2. Typologie des frontières et des espaces frontaliers

 

2.1 Des espaces marginaux ?

 

Espaces frontaliers sont souvent des espaces marginaux ou périphériques.

Peu de capitale y sont situées.

Contre-exemple : Kinshasa et Brazzaville de part et d’autre du fleuve Congo qui est un axe stratégique (villes situées à la limite de sa partie navigable)

Avec l’ouverture croissante des frontières, ces espaces périphériques se développent comme le Chablais avec Genève et la Suisse romande, même si le retard notamment dans les infrastructures de transport témoigne de cette marginalisation passée. Genève d’ailleurs, si elle n’est pas capitale de la Suisse, en est une des métropoles principales et la 2nde agglo en terme de population, malgré sa situation géographique périphérique. La proximité avec la France a contribué à son dynamisme avec l’accueil de nombreux protestants persécutés.

2.2 Frontières ouvertes et intermédiaires

Ce sont souvent des frontières reconnues entre des pays en paix avec un niveau de développement peu contrasté (même si un contraste relatif peut favoriser les flux de toutes natures et les interactions éco comme entre France et Suisse). On y trouve souvent des politiques de coopérations transfrontalières. Exemple : Sar-Lor-Lux entre la Sarre allemande, la Lorraine française et le Luxembourg.

Où dans le monde ?

Entre les pays de l’espace Schengen, où il n’y plus de contrôle systématique même s’il y encore des postes de douane. Entre la France et le R.U. ? Frontière ouverte mais plus contrôlée. Idem Etats-Unis Canda avec pont et tunnel reliant Détroit à Windsor ou route entre NY et Montréal avec poste frontière entre Champlain et Saint-Bernard-de-Lacolle.

Frontières intermédiaires sont souvent des interfaces Nord-Sud ouvertes ou relativement ouvertes pour les marchandises mais sélectives pour les flux de personnes

Exemples : entre E.U. et Mexique

Méditerranée entre pays de la rive nord et pays de la rive sud et est

Voir cours de géo Terminale pour plus de détails sur ces interfaces, c’est-à-dire ces zones qui mettent en contact des espaces géographiques contrastés et traversés par des flux dissymétriques.

 

2.3 Frontières fermées

Planisphère des frontières fermées, Espace géographique, 2009/3 p.193-206, documents utilisés par Cottet-Emard Benjamin, « L’exemple des murs de séparation en Israël et aux Etats-Unis dans un système mondial de libre circulation » Exposé de Licence 1 Droit et science politique

Entre des Etats en guerre ouverte ou larvée n’ayant pas signée de traité de paix définitif. Exemple Corée du Nord – Corée du Sud

« La zone coréenne démilitarisée, abrégée en DMZ (de l’anglais demilitarized zone) créée le 23 mars 1953 à l’armistice de Panmunjeom, est une étroite bande de terre séparant la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud et sert de zone tampon. Elle coupe la péninsule coréenne en deux au niveau du 38e parallèle et atteint une longueur de 238 km et d’environ 4 km de large.

La zone démilitarisée est devenue un sanctuaire pour la conservation de plusieurs espèces animales, malgré les mines, notamment d’oiseaux migrateurs. En période hivernale, des milliers de hérons et de grues blanches y séjournent[1] ; les associations de défenses des animaux voudraient voir cet espace inscrit en zone protégée au patrimoine mondial de l’UNESCO » wikipedia

Au Proche-Orient : barrière ou mur de sécurité entre Israël et les territoires palestiniens avec des frontières contestées (carte mur en Cisjordanie) mais aussi mur entre Gaza et Egypte avec tunnels clandestins.

Mur au Sahara occidental

Front pionnier = frontière intérieure que l’Etat repousse jusqu’aux limites externes du pays voire au-delà, c’est le cas de la Marche Verte de 1975 organisée par le Maroc pour peupler et occuper de facto le Sahara Espagnol

Camps de réfugiés à Tindouf en Algérie, pays qui soutient les Sahraouis indépendantistes et qui est donc en conflit avec le Maroc.

3. Frontière et mondialisation

 

Cela pourrait être l’angle du sujet qui tomberait en 2011 avec quelque chose du genre : La mondialisation est-elle en train de faire disparaitre les frontières ?

Sujet toujours sous une forme interrogative pour les trois dernières années (cf. Annales).

 

3.1 Vers une disparition des frontières ?

Pour Régis Debray s’apparente à un dogme libéral et il remarque ironiquement et justement que les frontières se sont multipliées au XXe et encore au XXIe siècle (création récente ? Kosovo ; inversement peu de réunification comme Allemagne) tout en faisant de manière un peu provocatrice un Eloge des frontières, ce qui est le titre de son livre tiré d’une conférence donnée à Tokyo en mars 2010. Les frontières « comme vaccin à l’épidémie de murs » car si « le mur interdit le passage, la frontière le régule ».

« Les frontières, c’est souvent la guerre. Mais leur absence, c’est toujours la guerre. Voir les innombrables zones grises objets de convoitises. Quand les frontières sont pas ou mal définies, il ya conflit (26 cas graves en 2009-2010). » Réalisme face à l’optimisme naïf des apôtres du sans-frontières selon Debray

Autres thèses qui peuvent être utilisées sur le sujet (pour plus d’infos, voir Stéphane Giumelli). A la thèse de Fukuyama d’une démocratie libérale triomphante et d’une mondialisation heureuse qui serait La fin de l’histoire et des conflits idéologiques avec un effacement progressif des frontières, s’oppose la thèse d’Huntington sur  Le choc des civilisations avec des aires de civilisation en concurrence ou en conflit et délimitées par des frontières encore marquées

Est-ce un dogme ou cela correspond-il à une réalité ? cf. cours de géo Term, cours SES ?

Réalité = libéralisation des échanges, augmentation du commerce mondial.

Atténuation des frontières dans certaines zones de libre-échange voire disparition pour l’Espace Schengen et l’U.E. (moins vrai pour  les Roms)

Acteurs transnationaux qui semblent peu se soucier des frontières (exemple FMN)

Mais retour sur le devant de la scène des Etats avec la crise : acteurs contournés mais incontournables.

Si les frontières s’ouvrent de plus en plus pour les capitaux et les marchandises, c’est plus complexe pour les personnes. Flux touristiques favorisés, flux migratoires qu’on essaie de contrôler voire d’empêcher.

 

3.2 Flux migratoires et frontières

2 logiques contradictoires : celle des Etats qui veulent contrôler leurs frontières, celle des migrants clandestins qui veulent la franchir.

Pour les migrants légaux, pas de problème pour franchir la frontière, mais plus de complications pour obtenir les papiers et les autorisations nécessaires.

Flux migratoires augmentent et se diversifient malgré les contrôles aux frontières.

De plus en plus de flux Sud-Sud, presque autant que Sud-Nord d’après les dernières enquêtes de l’INED évoquées par Le Monde du 25 novembre 2010

« L’INED rappelle notamment que si une proportion importante de migrants quitte le Sud pour le Nord, les flux entre pays du Sud, d’une part, et entre pays du Nord, de l’autre, sont tout sauf négligeables. Ainsi, sur les 214 millions de personnes vivant hors de leur pays d’origine (soit 3,1 % de la population mondiale, selon l’estimation des Nations unies pour 2010), 62 millions sont partis des pays du Sud vers ceux du Nord. Mais les migrations Sud-Sud concernent 61 millions d’individus et celles entre les pays du Nord 53 millions.

Avec 43 millions d’étrangers sur leur territoire en 2010, selon les projections des Nations unies, les Etats-Unis demeurent le premier pays d’immigration au monde, loin devant la Russie et ses 12,3 millions d’immigrés. Au total, 13 % de la population sont nés hors des frontières américaines. Les Etats-Unis restent une terre d’accueil, avec « un solde migratoire [différence entre le nombre de personnes entrées dans le pays et le nombre de celles qui en sont sorties] estimé en moyenne à un million d’individus par an » au cours des cinq dernières années. »

Face aux flux migratoires, on peut ériger des murs, mais il y aura toujours des failles comme en Grèce près d’Edirne en Turquie article du Monde 2, 13 novembre 2010 « La Grèce trou dans le mur européen »

On peut aussi déléguer le contrôle aux pays voisins d’Afrique du Nord, mais sans se voiler les yeux sur le sort réservé aux migrants subsahariens refoulés en plein désert à la frontière avec le Mali où ils végètent dans des conditions sordides, avec l’espoir de retenter leur chance cf. article du Monde 18 novembre 2010« refoulés à Bamako »

Annexes page 3.