2.2 Le travail : une instance essentielle à l’intégration sociale.

a)Pourquoi le travail permet-il de s’intégrer ?

Aujourd’hui le travail est avant tout une activité rémunérée. Mais il permet aussi des relations avec les autres, la formation de groupes de pairs, la coopération. Le travail permet de rentrer dans la consommation et donne accès aux demandes sociales (allocation chômage). Il donne donc un statut social (= place qu’un individu occupe dans un système social).

Pour Serge Paugam, le travail est nécessairement dans la satisfaction des individus dans trois dimensions :

homo-faber : épanouissement de l’homme dans l’acte de produire.

homo-sociologicus : reconnaissance par les autres du travail effectué

homo-economicus : satisfaction de la rétribution monétaire du travail

b) les évolutions du monde du travail fragilisent son rôle intégrateur.

La flexibilité-précarité :

Elles entrainent une moindre reconnaissance sociale, un statut peu valorisé. Cela entraine un affaiblissement des liens sociaux. De plus les revenus sont bas les individus ont moins accès à la consommation et ils ont plus de difficultés à accéder aux demandes sociales. Les jeunes sont les plus touchés par la précarité et la flexibilité. La précarité affaiblit donc le collectif au sein des entreprises, elle est une des causes de la crise du syndicalisme.

La hausse du chômage et son allongement :

La société connait aujourd’hui une hausse du chômage en plus d’un noyau dur du chômage. Ceci est un facteur d’exclusion sociale.

Chômage = perte de statut social = baisse revenu = baisse consommation = risque de perte de logement, de demande sociale = risque d’exclusion sociale.

La montée de l’individualisme a augmenté l’importance de la place de l’épanouissement personnel dans la hiérarchie des valeurs, cela ne signifie pas pour autant que le travail ait disparu des valeurs. Par contre, l’individu a aujourd’hui plus tendance à donner de l’importance à l’épanouissement personnel qu’il trouve dans son travail qu’à l’utilité sociale de son emploi. Ainsi, plus la différence est grande entre le travail tel qu’il est vécu et la représentation qu’a l’individu d’un travail épanouissant, moins le travail jouera sa fonction d’intégration sociale (risque de déclassement professionnel et social)

2.1. Le constat: une réduction du nombre de conflits du travail et des syndicats moins puissants.

Le mouvement ouvrier est caractérisé par deux éléments :

  • Les conflits desquels il est à l’origine sont centrés sur le monde du travail

  • Le mouvement est institutionnalisé au travers d’un acteur central, les syndicats


a)Un recul des conflits du travail.

Les conflits sont de moins grande ampleur, ils sont plus localisés, le type de revendications a changé

Les conflits du travail sont de plus en plus restreints à une catégorie de salariés, il y a moins de grand rassemblement autour d’objectifs communs sur les conditions de travail et de plus en plus de conflits catégoriels (cheminots, enseignants, salariés de la sidérurgie, ou salariés de telle entreprise)

Les revendications portent sur les salaires et les questions de l’emploi et moins sur les conditions de travail.

b)Un affaiblissement des syndicats.

On observe une chute du taux de syndicalisation, il est trois fois moins important en 2005 (8% des salariés sont affiliés à un syndicat) qu’en 1950 (25% des salariés étaient affiliés à un syndicat).

Là encore on peut mettre en évidence 3 phases dans ce processus :

  • 1950-1965 : première phase de désyndicalisation des salariés, la syndicalisation est 1,5 fois moins élevée en 1965 par rapport à 1950

  • 1965-1980 : phase de faible augmentation puis de stabilisation de la syndicalisation, 18% des salariés sont syndiqués

  • 1980-2005 : nouvelle phase de désyndicalisation, le taux passe de 18% à 8% il est donc 2,25 fois moins élevé en 2005 par rapport à 1980

Cependant la situation n’est pas la même selon les caractéristiques des salariés, on remarque que le taux de syndicalisation dépend :

  • Du statut du salarié : les salariés du secteur public sont plus syndiqués que les salariés du secteur privé (sécurité de l’emploi qui réduit le risque)

  • Du type de contrat : les salariés qui ont un emploi précaire sont moins syndiqués

  • De la taille de l’entreprise : Les salariés sont plus syndiqués dans les grandes entreprises

La situation de syndicats en France est paradoxale : en effet la présence syndicale est assez forte (35% des salariés sont dans une organisation productive où il y a une présence syndicale) mais le taux de syndicalisation est faible.

Là encore la présence salariale dépend des caractéristiques de vues plus haut mais dans tous les cas la présence salariale est plus forte que le taux de syndicalisation.

La structure syndicale existe mais il y a peu d’adhérents et encore moins de militants (participation active au syndicat).

Cet affaiblissement des syndicats est défavorable aux salariés car les négociations se font de plus en plus au niveau local, et ainsi les salariés ont moins de poids dans le rapport de force. Les accords d’entreprise sont en général moins favorables que les accords de branches et c’est d’autant plus le cas dans les petites entreprises.

On peut nuancer cette analyse en mettant en avant que le rôle des syndicats reste très important notamment du fait de l’évolution de leur action.

Ils ont un rôle important dans les négociations collectives, dans la gestion des institutions du travail (assedic,…). Ils sont aussi actifs en ce qui concerne les formes de conflits du travail alternatives à la grève.

1.2 Institutionnalisation des conflits du travail et des syndicats.

Institutionnalisation= de plus en plus reconnu et encadré par des institutions.
Une fois le droit syndical inscrit dans la loi (reconnue par les institutions, institutionnalisé), au cours de la 1° moitié du 20° siècle,une institutionnalisation des conflits, dans le sens où la loi fixe les règles pour encadrer les conflits qui sont reconnus comme inévitables et dans le sens où les conflits passent de plus en plus par les syndicats, qui sont de plus en plus nombreux, et deviennent les orchestres des conflits autour de mots d’ordre précis

L’institutionnalisation des syndicats se fait durant les “30 Glorieuses”, ils deviennent alors un acteur obligé à toutes les négociations ainsi qu’un acteur des conventions collectives. Les syndicats participent à la gestion des institutions misent en place pour défendre les travailleurs.
=> plus simplement un instrument de lutte mais aussi un acteur institutionnel de la régulation sociale.
=>risque d’éloignement des syndicats par rapport à leur base.