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-Étude rapide de la situation géostratégique et géopolitiques du Grand-Nord-

“Le plus intéressant dans les cartes, ce sont les espaces vides, car c’est là que ça va bouger”, Joseph Conrad.

Adieu phoques, baleines, poissons, ours blancs! Bonjour aux nouveaux arrivants, aux pionniers, aux intéressés, aux acteurs économiques de demain, …

 

La région du Grand-Nord est l’enjeu de nouvelles problématiques sur le plan économique, environnemental et stratégique. Cette région est l’objet de toutes les attentions de la part des puissances régionales et/ou mondiales possessionnées –qui disposent d’un territoire- dans la région de l’Océan Arctique. La fonte des glaces notamment change la donne au niveau économique :

  • Ouverture de nouvelles voies maritimes pour rallier l’Asie et l’Europe qui représentent un gain d’environ 8000 km par rapport aux passages classiques par le canal de Suez.
  • Possibilités nouvelles d’exploitation d’hydrocarbures -Gaz naturel (30% des réserves mondiales estimées) et Pétrole (11% des réserves mondiales estimées)
  • Accessibilité des fonds marins regorgeant de métaux rares.

Doc 1 : Carte de la région Arctique

L’intérêt économique nouveau pour cette région attire toutes les convoitises. Sans mauvais jeu de mots, il se pourrait que le Grand-Nord devienne dans les années à venir le “point chaud” du globe.

Ces considérations économiques, mais aussi les enjeux stratégiques de la dissuasion nucléaire et de la sécurité environnementale, obligent les États à repenser leur engagement dans cette région.

Bien que la puissance américaine soit présente dans cette région depuis un demi-siècle (base militaire de Thulé), que l’URSS avait aussi fait du front polaire arctique un objet essentiel de sa stratégie de dissuasion nucléaire, on aurait pu penser que cet espace soit délaissé à la fin de la guerre froide pour une orientation des politiques de défenses sur d’autres points du globe.

Cependant, la recherche de nouvelles perspectives de développement, la volonté de pourvoir à sa propre sécurité énergétique, et de contrôler les points de passage stratégiques entraînent les acteurs de cette région dans une course à l’appropriation de l’espace vide, inexploré.

Et cela se traduit notamment par la recherche et la redéfinition de nouvelles frontières maritimes sous l’Arctique. La Russie, les États-Unis (par l’Alaska), le Canada, la Norvège, le Danemark, le Groenland (région autonome danoise) et l’Islande ont intérêt à vite redéfinir leurs frontières maritimes pour exploiter au maximum les ressources du Grand-Nord, régir le passage des voies commerciales dans leurs eaux, disposer d’un atout stratégique militaire, exploiter les ressources poissonnières, extraire des hydrocarbures …

La problématique des frontières s’articule ainsi non seulement par celle des frontières terrestres, mais aussi à travers la bataille qui se joue pour la définition des frontières maritimes, la plupart du temps invisibles sur les cartes.

Par exemple, dans le cas du Grand-Nord, les États en présence bénéficient de leurs droits issus de la Convention de Montego Bay (1992, Jamaïque) qui leur réserve une bande de 200 miles marins le long de leur côte représentant une Zone économique exclusive (ZEE). Mais ils en veulent plus, et comptent bien s’approprier des zones maritimes qui jusque-là étaient des zones maritimes internationales (ou Haute Mer). Ils demandent en effet aux organisations internationales et notamment au Conseil de l’Arctique de reconnaître une plus large bande de territoire au regard de la continuité physique des fonds sous-marins par rapport au bloc continental auquel ils appartiennent. Cette demande se fait autour de la dorsale de Lomonossov. La Norvège a eu gain de cause et la Russie qui voit son dossier toujours en cours d’étude par les instances internationales.

Doc 2 : Les revendications Russes

Le territoire ainsi récupéré par la Norvège dans la Mer de Barents lui permet de revoir à la hausse ses ambitions économiques, stratégiques et régionales. Bien que rien n’ait changé sur les cartes, les frontières juridiques issues du droit de la mer ayant été étendues, la place de la Norvège a été nettement améliorée dans l’imbroglio géostratégique régional.

 

Doc 3 : La fonte des glaces et l’ouverture de nouvelles voies commerciales

 

La définition des zones maritimes est donc un point sensible des échanges au vu des échanges mondiaux qui pourraient bien passer par là dès demain.

 

Quels avantages à définir le plus largement possible une zone maritime ?

-La zone maritime russe, canadienne, danoise, norvégienne ou américaine, donne une priorité d’exploitation des fonds marins, des réserves de poisson, et contrôle du commerce maritime passant dans cette zone accompagné de taxes portuaires élevées pour les ravitaillements.

 

Pourquoi les États-Unis veulent une route maritime Nord-Est sous statut international ?

– Cela permettrait un développement du commerce mondial par cette voie, ainsi qu’une accélération des échanges. Mais qui dit bâtiments commerciaux civils dit aussi présence d’une flotte militaire stationnée dans cette zone. Cela permet également des opérations de protection, de renseignement et de détection radar des bâtiments militaires étrangers. L’ouverture de nouvelles voies maritimes bouleverse non seulement l’économie mondiale, mais aussi l’échiquier géopolitique mondial.

 

Que font les différents États pour justifier leur présence ?

-Août 2007: les Russes plantent un drapeau sous le Pôle-Nord : «Prouesse technique», «action symbolique» mais aussi et surtout signe fort envoyé aux puissances du Grand Nord. Vladimir Poutine remilitarise le front polaire, investit dans les ports en eau profonde et notamment celui de Mourmansk (volonté de créer le pont de l’Arctique entre Mourmansk et la baie d’Hudson au Canada).

-Un mois plus tard, le Canada organise le plus grand exercice militaire de son histoire et prévoit la construction d’une base militaire ouverte sur l’espace arctique.

-De son côté les États-Unis continuent les exercices militaires en conditions extrêmes sous la banquise avec des sous-marins nucléaires lanceur d’engin (SNLE) et sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), perfectionnent leurs radars longue portée – peut-être devraient-ils aussi penser aux radars directs une collision est si vite arrivée …- .

-L’UE tente aussi de tirer son épingle du jeu et propose pour la énième fois des conditions avantageuses à la Norvège pour qu’elle accepte un accord de coopération  économique et stratégique, voire une adhésion pure et simple. C’est un des acteurs qui met en avant la sauvegarde de l’environnement, mais cette question semble plutôt superflue car l’intérêt économique prime et la Raison d’État aura raison du climat.

-La Norvège multiplie les déclarations d’intention aux grandes puissances. Elle est et sera un acteur incontournable de la course au Grand-Nord : qui sera le plus offrant ?

 

La bataille  du Grand Nord a commencé …

 

Quelques pistes pour approfondir le sujet -si le coeur vous en dit- :

Clôture de la 4ème année polaire internationale (partie sur la gouvernance des deux pôles), rapports de l’OPECST, 2009.

Un colloque “mignon”, avec des personnalités. Mais bon, pas beaucoup de perspectives géostratégiques. Réflexions sur l’environnement, le réchauffement climatique et l’avenir des deux pôles. À noter la présence du scientifique Jean Malaurie très calé sur le sujet. Texte disponible en ligne : http://www.college-de-france.fr/media/evo_cli/UPL2474_CR_API_2009.pdf

 

 

Amiral BESNAULT, Géostratégie de l’Arctique, bibliothèque stratégique, 1992.

De la géostratégie pure et dure. Une analyse poussée de l’environnement arctique. Présnetation des enjeux et défis majeurs pour les armées en terrain hostile: conséquences d’un possible réchauffement sur les structures militaires; impact du froid sur les armées, les matériels, les armes et les soldats; effets du manteau nival sur la furtivité, les déplacements, les stratégie aérienne, … l’Amiral Besnault a aussi dessiné quelques cartes au fur et à mesure de ses explications : attention, il vous faudra du courage pour les décoder.

 

 

DU CASTEL Viviane, Le Grand Nord, un nouvel enjeu très courtisé, «L’exemple de la mer de Barents, Norvège» L’Harmattan, 2010.

Ouvrage très complet qui regorge de données chiffrées. C’est aussi un des plus récent sur le sujet. L’auteur par d’une étude de cas  -la Norvège et son influence sur la mer de Barents- pour élargir par la suite sur l’action des grandes puissances impliquées dans cette région. Très bon livre !

 

 

LABEVIÈRE Richard, THUAL François, La bataille du Grand Nord a commencé, Perrin, 2008.

Ouvrage complet qui reprend très bien les grandes problématiques actuelles. Ouvrage clair qui a le mérite d’être accompagné de cartes thématiques très bien faites. On arrive grâce au recoupement de ces différentes cartes à avoir une vision globale des enjeux de la région.

Interview de Richard Labevière co-auteur de cet ouvrage : http://www.affaires-strategiques.iris-france.org/spip.php?article423

 

 

Quelques sites aussi :

http://www.lemonde.fr/planete/infographie/2009/05/14/la-course-a-l-arctique_1192680_3244.html : résumé de la situation par des cartes interactives.

http://cartographie.sciences-po.fr/ : de très très bonnes cartes qui peuvent vous servir pour tous les sujets que vous aurez à traiter quelque soit la région géographique.

http://www.ifri.org/ : l’institut français des relations internationales.

http://www.affaires-strategiques.info/

http://www.cairn.info/

http://www.persee.fr/