veut dire qu’avec la même quantité de facteurs on sera capable de produire en plus grande quantité.

Avec le progrès technique, grâce aux innovations le capital est plus efficace et rend d’autant plus efficace le travail ce qui fait que la croissance du PIB devient plus que proportionnelle au niveau d’investissement.

Le progrès technique est source de croissance parce qu’il permet des gains de productivité.

 

Progrès technique = ensemble des améliorations apportées aux façons de produire (innovations de procédé + innovations organisationnelles), et aux produits (innovations de produit).

Innovation = application économique et/ou commerciale réussie d’une invention (idée nouvelle), qui découle de la RD.

 

Recherche-Développement = processus qui combine des moyens en personnel et en matériel pour aboutir à des innovations comme la mise en œuvre de nouveaux procédés, la création de nouveaux produits.

C’est donc le résultat de la RD quand il est positif qui constitue le progrès technique. La RD est une composante importante de l’investissement immatériel, elle est financée par les entreprises, mais aussi par l’Etat.

Pour Schumpeter, l’innovation est facteur de croissance (mais explique aussi les cycles économiques).

Gains de productivité
= indicateur de mesure du progrès technique mis en œuvre dans une entreprise.

Le progrès technique engendre des gains de productivité qui permettent:

  • de produire plus: effet sur l’offre intérieure et à l’exportation (hausse du PIB= croissance)
  • de produire moins cher, ce qui permet un partage des gains de productivité au profit des propriétaires (hausse de l’investissement), des ménages (hausse des salaires et baisse des prix) et de l’Etat (hausse des recettes fiscales donc des possibilités d’investissement public); créant ainsi un cercle vertueux de croissance

        =>Le progrès technique fait augmenter l’offre

Rappel :

Le rendement désigne la relation entre la quantité produite d’un bien et la quantité de facteurs de production utilisée pour l’obtenir (c’est un synonyme

de productivité).

Rendements décroissants : la quantité produite augmente moins vite que la quantité de facteurs utilisée (déséconomie d’échelle)

Rendements croissants : la quantité produite augmente plus vite que la quantité de facteurs utilisée (= économies d’échelle )

Rendements constants : la quantité produite augmente au même rythme que la quantité de facteurs utilisée.

Le PT permet donc de produire plus et de réduire les coûts de production.

Le surplus de richesse créée va être partagé ce qui peut avoir des conséquences sur la demande.

        => Le progrès technique fait augmenter la demande

Document 1:

Gains de productivité et croissance économique

Les gains de productivité à travers leurs effets sur les revenus et les prix dynamisent la production. La baisse des prix réels des biens et services stimule la consommation des ménages. Les entreprises peuvent conserver une partie des gains de productivité sous forme de hausse des profits facilitant l’autofinancement des investissements. Les recettes de l’Etat étant assises sur les revenus et la consommation, les prélèvements fiscaux et sociaux peuvent croître pour financer des dépenses publiques croissantes : investissements publics, création d’emplois publics et transferts sociaux qui soutiennent la consommation des ménages. Les gains de productivité, en permettant la baisse des prix de vente, sont facteur de compétitivité ce qui favorise les exportations.

Ainsi, la distribution des gains de productivité, en dynamisant les différentes composantes de la demande globale (consommation, investissement, dépenses publiques et exportations) est facteur de croissance économique.

Les Trente Glorieuses fournissent une illustration des effets vertueux des gains de productivité. Les gains de productivité exceptionnellement élevés des années 1945-1973 facilitent leur partage : il y a « du grain à moudre » et prélèvements étatiques, salaires et profits peuvent augmenter simultanément sans miner pour autant une compétitivité d’ailleurs moins impérative qu’aujourd’hui vu le moindre degré d’ouverture sur l’extérieur des économies.

Ce partage relativement « équilibré » des gains de productivité ne s’est cependant pas instauré spontanément. Il a été l’enjeu de luttes sociales régulées par les négociations collectives dans lesquelles les syndicats sont devenus des « partenaires ». L’intervention de l’Étatprovidence a influencé l’affectation des gains de productivité à travers la socialisation croissante des revenus, la fixation d’un salaire minimum, l’élaboration d’un cadre juridique des relations du travail… Ces éléments ont aussi concouru à la diffusion des gains de productivité dans l’ensemble de l’économie permettant par exemple aux salariés des branches à faible croissance de productivité de bénéficier aussi des augmentations de pouvoir d’achat. Les gains de productivité ont donc été un facteur déterminant de la croissance économique ou plutôt d’un certain mode de croissance fondé sur le couple production de masse / consommation de masse. Réciproquement, la croissance économique a stimulé les gains de productivité par le biais des rendements d’échelle croissants et par l’incitation à l’innovation que constituent des débouchés en augmentation. Ainsi, période exceptionnelle de gains de productivité, les Trente Glorieuses ont été aussi une période d’exceptionnelle croissance économique.

J. Bails. « Productivité ». Cahiers Français n° 279, Découverte de l’économie, Février 1997.

1. A partir du document faites un schéma implicatif montrant les effets du PT sur la croissance.

L’impact des gains de productivité et donc du PT, sur la croissance dépend toutefois de la répartition de leurs effets sur 4 facteurs :

  1. la baisse des prix de vente ;
  2. la hausse des salaires ;
  3. la hausse des profits (distribués et non distribués) ;
  4. la hausse des prélèvements fiscaux.

Le partage de la valeur ajoutée est un enjeu de société et de luttes sociales

 

Le progrès technique et les gains de productivité se sont accompagnés au cours du 20°siècle d’une baisse du temps de travail et se traduit par un pouvoir d’achat supplémentaire des consommateurs (baisse des prix), des salariés (hausse des salaires) et une hausse des profits. Ce pouvoir d’achat supplémentaire s’est traduit par une hausse de la demande qui a engendré de la croissance et des créations d’emplois. Le progrès technique ne supprime donc pas d’emplois à long terme (malgré la hausse de la productivité qu’il engendre), il les déplace (tertiarisation)

 

3.3- La croissance peut s’expliquer par les externalités et le rôle des institutions

a) La croissance s’auto-entretient (est endogène)

Dans les théories de la croissance endogène, les économistes montrent que le progrès technique n’est pas quelque chose qui est extérieur au travail et au capital, mais qu’il est endogène, interne : le progrès technique s’explique par la croissance économique : il est issu des investissements qui produisent toute une série d’effets positifs pour la collectivité. Il peut donc s’agir d’investissement dans la recherche, dans la formation ou dans les infrastructures et peut aussi s’expliquer par l’expérience acquise. L’investissement dans le capital physique ne suffit donc pas à expliquer tout le processus de croissance : les théoriciens de la croissance endogène ont donc permis de mettre en évidence l’importance du capital humain
(ensemble des dispositifs durables qui rendent les individus plus productifs) dans l’augmentation de la productivité du travail, du capital institutionnel
ou public
( ensemble des ressources de long terme détenues par les pouvoirs publics) qui permet des externalités positives, en accroissant notamment le capital technologique.des externalités positives qui se répercutent de manière cumulative : le capital accumulé sera alors source d’une croissance auto-entretenue et produira des rendements croissants.

L’accumulation et la complémentarité de ces différents types de capitaux permettent l’entretien et la poursuite du processus de croissance.                                                                                                                                                                

 

b) Les institutions peuvent former un cadre favorable de la croissance

Remarque importante : l’évolution des facteurs de production ne garantit pas la croissance, les agents économiques ont un rôle important à jouer pour favoriser la croissance. Le comportement des membres de la société en général doit être propice au changement et au progrès (ex rôle de l’entrepreneur).

L’instauration et le maintien d’institutions démocratiques assure un environnement favorable à la prise de risque et à la protection des droits commerciaux par exemple en fournissant un cadre institutionnel stable propice aux échanges marchands.

Les institutions (règles qui structurent les relations économiques et sociales dans un pays) peuvent contribuer à fournir un cadre favorable au progrès technique et aux innovations. Elles garantissent des lois justes et la stabilité politique.

  • elles peuvent fournir aux entreprises des infrastructures et des services publics qui auront des effets externes positifs
  • elles peuvent encourager le progrès technique en aidant la recherche-développement (publique, privée)
  • elles peuvent instituer des droits de propriété  (droit de disposer d’un actif et de ses revenus):

Par exemple, le brevet qui est un droit de propriété, protège une innovation technique (de produit ou de procédé) : sans brevets, les entrepreneurs n’innoveraient pas, car n’importe quelle autre entreprise pourrait à son tour utiliser l’innovation sans avoir à en supporter les coûts. Comme l’innovation est source de croissance économique, les brevets sont un exemple de règles entraînant de bonnes incitations.

2.2 Les nouvelles formes d’organisation du travail sont-elles à l’origine d’un effritement de la condition salariale ?

2.2 Les nouvelles formes d’organisation du travail sont-elles à l’origine d’un effritement de la condition salariale ?

a) Y a-t-il amélioration des qualifications et des conditions de travail ?

-Les conditions de travail se sont parfois dégradées : la production en flux tendus engendre plus de stress, il y a des pressions sur les individus liés à l’autonomation,…

-Les transformations successives de l’organisation du travail ont entraîné une amélioration des qualifications des salariés, mais n’a pas supprimé le développement peu qualifié (notamment dans le tertiaire)

-Le toyotisme, en favorisant l’externalisation de la production, a engendré une augmentation de la part des emplois dans le tertiaire.

 

b) Recherche de flexibilité et précarisation des emplois

-Les nouvelles formes d’organisation du travail, dans leur recherche de flexibilité ont contribué à une certaine fragmentation des statuts au sein du salariat.

-Cette diversification des statuts correspond d’abord à une diversification des types d’entreprises : entreprise artisanale ou individuelle, entreprise sous-traitante, grande entreprise de services où la main d’œuvre est abondante, entreprise de haute technologie, micro-entreprise de la nouvelle économie,… à côté d’entreprise industrielle de type taylorienne.

-De plus, la recherche de flexibilité a provoqué une remise en cause partielle des droits qui assuraient la sécurité des salariés (ex travail le dimanche).

-L’externalisation des activités développe autour du noyau dur du salariat des formes atypiques d’emplois (segmentation ou dualisme du marché du travail) et provoque une précarité de l’emploi : CDD, temps partiel, emplois saisonniers, intérims, emplois aidés,…

-L’individualisation de la relation de travail a été favorisé par l’aménagement du temps de travail ce qui remet plus souvent l’échelon de la négociation à l’échelle individuelle et la fragmentation de l’emploi fragilise l’importance de la négociation collective.

-Le partage des gains de productivité a évolué au détriment des salariés, surtout les peu qualifiés. Ce sont aujourd’hui surtout les actionnaires qui en sont les principaux bénéficiaires : le capitalisme actionnarial serait le nouveau mode de régulation après le mode de régulation fordiste.


Conclusion : Même si de nouvelles formes d’emplois apparaissent, le salariat reste le modèle dominant. De même, l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail ne signent pas pour autant la fin du tayloro-fordisme. Il reste la principale forme d’organisation du travail dans la grande industrie.

2.1 L’organisation tayloro-fordiste a accompagné une amélioration de la condition salariale

2.1 L’organisation tayloro-fordiste a accompagné une amélioration de la condition salariale

Par condition salariale, on entend salaire et condition de travail des salariés.

 

a) Le compromis fordiste : intensification du travail mais politique salariale généreuse et stabilité des emplois

 

 

L’organisation du travail tayloro-fordiste a assuré l’amélioration de la condition salariale et a suscité le développement d’un système juridique de protection des salariés.

-Même si la liberté individuelle du salarié est à la base de l’économie de marché (A.Smith et les libéraux), le salariat correspond à l’origine à une situation misérable et non enviable (les salariés sont ceux qui ne sont pas des artisans) D’ailleurs, pour Marx, le salariat est une source d’exploitation de la force de travail par le capital. C’est grâce aux luttes sociales que le salariat va se développer en faveur des travailleurs.

-Le droit du travail et la protection sociale ont été des opérateurs de stabilité du contrat de travail en le faisant passer de l’échelle individuelle à l’échelle collective.

 

DROIT DU TRAVAIL :

C’est l’ensemble des textes juridiques qui impose des normes dans le domaine du travail : durée du travail hebdomadaire légale, SMIC, règles sur l’emploi des mineurs,…


CONVENTIONS COLLECTIVES :

Accord signé par branche qui précise le droit particulier à cette branche (en général, plus favorable que le droit du travail) et qui classe les qualifications et les rémunérations.


CONTRAT DE TRAVAIL :

Il prévoit les conditions de travail et de rémunération. Il fait bénéficier le salarié des droits et de la protection assurés à tous les salariés mais lui impose des obligations.


-Le contrat de travail est de plus en plus encadré par un droit du travail, les conventions collectives permettent de régler à l’échelle collective les relations entre les deux classes sociales et instituent le rôle du syndicat comme représentant de la classe ouvrière. L’Etat joue un rôle législatif majeur non seulement au niveau du droit du travail, mais aussi de la mise en place d’un système de protection sociale généralisé qui assure une prise en charge collective des risques individuels et stabilise ainsi le statut de salarié.

 

Aujourd’hui, environ 80% de la population active est salarié. Cela correspond à ce que certains économistes appellent la norme d’emploi fordiste, c’est-à-dire un emploi à temps plein à durée indéterminée (emploi stable à l’opposé de ce qu’on appelle les emplois atypiques)

 

b) Gains de productivité et réduction de la durée du travail

Depuis le début des années 1980, les gains de productivité ont permis une baisse de la durée du travail.


-C’est surtout à l’échelle de la vie que le temps de travail s’est réduit par l’allongement de la durée des études et l’abaissement de l’âge de la retraite.

-La durée annuelle du travail s’est progressivement réduite depuis le 19° siècle avec l’instauration du dimanche chômé, puis la 1°, 3°,5° semaine de congés payés.

-Si la durée hebdomadaire du travail a été réduite législativement (1936 :42-40h ; 1981 : 40-35h ; 1998 :39-35h), la durée effective individuelle varie selon la conjoncture économique.

-Cette tendance historique semble cependant à présent s’inverser : les difficultés du système de retraite par répartition incitent les actifs à allonger leur durée de vie active, la politique du « travailler plus pour gagner plus » incite les acteurs économiques à moins utiliser leur RTT et à avoir plus recours aux heures supplémentaires.

1.2 Dans un 2° temps, les gains de productivité proviennent d’une diversification de la production et d’une plus grande implication des salariés.

1.2 Dans un 2° temps, les gains de productivité proviennent d’une diversification de la production et d’une plus grande implication des salariés.

a) Le modèle toyotiste

Documentaire : La mise à mort du travail

http://portage-aquitaine.org/docutravail/alienation.html

Dans les années 1950, Taïichi Ohno (1912-1990), d’abord ingénieur puis vice-président de l’entreprise Toyota met en place un nouveau mode d’organisation du travail qui sera après lui nommé « Toyotisme » et qui repose sur trois principales caractéristiques :

  • Une production en flux tendus (Juste à Temps) pour limiter les stocks : Cela est rendu possible grâce au « Kan Ban » qui désigne un système de régulation du débit de la production organisé de l’aval (moment du montage de l’automobile) vers l’amont (fabrication des pièces détachées). L’objectif est de restreindre les stocks intermédiaires en demandant aux salariés situés en amont de travailler « sur commande » selon les besoins de l’atelier aval. Le Kan Ban a ainsi permis de produire sans stocks ce qui a permis à Toyota de réaliser des gains de productivité et ainsi de réduire ses coûts de production et donc de gagner en compétitivité-prix. La production est plus flexible, elle est organisée en fonction de la demande, à l’inverse du fordisme qui produisait et ensuite cherchait à écouler les stocks.
  • L’autonomation qui est un néologisme désignant la contraction des termes d’autonomie et d’automatisation. Cela consiste à doter les machines d’un mécanisme d’auto-arrêt en cas de dysfonctionnement. Plus largement, il s’agit de doter les ouvriers d’une responsabilité en les autorisant à stopper eux-mêmes la chaîne de production s’ils estiment qu’il y a un risque quelconque. Ainsi et contrairement au principe fondateur de l’OST, le toyotisme introduit le principe d’une responsabilisation des salariés dans l’organisation du travail.
  • L’implication des salariés dans l’amélioration de la production : c’est la méthode du « Kaizen » (amélioration continue). On donne la parole aux ouvriers dans le cadre de cercle de qualité pour qu’ils proposent des solutions pour améliorer la façon de produire et ainsi être plus efficace. Là encore il y a une remise en cause de la division verticale du travail puisque l’ouvrier lui-même participe à l’élaboration des méthodes de production

 

b) Les deux grandes évolutions dans l’organisation du travail suite aux influences du toyotisme

Ici les gains de productivité sont permis grâce à une rationalisation de la production basée sur la rechercher de la fin des coûts inutiles et donc l’élimination des gaspillages en s’adaptant à la demande et cherchant toujours à améliorer le processus en s’appuyant sur l’implication des salariés.

Au final, le toyotisme peut se résumer par une formule célèbre énonçant 5 objectifs recherchés par l’entreprise : « zéro stocks, zéro délais, zéros défauts, zéros pannes, zéros papiers ».

A la différence de l’OST qui procède par une parcellisation des tâches, le toyotisme fait des salariés des ouvriers pluri-opérateurs, c’est-à-dire polyvalents. La production pour être flexible a besoin d’une grande réactivité de la main d’œuvre qui doit pouvoir faire face à l’imprévu en prenant des initiatives, et en étant capable si besoin est d’aider un autre atelier en difficulté.

Beaucoup d’entreprises ont donc modifié leur logique organisationnelle en renforçant l’initiative, l’autonomie, la polyvalence, et le travail en groupe. Ces innovations ne font pas pour autant disparaître les contraintes pesant sur le travail d’exécution et en génère de nouvelles (ex : le fait de devoir prendre des initiatives et agir en cas d’imprévus rajoute un stress supplémentaire pour le salariés ; les salariés doivent gérer beaucoup plus de tâches ils sont donc plus sollicités ce qui ajoute de la pénibilité au travail, on a ainsi vu le nombre de maladies du travail augmenté sensiblement suite à ces NFOT). Les conditions de travail ne sont donc pas forcément améliorées mais peuvent au contraire être dégradées, surtout pour les postes les moins qualifiés.


La suite du cours page 2 …

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